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Alpha Condé, leader du RPG:"Lorsque le peuple dit qu’il ne veut plus du gouvernement et que vous all
[IMG1]Le départ du président Conté, c'est ce que réclame le leader du rassemblement du peuple de Guinée(RPG),M.Alpha Condé.Dans cette interview, Alpha Condé identifie les auteurs des tueries de janvier et février 2007, explique sa vision de la situation socio-politique de la Guinée.Le leader du RPG nous dévoile le programme politique de son parti, ses rapports avec les autres parti de l'opposition sans oublier les préparatifs pour les prochaines élections législatives reportées en mars 2009.Exclusif!
Le Diplomate : Comment se porte le RPG ?
Alpha Condé: Le RPG ne s’est jamais aussi bien porté. Nous avons actuellement en Guinée 15 coordinations régionales et sous régionales et 76 sections. Dans chaque section il y a un bureau central qui comprend 15 membres. Nous avons les organisations parallèles comme le mouvement des femmes dont le bureau comprend 15 membres, celui des jeunes. 15 membres, le bureau des cadres 15 membres, la corporation qui regroupe les gens des corps de métiers 15 membres, le bureau des sages 15 membres et le bureau des anciens combattants. D’autres sections continuent à se créer et à se multiplier comme par exemple N’Zérékoré où nous sommes passés de 2 à 6 sections et à Conakry où le nombre de sections est passé de 5 à 15 avec 54 sous sections et 400 comités de base. C’est dire que le RPG poursuit sa massification à tous les niveaux et dans toutes les régions.
Votre parti est-il de l’opposition ou carrément dans l’opposition ?
Notre parti est de tout temps dans l’opposition et c’est là une constante. Dès le départ nous avons dit que le pouvoir dirigé par le Général Lansana Conté ne peut pas emmener le bonheur et la démocratie en Guinée. Cela fait presque 20 ans que nous combattons pour le changement démocratique en Guinée et pendant longtemps on a voulu présenter le RPG comme le parti des malinkés ou comme un parti violent etc. Dieu merci, aujourd’hui, la grande majorité des masses laborieuses a compris et reconnaît que le RPG a raison, parce que des gens se sont révoltés en janvier février 2007.
Trente Préfectures et sous préfectures sur trente trois ont chassé leurs préfets et sous préfets. Il y’a eu plusieurs morts, quatre fois beaucoup plus que les chiffres avancés, avec comme seul mot d’ordre : le changement et le départ du général Lansana Conté. Lorsque le peuple dit qu’il ne veut plus du gouvernement et que vous allez dans ce gouvernement vous êtes discrédités. Donc, aujourd’hui tous les partis de l’opposition qui ont intégré le gouvernement sont rejetés par le peuple parce qu’ils ne se soucient pas des conditions de vie difficiles que vivent les populations mais plutôt de leurs intérêts et conditions personnels en étant dans le gouvernement.
Est-ce pour vous un calcul politique que d’avoir toujours refusé d’intégrer un gouvernement installé par Conakry ?
Ce n’est pas un calcul, c’est une, conviction parce que les militants du RPG se battent pour le changement. Ils ne pourront pas comprendre qu’après tout ce qu’ils ont subi (parce qu’à part l’ANC d’Afrique du Sud, l’UPC du Cameroun, je ne crois pas qu’un parti africain ait été aussi réprimé que le RPG en Guinée) que les dirigeants, que nous sommes, acceptent de s’asseoir sur la même table que ce Gouvernement qui a fait tant de mal au peuple. Nous avons sorti une brochure sur la liste de nos martyrs. Le nombre de gens qui ont été blessés, emprisonnés, les préfectures a mis en quarantaine, ceux-là n’ont pas fait autant de sacrifices pour le changement pour voir, aujourd’hui, ou demain les responsables RPG assis à la table du gouvernement du Général Conté.
