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Hommage au Président Conté:"S'il fallait fusiller tous les Guinéens qui ont volé la Guinée, il ne re
[IMG1]Les guinéens ont offert vendredi des funérailles grandioses au Président Lansana Conté.En hommage à l'homme du "3 avril" qui a régné pendant 24 ans sur la Guinée, nous vous proposons une interview exclusive qu'il avait accordé à nos confrÚres du Figaro.C'était le 30 novembre 2006.Avec son franc parler, le président Conté évoque sa maladie, sa succession et son opinion sur ses compatriotes...
Le figaro:"Monsieur le président, comment allez-vous ?
Le prĂ©sident Lansana ContĂ©:Je vais bien. Je suis malade, mais qui ne l'est pas ? J'ai de la chance, je suis malade physiquement, mais la tĂȘte va bien, cela ne gĂȘne pas l'exercice du pouvoir. J'irai au bout de mon mandat, fin 2010, si Dieu me donne la vie.
Autour de vous, il y a des gens qui rĂȘvent de prendre votre place et qui manoeuvrent...
Tout citoyen guinĂ©en peut rĂȘver de prendre ma place. C'est la GuinĂ©e qui choisira, pas moi. Je souhaite quelqu'un d'envergure, qui aime la GuinĂ©e et la protĂšge comme je l'ai fait. Je n'ai pas encore trouvĂ©, mais je ne me fais pas de souci, il y aura quelqu'un, et mĂȘme meilleur que moi !"
Lansana Conté est arrivé au pouvoir en 1984, à la faveur d'un coup d'Etat militaire, dix jours aprÚs la mort de Sékou Touré, le dictateur qui a transformé le fleuron des colonies françaises en camp de rééducation stalino-maoïste. Conté a rompu avec les méthodes répressives, sans parvenir à réduire la pauvreté. A son crédit : le maintien de la paix entre les différentes ethnies et le refuge offert à des millions de Libériens et Sierra-Léonais. "J'étais sergent dans l'armée française en Algérie, dit-il. Je suis revenu au pays à l'indépendance, en 1958. J'ai ensuite passé tous mes grades les uns aprÚs les autres. Il ne s'est pas passé une année sans que je cultive mon riz ici."
Au cours de l'entretien, le prĂ©sident reviendra spontanĂ©ment, trois ou quatre fois, sur le sujet de son riz. "Je suis agriculteur dans l'Ăąme. Je mange ce que je cultive. Si vous Ă©tiez arrivĂ© plus tĂŽt, vous m'auriez trouvĂ© dans les champs." Il croit Ă une GuinĂ©e agricole, mĂȘme si tout indique qu'elle sera miniĂšre. Le pays est le premier exportateur mondial de bauxite, le minerai qui, deux fois raffinĂ©, donne l'aluminium. AprĂšs des dĂ©cennies de stagnation, le secteur va recevoir au moins 5 milliards de dollars d'investissements Ă©trangers ces prochaines annĂ©es. Deux gisements de fer exceptionnels ont Ă©tĂ© dĂ©couverts au sud-est du pays. Le potentiel est aussi important pour l'or et le diamant.
Commentaire présidentiel : "Les mines ne m'intéressent pas. Ce qu'on trouve par hasard ne m'intéresse pas. Personne ne peut profiter d'une mine comme on le fait avec un champ, ou alors cette personne vole son pays. C'est dans les mines que les Guinéens volent et s'enrichissent au détriment de la Guinée. J'ai freiné l'élan des voleurs, pour le bien du peuple." La nouvelle que du pétrole a été découvert au large de la Guinée ne l'enchante pas. "Je ne calcule pas ce que je ne vois pas. Le riz, on le voit. Le pétrole, il paraßt qu'il y en a, je veux bien qu'il soit exploité, mais au profit des Guinéens."
Tout se passe comme si le vieux prĂ©sident estimait que son peuple n'Ă©tait pas mĂ»r pour les dĂ©veloppements spectaculaires qui pourraient avoir lieu. "Que voulez-vous, les GuinĂ©ens veulent s'enrichir. Peut-ĂȘtre nos petits-enfants seront-ils honnĂȘtes ? Il va nous falloir beaucoup de temps pour ĂȘtre comme vous. Vous ĂȘtes habituĂ©s Ă la richesse."
Les Blancs n'ont pas volé la Guinée ?
Vous les colons avez pris ce que vous vouliez et vous ĂȘtes encore lĂ , vous continuez Ă vous servir. Mais pas autant que les gens d'ici. S'il fallait fusiller tous les GuinĂ©ens qui ont volĂ© la GuinĂ©e, il ne resterait plus personne Ă tuer. Et je ne suis pas un tueur.
Et les Chinois ?
Les Chinois, au moins, ils travaillent. Ils vivent avec nous dans la boue. Il y en a qui cultivent, comme moi. Je leur ai confié une terre fatiguée, vous devriez voir ce qu'ils en ont fait ! Les Chinois sont incomparables.
Votre peuple souffre surtout de pauvreté et de l'injustice que...
Il n'y a pas d'injustice. On se partage le peu qu'il y a, c'est tout.
Etes-vous riche, monsieur le président ?
- Jusqu'à présent, non. Toute la journée, j'ai récolté mon riz. Assez pour manger cinq ans avec ma famille ! Je peux démentir devant le peuple que j'ai volé de l'argent. Ce sont ici les terres de mes grands-parents. J'avais 900 hectares, mais j'en ai tellement donné aux paysans de la région qu'il n'en reste qu'une centaine. Quand j'ai besoin d'argent, je vends mon riz. Je vends aussi mon huile de palme, trÚs bon marché, aux femmes du village. Et aprÚs je les vois qui la revendent au bord de la route, le double ! Je suis aussi le plus grand propriétaire de boeufs en Guinée.
- Donc vous ĂȘtes riche ?
- Si vous voulez, mais pas en argent. Je n'ai rien à l'étranger, ni maisons ni comptes bancaires. Je suis le plus riche du pays, parce que je n'ai rien volé."
Serge Michel
Source:Le figaro
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  Rubrique: Interview  date: 27-Dec-2008 à 11:41:39  Partager:   :  |
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