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Transition en Guinée :"Quand le chef prend des engagements, il faut les respecter", dixit Hadja Rabi


[IMG1]La question de la transition continue de préoccuper les forces vives de la nation.Hadja Rabiatou Sérah Diallo de l'intercentrale syndicale préconise l'unité des forces vives et l'ouverture de la junte en faveur du dialogue pour sortir de la crise.Nous l'avons rencontré à Genève à l'issue de la conférence de l'Organisation internationale du travail qui a pris fin le 19 juin dernier...

Africaguinee.com : Bonjour Madame Diallo, vous venez de participer à la 98e session de la conférence de l’OIT. Quels sont vos sentiments à l’issue de cette rencontre?

Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Je suis satisfaite. Vu l’ordre du jour de cette conférence, on a discuté de l’impact de la crise qui touche notamment l’Afrique ;en plus le problème d’égalité entre l’homme et la femme a été abordé qui est aussi lié à cette crise. Aujourd’hui cette crise touche beaucoup plus les femmes sans oublier le VIH-SIDA qui nous concerne tous. Au cours de cette conférence, en tant que travailleur, en tant que défenseur des travailleurs, c’était le lieu de venir parler de la préoccupation du monde du travail dans cette crise et les solutions à préconiser. N’oublions pas le facteur social, la protection sociale ; j’ai eu à intervenir au cours du forum de discussion sur la crise, pour relever la préoccupation des travailleurs, des femmes et la création d’emplois décents. Cette année, beaucoup de chefs d’Etat sont venus pour intervenir au sujet de cette crise économique et définir la position du G20 notamment le président Lula du Brésil. Le président Togolais aussi a souligné les préoccupations de l’Afrique face à la crise. Tout le monde a reconnu que l’OIT qui est une maison tripartite, doit participer dans les discussions internationales pour respecter les conventions. La justice sociale implique l’application de ces conventions.

Justement l’un des thèmes majeurs abordés au cours de cette conférence a été la crise de l’emploi. Avez-vous obtenu des résultats concrets auprès de l’OIT en faveur des travailleurs guinéens ?

D’abord, nous avons fait ici beaucoup de démarches concernant la protection sociale. En Guinée, au niveau du secteur public, les travailleurs ne sont pas pris en compte. Ensuite le fait d’inscrire la Guinée dans le programme pays pour le travail décent(PPTD) du Bureau International du Travail (BIT), est un progrès pour tous les Guinéens. Parallèlement, nous avons eu des rencontres avec les services techniques de l’OIT pour parler de dialogue social et nous ferons des visites d’études tripartites pour aller voir l’expérience des pays comme le Mali, le Togo pour nous permettre de prendre un élan. De plus, cette année, il y a eu des concertations tripartites entre les délégués guinéens. Le ministre , Dr Alpha Diallo a initié à la fin une rencontre avec toute la délégation pour gérer les acquis obtenus au cours de cette conférence. Le bilan est vraiment positif, et le ministre a indiqué qu’il y aura un rapport global qui sera soumis au gouvernement pour le suivi. Le ministère de la jeunesse va être impliqué en faveur de l’emploi des jeunes, donc c’est tout le monde qui va profiter de ces acquis.

Pour revenir à la Guinée, le président Dadis a une nouvelle fois invité les forces vives de la nation à établir un chronogramme sur la transition. Est-ce qu’il y a un consensus actuellement au niveau de l’élaboration de ce chronogramme ?

Le chronogramme a été déjà accepté. C’est son application qui fait défaut .Aujourd’hui le conseil national de transition(CNT) n’est toujours pas mis en place alors qu’il devrait être là depuis le mois de mars. Le président avait fait un pas en signant une ordonnance sur la mise en place du CNT. En plus l’enrôlement des électeurs est pour l’instant suspendu et le CNT n’est pas mis en place. Récemment, au cours d’une rencontre avec le chef de l’Etat, j’ai expliqué qu’il faudrait que les forces vives et le gouvernement se retrouvent pour faire une évaluation et décider si nous pouvons organiser les élections à la date prévue en 2009.Il faudrait qu’il y ait plus d’engagement, pour qu’il y ait une voix unique devant la communauté internationale. Actuellement, je ne sais pas si ces concertations ont eu lieu. Je ne vois pas pour l’instant une lueur d’espoir pour dire que nous allons partir aux élections en 2009.Cela n’engage que ma personne.

