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Dr Ibrahima Fofana de l'USTG:"Nous avons volontairement décidé de ne pas prendre part à ce gouvernem


[IMG1]Malgré la décision de la junte militaire de suspendre toutes les institutions du pays, l'intercentrale syndicale a décidé d'accompagner le gouvernement de Kabiné Komara durant la transition.Pour le leader de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée(USTG),les syndicalistes vont veiller au respect des engagements pris par la junte militaire au pouvoir.Dans cet entretien,Dr Ibrahima Fofana salue le programme initié par le capitaine Moussa Dadis Camara tout en réaffirmant le rôle de l'intercentrale sur l'échiquier politique national...

L’Indépendant : Quelle appréciation faites-vous de la composition de la nouvelle équipe gouvernementale dont la liste est tombée le 14 janvier dernier ?

Dr. Ibrahima Fofana : Vous savez qu’on ne peut apprécier une équipe gouvernementale qu’à partir des actes concrets qu’elle pose après son installation. La composition d’un gouvernement est toujours le reflet de la volonté de ceux-là qui ont eu à le nommer. Je crois que cette nomination a été faite par le président du CNDD et le Premier ministre. On le suppose ainsi. Nous attendons que le gouvernement commence à fonctionner dans le cadre de la transition pour laquelle il a été désigné pour apprécier la qualité de l’équipe que nous avons en face. Dans la composition du gouvernement, nous avons remarqué qu’il y a beaucoup de militaires. Une douzaine à peu près et qui occupent des postes clés.

Egalement, il y a quelques civils technocrates. Ils auront à faire leur preuve quand on va les voir travailler avec des objectifs que nous allons définir pour la transition. Parce qu’il est extrêmement important de souligner qu’un programme de transition est un programme ciblé, clair et compatible à la période que nous allons définir pour la transition. Mais à écouter le discours programme du président de la République, on n’a pas eu l’impression qu’il donnait un programme d’une transition. C’est évident parce qu’il n’a pas fixé son programme ni dans le temps ni dans l’espace. Quand on fait un programme, il ne s’agit pas de faire une liste de projets à exécuter. Cela doit être normalement accompagné d’une certaine esquisse de moyens dont le gouvernement dispose pour mettre en place ledit programme. Je ne suis pas sûr que le gouvernement guinéen ait, dans la situation actuelle, les moyens d’un tel programme aussi vaste qui risque d’aller au-delà d’une période de transition. Ce sont des interrogations. Peut être que Dieu va faire en sorte que le CNDD ait les possibilités avec les audits qui s’annoncent. Les prédateurs qui sont en voie d’être poursuivis pour récupérer les fonds volés à la Guinée et placés dans les banques à l’extérieur ou utilisés ici dans les réalisations qui n’ont aucune portée.

Mais ce qui est important de savoir c’est que la communauté internationale, l’Union Africaine, la CEDEAO, l’Union Européenne, les Nations Unies, sont clairs par rapport à ce qui s’est passé en Guinée. C’est le principe. Il n’est pas admis aujourd’hui à cette phase de la mondialisation, à l’ouverture des pays les uns envers les autres, qu’on accepte que des militaires prennent le pouvoir sans être élus et avec aucune légitimité populaire pour rester au pouvoir pendant longtemps. On peut l’accepter dans le contexte guinéen par la façon dont ils sont venus. Il faut le reconnaître et on l’a dit quand le président du CNDD nous a rencontrés: nous l’avons félicité pour trois choses.

D’abord pour la rapidité avec laquelle ils ont agi; le courage qui les ont amenés à agir et la sagesse avec laquelle ils ont agi en faisant en sorte qu’ils prennent le pouvoir sans que même l’ancienne équipe gouvernementale qui était là n’ait pu être inquiétée ni brutalisée. Contrairement à ce qu’on assiste ailleurs et même en Guinée. On se rappelle encore les conditions dans lesquelles les militaires ont pris le pouvoir le 3 avril 1984, les règlements de compte qui ont eu lieu, les atrocités dont l’ancienne équipe gouvernementale a été victime, les tueries qui ont eu lieu à l’époque. Que Dieu fasse que cela ne se répète plus. C’est en cela nous avons salué le putsch en leur rappelant surtout qu’ils ont dit qu’ils sont prêts à respecter tous les engagements antérieurs que le gouvernement Guinéen a eu prendre sur le plan national comme international.

