Detail de la News

M.D, travailleuse du sexe:"le préservatif, c'est fondamental dans notre métier"(Vidéo)


[IMG1]De Conakry à Dakar, la prostitution prend de l'ampleur à l'image de beaucoup de villes africaines.M. D. fait partie des travailleuses du sexe qui ont le courage de se dévoiler. Agée de 44 ans et comptabilisant 20 ans expérience dans le plus vieux métier au monde, elle a appris à son unique enfant, un garçon de 16 ans, qu’elle faisait le trottoir. Aujourd’hui, elle est sur la voie de la reconversion et travaille depuis plus de sept ans avec des structures de lutte contre le Vih/Sida où elle sert de relais pour sensibiliser les travailleuses du sexe. Dans cet entretien, M. D. que nous avons rencontré à la polyclinique de Dakar, nous amène dans l’univers des Ts.


Wal Fadjri : Quelle est la place du préservatif dans le métier des travailleuses du sexe ?

M. D. : C’est fondamental, c’est notre première arme contre les Infections sexuellement transmissibles. Tout le monde connaît les risques liés à notre métier. On peut guérir des Ist, mais pour le sida, il n’y a que les antirétroviraux pour l’instant. Mais il y a aussi les risques de grossesses non désirées. Le préservatif devient alors un impératif. C’est pourquoi, dans les séances d’Information d’éducation et de communication (Iec), des démonstrations sont faites pour expliquer aux travailleuses du sexe comment utiliser un préservatif. Je collabore avec des Ong, dans la sensibilisation des Ts. On leur explique qu’elles peuvent exercer ce métier sans risque d’attraper le Vih, tant qu’elles se protègent. Chaque cible a un message spécifique qui lui est destiné. On parle d’abstinence et de fidélité dans certains cas, mais pour sensibiliser les Ts, on ne peut que leur demander d’utiliser systématiquement le préservatif.

Wal Fadjri : Arrive-t-il que vous ayez des heurts avec un client parce qu’il refuse de mettre un préservatif ?

M.D: Tout à fait. Parfois, on tombe sur des clients qui refusent systématiquement le port du préservatif, prétextant d’une allergie ou d’un inconfort. Mais avec le condom féminin, nous avons moins de problèmes parce que si le client ne supporte pas le préservatif masculin, nous utilisons le Fémidon. Avant l’arrivée du condom féminin, il nous fallait des négociations avec les clients pour les convaincre. Sinon, certaines Ts acceptaient des rapports non protégés, mais d’autres ont toujours été formelles. Lors des séances d’Iec, il y a un thème qui s’appelle Négocier le préservatif avec le client. On s’est rendu compte que c’est une perte que de laisser un client partir, sans avoir fait l’effort de le convaincre de l’utilité du préservatif. Il doit lui-même être conscient du danger qu’il court s’il trouve une Ts qui accepte des rapports sexuels non protégés.

Wal Fadjri : En dehors de la prostitution, quelles autres activités exercez-vous ?

M. D. :
Je collabore avec des Organisations non gouvernementales (Ong) pour la sensibilisation des travailleuses du sexe sur le Vih/Sida. C’est la seule chose que je fais. Mais je connais des Ts qui font du commerce, parallèlement. Nous avons également des tontines. Avec cet argent, certaines investissent dans le commerce. Mais il faut dire qu’elles ne sont pas nombreuses, les Ts qui cumulent des activités. Le travail du sexe n’est pas compatible avec d’autres activités. Quand on passe toute une nuit dehors, on ne peut pas se réveiller tôt le lendemain pour aller travailler ailleurs.

Wal Fadjri : Quelles sont les sources de conflit dans votre milieu de travail ?

M. D. :
Il arrive qu’on tombe d’accord sur un prix avec un client. Mais si on n’encaisse pas son argent avant de passer à l’acte, il peut vous rouler. On peut aussi rencontrer un client qui ne veut pas entendre parler de préservatif, or c’est indispensable dans ce métier. Entre collègues aussi, c’est généralement les clients qui sont à l’origine de nos bagarres. Une fille peut raconter aux autres que tel client lui a offert 50 000 francs la veille. Aussitôt, le gars devient intéressant pour tout le monde, chacun essaie de le tirer vers son lit pour bénéficier de ses largesses.

Wal Fadjri : Quel est le profil de vos clients ?

M. D. :
On rencontre des hommes de tous âges, des jeunes comme des personnes âgées. Parmi la clientèle, il y a des hommes riches, des moins nantis et des pauvres. On y retrouve également des hommes mariés. Les Italiens, les Français, les Espagnols sont dans la gamme de clients. Mais il y a aussi une clientèle féminine. Avec le lesbianisme qui prend de l’ampleur, cette catégorie de clients devient importante en même temps qu’elle constitue un danger. Car la physionomie des femmes ne permet pas l’utilisation de préservatif alors que les risques d’être infectée par le virus du Sida sont là.

Wal Fadjri : Qu’est-ce que vous ne feriez pas pour tout l’or du monde ?

M. D. :
En tant qu’informée et formée, je n’entretiendrais jamais des rapports sexuels sans protection. Avant, je ne connaissais pas trop les dangers de coucher avec un client sans préservatif, mais maintenant, c’est impensable.

Wal Fadjri : Quels sont les risques du métier ?

