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Colonel Facinet Touré, ancien ministre et membre du CMRN:" Le camp Boiro est un pan de notre histoi


[IMG1]Le Colonel Facinet Touré rompt le silence.L'ancien compagnon du Général Conté lors de la prise du pourvoir par l'armée, revient sur sa détention au Camp Boiro, les tortures infligées aux détenus sous la première république.Aujourd'hui Secrétaire Général de la Grande Chancellerie des Ordres Nationaux de Guinée , le Colonel Facinet Touré revient sur cette page douloureuse de l'histoire de la Guinée.Exclusif!

L’Indépendant : Les victimes du Camp Boiro viennent de commémorer le 37ème anniversaire de ‘’la nuit des fusillades’’. 37 ans après, quels témoignages le colonel Facinet Touré peut-il nous livrer autour de l’histoire de ce tristement célèbre camp Boiro dont vous aviez été un des pensionnaires ?


Colonel Facinet Touré : C’est effectif que j’ai séjourné au camp Boiro par deux fois. En 1961 et 1977 ; pour diverses raisons. D’ailleurs que moi-même je ne comprends pas jusqu’ici. Célébrer l’anniversaire des exécutions du 18 octobre comme les enfants des victimes l’ont fait pour la semaine dernière, je crois que c’est un devoir de mémoire qui nous interpelle tous. Le camp Boiro a fait des victimes dans toutes les familles guinéennes. Il n’y a pas une seule famille qui n’a pas perdu un de ses membres au camp Boiro. Il est vrai que tout le monde ne se manifeste pas, tout le monde n’en parle pas. Mais à côté de ceux qui se manifestent, qui écrivent, il y a bien d’autres très nombreux qui pensent tout bas comme eux, qui se manifestent dans la rue, qui réclament ou revendiquent.


Le camp Boiro est un pan de notre histoire dont nous devrions avoir honte. Parce que c’était le lieu de la bestialité à l’état pur, de la cruauté. Un lieu où l’être humain était avili, chosifié. Parce, que je vous dirais que le quotidien d’un détenu au camp Boiro, au bloc, il faut préciser, parce qu’il y avait le lieu dit « tête des morts » en plus du ‘’bloc’’. Je connais beaucoup plus le bloc où j’ai séjourné. He bien !


Le quotidien d’un détenu là bas se résumait ainsi : d’abord quand on vous arrête, on vous y conduit, il faut avant tout rappeler qu’on vient vous prendre au sein de votre famille. Devant votre femme, vos enfants, sans ménagement, on vous embarque, on ne vous explique pas pourquoi, on vous amène au camp Boiro.

Une fois arrivés à l’entrée du Bloc, le chef de la mission descend et vous l’entendez dire au chef de poste « le colis est là ». A partir de cet instant –ci, le détenu cesse d’être un être humain pour être un colis. Donc une chose. Le chef de poste donne des ordres à sa garde qui se lève, armes au poing. Elle constitue une haie dans laquelle traversent le détenu et son escorte pour aller jusqu’au chef de poste. C’est là que des questions lui sont posées pour qu’il décline son identité, sa filiation etc... Donc tous les renseignements au peigne fin. Au finish, s’il y a une tenue courte bleue de disponible, on la lui donne pour qu’il l’enfile. Sinon, on le laisse en slip et on lui donne un pot de chambre. Il est ainsi escorté jusqu’à sa cellule, qui est déjà préalablement préparée. On lui dit de regarder le chiffre qui est écrit sur la porte de la cellule. Il faut qu’il retienne ce chiffre. Parce qu’une fois qu’il est là dedans, il ne s’appellera plus que par ce chiffre.


Donc on l’enferme, il n’y a pas de natte et il se couche sur un parterre crevassé. Et on écrit sur la porte de la cellule avec la craie blanche la lettre « D ». Jusqu’à la diète d’accueil qui était évidemment toujours de 5 (cinq) jours. Cinq jours on ne vous apporte pas à manger, ni à boire. On n’ouvre même pas pour savoir comment vous vous y trouvez. Les cinq jours passés, on vient vous sortir nuitamment pour vous conduire devant le comité révolutionnaire. Là, vous voyez tout : les sandwichs, de l’eau fraîche, des jus, la cigarette. Toutes choses de nature à tenter quelqu’un qui est resté cinq jours sans manger, sans boire. Et on vous tend un écrit : « lisez ! ».Ça fait cinq jours vous n’avez pas bu, ni mangé. Si vous voulez manger et boire lisez ! Alors quand vous jetez un coup d’œil sur l’écrit qu’on vous tend, mais vous tombez des nues. Vous vous interrogez, en disant c’est quoi ? Mais je suis fou ! Je ne comprends pas. Il y a du n’importe quoi sauf la vérité. Alors si vous résistez, vous refusez de lire ce qui est écrit, on vous transporte à la « Cabine technique » c’était le nom donné à ce lieu. Mais moi, j’ai toujours préféré l’appeler la ‘’Cabine de torture.’’ Il y avait différents modes de tortures. Il y’avait un téléphone de campagne, un « taillis 43 » de (marque soviétique) destiné à l’armée qu’ils utilisaient pour les tortures. On vous fait asseoir, toujours attaché ou menotté et on vous branche des fils sur des extrémités.

