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Abderaman Djasnabaille, ministre tchadien des droits de l'Homme:"la communauté internationale a les


[IMG1]La situation reste toujours tendue entre le Tchad et le Soudan qui s'accusent mutuellement d'agression.Pour le ministre tchadien des droits de l'Homme et de la promotion des libertés, la paix dans la région est conditionnée par le départ du président soudanais, Omar El-Béchir.Abderaman Djasnabaille invite la communauté internationale ainsi que l'Union Africaine à lutter contre l'impunité, pour promouvoir le respect des droits de l'Homme.Dans cet entretien exclusif qu'il nous a accordé, il revient sur la situation des droits de l'Homme dans son pays, ainsi que l'épineux dossier de l'ancien président tchadien 'Hussein Habré dont le procès est prévu au Sénégal...

Africaguinee.com : Bonjour M. le ministre. Pouvez-vous nous dire les raisons de votre visite à Genève ?


Abderaman Djasnabaille ::Bonjour !Et bien je suis ici pour répondre aux sollicitations du comité des droits de l’Homme des Nations Unies qui se réunit ici, et qui nous invite à nous exprimer sur le rapport initial sur la situation des droits de l’homme au Tchad. Nous sommes donc venus avec une forte délégation, répondant ainsi à notre engagement, puisque nous sommes membre des Nations Unies. Nous devons donc nous exprimer sur la situation des droits de l’homme dans notre pays, qui n’est pas toujours facile.

Justement, parlant des droits de l’Homme, la communauté internationale s’inquiète sur le sort des populations civiles qui se retrouvent piégées entre les multiples conflits à la frontière soudano tchadienne. Quelle la situation actuelle dans cette région ?

C’est vrai qu’à l’est du Tchad, la situation est difficile. Avant de venir ici, je me suis rendu à l’est en compagnie du représentant spécial du secrétaire général des nations unies qui est au Tchad, dans le cadre de la MINURCA qui est une forces des nations unies à nos frontières pour garantir la sécurité des réfugiés et des humanitaires dans la région. Actuellement, il y a plus de 360 000 personnes civiles dans cette région, ce qui pose un énorme problème au Tchad également.

Certaines ONG accusent aussi les forces armées tchadiennes de commettre des exactions sur les populations réfugiées dans l’est du pays. Que répondez-vous à ces accusations ?

J’ai de très bons rapports avec ces ONG au Tchad, car je suis issu de la société civile. Je pense que c’est un discours que je comprends très bien et je comprends leur mission. Du reste, notre ministère qui est chargé des droits de l’homme et de la promotion des libertés, a pour mission aussi de faciliter la tâche à ces ONG qui sont sur le terrain. Il reste qu’il y a des forces qui sont de l’autre côté de la frontière, au Soudan qui a recruté des mercenaires y compris de tchadiens .Nous avons renforcé nos forces pour protéger l’intégrité territoriale de notre pays. Seulement de part et d’autre, lorsqu’il y a des forces militaires, la situation ne peut que se dégrader en matière de droits de l’Homme. Il faut dire que le Tchad ne fait que se défendre, parce que nous n’avons pas envoyé des bataillons au Soudan. Alors que ce pays essaye régulièrement de nous déstabiliser. Jusqu’à présent nous avons résisté et nous maîtrisons la situation. Mais la circulation des armes dans la région, impose une restriction des libertés avec les contrôles. Mais nous faisons le maximum pour que ces ONG puissent faire au mieux leur travail. Dans tous les cas, nous avons un travail de sensibilisation pour nos forces de défense et de sécurité, en leur disant que leur rôle c’est de défendre notre intégrité territoriale, mais également les valeurs des droits de l’Homme que nous partageons à travers nos engagements. Nous faisons ce travail sur le terrain avec la MINURCA ,ensemble nous sommes entrain de faire ce travail de sensibilisation .Nous avons également mis en place un détachement intérieur de sécurité qui s’occupe de la sécurité des biens et des personnes dans cette zone.

Récemment plusieurs groupes rebelles au régime du Président Déby ont menacé la capitale tchadienne et les populations civiles ont fuit massivement ces combats. Pouvez-vous nous dire les mesures prises par votre gouvernement pour protéger ces populations civiles ?