C’est pourquoi, j’ai dit et toujours dit publiquement, même après les événements de janvier février 2007, lorsqu’il s’est agi de former le gouvernement dit de consensus, que tant que le Général Conté est au pouvoir, nous n’y serons pas. Pour le RPG, c’est ni un calcul ni rien d’autre mais, une conviction profonde que le système du Général Lansana Conté est le mal de la Guinée, le problème de la Guinée, et tant qu’il est là , la Guinée n’ira nulle part.
J’avais l’habitude de dire que même si vous mettez Bill Clinton (qu’on a considéré comme un bon président) comme premier ministre, on n’ira nulle part.
Aujourd’hui quel bilan faites-vous du rôle de votre parti dans le sens de la mobilisation des guinéens opposés au régime?
Ce qui est important aujourd’hui c’est de savoir l’avancée significative du RPG en matière d’adhésion des populations en Basse Guinée, en Forêt et au Foutah. Cela fait longtemps que nous avons gagné du terrain en Forêt et maintenant cela s’est renforcé (voir le nombre de sections aujourd’hui). Aujourd’hui lorsque j’arrive à Conakry et que les jeunes se mobilisent, je ne sais pas s’il n’ y a pas plus de jeunes soussous que de malinkés comme lors de ma réception, il y a 3 ans.
Donc, le RPG a gagné beaucoup de terrain parce que les populations ont la conviction que c’est le seul parti qui veut le changement en guinée et qui lutte pour cela. Ensuite, on sait le rôle que le RPG a joué pendant les évènements de janvier février 2007 et, tout le monde reconnaît, même les autres partis de l’opposition, que si le RPG ne participe pas, il n’ y aura pas une forte mobilisation des populations en Guinée.
Par contre, si le RPG seul décide de mobiliser, on sait ce qui se passera effectivement. En effet, lorsque je suis rentré, il y a 3 ans, votre collègue de RFI a parlé de ‘’marée jaune’’ tellement la mobilisation des militants était extraordinaire. Nous avons toujours dit qu’il faut le changement et notre grande satisfaction est de constater que les Guinéens (30 Préfectures sur 33) ont accepté de mourir pour le départ du Général Lansana Conté.
Les premières préfectures à chasser leurs préfets ce sont Dalaba et Pita, c’est à dire le Foutah. Si c’était Siguiri, on allait dire que ce sont les extrémistes d’Alpha. Mais, ce sont Dalaba et Pita qui ont donné le ton et les autres Préfectures ont suivi, donc aujourd’hui, c’est l’écrasante majorité de la population guinéenne qui exige le changement. Et comme je l’ai dit tantôt, la Guinée ne connaîtra jamais le développement sous le règne du Général Lansana Conté.
Le changement au niveau du RPG, vous en faites un cheval de bataille. Mais comment y arriver ?
Nous avons toujours pensé qu’on arrivera au changement par la mobilisation populaire et, nous avons mené une action pour convaincre la plupart des partis politiques, des syndicats et la société civile pour qu’on adopte une Feuille de route pour le changement. Dieu merci, grâce à la volonté de tous, nous avons pu, en mars 2006, faire les assises des forces vives avec 15 partis politiques de l’opposition, les syndicats, la société civile, la jeunesse etc. Nous avons arrêté les points suivants :
-Le départ du gouvernement du Général Lansana Conté ;
-La mise en place d’un gouvernement d’Union nationale de transition formé par les partis politiques, la société civile et les forces armées ;
-La dissolution de l’Assemblée nationale, du Conseil économique et social, de la Cour suprême et remplacement par d’autres organismes appropriés ;
-L’organisation au bout de 12 à 18 mois d’élections (libres, transparentes et démocratiques) présidentielle et législatives avec point principal que ceux qui dirigeront la transition ne peuvent pas être candidats. Tous les partis ont signé cet accord.
Donc, cela signifie que le changement est une volonté même si, certains partis pour des raisons purement alimentaires ont abandonné ce programme pour aller dans le gouvernement actuel.
Après les événements douloureux de janvier février 2007, pensez-vous que l’armée puisse encore jouer un rôle d’arbitre ? Est-ce que vous êtes aujourd’hui convaincu que la population a marge de manœuvre vis-à -vis de l’armée ?