M. D. :
Ils sont nombreux, Personnellement, si c’était à refaire, je ne serais jamais une travailleuse du sexe. Autant il est facile d’entrer dans ce métier, autant il est difficile d’en ressortir. C’est très difficile comme métier. Il y a les maladies, les agressions, mais surtout les tracasseries judiciaires. Les policiers nous embarquent jour et nuit, pour racolage, même si le carnet sanitaire est en règle. Le plus inhumain, c’est là où on nous garde quand nous sommes prises par la police. On nous fait passer la nuit dans des pièces comparables à un enclos de moutons.

Wal Fadjri : Comment fait-on pour sortir de ce milieu ?

M. D. :
La chance, c’est de trouver un homme qui veuille vous sortir de ce métier en nous épousant. Sinon, en général, c’est une infection au Vih ou la vieillesse qui nous oblige à arrêter par force. Dans les deux cas, soit on arrête définitivement, soit on trouve une maison close dans laquelle on peut exercer.

Je suis sur la voie de la reconversion parce que je veux arrêter et passer à autre chose comme le commerce. Comme je ne travaille qu’avec les Ong, je gagne peu d’argent. Il m’arrive de passer la nuit à la belle étoile faute de pouvoir payer une chambre alors que quand j’exerçais, j’avais un appartement. Ce n’est pas parce que je suis malade que je veux arrêter, mais c’est ma conscience qui me dit qu’il est temps d’arrêter. J’ai eu des expériences, les amies avec qui je travaillais sont mortes du sida, une à une. Cela me fait peur.

Wal Fadjri : Avez-vous épargné de l’argent pour préparer votre reconversion ?

M. D. :
Non, je n’ai rien épargné. Je suis née dans une famille pauvre et je devais entretenir mes frères et mes sœurs et mon fils. A 26 ans, je payais la location de la maison, l’eau, l’électricité, je donnais à manger à la famille. Je tenais à ce que mes frères réussissent dans les études. De même, je ne voulais pas que ma petite sœur suive mes pas. Si bien que tout ce que je gagnais, je l’investissais dans la maison pour que personne ne manque de rien. Aujourd’hui, ils ont réussi, chacun est allé de son côté. Ils m’aident financièrement de temps en temps. Mais ils se désolent du fait qu’à mon âge, je continue de faire le trottoir. Ils ne me croient pas quand je leur dis que j’ai arrêté. Pourtant, depuis cinq ou six ans, je ne vais plus dans les milieux des Ts. Je me couche à 20 h et me lève le lendemain à 8 h pour aller travailler avec les Ong. Il m’arrive de rester deux jours sans avoir de quoi manger. Si j’étais encore dans ce métier, je n’aurais pas eu ce problème. J’ai carrément arrêté.

(Ndlr : A la fin de l’entretien, une sage-femme venue témoigner du courage de M. D. révèlera le contraire. ‘Depuis qu’elle travaille avec les Ong, elle a réduit ses activités. Je ne dis pas arrêté, mais réduit ses activités’).

Wal Fadjri : Vos parents savaient-ils ce que vous faisiez comme métier ?

M. D. :
Un jour, je devais de l’argent à une Ts, elle a débarqué chez moi complètement ivre et a dit à tout le monde qu’elle et moi étions des prostituées, que l’on mentait quand on disait que nous travaillons dans une usine. Finalement, j’ai avoué parce que j’en avais marre de mentir et de me cacher. Ma famille a fini par accepter cela. Mais ma mère n’arrêtera de me mettre en garde pour que j’arrête. Elle disait qu’elle ne peut pas vivre avec quelqu’un qui fait le trottoir.

Wal Fadjri : Envisagez-vous de vous marier un jour ?

M. D. :
Je me suis une fois mariée. J’avais 15 ans. Mais c’était un mariage forcé et ça n’a duré que le temps d’une rose. Je n’ai même pas eu d’enfant de cette union. C’est bien après que j’ai eu un garçon. Actuellement, si je trouve un mari, j’accepterai.

Wal Fadjri : Qui sont les concurrents des Ts ?

M. D. :
Le ‘mbarane’ et la prostitution clandestine sont nos pires concurrents. Les gens se méprennent mais le ‘mbarane’ n’est rien d’autres que de la prostitution déguisée. Les filles qui le font ne veulent pas s’afficher comme nous, mais nous faisons le même métier. La différence entre les officielles et les clandestines, c’est que nous prenons soin de notre santé, faisons des visites, etc., alors que les prostituées déguisées ne s’occupent vraiment pas de ça, elles ne cherchent pas à voir si elles sont malades ou pas. Elles ne connaissent pas les Ist, le Vih. Ces filles, nous ne pouvons pas les supporter parce qu’on a les mêmes partenaires alors qu’elles n’ont pas de suivi sanitaire. Les clandestines peuvent infecter nos clients, qui, à leur tour, infectent les Ts officielles.

Propos recueillis par Khady BAKHOUM
Source:Walfadjiri et Galsentv.com, partenaire
d'Africaguinee.com


Voici une vidéo, sur les travailleuses du sexe au Kenya.Là-bas, on les surnomme, les "Invincibles".A voir sur Africaguinee.com...






  Rubrique: Interview  date: 21-May-2009 à 10:31:38  Partager:   :

The Nun'S copyright -- design by Nun'S