Donc les parties sensibles, les orteils, les doigts, les oreilles ou les parties génitales. Et il y a quelqu’un qui tourne la manivelle. Au fur et à mesure que cette manivelle est tournée, évidemment elle produit une onde de courants que vous recevez de partout. C’est douloureux et c’est interminable au fur et à mesure qu’on tourne, vous recevez cette décharge. Il y en a qui sont arrivés avec un cœur malade, sous l’effet de la douleur, ils ont rendu l’âme. C’est pourquoi on ne les a jamais entendus pour la plupart. Si vous résistez c’est jusqu’à un certain temps, cette résistance peut avoir des limites. Vous dites alors écoutez « arrêtez » donnez votre papier je le lis. C’est ainsi qu’on entendait tout ce qu’on entendait : « je me nomme tel, je reconnais, je reconnais… » Des aveux extorqués.


Donc à partir de ce jour là, le détenu est ramené dans sa cellule. Il vit un régime dit « normal ». A savoir, qu’on lui donne à boire et à manger. La journée comme par la vidange (quatre heures, cinq heures du matin voire trois heures du matin), on commence à ouvrir les cellules une à une. La cellule qu’on ouvre, vous êtes escortés avec votre pot de chambre pour aller le vider et le laver. Vous retournez dans votre cellule et on vous enferme. On passe à une autre cellule et ainsi de suite… Vers 10 heures, 11 heures, on vous amène le petit déjeuner. Ce petit déjeuner est composé de quinquelibat vraiment fatigué. Parce que, quand on regardait dans la marmite, on voyait le fond. C’est une eau limpide accompagnée de trois morceaux de sucre et une rondelle de pain. Une miche de pain de 350g était repartie entre 12 personnes. Chaque personne n’avait droit qu’à une rondelle. Là aussi, il y a tout un scénario. Parce que, celui qui vous amène cette eau tiède là qu’on appelle quinqueliba, vient ouvrir la cellule et vous sert dans de vieilles boîtes de lait concentré, rouillées par endroit. Après avoir servi ce quinquelibat, il ferme et s’en va. Celui qui doit amener les trois morceaux de sucre, prend le temps toujours. Il ne vous donne pas la chance de boire cette eau tiède. Il attend qu’elle refroidisse complètement. Il vient par la suite ouvrir la porte et vous jette les morceaux de sucre. Puis il ferme et s’en va.


Et enfin, celui qui doit amener la rondelle de pain, prend à son tour son plaisir avant d’arriver. Voilà le petit déjeuner. Vous restez enfermé comme ça vers les 11 heures, on vient ouvrir pour vous servir de l’eau.

C’est toujours dans les mêmes boîtes et on ferme. Vers 14 heures, 15 heures, quelques fois même à 16 heures, c’est le repas. Mais ce repas était préparé à partir d’une marmite qui prenait 11 seaux d’eau. C'est-à-dire 11 seaux de 11 litres. Ensuite on y écrase quelques poissons. On met du sel et du piment. On laisse bouillir. Quand on vient vous servir votre riz avec cette espèce de sauce, vous regardez votre riz qui n’est même pas regardable. A plus forte raison être digeste. Puis qu’il n’y avait pas mieux, l’instinct de survie vous conduit à manger ce qu’on vous sert. Donc on mange ce qu’on peut manger. Vers 17 heures 30, il y a la relève de la garde. On vient vous compter comme du bétail pour que le chef de poste entrant prenne des consignes. Vous restez ainsi enfermés jusqu’au lendemain encore. Il faut préciser qu’il n’y avait que ce seul repas par jour. Voilà donc le quotidien d’un détenu. En ces lieux, seule la foi était le refuge. C’est pourquoi vous constaterez qu’en menant des enquêtes que beaucoup de personnes sont allé là bas athées, elles en sont sorties très pieuses ; en devenant par la suite musulmans ou chrétiens. C’est pourquoi, même ces rondelles de pain qu’on nous servait, quoiqu’on fût des affamés, on se privait de la mie pour faire des grains de chapelets. C’est là bas qu’il m’a été donné de constater qu’un être humain en bonne santé pouvait rester 18 jours sans manger. Le 19ème jour, il devenait cadavre. Nous avons vu ce spectacle pour l’occasion. Dans la mesure où on décidait quelquefois du sort de quelqu’un par inanition. Donc par la diète. Et c’est cette diète là justement, qu’on appelle la (diète noire). La diète, c’est la privation.

