 |
| Detail de la News |
Mamadou Baadiko Bah,leader de l'UFD:" il n’y a pas que les partis politiques qui sont déçus de ne pa
[IMG1]La formation du nouveau gouvernement de Kabiné Komara continue de faire couler beaucoup d'encre et de salive.Pour le leader de l'Union des forces démocratiques (UFD),Mamadou Baadiko Bah,la déception est à la hauteur des attentes.Le leader de l'UFD ne cache pas son scepticisme sur l'attitude du premier ministre vis-à -vis des partis politiques.Autres points soulevés par le patron de l'UFD, celui de la durée de la transition promise par la junte,ainsi que les audits pour assainir l'économie guinéenne...
L’Indépendant : Quelle lecture faites vous de la composition du Gouvernement de transition ?
Mamadou Bah Baadiko : Nous remarquons tout d’abord qu’un tiers des postes reviennent à des militaires. Ceux-ci occupent plusieurs postes-clés. Nous revenons ainsi à la situation que nous avons connue en 1984 avec le CMRN. Comme vous le savez, cet attelage n’avait pas bien fonctionné et il a bien fallu en sortir. Notre pays n’est pas le premier à avoir eu des militaires occupant des postes ministériels. Mais dans certains cas, on peut se poser la question : le fait seulement d’être énergique, résolu et volontariste, suffira-il pour être plus efficace ? La deuxième remarque est que nous sommes en présence d’une équipe neuve, dans l’ensemble. On n’y trouve aucun de ceux que l’on pourrait appeler les « caciques » de l’ancien régime. De toute évidence, les nouveaux promus n’ont aucune appartenance politique connue. Ce choix peut-être considéré comme positif, compte tenu des batailles électorales qui s’annoncent et de la nécessité d’avoir une administration neutre.
En ce qui concerne la taille de l’équipe gouvernementale (29 ministres), il y a un léger mieux par rapport au gouvernement pléthorique d’Ahmed Tidiane Souaré qui en comptait 36. Mais avec les autres partis politiques, nous avions recommandé une équipe restreinte de 25 membres. Il faut rappeler que notre pays, classé parmi les plus pauvres du monde, est pratiquement en faillite. Il est urgent de réduire drastiquement le train de vie de l’Etat et de consacrer en priorité les maigres ressources disponibles à l’amélioration des conditions de vie misérables des populations qui attendent depuis 50 ans qu’on s’occupe enfin d’elles.
Ce gouvernement est-il réellement celui de Kabiné Komara ?
Si vous relisez le décret nommant les membres du gouvernement, vous verrez qu’il est précisé dans le liminaire « sur proposition du Premier Ministre ». Si vous pensez qu’il en est autrement, le mieux est de poser directement la question à l’intéressé.
Pensez-vous que le Premier ministre aura les coudées franches pour bien mener la transition ?
Il faut se souvenir que le décret de délégation des pouvoirs du Président de la république au Premier Ministre a été beaucoup plus généreux que celui que le Général Lansana Conté avait concédé à Lansana Kouyaté en 2007. Sur le plan donc des textes, le nouveau Premier ministre a une base solide pour travailler et prendre des initiatives, afin de remplir correctement sa mission. Maintenant, va-t-il agir dans ce sens ou sera-t-il paralysé par des interférences et des vents contraires, c’est l’avenir qui peut le dire.
On a l’impression que les partis politiques sont déçus de n’avoir pas été associés à ce gouvernement ?
Je crois que ce n’est pas seulement une impression mais une réalité. Mais il est important de se poser la question du pourquoi. Comme vous le savez, lors de sa rencontre avec les partis politiques et la société civile au Camp Alpha Yaya le 27 décembre 2008, le Capitaine Moussa Dadis Camara, Président du CNDD et chef de l’Etat, avait clairement indiqué que la junte entendait associer les partis politiques à la formation du gouvernement. Il est vrai qu’il n’avait pas indiqué selon quelles modalités et selon quelle procédure il entendait faire cette consultation. Malheureusement, au lieu de se concerter, d’échanger et de faire des propositions communes à la junte, les partis ont préféré, comme d’habitude, jouer la politique du chacun pour soi, en allant littéralement assiéger la junte, pour faire valoir leur cause. Certains leaders de partis, ayant paraît-il des amis hauts placés dans la junte, préféraient manifestement actionner ces leviers qu’ils croyaient détenir pour obtenir gain de cause. Avec ces démarches en solitaires, ils n’ont réussi qu’à jeter le discrédit sur tous les partis et n’ont rien obtenu. Ayant été éconduits au camp et ne tirant aucune leçon de leur échec, ils se sont tournés vers le Premier ministre Komara qui a semblé se prêter à ce jeu. A ce propos je dois ouvrir une parenthèse pour rappeler les conditions très surprenantes dans lesquelles le Premier ministre a reçu les partis à la primature. Au bout d’un discours dans lequel il s’engageait à traiter tout le monde avec équité, il a dit être très occupé et n’avoir pas le temps d’écouter les partis. Par contre, il avait le temps de recevoir quelques uns d’entre eux, choisis par ses soins. C’est là qu’il aurait annoncé qu’il n’avait pas l’intention de faire entrer des hommes politiques au gouvernement. S’il n’avait besoin que de rencontrer quelques partis, pourquoi nous avoir convoqués tous ? Ce type de discours a d’ailleurs été déjà entendu en 2007 lors de la formation du gouvernement dit de consensus. On sait ce qu’il en a été. Ceci dit, il n’y a pas que les partis politiques qui sont déçus de ne pas avoir été associés au gouvernement. Sauf erreur de ma part, les syndicats aussi étaient demandeurs et n’ont pas eu gain de cause. Les syndicats ont ainsi continué leur vieille politique d’hostilité systématique aux partis politiques et n’ont rien fait pour que les forces vives dans leur ensemble (partis politiques, syndicats, autres membres de la société civile, congrégations religieuses), fassent des propositions consensuelles à la junte pour la gestion concertée de la transition.
