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Hadja Rabiatou Sérah Diallo , porte-parole de l'intercentrale syndicale: " Je pense que le gouvernem


[IMG1]Depuis plusieurs semaines, la Guinée est sécouée par de nombreuses crises socio-politiques.La syndicaliste Hadja Rabiatou Sérah Diallo ne cache pas son amertume face à la situation en Guinée.Nous l'avons rencontré à Genève à l'occasion de la tenue du conseil d'administration de l'organisation internationale du travail(OIT).La secrétaire générale de la confédération nationale des travailleurs de Guinée(CNTG), a abordé plusieurs points notamment les manifestations en Guinée, la corruption, le bras de fer entre Fodé Bangoura et Mamadou Sylla.Pour la porte-parole de l'intercentrale syndicale, le dialogue est incontournable pour sortir le pays de cette crise sans précédent...

Africaguinee.com :Bonjour Madame Diallo.Peut on savoir les raisons de votre visite à Genève ?

Rabiatou Sérah Diallo :Bonjour.Et bien ma présence ici est une suite logique de la 97ème session de l’organisation internationale de travail ;une session aucours de laquelle j’avais été élue vice-présidente de la conférence.J’étais aussi élue comme titulaire du bureau du conseil d’administration qui a été mis en place.En fait c’est la première rencontre que nous avons eu depuis juin et nous préparons la 98ème session et les autres sessions de 2010-2011.Il ya aussi le programme du centre de Turin dont je suis également membre.C’est donc l’objet de ma visite, pour représenter tout le peuple de Guinée et l’Afrique .Dans ce programme, la Guinée est inscrite dans la liste des PPT2(Ndlr.pays pauvre très endetté) et je pense que c’est important que nous participons aux prises de décisions.A cela s’ajoute, l’élection du directeur général de l’OIT le 19 novembre.

Avez-vous évoqué aucours de cette rencontre, le cas de la Guinée notamment les manifestations qui se déroulent ces derniers jours à travers le pays ?

Bien sûr.A chaque fois que j’ai eu l’occasion, j’ai posé le problème de la Guinée.Et cela tant au niveau des travailleurs, des employeurs que du gouvernement.Je suis nos problèmes de très près.C’est pourquoi j’ai suivi au niveau de la PFA, je vois que la Guinée a payé ses cotisations jusqu’en 2007 et il reste pour l’année 2008.En plus notre pays est inscrite dans les PPTE 2.Nous avons suivi avec la Direction technique(ndlr :de l’OIT), la question concernant la protection sociale et il y un forum qui va se tenir bientôt à Conakry sur cette question de la protection sociale.Car en Guinée, les travailleurs du secteur public ne sont pas pris en charge et les travailleurs du secteur informel ne sont pas rénumérés.Nous posons aussi les problèmes socio-économiques de la Guinée qui est touchée comme d’autres pays d’ailleurs, par cette crise financière.Une crise qui va peser sur l’Afrique y compris notre pays ,car déjà nous sommes pauvres et cette crise vient s’ajouter à nos problèmes.Et nous attirons l’attention des bailleurs de fonds, voir les autres intitutions internationales pour faire face à cette crise qui touche particulièrement notre pays.

Justement, depuis plusieurs semaines la banlieue de Conakry est en proie à des violences suite à des manifestations pour une baisse du prix du carburant.Quelle est la position de l’intercentrale syndicale face à ces révendications ?