On a compris par là que le CNDD s’est engagé à respecter les accords que nous avons signés en janvier 2007 suite à la grève que nous avons organisée à cette époque, et qui a ouvert la voie au changement en Guinée. C’est pourquoi, quand à un moment donné les gens disaient que les acteurs du changement se sont tus, j’ai répondu que le changement que nous avons amorcé est irréversible. Quiconque s’oppose à ce changement, sera mis de côté en chemin et le changement va devoir poursuivre son cours normal. C’est pour cette raison que nous avons souhaité qu’il y ait une sorte de consensus entre le CNDD et tous les acteurs nationaux intéressés au changement et la communauté internationale sur une période de transition normale courte.

Avec un programme clair qui consiste surtout à réviser la loi fondamentale. Il faut reconnaître que suite aux événements de janvier-février 2007, la loi fondamentale a été mise de côté et par les autorités guinéennes et par les organisations internationales. On a accepté de signer un accord pour mettre en place un gouvernement dirigé par un Premier ministre, chef de gouvernement. C’est la première fois dans l’histoire de la Guinée depuis 1958 qu’il y ait un premier ministre, chef de gouvernement. Et si les militaires prennent le pouvoir pour remettre en place le même type de gouvernement, conduit par un premier ministre, chef de gouvernement, on ne peut que s’en réjouir. C’est pourquoi nous nous sommes engagés pour les accompagner afin que cette transition soit couronnée de succès et permettre à la Guinée de se doter des institutions démocratiquement élues par la volonté du peuple de Guinée.Contrairement au régime d’exception qu’on a vécu depuis 2004. Depuis cette date, nous n’avons jamais eu en Guinée d’élections transparentes.

Il y a eu des hommes qui ont exercé des pouvoirs mais jamais ils n’ont été investis de la confiance populaire. On voudrait cette fois-ci qu’à l’issue de la transition, que celui qui va être élu pour diriger le pays soit l’émanation de la volonté souveraine du peuple de Guinée. C’est la seule source de légitimité pour un pouvoir. Donc, voilà notre appréhension de la nouvelle équipe gouvernementale qui a été mise en place. La tâche n’est pas facile. Il faut qu’on s’entende sur leur programme d’activités qui ne doit pas déborder.



Est-ce que l’inter centrale n’est pas frustrée par l’absence de syndicalistes au sein du nouveau gouvernement ?

Non. Nous avons volontairement décidé de ne pas prendre part à ce gouvernement. Parce que c’est un gouvernement de transition. Aussi, nous avons estimé qu’en Guinée aujourd’hui, la seule force incontournable pour la garantie du respect des engagements que les militaires ont pris, c’est l’inter centrale. Elle garde encore sa force de frappe de 2007 et que si ça ne va pas, dans tous les cas, les travailleurs sont derrière nous, le peuple de Guinée nous regarde. Nous allons demander au peuple de se lever pour mettre fin à l’exception dans laquelle la Guinée a évolué depuis un quart de siècle. On a demandé à ce que la transition ne dure pas plus de douze mois et de faire en sorte qu’il y ait un organe consultatif qui va jouer le rôle d’assemblée nationale de la transition pour mettre en place une loi fondamentale révisée devant définir les nouvelles conditions de l’ensemble des élections. Quitte au pouvoir qui va venir après de revenir sur la loi fondamentale par référendum populaire pour renforcer davantage la démocratie dans le pays. Mais pour le moment, il faut être d’accord sur un programme minimum : réviser la loi fondamentale, organiser les élections pour que dans les meilleurs délais un nouveau régime démocratique soit mis en place en Guinée à la satisfaction et du peuple de Guinée et de la communauté internationale.


Ce calendrier de douze mois vous semble-t-il suffisant pour mener Ă  bien la transition ?

