 |
| Detail de la News |
Non Monsieur le censeur du CNC !

Au commencement était un prof de français dans des établissements privés qui a appris et exercé le journalisme dans la presse écrite privée avant de bénéficier d’une bourse d’études de quelques mois en journalisme, en France. Puis vint un président du CNC (conseil national de la communication), un commis de l’Etat, jouant les apprentis censeurs. C’est dire donc que de la chaumière au château, les idées changent forcément. Voyons.
Le président du CNC, M. Jean Raymond Soumah (JR), c’est de lui qu’il s’agit, était l’invité de la télé nationale, vendredi dernier pour…répondre de ses actes ! Parce que récemment il a pris une décision aussi grave que saugrenue : interdiction des émissions interactives à caractère politique dans les radios. Brrr. Oui, décision anachronique qu’il faut défendre par des explications de texte, comme le disent les profs de lettres, par de la phraséologie et par des opérations de relations publiques dans les médias d’Etat (on ne va quand même pas lui ouvrir la porte des radios privées quand, lui la ferme au nez des citoyens). En se défendant, M. Soumah explique que sa démarche ne vise qu’à responsabiliser les journalistes dans le maintien de l’ordre public.
Il ne veut surtout pas paraître comme celui qui a interdit la liberté d’opinion dans seulement les radios privées. Non ! Ce serait trop partitif. C’est toutes les radios (privée et publique). Autant dire liberticide multiforme et multicolore. Non ! J’oubliais, il n’aime pas être vu comme liberticide. A ceux qui tiennent vaille que vaille à le lui coller, il leur révèle ceci ‘’je sais ce que j’ai fait pour que les radios soient libres quand j’étais au CNC avec M. Tompapa…’’ et pititi et patata.
Mais au grand dam de M. Soumah, l’histoire ne retient que les faits. Elle nous rappellera donc qu’en Guinée, certains se sont battus pour créer les radios libres et d’autres (vous, donc) ont pris des actes pour restreindre la liberté de ces radios. Point barre. Monsieur du CNC sachez que l’histoire n’est pas comme une bande magnétique dont on peut couper les parties que l’on n’aime pas pour les remplacer par d’autres. Quand c’est fait, c’est fait.
Qu’on se le tienne tout de même pour dit. Le CNC est un organe de régulation et non de répression. Une éternité les sépare. Même si ses présidents ont souvent franchi cette éternité par le jeu de simples signatures. C’est devenu le propre de cet organe. Par le passé, des journaux ont été interdits de parution ou menacés de l’être parce qu’ils ont dénoncé. Aujourd’hui, sous le couvert du CNC, JR, interdit aux radios de fonctionner normalement. Car une radio moderne fonctionne avec les émissions interactives qui rapprochent l’auditeur de la radio et surtout, le fidélise. Alors question : comment peut-on imaginer ces émissions sans sujets politiques quand on sait que l’actualité en Guinée est éminemment politique ?
Non M. Soumah, si vous n’êtes pas liberticide, vos actes posés y ressemblent fort. Ce qui intrigue le plus, c’est la difficulté que vous avez eu à établir le lien entre ces émissions et le trouble à l’ordre public. En plus comment toutes les radios au même moment ont fait les mêmes gaffes pour qu’elles soient toutes sanctionnées de la même façon le même jour ? Sacré JR !
Heureusement que les radios ont compris que la liberté leur a été donnée par la Constitution, la République et non le CNC ou son président. Encore une fois, le CNC n’est qu’un organe de régulation. Mais diantre, le comprend-on du côté de Boulbinet ? Ou faut-il défendre un projet de remise à niveau des présidents de CNC chez les bailleurs de fonds ? Pour qu’ils cessent d’être agents de la Police judiciaire ou Présidents de tribunal ?
Non cher JR votre décision, comme dit le rappeur, n’est pas du lourd. Vous devriez plutôt mettre vos énergies dans la liberté d’opinion au sein des médias d’Etat qui évoluent à outrance dans le sens unique en passant en boucle tout ce qui concerne et magnifie le pouvoir, seulement lui. Comme ça, votre nom sera écrit en lettres d’or sur le frontispice de l’histoire des médias en Guinée. Et quand vous ne serez plus président du CNC, vous comprendrez que cet acte ci, était du lourd.
En attendant réfléchissez sur ce que Alfred de Vigny a dit il y a des années : « on ne doit avoir ni amour, ni haine pour les hommes qui gouvernent. On ne leur doit que les sentiments qu’on a pour son cocher : il conduit bien ou il conduit mal. Voilà tout. » belle leçon pour un journaliste, non.
Ibrahima S. Traoré pour Africaguinee.com
|
  Rubrique: Coup de gueule  date: 07-Sep-2009 à 10:17:18  Partager:   :  |
|
|
|
The Nun'S copyright -- design by Nun'S