J’aime toujours dire que c’est le ras-le bol qui fait que le Guinéen n’analyse plus avant d’agir.Autrement dit, l’intercentrale syndicale avait déjà écrit au gouvernement pour demander la flexibilité par rapport aux accords qui ont été signés en 2006 et 2007.Ces accords prévoyaient que si le prix du baril baisse sur le marché international, il faudrait une baisse à la pompe en Guinée.En 2006 et 2007, l’intercentrale syndicale s’était systématiquement opposée à l’augmentation du prix du carburant en tenant compte de la conjoncture.Tous les pays voisins avaient augmenté le prix du carburant sauf en Guinée.En 2008, le prix du carburant a été augmenté à 7000 fg à la pompe.Les citoyens n’ont pas réagis.Ni, ni les ONG, ni la société civile, ni les institutions n’ont posé ce problème d’augementation du prix du carburant.C’est l’intercentrale syndicale qui, après avoir analysé le problème, a demandé la baisse du prix du carburant.Nous avons profité du programme de la journée mondiale du travail décent, le 7 octobre qui était inscrit dans le cadre des festivités du cinquantenaire de l’indépendance,pour revendiquer une baisse du prix du carburant.Nous avons profité de cette journée pour demander au gourvernement de se pencher sur d’autres problèmes comme la corruption, le détournement de déniers publics, le manque d’eau et d’électricité.Le gouvernement a prêté une oreille attentitve à nos revendications et les signataires de ces accords ont été interpellés à travers le comité de veille.L’intercentrale syndicale est partie avec les consignes de nos bases, c'est-à-dire il faut que le prix du carburant baisse à 2500 ou 3000 fg.Les négociations ne sont pas fermées, nous avons obtenus d’abord 5500 et 5000 fg, mais comme il y a le point d’achèvement qui devait intervenir dans les jours à venir, nous allons après examen, exiger une baisse du prix en dessous de 5500fg.Nous les syndicalistes, nous devrions rendre compte à nos mandataires, à notre base et leur présenter ce que nous avons obtenu des négociations.Nous aurons encore l’occasion de revenir à la charge, mais pour le moment prenos ce qui est obtenu.Mais le gouvernement était pressé d’annoncer la baisse du prix à la pompe avant même qu’on rende compte à nos bases.Ce qui n’a pas été apprécié par certains.Aujourd’hui le Guinéen n’attend plus, il n’accepte plus l’injustice et c’est le ras-le bol général qui a fait que les gens sont descendus dans les rues.Mais il faudrait qu’on comprenne que c’est toujours le pauvre qui paye, ce ne sont pas les nantis ! Il faudrait accepter aujourd’hui le dialogue pour trouver une solution alternative à nos problèmes.

Le premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a affirmé ces derniers jours que son gouvernement ne peut pas baisser dans l’immédiat le prix du carburant à cause de la conjoncture internationale.Quelle est votre réaction face à cette déclaration ?

Je pense que le gouvernement doit faire des efforts pour baisser le prix du carburant parce que le Guinéen a du mal joindre les deux bouts.Il n’y a pas de riz pour tout le monde et les gens ont faim.Il faudrait qu’il y ait un minimum de bien être pour tous.Nous pensons que s’il y a une baisse au minimum à la pompe, ça peut améliorer beaucoup de choses.Je pense aussi que les opérateurs économiques réflechissent et que chacun joue son rôle pour baisser le prix des denrées.Mais c’est très dommage qu’en Guinée une fois les prix fixés, ils ne reviennent plus la dessus.Aucune flexibilité sur le prix des marchandises.Il se trouve que parfois, que les marchandises sont dans les magasins, donc aucune influence des taxes douanières, mais les commerçants augmentent délibérément les prix.Dans un pays croyant comme le notre il faudrait que chacun puisse jouer son rôle.Mais je pense que le gouvernement peut serrer la ceinture pour aider les plus démunis , sensibliser les opérateurs économiques pour qu’il y ait une baisse des prix des denrées.

Aujourd’hui plusieurs anciens ministres qui ont été limogés en 2007 ont fait leur retour au sein du gouvernement.Quelle est la position de l’intercentrale syndicale face à ces nominations ?

Ce qu’il faut déplorer c’est du fait que certaines personnes n’ont pas changé leur mentalité.Ce n’est pas le fait que des personnes retournent au sein du gouvernement, car ce sont des Guinéens avant tout.C’est comme dans une famille, quand un enfant commet une faute, on le corrige sans pour autant le rejetter.Ce qui est déplorable c’est qu’il y a encore certains parmi eux qui continuent à ne pas changer.Or il faut changer nos comportements, nos mentalités.Par contre d’autres ont fait leur retour avec une certaine volonté de changement.C’est le cas du nouveau ministre secrétaire général à la présidence qui m’a surpris par sa façon de travailler avec ses collaborrateurs.Or , lorsqu’il était ministre de l’emploi en 2007, c’était pas le cas. Aujourd’hui il montre une certaine volonté de changer de comportement, comme il l’a dit une fois qu’il était prêt à travailler avec « la classe ouvrière ».Si les préoccupations des travailleurs sont pris en compte, leurs conditions de travail sont remplies, nous ne demandons pas mieux que cela.Notre lutte c’est d’améliorer les conditions de vie des travailleurs.Nous ne sommes pas contre quelqu’un.Il y a des bons cadres, mais dire que des gens viendront pour ramener l’ancien système, nous ne marcherons pas.Ils marcheront sur nos cadavres avant d’atteindre les travailleurs.

Et quelle est la position de l’intercentrale syndicale face aux multiples affaires de détournements dans notre pays ces derniers temps ?

