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Le syndicaliste Louis M'bemba Soumah du SLECG:" c’est au gouvernement de faire en sorte que le guiné


[IMG1]Après les troubles qui ont paralysé la Guinée ces derniers temps,Louis M’Bemba Soumah, secrétaire général du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) et membre de l’Intercentrale, revient sur certains sujets brûlants de l’actualité nationale. Interview!

Le Démocrate : les populations ont l’impression d’être lâchées par l’Intercentrale dont vous êtes membre. Pour preuve, elles sont descendues dans la rue contre la baisse insuffisante du prix du carburant. Qu’en pensez-vous ?

Louis M’Bemba Soumah : être lâchées, ça c’est trop dire. L’Intercentrale est là pour non seulement les travailleurs, mais pour toutes les populations. Nous sommes toujours là pour ça et nous continuons à nous battre pour elles. Il est vrai qu’il y a des problèmes même en notre sein. Mais nous sommes également entrain de les résoudre. Les négociations continuent toujours entre le gouvernement et nous. Nous avons fait récemment deux réunions. La dernière s’est achevée en queue de poisson. On ne s’est pas entendus. On devait reprendre cette réunion le lundi passé (…) mais celle-ci aussi n’a pas eu lieu.

Nous attendons leur appel pour reprendre les négociations. Sinon, on leur a signifié que la dimension économique, nous la comprenons. Elle est normale. Mais il y a une autre supérieure qui prime sur la dimension économique. C’est la dimension sociale. Tout le monde connaît les conditions de vie du guinéen actuellement. Le guinéen vivote. Donc, c’est au gouvernement de faire en sorte que le guinéen soit mis dans les conditions acceptables, vaille que vaille. Même qu’il doit débourser tout ce qu’il a, il doit le faire. C’est de faire un effort pour diminuer le prix du carburant.

Au lendemain des incidents survenus les 3 et 4 novembre, le Gouvernement, l’Inter centrale et les présidents des institutions, se sont retrouvés. Mais les négociations n’avaient pas abouti à la solution escomptée comme vous venez d’ailleurs de le reconnaître tout à l’heure. Pourquoi ?

Le gouvernement nous fait savoir qu’il a un programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Et ce programme sera échu en fin d’année, vers le 15 décembre. Et qu’il aurait souhaité qu’on ne dérange pas ce programme. En faisant trop descendre le prix du carburant, parce qu’il aura à subventionner. Ce que le FMI ne permet pas dans leur relation. Donc, c’est compte tenu de cela qu’il nous demande d’attendre la fin de ce programme. Et après quoi, le FMI devra mettre à la disposition de la Guinée plus de 2 milliards de dollars qui vont permettre à la Guinée de respirer un peu et d’alléger la situation du guinéen. On leur a dit tout ça c’est bien beau, nous sommes d’accord. Mais à l’heure actuelle, le guinéen n’a pas de quoi à manger. Et c’est vous qui devez faire en sorte que le guinéen ne souffre pas. Faites tout pour que cela change positivement.

Vous vous exprimez comme si vous n’étiez pas d’accord lorsque le prix du carburant a été fixé à 5500FG le litre. Pourtant lors de cette baisse jugée insuffisante, vous étiez d’accord avec le gouvernement pour ce prix. Qu’est ce qui explique ce changement d’attitude ?

Il y avait comme vous le dites, un accord de l’Intercentrale lorsque le prix du litre de carburant à la pompe a été fixé à 5.500 FG. Mais quand on a eu le feed back, la réaction du peuple, on est retourné les voir pour leur dire ‘’attention’’. Parce que nous, nous pensions que diminuer 1.500FG de l’ancien prix, peut-être que cela allait soulager les populations. Mais, on s’est rendu compte que ça ne suffisait pas. On leur a dit donc de diminuer encore, en revenant sur leur décision. Parce que nous sommes là pour ce que veut le peuple. Nous sommes obligés de le suivre. Mais le gouvernement nous dit qu’il a un programme avec le FMI. Mais comme je l’ai dit tantôt, la dimension sociale prime sur la dimension économique. Ventre vide n’a point d’oreilles, dit-on. Donc, c’est au gouvernement de juguler les deux, satisfaire la Banque Mondiale et satisfaire encore plus le peuple.

Que répondez-vous à ceux qui disent que l’Inter centrale est corrompue par le gouvernement ?