D’abord, je suis un démocrate, je me suis toujours battu pour que le RPG gagne à travers des élections libres et transparentes par la voie démocratique, des urnes, c’est notre credo fondamental. Concernant l’armée, les événements de janvier-février 2007, il faut les lire correctement. Le Président de la Cedeao avait envoyé le président Babanguida pour négocier, parce qu’il avait la crainte (comme la plupart des Chefs d’Etat) que le gouvernement s’en prenne à la population et en arrive à des massacres et qu’on se retrouve avec un Guei en Côte d’ivoire.
Malheureusement, la Cedeao ne savait pas la réalité de ce qui se passait sur le terrain. Je peux dire que la hiérarchie militaire n’a pas donné l’ordre de tirer en janvier-février 2007. Ceux qui ont tué, ce sont les militaires envoyé par Nino Viera (président de la Guinée Bissau), et les mercenaires du LURD, venus du Liberia, de Aïcha Damakaté, plus une fraction des bérets rouges sous la direction du fils du Général Lansana Conté, Ousmane Conté. Ni le chef d’Etat-major général de l’armée ou de la gendarmerie n’a pas donné l’ordre de tirer. Mais comme il y a eu beaucoup de morts et que les gens n’avaient pas d’informations exactes, ils ont pensé que c’est l’armée qui a tiré. Ce qu’on peut reprocher à l`armée c’est de n’avoir pas protégé la population, d’avoir laissé des étrangers comme les Bissau-guinéens et les libériens tirer de façon impunie sur la population.
Cela a été la conséquence de la rupture entre l’armée et le peuple s’est détourné de l’armée. Et c’est grave parce que l’armée guinéenne a une longue histoire, elle a été une Armée républicaine qui a été sous tous les terrains de combats que ce soit en Angola, au Mozambique, en Guinée-Bissau. Il ne faut pas oublier, que le Général Conté, même s’il est ce qu’il est aujourd’hui a dirigé à l’époque le contingent guinéen qui aidait le PAIGC à libérer la Guinée-Bissau.
Donc cette armée qui était la fierté de l’Afrique et des guinéens se trouve aujourd’hui discréditée par la faute d’un certain nombre de chefs véreux et de quelques bandits. Mais nous sommes convaincus que l’armée guinéenne et qu’on doit avoir une Armée sûre, solide, qui doit protéger nos frontières (même si on n’est pas menacé de guerre) et assurer la sécurité des populations. L’armée n’est pas un arbitre car, comme chez les civils elle est formée de citoyens. Nous pensons qu’aujourd’hui, il revient à tous les partis, les civils comme les militaires de se donner la main pour imposer le changement parce que le pays va vers la catastrophe. Par ailleurs, autant il y a des citoyens véreux parmi les civils, il en est de même au sein de l’armée. Donc ceux dans l’armée qui sont honnêtes et compétents et, veulent que le pays aille de l’avant doivent se donner la main ainsi qu’avec les patriotes civils pour imposer un changement rapide pour qu’on aille vers la paix et la démocratie.
On a remarqué dans vos propos qu’il y’ a un climat de suspicion entre l’armée et la population, vous en tant qu’homme politique qu’est ce que vous devez faire avec vos collègues politiques pour restaurer un climat de confiance entre le deux ?
C’est d’abord l’armée qui doit mettre de l’ordre dans son camp. Il faut que les Patriotes qui sont dans l’armée prennent leur responsabilité, qu’ils sachent que l’armée est une création du peuple guinéen, que l’armée est payée à partir des impôts du contribuable guinéen et que cette Armée doit être au service de ce peuple. S’il y a une coupure, c’est à l’armée de renouer avec le peuple, il ne s’agit pas seulement de présenter des excuses à la radio mais, savoir quel rôle l’armée va jouer pour permettre au peuple de Guinée d’obtenir ce qu’il voulait en janvier-février 2007 c’est-à -dire le changement de régime.