Mais on l’appelait diète noire parce que, c’était jusqu’à ce que mort s’en suive pour l’occupant de la cellule. Et on écrit la lettre « D » par du charbon. Personne ne touchait à la porte de la cellule tant que le détenu bougeait ou y respirait. C’est ainsi que nous avons été amenés à constater dans une cellule de quelqu’un qui était mis à la diète après sa mort qu’il a attrapé des rats d’égouts et les a mangés crûs. Un autre dans sa cellule où se trouvait un pied de soulier en cuir. Après sa mort on constaté qu’il avait rongé le cuir du soulier. Ils sont nombreux ceux qui ont uriné, qui ont bu, qui ont fait caca qui ont mangé. Tout ceci s’est passé en Guinée, notre pays. A une période où ce que nous vivions nous disait que l’homme était le capital le plus précieux de tous les capitaux. A l’homme, certains prenaient plaisir à tuer l’homme comme un petit poussin.[IMG2]


Un prisonnier a été mis à la diète noire jusqu’à ce que mort s’en suive, parce que tout simplement, étant de corvée pour piler le riz, en laissant tomber le pilon par inadvertance, ce pilon a écrasé le poussin du geôlier. Ce dernier lui a mis à la diète jusqu’à ce que mort s’en est suivie. Il est difficile de décrire exactement tout ce qui s’est passé dans ces geôles. C’est très difficile. Mais c’est l’histoire, il faut qu’on en parle. C’est vrai, on dit que si on ne crève pas l’abcès, on ne peut pas sortir le pu. Donc, on ne peut pas panser la plaie.


Mais quelques fois, il est difficile de crever cet abcès là. Parce qu’il y a des vérités qui sont insoutenables. Ils ont fait preuve d’une inhumanité inqualifiable au camp Boiro. On ne me l’a pas conté, je l’ai vécu. Moi je me rappelle, j’étais à mon quatrième jour de diète, quand Abdoulaye (Portos), l’ancien ministre de Sékou Touré y était, est passé derrière ma cellule, parce qu’ils étaient de corvée dans le jardin là bas, il a cogné contre le mur. Ça il prenait des risques. Mais c’était tout simplement pour me dire, Facinet tient bon hein ! C’est la longue marche. Un autre est venu, c’était Bejani qui a été l’intendant de l’armée. Il me dit : « Facinet refuse de mourir. Il faut tenir bon ». Ça, c’était à Boiro. On m’a sorti pour mon premier bain après un mois 26 jours. Sans savon, sans éponge. Il fallait tout simplement que le garde tienne le raccord, m’asperge d’eau alors autour de la borne fontaine, il y avait Monseigneur Tchidimbo Raymond Marie, Gomez, Yoro Diarra, Elie Hayeck, Alhassane Diop, Elhadj Fofana, tous ces grands détenus étaient présents. Puisque le garde a été un peu distrait lorsqu’il a fini de mouiller tout mon corps, il causait avec un de ses copains. Donc j’ai profité de son moment d’inattention et dit de toute façon, ce dont je suis sûr c’est que je ne vais pas durer ici, tous ceux que j’avais cités ci haut m’ont regardé. Toutes ces paires d’yeux étaient braquées sur moi. Pour me dire par la voix de Monseigneur Tchidimbo. Mon frère, nous ne souhaitons même pas que tu fasses encore une heure ici. Mais peut-on savoir pourquoi tu es affirmatif en disant que tu ne vas plus durer ici ? Bêtement j’ai lâché, c’est parce que je n’ai rien fait. Il a répliqué, il dit : « Nous, nous savons que tu n’as rien fait.


C’est pourquoi depuis que tu es là est-ce que un d’entre nous t’a demandé pourquoi on t’a amené ici ? Je dis non ! » Il dit : « Mais nous croyons qu’un cadre comme toi aussi de ton niveau savait que nous aussi nous n’avons rien fait. On te souhaite bonne chance… » Et ils se sont dispersés. Jamais dans ma vie d’homme je ne me suis senti bête, qu’à la minute là. Du dehors avec les arrestations, je me disais quand même, ce n’était pas possible, lui, il n’a pas pu trahir, il n’a pas pu faire...

Par après, je me dis de toutes les façons si on l’a arrêté c’est qu’il y a quelque chose. J’avais ce doute. Mais c’est là-bas que j’ai réalisé que j’ai été tout simplement bête. Alors, je me suis dit donc je vais devenir comme eux. De la borne fontaine quand on me retournait dans ma cellule, je vous assure que j’étais complètement démoralisé d’avoir découvert une telle réalité. Même Lamarana, le petit de 13 ans, qu’on dit avoir été pris dans un arbre en face du 2 août il avait un pistolet « devait attenter à la vie du président, ce qui a servi même pour ficeler le complot soit dit peulh. Ce petit, je l’ai trouvé là-bas, à 23 heures, minuit ou 2 heures du matin, c’étaient des cris d’hystérie. Il dit, vous m’avez dit de faire ça, j’ai fait. Vous m’avez demandé de dire ça j’ai dit. Vous allez me faire ou me donner ça ! Résultat … J’ai fait tout ce que vous m’avez demandé de faire…Vous me prenez, vous m’enfermez et vous ne me libérez pas. Libérez moi ! Naturellement il est resté, on ne lui a pas laissé sortir. Voilà à peu prés ce qu’on peut dire du camp Boiro.[IMG3]


D’autres vous diront d’autres choses. Parce qu’on a jamais vécu la même chose, chacun a vécu quelque chose. Dans la cabine, il y’avait le téléphone de campagne, il y’avait le pneu de camion. Pour ce pneu, on vous ramassait les jambes, on vous les pliait sur la cage thoracique, les genoux sur la cage on vous ficelle comme un saucisson. Donc on vide la cage thoracique de tout cœur. On vous met dans un pneu en vous fouettant, en vous demandant de lire. C’était la deuxième méthode de tortures. La troisième, c’est le fût d’eaux pourries, l’homme est étendu de tout son long, à bras le long du corps, il est attaché et l’on fait un anneau aux chevilles. On le suspend par les chevilles. Il y a un crochet relié à une corde qui passe par une poulie et qui va à la cabine de torture. Selon le bon vouloir de celui qui est là-bas, il donne du mou à la corde, la tête plonge dans les eaux pourries. Qui pénètrent dans les oreilles, dans les narines et partout. Ensuite, on vous tend la feuille. On demande de lire. La quatrième, c’est le granite de Manéah. Allongé sur environ 5 (cinq) à 6 mètres, vous êtes toujours attaché ou menotté, vous êtes mis à genoux sur les granites. On vous oblige à marcher sur les genoux.


