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Le ministre français de l'immigration, Brice Hortefeux défend son bilan: 45.000 étrangers en situati


[IMG1]Brice Hortefeux a conclu mardi matin sa carrière de ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale par un bilan qu'il a transformé en autocélébration. A en croire le futur ministre des Affaires sociales, sa politique a été celle de la «rupture».

Le chiffre phare de sa conférence de presse, c'était évidemment 29.796, comme le nombre d'étrangers reconduits à la frontière en 2008. Un record. Depuis 19 mois et son entrée en fonction, s'est félicité Hortefeux, 45.500 étrangers en situation irrégulière ont été renvoyés dans leur pays. Et d'ajouter : «Pour la première fois depuis une génération, le nombre de clandestins en France a commencé à décroître en France.»

Brice Hortefeux disait déjà exactement la même chose l'an passé à la même époque. Il déclarait dans une interview donné au Figaro Magazine : «Le nombre de clandestins a diminué en France pour la première fois depuis une génération.» Mieux, il donnait un chiffre : 6%. En juin dernier, il le répétait sur RTL, avant d'assurer, lors d'une conférence de presse quelques jours plus tard (lire le discours), que la diminuation du nombre d'irréguliers sur le territoire national était finalement de 8%.

Mais au-delà de ce goût de déjà-vu, la déclaration d'Hortefeux frappe surtout parce qu'elle est parfaitement invérifiable et donc très aventureuse. Le nombre de clandestins en France est très difficile à établir. Tous les spécialistes s'accordent sur ce fait. Même si la statistique la plus communément admise, qui date de 2006, fait état de 200.000 à 400.000 étrangers en situation irrégulière. Cette inconnue rend évidemment très hasardeuse toute estimation en pourcentage d'une baisse. Ainsi, en juin, Hortefeux s'était-il basé sur le chiffre de 300.000 (parce que c'est entre 200.000 et 400.000, avait-il convenu) pour aboutir à une baisse de 8% (soit 25.000). On fait plus rigoureux.

Mais là n'est pas le principal problème. Une évaluation grossière du nombre de clandestins présents à un temps T ne permet guère de tirer quelque conclusion que ce soit quant à l'évolution de cette population. Car elle évolue à la baisse avec les reconduites à la frontière chiffrables par les autorités (et surtout les régularisations), mais aussi à la hausse avec les entrées sur le territoire...

Christophe Bertossi, politologue et directeur du programme de recherche «Migrations, identités, citoyenneté», livrait ce week-end dans Libération cette estimation : en France, la population d'irréguliers continuerait d'augmenter par an de... 50.000 à 100.000.

Le ministre affirme disposer de quelques indicateurs pour étayer son affirmation, en premier chef l'augmentation des chiffres de reconduites à la frontière et de clandestins refoulés à la frontière.

Le ministre évoque aussi le nombre de sans-papiers bénéficiaires d'aide médicale d'Etat (AME, en baisse, selon Hortefeux). Mais cette évolution, comme le souligne la très complète note du groupe Claris (1) sur le sujet, ne permet en aucun cas une extrapolation sur la population totale de clandestins en France : «Cette baisse est bien davantage due aux durcissements législatifs et réglementaires successifs dans l’accès à l’AME qu’à la supposée baisse du nombre de sans-papiers en France. Le durcissement des pratiques des caisses d’assurance maladie et des hôpitaux créent aussi des phénomènes d’éviction de sans-papiers de ce dispositif», écrivent les experts du groupe Claris qui ajoutent que de toute manière, un certain nombre de sans-papiers «n’ont pas recours à ce dispositif (AME, ndlr), soit parce qu’ils n’ont pas de problème de santé, soit parce qu’ils en sont exclus pour des motifs divers et variés, soit parce qu’ils craignent de se déclarer et figurer dans un fichier.»

Dernier indicateur cité par le ministre : le nombre de demandeurs d'asile déboutés par la France. Lors de la conférence de presse du 19 juin, Hortefeux avait affirmé que la (très légère) baisse des refus de demandes d'asile en 2008 permettait de déduire une évolution contraire du nombre de clandestins : «Moins de déboutés, moins de clandestins.» C'est un peu court pour prétendre à une photographie précise du flux d'irréguliers.

Au moins Hortefeux ne s'est pas risqué pour sa dernière conférence de presse à chiffrer à nouveau cette baisse.

CEDRIC MATHIOT
Source:Libération

  Rubrique: Diaspora GuinĂ©enne  date: 14-Jan-2009 ŕ 11:12:02  Partager:   :

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