Donc c’est à l’armée, particulièrement les jeunes officiers et soldats patriotes de s’ajouter aux forces patriotiques civiles pour imposer le changement. C’est à eux de réhabiliter l’armée, ce n’est pas à nous. Je ne suis pas militaire même si (comme tous les partis) nous avons des militaires qui votent pour nous. Pour restaurer un climat de confiance, il faut que l’armée joue son rôle et réponde aux aspirations du peuple guinéen qui a démontré ce qu’il voulait a travers les évènements de janvier – février 2007, c’est-à -dire le changement de régime. C’est à l’armée, en particulier aux jeunes officiers et soldat patriotes de s’ajouter aux forces patriotiques civils pour imposer le changement.
C’est l’armée qui doit prendre ses responsabilités comme cela s’est fait dans d’autres pays lorsqu’il y a eu des chefs qui ont entraîné l’armée à se détourner du peuple. Comme ce qui s’est passé au Mali quand une fraction patriotique a rejoint les rangs de la révolte populaire pour imposer le changement. Donc, les patriotes de l’armée doivent tirer les leçons de l’histoire. S’ils veulent être du côté du peuple, ils doivent se rallier à lui et se battre pour le changement qui passe par la fin du régime du Général Conté.
Nous ne faisons pas le procès de l’armée mais, on a le sentiment que le divorce est totalement consommé entre la population guinéenne et l’armée puisqu’il y a des personnes, aujourd’hui, en Guinée qui disent : on a plus peur d’un militaire en tenue que de l’obscurité qu’il y a dans la ville. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que cela est vrai en partie seulement parce qu’il y a une insécurité totale en Guinée. Les gens qui attaquent les citoyens utilisent des armes de guerre qu’on ne trouve pas dans les magasins (le commerce) mais plutôt dans l’armée. Auparavant, l’armée avait une tradition républicaine. Elle a eu des officiers formés dans les grandes académies militaires mais, depuis quelques années le gouvernement s’est évertué à recruter des petits voyous, des bandits qui ont peuplé l’armée de ces éléments qui n’ont aucune formation ni respect pour la hiérarchie. Ils ne connaissent que le kalachnikov et n’ont aucune compétence.
Aucun d’entre eux ne peut utiliser un char ou l’artillerie lourde à plus forte raison piloter un avion. Généralement, ce sont des petits voyous qui n’ont aucune considération pour leur chef. Ils ont envahi l’armée parce qu’on a voulu une armée incontrôlée au service d’un pouvoir. Ce sont ces bandits armés qui font régner l’insécurité dans le pays. Cependant, il faut reconnaître que l’armée guinéenne a des officiers formés et valables comme dans l’armée sénégalaise c’est-à -dire des intellectuels, des universitaires qui souffrent de cette situation du fait que l’armée soit discréditée. Mais cela est la conséquence du recrutement imposé à l’armée depuis une dizaine d’année.
Ce sont des délinquants sans compétence réelle de ce genre qui peuplent cette armée. Aussi, nous avons des généraux qui sont de l’ancienne école (niveau CEP à peine) à côté de jeunes officiers (lieutenant, capitaine, commandant voire colonel) qui ont une très bonne formation et qui semblent souffrir de cette situation. C’est donc à ces derniers de prendre leur responsabilité en rejoignant le camp du peuple pour contribuer au changement.
Jadis surnommée le château d’eau de l’Afrique, la locomotive du continent africain, la Guinée accuse un grand retard dans le développement. Comment pensez-vous devoir faire pour y remédier ?
D’abord, il faut dire que nous souffrons beaucoup de cette situation. J`ai été dans des pays comme le Mali, le Burkina Faso qui sont des pays sahéliens, je suis venu à Dakar; quand’ Je vois les progrès réalisés par ces pays, je mesure le grand retard que nous accusons. J’allais à Ouagadougou quand le Burkina s’appelait Haute Volta et pour boire de l’eau potable à l’époque il fallait se pincer le nez.
