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Dr Thierno Sow de l


[IMG1] Créee en 1992,l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme (OGDH)est pratiquement la seule organisation à avoir contribué á faire voir la face cachée du régime du général Lansana Conté en Guinée, surtout au plan des droits de l'homme.Son Président Thierno Maadjou Sow revient ici sur la situation chaotique en Guinée...

Les guinéens n’ont plus á la bouche que le groupe de mot « élections transparentes et meilleures conditions de vie ». Comment expliquiez-vous que le président Lansana Conté ne soit point touché ni intimidé par ces revendications et préfère jouer aux prolongations ?

Docteur Thierno Maadjou Sow : Vous savez, il a eu une formation militaire, c’est quelqu’un de la coloniale qui a continué sous le régime de la Première Republique et qui a accédé au pouvoir de la manière que tout le monde sait. C’est quelqu’un qui a géré le pays d’une façon patrimoniale comme si la Guinée était sa propriété privée. Il n’a jamais rencontré d’obstacles.

Les guinéens sont comme des gens qui étaient morts. C’est la première fois que tout le peuple se lève comme un seul homme. C’est quelque chose qui l’étonne, quelque chose qu’il ne supporte pas d’où sa réaction extrêmement violente, lui, sa famille, surtout son fils et la garde présidentielle pour réprimer la population et refuser tout dialogue.

Nous apprenons que le fils Ousmane Conté était allé á la bourse du travail arrêter les leaders syndicalistes. Pouvez-vous nous dire si ces syndiqués ont eu des sévices où si tout s’est bien passé ?

Oui son fils est allé avec la garde présidentielle au siège du syndicat où tout le monde était réuni. Il a tiré sur le bâtiment. Après ils ont détruit les tables, les ordinateurs et emporté ce qu’ils pouvaient emporter. Ils ont emporté beaucoup d’argent appartenant aux monde syndicaliste. Après ils sont revenus chercher les leaders des 4 fédérations syndicales. Ils les ont ont amené au siège de la police où ils ont été maltraités et frappés. Sur tous leurs corps on pouvait remarquer des blessures. Heureusement, ils ont été libérés la nuit aux alentours de 1 heure du matin. On les a conduit ensuite chez la première dame, ensuite celle-ci les a introduit auprès du président de la republique. Le président leur a fait savoir qu’il ignorait complètement leur arrestation. Même ton d’ignorance chez le ministre de la sécurité. C’est quelqu’un qui s’occupe des affaires de sécurité à la présidence qui serait venu leur dire que c’est lui qui connaissait l’affaire et que c’est lui qui aurait donné l’ordre de les arrêter.

Comment expliquiez-vous que ce soit la première dame, c’est-á-dire la femme du Général Conté qui négocie avec les leaders syndicalistes en lieu et place des ministres concernés ?

En Guinée il n’y a qu’un seul pouvoir. Si Conté dit qu’il est le peuple souverain, effectivement c’est ça ! Aucun ministre n’est responsable. Aucun président d’une institution républicaine n’est responsable. Le président de l’Assemblée n’ose pas aller à la Cour Suprême dire que le président Conté est inapte. Même le président de la Cour Suprême n’ose pas lui non plus. Donc il n’y a en Guinée aucune autorité à part Conté. Il n’y a qu’un seul individu en Guinée et c’est Conté. Sa femme voyant le bateau chavirer et la famille étant inquiète de leur lendemain sans Conté fait semblant de discuter avec les syndicalistes pour soit disant trouver une solution. Malheureusement pour la famille Conté, la grève est devenue un problème national.

Pourtant les leaders des fédérations syndicales donnaient l’impression d’être satisfaits au sortir de leur rencontre avec Mme Conté ?

Oh Non ! Rien n’est obtenu parce que la condition est devenue politique. Il faut qu’il y ait un premier ministre qui soit dôté de tous les pouvoirs et que Lansana Conte aille se reposer. Il ne peut plus diriger, il est malade, il est fatigué, il est incompétent ; intellectuellement aussi.

Le président Conté ne donne pas l’impression qu’il est prêt á lâcher du lest. Comment pensez-vous le contraindre à le faire ?

Par la pression interne. Vous avez vu la manifestation et la mobilisation du peuple guinéen. Il y a eu beaucoup de morts. On parle officiellement de 40 morts. Certains avancent le chiffre de 80 morts. C’est la pression qui fera partir M. Conté. On parle même de l’arrivée de militaires bisao-guinéens. Si l’armée guinéenne accepte que des militaires étrangers viennent tuer le peuple de Guinée je peux vous dire sur ce micro que c’est extrêmement grave pour cette armée. A l’intérieur du pays, les gouverneurs et les préfets sont pourchassés. Cependant le peuple guinéen tient debout.