Vous évoquez l’attaque du 2 février 2008.Je pense que c’est un passé et nous faisons tout pour que nos populations ne subissent plus ces attaques à N’djaména. D’ailleurs des dispositions sont prises de telles manières que les dernières attaques se sont soldées par un échec cuisant pour les rebelles. Je ne dirai pas que ce sont des rebelles tchadiens, car nous savons tous qu’un tchadien n’est pas aussi riche avec des milliards pour acheter des Toyota, des véhicules blindés, des armes sophistiquées. Il n’y a qu’un Etat qui puisse le faire et c’est le gouvernement soudanais avec les djandjawids, avec des tchadiens qui sont des renégats qui étaient proches du pouvoir, qui ont mis en œuvre tous ce que nous connaissons au pays et que nous combattons aujourd’hui. Je fais parti de ceux qui ont combattu depuis l’opposition ces gens qui sont utilisés par le gouvernement soudanais contre leur propre pays. C’est une haute trahison, tout patriote ne fera pas ce qu’ils font. Je pense que des conséquences ont été tirées et pour N’djaména, toutes les dispositions ont été prises pour que les rebelles ne franchissent plus nos frontières au delà de 10 km. Aude là, ils ont appris à leurs dépens, car le sang coule .Malheureusement avec celui des civils ou des enfants qui sont recrutés par ces mercenaires qui les utilisent comme cher à canon. La dernière fois, nous avons libéré près de 84 jeunes dont l’âge varie entre 10 et 15 ans, qui n’ont pas leur place dans l’armée .Ces jeunes ont leur place dans leur famille ou dans les écoles. Nous les avons mis à la disposition de l’UNICEF, le HCR et le CICR pour que ces enfants puissent retrouver leurs familles y compris au Soudan.

Dans les camps des réfugiés, la situation est entrain de s’améliorer. Nous sommes toujours vigilants et nous pensons que nous allons vers une situation où les droits de l’Homme vont s’améliorer.

Certains analystes estiment que l’une des causes de ce conflit, c’est le mauvais partage des recettes pétrolières qui sont gérées par le gouvernement tchadien. Partagez-vous cet avis ?

Ceux qui affirment cela, sont ceux qui étaient dans le gouvernement et géraient les grands projets de l’Etat et qui ont profité. Dans le cadre des négociations du projet pétrole que nous avons à l’époque dénoncé comme une perte pour le Tchad, ils se sont retrouvés avec des millions à l’extérieur. Ils se sont retrouvés rejetés par le peuple tchadien qui sait comment ils ont entravés les libertés. En fait ces pillards ne peuvent pas nous donner des leçons. Quand ils étaient à N’djaména en 2008, ils ont pillé toutes les institutions de la République. Donc, ils n’ont pas une vocation à gouverner mais à plutôt piller, détruire au service du Soudan. Je pense que ces analystes s’ils sont sérieux, ils ne peuvent pas tirer ces conclusions. Nous faisons parti de ceux qui savent que c’est une situation qui dépend de la guerre du Darfour. Et c’est vrai, qu’il y a des difficultés que nous avons d’ailleurs négocié par un accords le 13 août 2008.Un accord négocié entre la majorité présidentielle et l’opposition démocratique interne, car ceux qui sont à l’extérieur n’ont pas un programme politique hormis renverser le gouvernement actuel, pour se servir. Donc dans ce cadre, nous avons établi une Commission électorale nationale indépendante(CENI) avec 15 membres pour la majorité présidentielle et 15 pour l’opposition avec un président qui a été désigné de manière consensuelle. Aujourd’hui c’est quelqu’un de la société civile qui préside cette CENI avec intégrité. Les chartes des partis, l’opposition, tous ces textes sont actuellement débattus au niveau de l’assemblée nationale. Je pense que dans les prochains jours, la CENI va faire un recensement des électeurs après un recensement général des populations. Ce qui nous conduira vers des élections démocratiques et transparentes auxquelles tout le monde va participer. C’est ça qui est important. Il faut donc venir se battre sur le terrain démocratique et non par des armes pour gouverner le Tchad. L’Afrique aujourd’hui, doit se tourner vers le processus électoral pour gouverner avec la volonté du peuple et non pas avec des armes pour s’imposer. C’est au peuple de confier le pouvoir sur une base démocratique. Il est inutile de faire le tour des capitales africaines pour dire que je suis démocrate et je veux prendre le pouvoir par les armes.

Mais le président Déby a affirmé récemment qu’il utilise les recettes pétrolières pour acheter des armes. Que pensez-vous de cette déclaration du chef de l’Etat tchadien ?