Aujourd’hui, vous allez à Ouaga, n’importe quel citoyen peut avoir l’eau courante sans difficulté (il suffit qu’il soit abonné et paye sa facture) .Ouaga 2000 c’était la brousse, aujourd’hui c’est une nouvelle ville ; vous allez à Bamako, il n’ y a pas que les statues de mon ami et homonyme, le Président Alpha Oumar Konaré, mais vous voyez aussi un réel changement ; à Dakar, vous trouverez du changement, donc tout patriote guinéen souffre de cette situation de voir que la Guinée qui était le château d’eau de l’Afrique et considérée comme un scandale géologique, qui doit être le moteur du développement économique de l’Afrique de l’Ouest. C’est la Guinée plus que la Côte d’Ivoire (pour cela personne ne se fait d’illusions) qui peut tirer l’Afrique de l’Ouest vers le haut non parce que nous sommes plus beaux, plus intelligents mais parce que Dieu nous a donné des potentialités minérales, agricoles et des cadres pour nous développer. Donc, nous sommes les premiers à souffrir de cette situation mais cela est dû à la mal gouvernance, à l’absence d’esprit patriotique au niveau des dirigeants qui se sont suivis au pays. Nous y reviendrons par la suite.
Vous venez d’aborder une question d’actualité, la crise financière et économique qui frappe de plein pied le monde. Sur quel clavier on doit s’appuyer ? Est-ce le clavier de l’Intégration ou de la relance de la croissance par la production, comme vous venez de le dire ?
D’abord que les africains perdent leur complexe. Vous savez, les africains n’ont jamais compris, pour l’essentiel, qu’ils doivent définir eux-mêmes leur véritable politique de développement. J’ai souvent l’habitude de dire à mes amis socialistes européens que, peut être, nous sommes dans la même Internationale socialiste mais, nous sommes dans deux camps différents. Vous voulez que l’africain qui a deux ans marche au même rythme qu’un français ou un allemand qui a vingt ans. C’est-à -dire, vous voulez nous faire mener une politique qui est celle des pays post-industriels. Pourquoi vous ne vous demandez pas comment marchaient les français ou les allemands quand ils avaient deux ans ?
Quand à la politique économique : on nous dit pas de subventions à l’agriculture alors que nous savons bien comment l’agriculture s’est développée en Europe et aux Etats-Unis. Nous voyons bien, aujourd’hui, ce qui gêne l’OMC, c’est que l’américain subventionnent leur production tout comme les européens. On nous a dit également : pas de déficit budgétaire alors que nous savons bien qu’après la crise de 1929, les occidentaux s’en sont sortis qu’avec le déficit budgétaire. Des déficits qu’on a octroyé pour financer le développement mais évidemment pas pour payer des dépenses de fonctionnement.
La crise actuelle a un aspect très positif. C’est qu’aujourd’hui, nous voyons tous ces pays qui étaient, hier, résolument hostiles à l’intervention de l’Etat se précipiter pour faire le contraire. Pour preuve, c’est le ministre du Trésor américain, Paulson, qui dit « du point de vue théorique et juridique, je suis contre l’intervention de l’Etat mais, aujourd’hui, je suis obligé de le faire ». Donc, voici les Etats-Unis, l’un des pays les plus libéraux au Monde, qui nationalisent les caisses d’assurances, prennent le contrôle de la grande société d’assurances dans le Monde, AIG en y investissant plus de quatre vingt milliards USD.
En réalité, on ne peut développer l’Afrique que si nous dégageons, nous-mêmes, une véritable politique de développement qui passe par le soutien à notre agriculture, par le soutien aux paysans parce que si ceux-ci produisent et ne peuvent pas vendre convenablement, ils peuvent se décourager. Ensuite, par la définition d’une politique claire et de nos priorités. Ce ne sont pas le FMI et la Banque Mondiale qui doivent les définir pour nous mais, c’est nous-mêmes qui devons le faire. Bien sûr, nos ressources sont limitées. Si le FMI nous dit que nous pouvons dépenser plus de 300 milliards CFA, par exemple, nous sommes obligés d’accepter si nous n’avons pas d’autres moyens. Par contre, nous ne devons pas accepter que le FMI nous imposent comment les dépenser. D’accord sur le maximum de l’enveloppe à dépenser mais, c’est à nous de décider quelles sont nos priorités. Je pense que la crise actuelle a un aspect bénéfique, c’est que beaucoup de cadres africains formés en Occident ont peur du FMI et de la Banque Mondiale, ils font du mimétisme. Aujourd’hui, l’échec de cette politique va obliger ces gens, au risque de disparaître, de se réapproprier leur personnalité africaine pour dessiner une véritable politique africaine de développement.