Nous avons condamné ces détournements.Par rapport au cinquantenaire, certains ont estimé qu’il fallait faire le deuil au lieu de fêter.Ce qui n’était pas l’avis de l’intercentrale, qui a estimé qu’il fallait fêter ce cinquantenaire, même si ce sont 50 annnées de misère.Mais nous avons estimé qu’il fallait faire le bilan pour savoir qu’est-ce qui a été fait , ce qui reste à faire pour éviter les mêmes erreurs.Moi j’ai apprécié le fait que des chefs d’Etat viennent eux même constaté que ce qui se passe en Guinée.Ce qu’il faut déplorer ce sont les dépenses excessives, car avec toutes les destructions qui ont eu lieu en 2007 tout comme les tueries, la commission nationale d’enquête devrait être renforcée pour soulager les victimes.Il faudrait qu’on sente une amélioration, une volonté politique , un engagement social pour éviter ces évènements douloureux dans notre pays.[IMG2]Mais , il faut savoir aussi que le cinquantenaire est venu pour enrichir certains et appauvrir d’autres.C’est pourquoi le peuple n’accepte plus ces injustices.Dernièrement à Kindia, des jeunes ont appréhendé un malfaiteur.Ils ont interpellé le préfet, le gouverneur, le procureur à venir sur les lieux.Ils ont rendu leur jugement après des heures de négociations.Le procureur a demandé à ce que le malfaiteur lui soit remis, mais puisque les jeunes ne font pas confiance en notre justice, ils l’ont abattu et ils ont brûlé le corps qui est resté sur les lieux pendant 24 heures avant que le gouverneur n’intervienne.Quelques jours après c’est Débélé qui est secoué par les violences, ensuite Boké et aujourd’hui Siguiri.Les gens ne font plus confiance car il n’y a aucune structure pour les défendre, ou les protéger.Aujourd’hui je me demande même après le régime actuel, on aura des soucis à se faire car le Guinéen est habitué aux détournements, à l’impunité ;celui qui succedera à Conté devra serrer la ceinture et être d’une intégrité irréprochable.

Dans son rapport pour l’année 2008, l’ONG Transparency Intternational a indexé la Guinée comme étant l’un des pays les plus corrompus au monde.Pensez-vous que le gouvernement actuel soit capable de lutter contre la corruption dans notre pays ?

C’est vrai qu’aujourd’hui la corruption bat son plein dans notre pays à tous les niveaux !Et c’est très dommage parce que les gens pensent qu’il faut mentir, corrompre pour obtenir quelque chose.Pour changer cette situation , ce ne sera pas facile car il faut que les gens acceptent de se corriger , de changer leurs comportements.Si le Guinéen n’est pas prêt à le faire, je ne vois pas comment le gouvernement pourra résoudre ce problème.Ensuite, notre pays est aussi devenu une plaque tournante dans le trafic de drogue.Or tout le monde sait que la drogue , la corruption, les détournements sont nuisibles à la stabilité politique, économique et sociale.
Nous sommes entrain de traverser des moments très difficiles et je souhaiterai que la décision ne vienne pas seulement du gouvernement mais de tous les Guinéens.Tenez !Depuis 2006, on traîne à organiser ces élections législatives, nous sommes presque en 2009,toujours rien.Or on pensait que ces élections allaient résoudre certains problèmes.Les Guinéens doivent se remettre en cause et s’inspirer de ce qui se passe ailleurs.Regarder l’élection d’Obama aux Etats-Unis, c’est tout un peuple qui est derrière lui.Chez nous, il y a une prolifération de partis politiques qui ont tous un visage ethnique !C’est effrayant, car si nous évoluons dans ce cadre, ce n’est pas bon pour le pays.Tout le monde ne peut pas être président ou leader d’un parti politique.Aujourd’hui c’est un Noir qui entre à la maison blancle, c’est donc un honneur pour les Africains et je pense que c’est un bon message d’espoir pour nous pour changer la Guinée.

Le premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a déclaré récemment que le gouvernement était prêt à dialoguer avec la société civile, les syndicats.Quelle est votre réaction face à cette main tendue du gouvernement ?