Que fait L’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme (OGDH) pour que tous crimes perpétrés par le clan Conté et l’armée ne restent pas inpunis ?

Nous avions déjà sortis un communiqué avec la FIDH dont nous sommes membre. Le 23 janvier 2006 nous avons sorti un second communiqué où nous condamnons toutes les exactions surtout les crimes de sang qu’il y a eus, les arrestations, les blessures, les actions contre les syndicalistes et les actions menées dans les quartiers contre la population et surtout l’arrivée des militaires étrangers. Nous travaillons étroitement avec tous les syndicats. Vous savez, c’est L’OGDH qui préside l’Alliance Civique des diverses forces sociales et c’est elle qui préside aussi la Concertation des Forces Vives de la Guinée, c’est à dire les partis politiques et la société civile. C’est pour vous dire que nous sommes au centre de toutes les activités dans la capitale Conakry et partant sur tout le territoire de Guinée.

Avez-vous prévu un plan B au cas oú le mouvement s’essoufflait ?

Je peux reconnaître que c’est le plus grand problème. Les gens pensent que cela ne devrait pas continuer parce que le peuple déjà très souffrant manque de réserve. Curieusement les guinéens tiennent jusqu'à ce jour bon.

La CEDEAO un conglomérat constitué en grand nombre de présidents mal élus envisage d'envoyer une mission d’inspection en Guinée. Croyez-vous en Guinée en l’efficacité de cette organisation ?

Nous avions aussi appris que la CEDEAO voulait envoyer ses émissaires en Guinée dimanche passé. Il paraîtrait que le gouvernenement a demandé son retardement. Comme vous le dites si bien, on connaît ce que c’est que la CEDEAO et les chefs d’Etat qui la forme. Je vais plus loin en disant que même l’Union Africaine est polluée de présidents pas très recommandables pour le dénouement des problèmes. Ecoutez ! le général Conté n’a pas besoin de toutes ces organisations. Beaucoup ont passé par les chefs d’Etat des pays voisins tels que Me Abdoulaye Wade, le nigérian Obasandjo, Kaba de Sierra-Léone et autres pour lui faire entendre raison, mais Conté a toujours refusé de les écouter. Donc vous voyez, lui-même n'en a pas besoin.

Conté n’est certainement pas seul à pouvoir torturer et torpiller tout un peuple. A t-il des mains invisibles solides derrière lui ?

Conté est au centre de tout .Tout le monde dépend de lui mais il y a comme dans toutes les dictatures de ce monde, des gens autour de lui qui sont là pour profiter de la situation et se sont ces derniers qui sont les plus dangereux. Actuellement une fissure entre eux commence par les affaiblir pour le bonheur de la Guinée.

Et la France, qu'attendez-vous d'elle ? On sait qu'elle est derrière tous les dictateurs de l'Afrique francophone !

Bon vous savez, nos problèmes doivent être avant tout nos problèmes et reglés par nous-mêmes d'abord. C'est vrai que depuis 1984, après la mort de Sékou Touré la France joue un très grand rôle en Guinée. Elle a, par exemple et très souvent salué les résultats de certains élections avant même leur proclamation. Q'attendons d'elle ? Eh bien nous attendons de la France tout ce que nous sommes en droit d'attendre de tous les pays sérieux et respectueux des droits naturels et élémentaires de l'Homme. La France a condamné les tueries de ces derniers jours en Guinée. C'est déjà encourageant. Je sais qu'elle peut faire plus que cela.

Quel rĂ´le joue les partis politiques actuellement ?

Les partis politiques ont rejoint l’action syndicale. Les partis politiques étaient aussi à la bourse du travail quand les soldats de Conté étaient arrivés. Nous, on les assiste dans l’organisation. Nous pensons à L’OGDH que tous les partis devraient se donner la main pour que le régime change et après qu’il y ait des élections justes et transparentes.

Exiger des élections propres revient á dire que Conté ne serait plus président de Guinée...

Avec le mouvement actuel, personne ne peut faire les élections ici en Guinée et les tricher. Je vous parle d’un peuple qui est désormais debout comme un seul homme pour la juste cause. « Aucun guinéen n’est plus prêt á se faire tricher » et je vous dis que l’expression est devenue générale.

Propos recuillis par Ali Camus
Source:Togo-forum
Africaguinee.com














  Rubrique: Interview  date: 21-Feb-2007 ŕ 13:00:24  Partager:   :

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