Il me semble qu’actuellement, il y a une conférence, ici, sur le rôle de l’Aide à l’Afrique. Mais cela fait plus de 40 ans qu’on nous aide, depuis 1960 et, pourtant on est plus pauvre aujourd’hui qu’en 60. Alors après 40 ans d’aide, l’Afrique est plus pauvre qu’elle n’était en 1960. Il faut se poser la question à quoi sert cette aide. C’est donc, peut être, une mauvaise orientation.
Comment expliquez-vous justement cette situation de pauvreté ? Les Africains sont-ils responsables ?
Nous sommes responsables parce que personne ne viendra développer l’Afrique à notre place et il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs et de corrupteurs sans corrompus. Pendant un moment on nous a imposé des dirigeants formés à l’école coloniale qui ne pouvaient donc obéir à l’ancien colonisateur mais par la suite, l’Afrique a produit des cadres: à partir du moment où nous avons été dans les grandes écoles. Nous connaissons l’histoire, nous savons comment les pays se sont développés, on aurait dû avoir le courage de refuser la soumission, de refuser des politiques contraires aux intérêts du peuple et d’impose, notre vision. Prenez certains pays d’Asie comme la Malaisie qui a refusé la politique du FMI et, s’est réalisée sans lui. Aujourd’hui, elle fait partie des pays émergents.
Donc c’est la responsabilité des intellectuels qui ont milité pour l’indépendance économique de l’Afrique pendant qu’ils étaient étudiants. Une fois rentrés au pays, ils se sont mis au service des régimes dictatoriaux et corrompus. Aujourd’hui, l’argent est devenu le dieu au détriment de l’intérêt des populations africaines.
Il y a eu une panne dans la réflexion des cadres africains et une sorte d’aplatissement vis-à -vis de l’extérieur au détriment des intérêts de nos peuples. Est-ce qu’il n’est pas encore tard, en ce moment, de corriger ce bain de disparus ?
D’abord, les intellectuels ne constituent pas une classe mais, une couche sociale. Puis, le problème n’est pas de faire une introspection. Quand on parle des intellectuels, il y a des patriotes qui veulent réellement le changement, malheureusement, très souvent, ils ne sont pas aux postes de commandement parce qu’on les craint et ils ne sont pas des béni oui oui. Le problème n’est pas de faire une introspection mais plutôt de prendre, simplement, nos responsabilités. Je ne me place pas sur le même plan que le Président français ou d’autres occidentaux.
Je me place en tant qu’intellectuel africain qui pense que nous avons eu la capacité, pendant qu’on était étudiant, de définir très clairement une orientation qui pouvait permettre à l’Afrique d’aller de l’avant. Il suffit seulement de revenir à cela et que nous acceptions, peut être, de gagner moins, d’avoir des villas moins luxueuses et de nous rapprocher des conditions de vie des populations pour changer. Donc, ce n’est pas une question d’introspection mais de responsabilité.
Il a été prouvé depuis quelques années qu’en Afrique aucun parti à lui seul ne peut créer l’alternance, est ce que par rapport à cela que vous pensez vous retrouvez avec d’autres partis pour arriver à l’alternance en Guinée dans un premier temps ?
Je viens de vous dire qu’en mars 2006 nous avons déjà eu une rencontre où 15 partis politiques, des syndicats et de la société civile se sont retrouvés pour dégager une feuille de route. Il est évident qu’aucun parti ne peut gagner seul, sauf exception de pays où les partis ont mené une guerre de libération, où le peuple s’identifie à eux, comme l’ANC en Afrique du Sud, le Frelimo au Mozambique, le MPLA en Angola. Il est évident qu’il sera difficile pour un seul parti passant par la voie des urnes de gagner des élections en étant majoritaire. J’ai toujours dit que même si le RPG arrivait au pouvoir en devenant majoritaire, nous allons initier un Gouvernement d’union nationale parce que c’est facile pour un petit parti de semer la pagaille en disant, par exemple, aux étudiants : vous recevez 100 000 FG de bourse alors qu’on peut vous donner 500 000 FG.