Justement, l’ambassadeur d’Allemagne,M.Karl Prinz a exprimé récemment ses inquiétudes sur une éventuelle candidature du Président Dadis aux élections présidentielles en Guinée. Est-ce que vous partager ces inquiétudes de ce diplomate ?

Bon, j’ai toujours dit que le chef peut changer de position quand il veut, mais quand le chef prend des engagements, il faut les respecter. Aujourd’hui, je pense qu’il faut aider le président à respecter ses engagements, car il ne sert à rien de les prendre sans les respecter. Si le chef de l’Etat perd sa crédibilité, c’est tout le peuple qui sera touché. Donc il faut que son entourage, les forces vives puissent l’aider à respecter ses engagements. Parfois, sans méchanceté, il(Ndlr:le président Dadis) le dit sans pour autant penser. C’est le dialogue en tout cas qui nous apportera la solution, ce n’est pas en agissant en rangs dispersés que nous réussirons. Il faut que chacun de nous ait le courage pour qu’on se dise la vérité entre nous sans violence. Sinon c’est le pays qui va en pâtir.

Certains observateurs affirment que la junte militaire du capitaine Moussa Dadis Camara est entrain de profiter du manque de cohésion au sein des forces vives notamment les partis politiques, les syndicats et la société civile. Qu’est-ce que vous pensez de cette analyse ?

Je partage cette analyse. Aujourd’hui, nous avons une prolifération de partis politiques, nous sommes presque à 100 formations politiques qui ne parlent pas toujours le même langage. C’est le même constat au niveau de la société civile, des syndicats où certains ne veulent pas le changement et oeuvrent pour approfondir la plaie et mettre les Guinéens dos-à-dos. C’est pourtant à nous les leaders, de nous ressaisir pour qu’on dise voilà ce qu’il nous faut. Mais si on se prête à ce jeu de la division, c’est grave. Aujourd’hui la pauvreté facilite la manipulation parce que les gens ont besoin de vivre. Les gens agissent sans pour autant avoir la conviction de leurs actes mais c’est la pauvreté qui les pousse dans ce sens. Aujourd’hui il y a des gens qui ont une multitude de T-shirts pour sortir manifester pour chaque leader politique. Il faut que les Guinéens se ressaisissent, pour instaurer le changement à tous les niveaux.

Supposons que des élections se tiennent bientôt en Guinée. Quelle est votre vision de l’alternance politique après la transition ?

J’avoue que j’ai peur et cela n’engage que ma personne. J’ai peur parce que la restructuration de l’armée est une priorité absolue. Pour moi c’est comme si on a une armée dans une autre. Même si nous allons aux élections, j’avoue que demain encore le risque d’un coup d’Etat est toujours possible. Il faut donc savoir ce que nous voulons, pour qu’on instaure une démocratie réelle.

Pour finir, avez-vous un message pour les forces vives et la junte militaire pour renforcer le dialogue dont vous prônez la nécessité ?

Ce que je dirai aux forces vives, la junte, c’est d’avoir pitié du peuple de Guinée qui est déjà affaibli par cette crise. Il faut qu’on mette la Guinée au dessus de tout, car on ne mérite pas cette situation. C’est dans l’unité qu’on pourra sortir de cette crise .Personne ne doit exclure l’autre. Au niveau de la junte, ils doivent savoir que les militaires sont nos frères et sœurs, chaque militaire est issu d’une famille. La junte, le président doivent avoir une oreille attentive pour écouter le peuple. Nous sommes tous dans la même barque, si elle coule, c’est tout le monde qui va en pâtir.

Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré
Genève- Suisse
Pour Africaguinee.com


  Rubrique: Interview  date: 23-Jun-2009 ŕ 15:39:55  Partager:   :

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