Il est vrai qu’il y a beaucoup d’expropriation. Vous savez, nous, nous sommes habitués à ça. La moindre chose, on dit que les syndicalistes sont corrompus. Je ne dis pas non ! Ça existe, mais c’est pas tous les membres de l’Intercentrale. C’est seulement quelques individus. Je reconnais qu’il y a quelque brebis galeuses parmi nous. Et nous l’avons toujours dénoncé. Nous avons toujours demandé de nous asseoir pour laver le linge sale. On n’a pas eu l’occasion encore, parce que ces individus veulent passer par les mailles. Mais, nous sommes actuellement entrain de voir comment laver le linge sale et clarifier tout. C’est ce hic là qui nous barre un peu le chemin, qui nous retarde. Il y a des gens qui sont honnêtes qui veulent travailler pour le peuple, mais il y’en a quelques uns moins nombreux qui ne sont pas clairs. Mais qu’on ne dise pas que l’Intercentrale est corrompue. Peut être quelques uns peuvent l’être et nous sommes entrain de le vérifier pour que le peuple de Guinée soit mis dans les conditions normales. Dieu a tout donné à la Guinée pour vivre assez aisément, malheureusement nous sommes assis sur les richesses étant pauvres. Notre problème est un problème d’hommes intègres. Il va falloir qu’on se batte pour mettre les hommes à la place qu’il faut pour pouvoir bien gérer les ressources du pays. C’est notre combat. Et que les populations sachent qu’elles ne sont pas lâchées.

Le 11 novembre dernier, une rencontre entre les membres de l’Intercentrale devrait se tenir. Pourquoi n’a–t-elle pas eu lieu et quel était le sujet à débattre ?

Nous devrions nous réunir autour de la question du carburant. Nous nous sommes dit qu’il fallait se réunir entre nous pour échanger et voir comment contre attaquer. Mais la rencontre n’a pas eu lieu et je ne sais pas pour quand elle est reportée. Je ne suis pas informé.

Concrètement, que pouvez-vous faire maintenant pour appuyer la revendication des populations pour obtenir du gouvernement une éventuelle baisse du prix du carburant à la pompe ?

Nous favorisons la négociation et nous irons jusqu’au bout. Si maintenant nous voyons qu’il y a blocage, nous avons notre arme finale. L’arme finale du syndicat qui ne doit être utilisée que quand il y a blocage réel. On va déposer un avis de grève et bloquer tout jusqu’à ce qu’ils prennent conscience de cela. Mais, pour le moment, nous privilégions le dialogue, la négociation. Nous allons les obliger à prendre en compte ce que nous le demandons en faveur du peuple de Guinée.

Est-ce à dire que l’apaisement social promis par l’Intercentrale en début d’année est compromis aujourd’hui ?

La paix sociale, c’est bien beau quand tout va bien. Au contraire, la paix sera partiellement compromise. Il est vrai que nous cherchons la paix pour le pays, mais si le ventre est vide, il n’y aura pas de paix, également s’il n’y a pas de justice.

Avez-vous un dernier message ?

Je vais commencer par nous-mêmes les syndicats. Nous avons une grande mission à savoir, défendre le peuple de Guinée pour qu’il soit heureux. Il est vrai que le syndicalisme moderne n’est plus attaché à de simples revendications salariales, il va plus loin maintenant. Il est plus élargi. Le syndicalisme moderne s’intéresse aussi bien des revendications salariales que du bien-être des travailleurs et des peuples qui l’entourent. C’est ce que nous entendons faire. Je vais donc demander à mes collègues syndicalistes de serrer la ceinture, d’être un peu plus honnêtes pour que nous puisons faire en sorte que le peuple de Guinée sorte de cette misère. Deuxièment au gouvernement, nous le demandons d’être plus sensible à la pauvreté qui gangrène le pays, en essayant de résoudre les problèmes de vie des Guinéens.

Troisièmement, au peuple, nous leur demandons de suivre le syndicat, de ne pas suivre ses nerfs. Le dialogue vaut plus que la bagarre. La bagarre ne paie pas. Il est vrai qu’elle est l’arme ultime du peuple quand il voit un blocage majeur. C’est quand on est étranglé que l’on se défend. Mais tant qu’on peut parler, dialoguer, il y a lieu de suivre cette voie. Mieux vaut qu’on s’asseye autour d’une table pour discuter et trouver la solution aux problèmes du pays. Nous entretuer, ne sert à rien.

Propos recueillis par :
Mamadou Sire Diallo
Conakry-Guinée
Source:Le démocrate

  Rubrique: Interview  date: 21-Nov-2008 à 13:11:37  Partager:   :

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