Si je prends le cas de la Guinée, nous sommes tellement à terre que si nous voulons nous développer, il faut que toutes les forces s’unissent pendant au moins deux législatures. Donc, notre cas est presque particulier. Quel que soit le parti qui va gagner, s’il veut le développement du pays, il doit aller vers la création d’un Gouvernement d’union nationale et c’est l’option du RPG.
Vous avez en perspective les élections législatives qui ont été plusieurs fois reportées et le président du CENI vient de les annoncer pour mars 2009, qu’est ce qui explique ces différents reports ?
C’est une volonté délibérée de ne pas organiser des élections. Avec le Gouvernement dit de consensus, les bailleurs de fonds avaient demandé la tenue des élections législatives libres et transparentes au plus tard en décembre 2007, tel n’a pas été le cas. Promises pour mars 2008 les élections n’ont jamais été organisées. Donc que ce soit le gouvernement dit de consensus ou le gouvernement actuel, il n’y aucune volonté réelle d’organiser les élections libres et transparentes parce que tous ces gouvernements sont ceux du Général Lansana Conté, tous les premiers ministres qui sont passés et l’actuel appliquent la politique du Président Lansana Conté, Il y’a eu un cas où on aurait pu trouver une solution après les événements de janvier février 2007.
Le peuple a exigé qu’il y ait un gouvernement libre, de rupture avec un véritable Chef de gouvernement. Lorsque le premier ministre, Lansana Kouyaté, nous a rendu visite à notre siège, avec notre Coalition, par la voix de nos porte parole (les députés Ahmed Tidiane Cissé et Dr. Ditinn), nous avons été très clairs en lui disant que nous considérons le gouvernement comme un gouvernement de transition et de rupture. S’il va dans ce sens, nous allons le soutenir sinon pas.
Donc, ce gouvernement avait la chance d’être celui de la rupture et non pas celui du Général Lansana Conté parce qu’il est venu dans des conditions idéales : une révolte populaire, le recul total du Président, une volonté farouche du peuple de se battre si jamais le Président gênait le gouvernement c’est-à -dire une population qui était prête à se battre si l’action du premier ministre était contrariée par la présidence de la République. Malheureusement le Premier ministre, Lansana Kouyaté, a continué à suivre la volonté du pouvoir en place.
Est-ce qu’en tant que parti politique vous avez joué pleinement votre rôle, parce qu’on a comme l’impression que c’était les syndicats qui étaient au devant de la scène ?
Non, il n’ y a pas 50 000 salariés en Guinée à plus forte raison syndiqués. Par contre, les syndicats ont posé un acte historique extraordinaire pour lequel nous leur tirons notre chapeau pour ce qu’ils ont fait en réussissant à disqualifier les différentes institutions républicaines et proposer de se battre jusqu’au changement de régime. Mais ce sont les partis politiques qui ont mobilisé les populations.
Les gens qui ont été tués sont des militants de partis politiques. Est-ce que vous avez entendu qu’un syndicaliste a été tué ? Dans notre cas précis, lorsque Eugène Camara a été nommé comme premier ministre, les syndicats avaient prévu de lancer la grève le lundi. Eugène a été nommé le samedi à 19h 45, à 20 h tout le peuple était dans la rue et l’avantage, c’est de constater que la Guinée s’est retrouvée comme un seul homme, comme le 28 septembre 1958, c’est-à -dire que tout le peuple de Guinée était uni pour réclamer la justice, le départ d’un homme du régime. On ne pouvait pas dire que c’est tel ou tel parti qui manipule les manifestants.
La suite de l'interview dans nos prochaines éditions.
Propos recueillis par Mamadou NIANG & Abdoulaye THIAM
Source:Le diplomate-Guinée
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  Rubrique: Interview  date: 10-Dec-2008 à 13:52:07  Partager:   :  |
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