Chaque fois que les genoux sont en contact avec ces granites, c’est le sang qui gicle. Voilà ce que moi j’ai trouvé au camp Boiro et ce que je peux dire de ce camp. Beaucoup ont été tués par la diète noire, d’autres étaient extraits de leur cellule pour être fusillés, c’était ainsi et pour tous les jours. C’est au camp Boiro où j’ai eu des problèmes d’yeux. Parce que vous êtes enfermé de jour comme de nuit 24 h/24h, les bruits dans la cour par curiosité, vous voulez voir, il y a de petits trous sur la porte de la cellule. Vous cherchez à voir mais ça fatigue les yeux. C’est pourquoi beaucoup sont sortis de là-bas aveugles. Il y en a qui sont restés aveugles, d’autres paralysés… Moi je n’ai pas la prétention de juger quelqu’un qui a été amené à assumer une parcelle de responsabilité dans la conduite de son pays. Je me suis toujours dit avec philosophie que ce jugement là n’appartient qu’à Dieu. Moi je refuge de juger. Je dis, d’autres l’on dit avant moi, qu’il n’y a pas de pouvoir innocent. Quiconque a assumé une parcelle de responsabilité dans son pays, a quelque chose de quoi s’excuser.


Quand on exerce le pouvoir on représente un régime, un système où on est responsable individuellement, parce que l’acte on l’a conçu soi même, on l’a réalisé, on est donc directement coupable ou c’est venu du système dont on est responsable collégialement. Personne n’est exempt. Si le peuple n’est donc pas tolérant, compréhensif, il y a beaucoup à condamner. Si nous voulons que la vérité jaillisse comme tout le monde le souhaite et le revendique, il est important que les uns et les autres soient préparés, disposés à entendre cette vérité de façon sereine et accorder son pardon à ce bourreau qui s’est repenti.


Qui était donc Facinet Touré sous la 1ere République ?

Sous la première République, j’étais un petit serviteur de ce pays toujours dans les rangs de l’Armée. Il parait que pour certaines qualités qu’on me reconnaissait, je me suis retrouvé après avoir exercé comme administrateur militaire et même financier dans l’Armée, à beaucoup de postes. A un moment donné, il a été décidé de m’élever au rang d’Attaché militaire au cabinet de la Défense. Donc toutes les relations de l’Armée guinéenne avec l’extérieur étaient naturellement gérées par le ministre mais par mon intermédiaire.


Dans quel contexte, colonel vous avez été arrêté ?


Ha !!! Bon j’avoue que le premier contexte en 1961 je n’aime pas trop en parler dans la mesure où il y va de ma dignité. Il est vrai que Bon… Il y a un monsieur au camp Boiro pour qui j’avais beaucoup de respect, étant donné l’écart d’âge qui nous sépare. Un aîné; je le respecte toujours. Chaque fois qu’il est venu à moi pour quelque problème que ce soit, il le sait en son âme et conscience et j’ai trouvé la solution qu’il fallait, m’a toujours remercié. A mon grand étonnement, je ne le sais pas, sur quelle radio on l’a annoncé, Moi je ne l’ai pas entendu, on me l’a rapporté, pour dire que moi j’aurais dit qu’on m’a envoyé au camp Boiro. Alors il l’a dit, pour lui c’est normal qu’on l’envoie au camp Boiro. Parce qu’il a brûlé son fils comme une brochette. Ah !!! C’est une contre vérité terrible de la part de cet homme. Peut-être que même si moi j’avais brûlé mon fils, cela ne regarde que moi c’est mon fils. Mais lui, à un moment il a représenté la Guinée à l’extérieur. Il a été Ambassadeur. Il s’est livré à des actes qui ont porté atteinte à l’honneur de notre pays.


Cet homme, qui était-il?


Pour le moment il se reconnaîtra. Puisque c’est lui qui a accordé l’interview à une radio de la place. Il est là et continue à vivre. Cela dit en 1961, on nous a pris ici pour nous envoyer dans le cadre de l’ONU au Congo Léopoldville de Lumumba, le contingent Guinéen a commencé à s’embarquer d’ici du 20 au 25 juillet. Nous y avons séjourné six mois et revenus le 8 février 1961. Il s’est trouvé que certains tenants du régime donc des ministres, qui devaient s’ériger en policiers de nos familles, de nos biens, parce qu’ils nous ont envoyé en mission à l’extérieur du pays, étaient plutôt ceux- là qui ont tenté de porter atteinte à l’honneur de ma famille. Alors quand je suis revenu, j’ai appris tout cela. Pas de gaieté de cœur, j’ai cherché celui qui était l’envoyé de ces ministres –là ; pendant trois mois je le cherchais. A l’époque j’étais sergent –chef, bagarreur. Je l’ai coincé en ville ici, je suis descendu de mon véhicule et allé me mettre devant lui, en disant sergent chef Facinet Touré, ça vous dit quelque chose, il dit non. Je dis bon, je suis le mari de la femme dont vous vous êtes moquée.

