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Suisse:Un policier genevois devant la justice pour violence sur un jeune guinéen
[IMG1]En vingt-cinq ans de métier, c'est la première fois qu'il assistait à pareille scène. Ce brigadier de la gendarmerie genevoise se rappellera encore longtemps cette nuit du 28 mars 2007 où il explique avoir vu un collègue asséner un coup de poing et «fracasser» contre le mur - c'est bien le mot qui lui vient à l'esprit - la tête d'un suspect menotté et résigné. Soulagé de pouvoir briser la loi du silence qui a longtemps prévalu dans la maison -même si certains l'accusent depuis lors de tous les maux -, le témoin s'est longuement exprimé vendredi au procès du policier impliqué dans ces débordements.
Difficile à déstabiliser, ce brigadier. Même pour une défense bien rodée. Chef de groupe au poste de Rive à l'époque, l'intéressé raconte cette intervention pas comme les autres (LT du 08.12.2008). Cette nuit-là , il est appelé, en compagnie de deux autres jeunes gendarmes, pour donner un coup de main à des collègues. Ceux-ci viennent d'arrêter un trafiquant de boulettes dans le quartier de la gare. Le brigadier et ses hommes se chargent de le convoyer au poste d'Onex.
Grande violence
Prénommé Mujitaba, ce Guinéen, requérant d'asile frappé d'une non-entrée en matière, n'oppose aucune résistance. Beaucoup moins calme, semble-t-il, l'accusé, sous-brigadier et de surcroît moniteur de technique d'intervention, arrive dans la salle d'audition. «Il était dans un état d'excitation extrême. C'était anormal par rapport à la situation. Il a pris le suspect par le cou, lui a donné l'ordre de cracher des boulettes. Celui-ci a émis quelques postillons de bave. Ensuite, le collègue lui a donné un coup de poing qui lui a ouvert la lèvre. Ce faisant, il s'est blessé à la main, l'a mal pris et a poussé la tête de l'individu contre le mur. C'était très violent.»
Tout cela s'est passé vite et l'effet de surprise a été «monumental», ajoute le brigadier. Ne sachant quelle attitude adopter, ce dernier a ordonné à ses hommes de quitter les lieux en déclarant bien fort qu'il ne cautionnait pas ces agissements. «Le collègue a dû m'entendre car il a lâché le suspect.» Choqués, les jeunes gendarmes veulent alerter leur hiérarchie. «A l'école, on nous avait dit de signaler les dérapages», relève celui qui commençait à peine son stage. Mais son supérieur le met en garde.
Le brigadier s'en expliquera au procès. «Le policier impliqué était instructeur et il avait une sacrée autorité dans la maison. Je savais qu'il était délicat de le dénoncer et qu'on n'obtiendrait aucun soutien, même pas de la part du commandant. De plus, celui-ci avait déjà noté dans la main courante que le suspect était agité, qu'il avait lui-même été blessé et devait suivre une trithérapie préventive. Il était devenu la victime. J'ai alors pris sur moi de ne rien dire tout en précisant qu'il fallait s'en tenir à la vérité si l'affaire sortait par un autre biais.»
En fait, c'est l'accusé qui a initié la procédure pénale qui se retournera finalement contre lui en portant plainte pour lésions corporelles et menaces. Face aux juges, le policier clame son innocence. En substance, il soutient que le suspect était nerveux, qu'il refusait d'obtempérer et de cracher les boulettes (aucune ne sera retrouvée). Le coup donné était une manœuvre de déstabilisation destinée à détourner l'attention afin de lui permettre de passer derrière l'individu pour lui faire une prise correcte du cou. Tout cela s'est mal passé. Le suspect a saigné de la lèvre à cause du coup qui n'en était pas un et le policier s'est blessé la main en basculant vers le mur.
La théorie et la pratique
A la question de savoir s'il était vraiment nécessaire de faire cracher ces éventuelles boulettes, l'accusé répond: «Je suis policier, ma mission est de réunir les preuves et celles-ci se trouvaient dans la bouche du suspect.» Quant aux directives qui interdisent de frapper un individu menotté sauf circonstances exceptionnelles, il ajoute: «C'est de la théorie. Les choses sont souvent moins claires.» En résumé, l'intéressé estime avoir usé d'un moyen proportionné pour contenir la menace que représentait cet homme dont les mains étaient attachées dans le dos et qui râlait sous l'effet de l'étranglement. L'audience reprendra le 28 janvier avec l'audition d'autres policiers, qui viendront sans doute dire à quel point Mujitaba, désormais expulsé, était un agité notoire.
Fati Mansour
Source:Le Temps |
  Rubrique: Diaspora Guinéenne  date: 13-Dec-2008 à 12:40:51  Partager:   :  |
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