A écouter le discours Programme du Président Moussa Dadis Camara, on se demande s’il pourra remplir tous ses engagements sur la durée de la transition. Partagez-vous cet avis ?
Le programme énoncé par le Président est effectivement très ambitieux. Nous croyons que c’est tout à fait normal au regard des énormes attentes du peuple de Guinée qui a tant souffert. Il est bon d’avoir des ambitions pour son pays. Maintenant, plusieurs questions demeurent :
1. Avec quels moyens ce vaste programme va-t-il être réalisé, lorsqu’on sait que la Guinée, victime du pillage systématique de ses ressources depuis des décennies, ne compte que sur la monoculture minière, dans un contexte de grave crise économique et financière dans les pays développés, avec comme corollaire, la chute vertigineuse des prix de nos matières premières, dont l’aluminium? En ce qui concerne l’aide internationale, vous savez qu’on ne doit rien en attendre pour l’instant, dans le contexte de sanctions qui pèsent sur la Guinée. Il faut espérer que le gouvernement Komara ne va pas se retrouver dans la même situation que celui de Lansana Kouyaté qui avait promis monts et merveilles au peuple de Guinée et qui n’avait laissé que de très maigres réalisations après 16 mois d’exercice.
2. Nous n’avons trouvé trace d’aucun calendrier dans le discours programme. De ce fait, nous nous interrogeons sur les intentions véritables de la junte. En tout état de cause, nous espérons que ce discours très prometteur ne connaîtra pas le même sort que celui que le Général Lansana Conté a prononcé le 31 décembre 1985 et qui est resté hélas, lettre morte.
Dans ce discours programme, le Président ne fait pas allusion à la transition qui devrait pourtant être la principale préoccupation du CNDD. Qu’en dites-vous ?
Ce qui importe avant tout ce sont les actes qui seront posés pour assainir le pays et mettre en place de nouvelles institutions démocratiques. L’appellation de cette période nous importe peu. La junte s’est elle-même fixée une échéance de deux ans, alors que les partis ont demandé que la transition se termine avec les élections présidentielles fin décembre 2009.
Que pensez-vous des audits que le CNDD a promis pour moraliser la vie publique ?
Nous avons bien accueilli les intentions proclamées du CNDD de moraliser les comportements et de sécuriser le bien public. Nous n’avons cessé de répéter qu’il est impossible de réaliser le développement économique et social de la Guinée et de sortir de la misère dans un contexte de corruption, de prévarication et de gaspillage du bien public. La Guinée ne peut prendre un nouveau départ sans qu’il ne soit mis fin à l’impunité sous toutes ses formes. En ce qui concerne les audits, nous souhaitons que toute la procédure soit conduite en toute objectivité, dans le respect des règles de l’Etat de droit. Les présumés coupables, qu’ils soient civils ou militaires, doivent tous être poursuivis et placés sur un pied d’égalité, si on veut éviter que l’opération ne s’apparente à un règlement de comptes. La préoccupation doit être autant de faire une leçon de morale publique et de citoyenneté, valable pour tout le monde, que de récupérer les fonds et les biens qui ont été détournés. Sur un autre plan, il est important de souligner que la lutte contre l’impunité ne peut pas s’arrêter aux seuls détournements de la fortune publique. Il faut également enquêter et sanctionner d’une manière ou d’une autre les innombrables violations des droits humains dont le pays a été le théâtre depuis 1958. C’est une condition sine qua non de la réconciliation nationale, étape indispensable de l’édification de l’Etat de droit et de la renaissance de la Guinée.
Comment l’UFD compte-t-elle aborder les prochaines élections ?
Nous allons tout d’abord intensifier nos activités de sensibilisation de la population pour qu’elle se fasse recenser. Ensuite, nous continuerons le travail entrepris depuis des années afin d’implanter solidement le parti au sein des populations guinéennes de toutes les communautés, de toutes les régions et de toutes les couches de la population. Nous soutenons qu’une UFD forte est la meilleure garantie pour parachever le changement dans notre pays. A part cela, nous continuerons à déployer tous les efforts en vue de constituer un vaste front pour le changement démocratique en Guinée.
Propos recueillis par Samory KeĂŻta
Source:Journal "L’Indépendant" |
  Rubrique: Interview  date: 27-Jan-2009 ŕ 23:35:33  Partager:   :  |
|
|
|
The Nun'S copyright -- design by Nun'S