Parce que j’étais absent. Quelle femme ? Je lui ai donné un coup de tête. Il a saigné et a crié comme un veau. Les gens sont accourus pur me l’enlever. Il avait du sang sur la chemise. Il est allé voir naturellement ses patrons qui ont téléphoné à mes chefs. Sans expliquer exactement de quoi il s’agissait. Voilà comment on est venu me ramasser, on est allé m’enfermer au camp Boiro à l’époque les cellules étaient en construction. Le second cas en 1977, on préparait le festival de Lagos festival 77 comme ils l’ont appelé. Comme on a tenu à jouer la pièce Thiaroye qui était essentiellement militaire. Donc on a demandé à l’Armée de fournir des officiers politiquement et intellectuellement bien formés. Pour aider à monter la pièce. Moi j’ai été choisi par mon ministre et envoyé. Des mois durant, on a travaillé ici sur cette pièce, puis nous sommes allés à Lagos. Mais en allant à Lagos j’ai un de mes camarades de promotion de l’école des officiers, Oumar Diakité, qui a son petit frère à Lagos comme professeur d’Anglais. Donc il m’a donné une lettre pour son frère, moi je suis parti avec cette lettre. Mais nous, les cadres de la pièce Thiaroye n’avions fait que 7 jours à lagos. On a fini de jouer et on est rentrés.


Dans ce laps de temps, je n’ai pu voir le destinataire de la lettre. Je parlais de cela, il y avait un commissaire de police (paix à son âme) Bangaly Fodé Dioubaté. Il me dit, frère Djigui je le connais. Il a même été mon camarade de promotion, je lui explique que c’est son grand frère mon ami qui m’a remis cette lettre pour lui, je n’ai malheureusement pas pu le voir. Puisqu’on n’est même pas sortis en ville. Il me dit : puisque nous, nous sommes ici pour le moment, laisse-moi la lettre. Ce que j’ai fait. C’est ce commissaire qui, après mon départ de Lagos, a vu Djigui …

Pour aider à monter la pièce. C’est ainsi que j’ai été choisi par mon ministre et envoyé. Des mois durant, on a travaillé ici sur cette pièce. Puis nous sommes allés à Lagos. Mais en allant à Lagos, j’ai un de mes camarades de promotion des écoles des officiers, Oumar Diakité, qui a son petit frère qui vivait à Lagos comme professeur d’Anglais. Donc il m’a donné une lettre pour son frère. Moi je suis parti avec cette lettre. Mais nous les cadres de la pièce ‘’Thiaroye’’ n’avions fait que sept (7) jours à Lagos. On a fini de jouer et on est restés. Dans ce laps de temps je n’ai pas pu voir le destinataire de la lettre. Je parlais de cela en présence d’un commissaire de police (paix à son âme), Bangaly Fodé Dioubaté. Il me dit ‘’Frère, Djigui, je le connais. Il a même été mon camarade de promotion’’. Je lui ai expliqué que c’est son grand frère ‘’mon ami’’ qui m’a remis cette lettre pour lui. Je n’ai malheureusement pas pu le voir.[IMG4]

Puisqu’on n’a même pas été faire un tour en ville. Il me dit : ‘’puisque nous, nous sommes ici pour le moment, laissez moi la lettre’’ ce que je fis. C’est ce commissaire qui, après mon départ de Lagos, a vu Djigui et lui a transmis la lettre tout en lui précisant que c’est moi qui lui ait chargé de déposer la lettre à son niveau. Djigui, lui, aurait confirmé que je suis effectivement l’ami de son grand frère. Et d’ajouter ‘’je n’ai pas suffisamment d’argent disponible à envoyer à mon frère. Je vais néanmoins te remettre 100 Naïras pour lui. Soit à peu près 3.500 Syli à l’époque. Bangaly Fodé lui répondit : ‘’écoute Djigui, j’ai ma voiture qui a des pannes de pièces. On va au marché, tu vas payer ces pièces pour moi. Arrivé en Guinée, moi je remettrai la contre valeur à ton frère’’. Ainsi dit, ainsi fait. Bangaly Fodé arrive à mon insu en Guinée, il paraît qu’il m’a appelé deux fois sans pouvoir me joindre. Il s’est dit, bon, je ne vais pas garder cet argent là. Il ne faudrait pas que je l’utilise autrement. Je m’en vais chercher le destinataire. Parce qu’on lui avait dit de passer par moi. Il cherche et trouve le destinataire. Il dit bon, on m’avait dit de passer par le frère Facinet. Mais comme il est occupé je n’arrive pas à le voir.