Nous les syndicalistes, nous ne demandons pas mieux !Dans cette maison de l’OIT qui est tripartie(gouvernement-syndicats-employeurs), c’est le dialogue qui est prôné.C’est le manque de dialogue qui nous a conduit à tous ces évènements malheureux en Guinée.Si le dialogue est instauré, je pense qu’on peut trouver des solutions à nos problèmes.Nous avons toujours demandé le dialogue.Nous ne pouvons avoir le bonheur qu’en temps de paix.Certains pensent que l’intercentrale syndicale est corrompue, mais nous sommes loin d’avoir baissé les bras.Nous avons réussi à éveiller les consciences ;il a fallu ces évènements de 2007 pour que le Guinéen ose réclamer ses droits.L’or et l’argent ne peuvent pas nous acheter, mais nous avons changé nos méthodes de travail.Car il faut qu’on éviter un bain de sang chez nous, l’impunité continue et nous ne voulons pas qu’il y ai encore d’autres victimes, des violences et destrcutions qui vont faire réculer notre pays.Récemment, lorsque le président de l’assemblée nationale a interpellé les signataires des accords 2007,l’intercentrale syndicale a demandé à ce que le comité de coordination des quatre régions naturelles tout comme les partis politiques, soient pris en compte dans le comité de veille de ces accords.Au niveau de l’assemblée nationale, certains partis de l’opposition ne sont pas représentés.Il faudrait donc que toutes les entités se concertent, voir si certains points des accords sont résolus, voir ceux qui restent à faire et inclure d’autres points comme la crise financière.Autant de propositions qui ont été faites par l’intercentrale.Nous tendons donc la main aussi bien au gouvernement qu’autres entités pour qu’il y ait un dialogue commun.

Avant de terminer, El-hadj Mamadou Sylla vient d’engager une procédure judiciaire contre l’ancien ministre Fodé Bangoura.Quelle votre réaction face à cette affaire ?

Bon je vais réagir à titre personnel, je pense que tout le monde a suivi l’affaire entre Mamadou Sylla et Fodé Bangoura.Dès les premiers jours, l’intercentrale syndicale s’était intercallé pour trouver une solution entre les deux.Nous avons rencontré Mamadou Sylla et Fodé Bangoura.Nous leur avons demandé d’enterrer leurs problèmes personnels pour faire face aux problèmes de la Nation.A l’époque en 2006, il y a avait une crise de riz.Mamadou Sylla nous a dit que c’est Fodé Bangoura qui l’empêche de donner du riz aux travailleurs et quand on a rencontré Fodé Bangoura, il nous a dit que c’est Mamadou Sylla qui mis l’économie guinéenne à genoux.Donc il y a tellement de contradictions, qu’on ne sait plus où se trouve la vérité.En décembre, ils ont engagé une procédure contre Mamadou Sylla, le chef de l’Etat est intervenu.Nous avons dit que nous ne sommes pas contre Mamadou Sylla, nous avons dit que si la justice estime qu’il doit quelque chose à l’Etat ,alors qu’il rembourse !Et si c’est l’Etat qui lui doit, qu’on lui rembourse.La justice a saisi ses biens, après elle s’est désaisie etc…Aujourd’hui, on arrive pas à situer les responsabilités.Donc s’il engage une procédure contre Fodé Bangoura c’est qu’il a des points contre lui, mais s’il s’agit des biens de l’Etat pour l’un et l’autre, il faudrait les rendre à l’Etat.Nous ne sommes pas contre Fodé Bangoura ni contre Mamadou Sylla, mais il faudrait que la justice puisse situer les responsablités et dire au peuple la vérité.

Le mot de la fin….

Mon message c’est celui de la tolérance, du dialogue.Que chacun se ressaisisse.C’est le pauvre, qui est est toujours victime.Ceux qui sont riches ont peu de soucis à se faire.Si le peu qui exisite, nous cassons cela, qu’est- ce qui reste après ?Je suis pour les révendications, les manifestants ont raison de le faire, car qui ne dit rien consent.Mais c’est la manière de faire qui est à déplorer.Il faudrait qu’on puisse discuter sans casser les biens des uns et des autres.Aujourd’hui c’est dommage que l’armée continue de tirer sur les civiles malgrés les excuses qu’elle a présenté aux populations.C’est dommage qu’on règle nos problèmes par la force, par les armes parce que au sein de l’armée, de la police, de la gendarmerie, il y a nos frères, nos sœurs.Je pense que la violence ne résoud rien.Regardez aujourd’hui le Rwanda, le Congo, le Libéria, c’est pas demain qu’ils réussiront à s’en sortir.A Conakry, il y a des guinéens qui dorment dehors, qui vivent au jour le jour.Avec les troubles, ils ne peuvent pas se nourrir.Il faut protester, mais pas avec la violence.Il faut aussi qu’on arrête d’utiliser les jeunes négativement.La jeunesse c’est une force.Il faut que les jeunes comprennent que ce pays les appartient et sa gestion dépendra d’eux demain.S’il n' y a plus rien, je me demande qu’est ce qu'on va leur léguer.Dans les actions positives, ils doivent se positionner, mais dans la destruction, ils n’auront rien à gagner.

Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré
Depuis Genève
Pour Africaguinee.com


  Rubrique: Interview  date: 16-Nov-2008 ŕ 19:24:37  Partager:   :

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