Je partage entièrement cette déclaration du président. Je suis un authentique défenseur des droits de l’Homme. Au Tchad, la sécurité prime. Lorsque vous êtes dans une maison et qu’elle brûle tout le reste devient secondaire. Si la sécurité des personnes et de leurs biens n’est pas défendue, le reste ne peut pas se faire. A Bruxelles, nous avons dit qu’il faut d’abord défendre l’intégrité du Tchad, les recettes du pétrole auraient pu être utilisées autrement pour le développement du Tchad, mais nous devons d’abord défendre notre pays qui est prioritaire.
C’est vrai aussi que le Tchad est actuellement en chantier. Toutes les grandes villes sont en chantier notamment N’djaména où des écoles, des routes sont construites. Je pense que d’ici 5 ans, le visage du Tchad va changer car au mois 60 % des recettes du pétrole sont investis dans le cadre du développement du pays. L’école est gratuite, les médicaments sont mis à la disposition des populations. Nous faisons tout, pour que les populations bénéficient de cette manne pétrolière.
Le quinquennat social du gouvernement, s’occupe du bien être de la population mais aussi nous tenons compte de la sécurité, car même les humanitaires en ont besoin pour travailler. C’est donc une bonne direction, au contraire nous n’avons pas à rougir.

Pour terminer Monsieur le Ministre, quel appel lancez vous à la communauté internationale pour pacifier les relations entre le Tchad et le Soudan ?

Au niveau de la communauté internationale, des engagements sont pris, mais leur respect fait défaut. Aujourd’hui la cour pénale internationale a lancé un mandat d’arrêt contre le président El Béchir, mais il continue toujours de se promener.

Je pense que c’est une question de temps, car on ne peut pas narguer éternellement la communauté internationale. Le conflit du Darfour doit prendre fin, pour que le Soudan et le Tchad puissent vivrent en paix. L’histoire montre bien que nous avons de part et d’autre la même population, les mêmes cultures.

Mais avant de parler de la communauté internationale, il faut d’abord interpeller l’Union Africaine. Moi je suis très surpris par la position prise à Syrte où des Etats refusent de coopérer alors qu’ils ont des engagements vis à vis du Traité de Rome. Nous souhaitons que les gens rendent des comptes. Un chef d’Etat qui maltraite, qui torture, qui tue ses populations doit rendre des comptes. S’il ne peut pas le faire au niveau de son Etat, il faut que la communauté internationale s’organise pour que chacun rende des comptes. Je pense que la position de l’Union Africaine est plutôt opportuniste car derrière, les enjeux économiques sont considérables. Ceux qui défendaient la liberté, le bien être des populations africaines ont brusquement changé de veste aujourd’hui pour soutenir des positions incompréhensibles. L’Union Africaine doit faire son mea culpa et faire en sorte que chaque membre de cette institution, au nom de Etats, s’il commet des actes répréhensibles, il doit rendre des comptes.
Ensuite la communauté internationale, il faut qu’elle soit crédible. La question du Darfour, d’El Béchir, c’est aussi un moment fort que l’opinion internationale observe. Aujourd’hui, il y a une situation qui fait que les intérêts sont complexes et les puissances comme le G8 n’appliquent pas les décisions de la CPI. C’est une situation que nous déplorons car la communauté internationale a les moyens de tenir leurs engagements pour mettre un terme à cette balade du président El Béchir.
Ceci est vrai aussi pour le dossier d’Hussein Habré. Il attend toujours son jugement au Sénégal car l’Union Africaine a estimé qu’il faut qu’il soit jugé par un Etat africain. On observe donc une certaine complaisance au niveau de l’Etat sénégalais qui demande une vingtaine de milliards pour juger Hussein Habré. Le Tchad a déjà mis 2 milliards de francs CFA pour ce jugement. La communauté internationale aussi a fait des promesses. Mais le fait de s’arque bouter sur des problèmes financiers est aussi un problème au niveau de l’Union Africaine qui veut en fait, défendre l’impunité comme pour El Béchir. Nous sommes contre cette impunité et nous demandons à la communauté internationale d’aller dans le sens des déclarations de 1948 des Nations Unies et la Charte africaines des droits de l’homme qui condamnent ces actes.

Si on ne respecte pas nos engagements, c’est inutile de signer des textes d’organiser des rencontres. Au niveau du Tchad, nous allons respecter nos engagements et combattre l’impunité sous toutes ces formes.

Interview réalisée par Ismaël Barry
Pour Africaguinee.com




  Rubrique: Interview  date: 24-Jul-2009 ŕ 13:38:03  Partager:   :

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