Je n’utiliserai pas cet argent. C’est pourquoi je vous ai cherché. C’est votre frère qui m’a remis l’argent, dit-il. Voilà, voilà comme ça s’est passé. Ceci également s’est effectué à mon insu. C’est après tout cela qu’on est venu me ramasser. J’étais avec ma femme et mes enfants au Camp Samory. Et on va m’enfermer. Quand on nous a envoyés à l’interrogatoire, je dis ‘’nous’’ parce que après moi, j’ai vu ce commissaire aussi arriver menotté.

C’était en quelle année ?

En 1977. Donc il y a avait deux lettres. Une était destinée au commissaire, l’autre au destinataire de l’argent, le capitaine Oumar Diakité. On nous dit de lire ces deux lettres On les lit. Et je m’aperçois que dans les deux lettres mon nom y est mentionné. ‘’Comme convenu tu verras le frère Facinet pour qu’il te conduise à mon frère où tu lui donnes l’argent pour remettre à mon frère. A son frère il dit : « Bon, j’ai remis tant à tel, il va remettre au frère Facinet pour toi ou alors lui-même Frère Facinet, va remettre l’argent à l’ayant droit… » J’ai répondu et dit : « l’auteur ; je le connais, c’est le petit frère d’un ami, c’est mon frère. Le contenu je l’ai lu mais je n’y comprends que dalle ». C’est là que le commissaire a pris la parole pour dire qu’il comprend maintenant. Et il a expliqué tout ce que je vous ai dit tantôt, comment ça s’est passé.

Alors, quand il a fini, j’ai répliqué en disant, si on m’avait dit que dans mon pays, on peut prendre un simple individu dans la rue, un homme ‘’Lambda’’ et qu’on vienne l’enfermer à Boiro. Qu’on le traite comme on m’a traité, je dis j’aurais juré que non. A plus forte raison un cadre de mon niveau qu’on connaît. ‘’Oui, bon ! Il y a eu des erreurs mais… De toute façon tu peux téléphoner à ta famille, on va te libérer ? Je dis, quand vous me libérerez, ma famille va me voir. Je ne téléphone à personne. On nous a retournés dans nos cellules. C’est là que nous sommes restés. Cela faisait trois mois (26-28) jours. A l’époque, Amneststy International faisait une grande campagne pour venir en Guinée, visiter les prisons politiques. Ah ! Les tenants du régime ne voulaient que cela ait lieu. Donc, je ne sais pas comment ils ont réussi à faire intervenir les américains. Et ceux-ci ont posé une condition.

A l’époque, les avions soviétiques transitaient ici pour l’Angola. On avait même créé le dépôt de carburant à Sans-fil où il y a les entrepôts de PAM. Ces dépôts servaient à alimenter les gros porteurs soviétiques pour l’Angola. Puisque les américains voulaient mettre un terme à cela, (donnant – donnant) la Guinée interrompt le transit de ces avions soviétiques. Les américains à leur tour interviennent pour calmer l’ardeur de Amnesty International. Amnesty devait quand même venir. Ils ont donc eu le temps de vider toutes ces prisons politiques des gens comme nous. On viendra nous dire ceci : ‘’vous aller sortir aujourd’hui et on nous prend pour nous embarquer dans un camion la journée pour venir nous déposer dans la cour la sûreté. Là, le régisseur qui nous reçoit, je vous précise est un camarade à moi que j’avais fait nommer quand le ministère de l’Intérieur nous a demandé des officiers pour gérer des prisons. Puis il commence à expliquer. Et là on prend une liste qui nous accompagnait. C’est avec cette liste qu’on me dit que j’ai été arrêté à la frontière. Je suis condamné à un (1) an de prison avec comme motif ‘’sortie clandestine’’.

Alors que j’avais épuisé combien de passeports. Parce que j’étais toujours auprès des délégations du comité de libération de l’OUA. Je faisais partie de toutes les délégations guinéennes, au sein de ce comité. Je dis non, en criant dans la Cour. Je dis (qu’on me condamne même à mort, je m’en fou et que Dieu jugera). Mais pas sur des bases aussi mensongères. On vient me prendre, je suis avec ma famille au camp, on me dit qu’on m’a pris à la frontière, sortie clandestine, moi ? J’ai crié ! Le régisseur même a pris peur. Il dit ah : ‘’je vous ai dit ça vraiment parce que je suis très proche de vous, on est liés, sinon je ne devais même pas le dire’’. Je me suis calmé. Mais tous ceux qui venaient me voir, je leur racontais la vie carcérale du camp Boiro. Il me dissuadait en me disant « mon ami tais toi… » Et je répondais, on m’emprisonne, on veut me museler ? Je dirais tout ce que j’ai vu. Parce que ce n’est pas humain.[IMG5]