C’est possible s’il y a la volonté. On a vu dans d’autres pays où ils ont fait 9 neuf mois dans les mêmes conditions que la Guinée. L’équipe de militaires qui a pris le pouvoir a mis en place une structure qui va dans ce sens : Conseil National pour la Démocratie et le Développement. On ne peut pas prétendre renforcer la démocratie et le développement et se comporter anti-démocratiquement. Ce ne serait pas compréhensif. Donc, par leur propre engagement, nous allons les accompagner afin que ce qu’ils ont dit soit fait. Vu les potentialités du pays et vu les possibilités dont la Guinée pouvait bénéficier pour être aujourd’hui, si les choses se passaient normalement, ce que d’autres sont sur le plan économique. Mais les gens se sont servis de la Guinée et ont rempli leurs poches en mettant la nation de côté. Certains parmi eux veulent être encore à la tête de la Guinée. Ce que le peuple n’acceptera plus jamais.


Au-delà de cette période transitoire prévue que fera l’inter centrale?

A partir du moment, l’inter centrale a décidé d’accompagner les militaires. Nous allons être avec eux dans une structure civile, tel que dit par le CNDD, avec tous les acteurs de la vie nationale. Nous allons apprécier ensemble l’évolution de la situation. Si nous nous rendons compte que les douze mois sont intenables, on saura se retrouver pour pouvoir décider de cette éventuelle prolongation. Mais, il faut qu’on ait des objectifs précis au départ. Le terrain peut commander mais nous avons la volonté d’aboutir en douze mois avec un chronogramme et des actions ciblées. Avec aussi, l’accompagnement de la communauté internationale comme cela a été exprimé par la CEDEAO et les Nations Unies à Abuja. Je crois que nous allons tenir le bout pendant les douze mois.

Avec une douzaine de militaires dans le gouvernement et à des postes clés, avez-vous le sentiment que Komara aura les coudées franches ?

Les militaires sont des Guinéens. Ils connaissent le pays et sont venus au pouvoir avec des objectifs. Nous avons vu que dans le programme de Dadis, la lutte contre la corruption, la fraude et la mauvaise gestion des ressources de l’Etat figurent en bonne place. Nous saluons cela. Parce que ce qui a fait que la Guinée n’a pas évolué, c’est que ses dirigeants ont géré les ressources du pays comme leur patrimoine personnel, au détriment de l’intérêt national. Si les nouvelles autorités parviennent à lutter contre la corruption, la fraude et à mettre la main sur ces prédateurs de l’économie guinéenne, elles auront réalisé un grand pas. A partir de ce moment, les conditions mêmes de la transition vont être créées pour qu’enfin de compte, on passe à des élections crédibles dans le pays après un demi siècle d’indépendance.

Vous prétendez vouloir accompagner la transition. Pourtant toutes les activités politiques et syndicales dans le pays restent encore suspendues dans le pays ?

Il a été effectivement annoncé la suspension de nos activités mais nous nous n’avons pas accepté. Nous continuons à travailler, à négocier dans les entreprises pour défendre les intérêts des travailleurs. On continue à déposer les préavis de grève pour résoudre les problèmes comme si un communiqué n’existait pas. Parce que c’est un engagement de la Guinée. Le CNDD a eu à dire qu’il s’engage à respecter tous les engagements nationaux et internationaux que la Guinée a ratifiés par le passé. Cela veut dire implicitement que le communiqué n’est plus de valeur. Mais, c’est que dans les réalités, surtout à l’intérieur du pays, les préfets militaires qui ont été mis place ne sont pas en train de comprendre la nature du syndicalisme que nous pratiquons.

Le syndicalisme doit être indépendant de la volonté d’un gouvernement ou de la volonté patronale. Ce sont des engagements internationaux qu’ils ont pris et qu’ils sont tenus de respecter. Nous entendons revoir le CNDD et le premier ministre pour qu’ils indiquent de façon officielle, que contrairement au communiqué précédent, les activités syndicales et politiques sont libres. Cela est une de nos inquiétudes que nous avons déjà exprimée à l’adresse du CNDD.

Propos recueillis par Camara Moro Amara
et Samory Kéïta
Source:L'indépendant

  Rubrique: Interview  date: 27-Jan-2009 ŕ 23:56:29  Partager:   :

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