Un jour, on vient me dire de faire une demande de grâce au président de la République. Je dis, ils m’ont condamné à un an de prison et il me reste combien maintenant ? Et j’ai dit même s’ils communiaient cette peine en condamnation à mort à exécuter sur le champ, j’ai juré que je ne demanderais pardon. Qu’on me tue, je ne demanderai à personne. Pour la bonne et simple raison que je n’ai rien fait de répréhensible. Cela fit tellement de bruits que le directeur de l’administration pénitentiaire à l’époque, qui était le capitaine Finando, un autre camarade, a reçu l’ordre de nous éloigner de Conakry. On était trop remuants. Ce dernier viendra nuitamment me dire : ‘’je t’ai dit de te calmer, tu n’as pas voulu, maintenant j’ai reçu l’ordre de vous éloigner de Conakry. Mais toi, je ne peux le faire comme ça, sans venir te demander où tu souhaiterais aller. Quelle prison. Je réponds la plus proche de Conakry, puisque ma famille est à Conakry. C’est ainsi qu’on a été envoyés à Dubréka. Là évidemment, le premier jour, on a dormi dans cette prison. Mais dès le lendemain, on ne dormait pas dans la prison. On a pris des maisons, les autorités auxquelles j’avais été recommandé par certaines personnes, ont envoyé me chercher. Je les ai fait savoir que je suis prisonnier, celui qui veut me voir vient à la prison. Moi je ne vais chez personne. C’est ainsi j’y ait fait tout mon séjour. Ensuite on nous apprend que nous sommes graciés par le président de la République à l ‘occasion d’une fête. Mais j’avais juré ne jamais plus servir la nation guinéenne, parce que étant déçu. Je l’ai dit, je préfère vivre à coté de ma femme, ma famille, plutôt que de travailler.

A vrai dire, tous les détenus du Camp Boiro étaient-ils tous des victimes ?

Oui. En attendant que je sois convaincu du contraire. Je le crierai haut et fort. Pour moi, jusqu’à preuve du contraire, ils ont été des victimes. Qu’on dise ou crie (complot, complot), ça dépend de ce qu’on rajoute à ce concept. Que veut-on dire par complot ? Que l’ancien colonisateur n’ait pas digéré qu’on l’ait bouté hors de notre pays et qu’il entreprenne quelque chose pour reconquérir la Guinée, je ne l’exclus pas. Mais dire qu’il y a eu en Guinée des patriotes à sa solde ? Non ! Je n’y crois pas. Il suffisait tout simplement que vous soyez brillant. Et voilà on cherche une occasion pour vous éteindre. Comme l’a dit Portos dans son livre « La vérité du ministre » en Guinée à l’époque, toutes les herbes devaient avoir la même taille. Celles qui dépassent les autres, on les coupe. Je le dis très sincèrement, j’attends qu’on m’apporte les preuves qu’il y a eu complot en Guinée. Jusqu’à la preuve du contraire, je refuse de croire qu’il y a eu complots. Au sens où ils l’entendent.

Voulez-vous insinuer que le régime défunt s’est servi des évènements de 1970 pour liquider pas mal de cadres guinéens ?

Mais on le sait. Toutes ces révolutions, on l’a dit, se nourrissent de leurs enfants. La révolution guinéenne ne fait pas exception à cela. Comme ailleurs les autres révolutions se sont nourries de leurs propres enfants, la révolution aussi avait fait la même chose. Toutes les occasions étaient bonnes pour faire disparaître certains.

Qui tenez-vous pour responsable(s) de tous ces actes de tortures et violations des droits dont étaient victimes ces détenus ?

Comme je l’ai dit tantôt, il y a des responsabilités collectives ou collégiales et des responsabilités individuelles. Tous ceux qui ont assumé une parcelle de responsabilité y compris moi. J’ai été ministre dans ce pays là. Tous ceux qui, à l’époque, étaient ministres, avaient la voix au chapitre, pour moi ils sont responsables. Tout à fait.

A la célébration du 37e anniversaire de la nuit des fusillades au Camp Boiro, vous avez dit ceci : ‘’le peuple a accepté le pardon, mais quelque part que c’est l’Etat qui n’a accompagné…’’Qu’avez-vous voulu dire par là ?

Cela est vrai. Parce que, quand nous avons pris le pouvoir, nous avons tout de suite demandé au peuple de pardonner. Puisque, nous étions conscients de toutes les horreurs qui se sont produites dans ce pays. Si on ne pardonne pas, la coexistence même était impossible. Il faut pardonner. Le peuple a accepté, encouragé et soulagé, par ce qui s’était passé. Mais on devait accompagner le peuple dans cette acceptation. Ces disparus, on a les rues, les édifices publics, il fallait les baptiser de leurs noms. C’est une façon de les réhabiliter. Donner la pension aux familles, qu’on fasse en sorte qu’ils soient reconnus comme des victimes. Mais rien n’a été fait quand j’ai tenté la réhabilitation de Telly à l’OUA. C’est vrai, je savais que je n’allais pas réussir. Car il y a tellement de levées de boucliers. Mais c’était un premier pas, en faisant figurer la question dans les procès verbaux du sommet. Il y a eu la réplique pour dire ‘’mais tu demandes à ce qu’on réhabilite Telly ici chez vous, qu’est ce que vous avez fait ?’’ ça c’était une vérité. C’est par après, que ce boulevard a porté son nom. Pour moi les hôpitaux, tous les grands édifices publics devaient aujourd’hui porter leurs noms. C’est une façon de les réhabiliter. C’est comme je l’avais souhaité aussi, écrire un libre blanc qui aurait été l’antithèse du livre blanc (cinquième colonne).

Malheureusement, le projet a été aussi à ce niveau étouffé. On n’a pas pu évoluer. Alors que moi je présidais la commission, le Pr Djibril Tamsir Niane était le vice président, Tayiré Diallo était le secrétaire général. On avait fait une bonne moisson d’informations. On avait identifié certains charniers. On possédait des témoignages sonores, sans passion, qui auraient fait la part des choses pour toute personne qui veut s’informer, qu’elle vienne écouter, voire, lire. Et les charniers qu’on avait campés, on a proposé de les ménager, mettre des stèles pour graver les noms de ceux qui reposaient- là. Afin que les familles viennent s’y recueillir. Le Camp Boiro maintenant, il y’a une statue géante à la mémoire de tous les disparus. Naturellement dans mon entendement, la cabine de tortures devait être conservée, les cellules aussi. Oui, parce que, c’est un pan de notre histoire. Si tout ce qui nous rappelle en ce moment de notre histoire là disparaissait, les générations futures risquent de répéter les mêmes choses.

Vous avez tout de suite indiqué qu’un collège d’écrivains avait été mis en place pour tenter de perpétuer les mémoires du Camp Boiro. En attendant que cela ne se concrétise, vous personnellement, songez-vous écrire dans ce sens ?

Eh bien ! Ce n’est pas seulement le Camp Boiro. Disons, que j’ai fini d’écrire maintenant mes mémoires. J’ai 688 pages manuscrites aujourd’hui. J’ai pris contact avec pas mal de Maisons d’édition en France. Je crois que celle qui emporte mon adhésion, ce serait certainement Kalmann- Lévy qui me bouscule d’ailleurs. Je me demande encore ce que je peux tirer de cette œuvre. Ce n’est pas pour la valeur marchande que j’ai écris. J’ai écrit pour l’histoire. Mais il y a un certain nombre de choses qui me bloquent, m’empêchent encore d’aller à l’édition.

Pour quelle (s) raisons ?

D’abord la première raison, il faut reconnaître sans fausse note, que le Guinéen ne tire jamais les leçons de l’histoire. La dernière, les générations montantes ne lisent pas. Lire, ce n’est pas leur affaire. J’ai fini d’étudier, il me faut un job et voilà c’est tout. Alors qu’ils ont fini soi disant d’étudier, mais ils sont porteurs de connaissances branlantes. Si on écrit pour cette jeunesse qui ne lit pas, qui ne s’intéresse pas, à quoi bon ? En fin, la troisième, c’est un conseil du président Houphouët Boigny (Paix à son âme). J’ai dirigé une mission en Côte d’Ivoire. Après que le président ait reçu toute la délégation, comme il se doit, on a congédié les membres de la délégation et je suis resté en tête à tête avec lui. Il m’a entretenu sur beaucoup de sujets. Des sujets divers, variés et intéressants. Il a parlé de tous ces grands hommes qui ont fait beaucoup de choses pour leurs pays. C’était si intéressant et riche que suis resté suspendu à ses lèvres. Quand il s’est arrêté, je dis Monsieur le Président excusez moi. Pourquoi vous n’écrivez pas vos mémoires. Il me dit que je n’écris pas. Il me demande, quels sont les deux plus grands hommes du monde ? Je dis Ah ! C’est une colle. Il répond que c’est Jésus et Mohamed (PSL). Il m’interroge, est-ce qu’ils ont écrit ? Je dis non. Donc la postérité n’a qu’à écrire ce qu’elle aura retenu de moi. Moi, je n’écris pas.

Ensuite il me dit, tu me dis d’écrire mes mémoires. Si je dois écrire mes mémoires, n’est-ce pas la vérité que je dois écrire ? Je dis bien sûr, M. le président. Il demande la vérité est-elle bonne ? Je répondis oui. Lui il a ajouté, ‘’pas quand elle ne construit pas’’. Je dis, mais je ne vous comprends pas. Il dit, en Guinée vous avez aimé Sékou Touré au point de le défier oui ou non ? Je dis oui Mr le président. Il dit, si dans mes écrits, je vous présentais l’autre facette de Sékou Touré que vous n’avez pas connue et que vous arriviez à le détester, est-ce que j’aurais construit ? Il dit, alors tu es jeune pour ta gouverne, le jour où il te viendra à l’idée d’écrire tes mémoires, penses bien à ce que je viens de dire. Si tu veux parler d’un homme, mesure l’impact de ton écrit sur sa vie, celle de sa famille et partant, toute la nation s’il est responsable. Il dit, si l’impact est négatif abstiens-toi d’écrire. Cette vérité là ne l’écrit pas. Si l’impact n’est pas négatif, donne libre cour à ta plume. C’est le président Houphouët que je cite ainsi.

Et comme moi j’ai commencé à écrire, je suis sorti du gouvernement le 6 février 1992, j’ai commencé à écrire la semaine qui a suivi. Dans ma retraite, dans ma plantation, j’écrivais à partir de 3 heures et demi, 4 heures du matin. Mon plan, j’ai ouvert une toute petite fenêtre sur la fin du règne colonial. Et j’ai fait un survol de l’indépendance guinéenne, de la révolution et tout ; jusqu’au jour où l’armée est intervenue pour prendre le pouvoir et jusqu’au jour où moi-même je suis sorti du gouvernement.


Propos recueillis par Camara Moro Amara Et Samory Kéïta
Source:L'indépendant


  Rubrique: Interview  date: 06-Nov-2008 à 14:06:34  Partager:   :

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