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Hadja Rabiatou SĂ©rah Diallo de la CNTG:"On a dĂ©noncĂ© beaucoup de maux qui continuent aujourd’hui Ă  p


[IMG1]L'intercentrale syndicale suit de prÚs les évÚnements politiques en Guinée.Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la CNTG réagit face au bilan mitigé du gouvernement d'Ahmed Tidiane Souaré.Dans cet entretien, la porte-parole de l'intercentrale syndicale nous explique les révendications des syndicats, et ses inquiétudes face à la situation politique en Guinée.Exclusif!

L’IndĂ©pendant : Le 7 octobre dernier, l’Inter centrale syndicale a cĂ©lĂ©brĂ© la JournĂ©e internationale du travail. Qu’est-ce qui explique la puissante mobilisation des syndicats guinĂ©ens ?

Hadja Rabiatou Serah Diallo : Il faut d’abord rappeler que c’est la ConfĂ©dĂ©ration syndicale internationale qui a pris en 1999, lors du congrĂšs d’unification qui a eu lieu Ă  Viennes, l’initiative de commĂ©morer la journĂ©e du 7 octobre comme une journĂ©e mondiale sur le travail dĂ©cent pour tous. Cette journĂ©e a Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ©e dans plus de 100 pays dans les cinq continents. Ce combat doit permettre Ă  tout travailleur d’accĂ©der Ă  un salaire digne afin qu’il ne se prostitue pas. Il doit permettre au travailleur et Ă  la famille de vivre dĂ©cemment. En prenant aujourd’hui l’exemple de notre pays, le travailleur est condamnĂ© de se prostituer Ă  cause de son salaire dĂ©risoire.

Cette grande mobilisation s’est matĂ©rialisĂ©e le fait que nos dĂ©lĂ©guĂ©s sillonnent les grandes villes de l’intĂ©rieur du pays pour dĂ©multiplier le contenu du travail dĂ©cent. Pour cela, nous avons confectionnĂ© des dĂ©pliants, des Tee-shirts, des casquettes. Mais aussi des thĂšmes seront dĂ©veloppĂ©s pour que chacun soit au mĂȘme niveau d’information. C’est dans ce cadre que nous avons dĂ©posĂ© un nouveau cahier de revendications parce qu’il y a des frustrations liĂ©es aux dĂ©tournements de deniers publics et Ă  l’impunitĂ© Ă  ciel ouvert qui doivent cesser. Il faut que les gens soient sanctionnĂ©s quand ils fautent. Il faut maintenant rompre avec la corruption. La rĂ©partition de la richesse nationale doit ĂȘtre Ă  tout bout de champ Ă©quitable entre pauvres et riches. Aujourd’hui, il faut nĂ©cessairement que tous ces comportements rĂ©trogrades cessent sans quoi nous ne pourrions jamais rĂ©aliser les rĂȘves d’un travail dĂ©cent. Vous avez dĂ» remarquer que nous avons dĂ©noncĂ© les dĂ©corations fantaisistes, pour des gens qui n’ont rien posĂ© de positif pour ce pays. Certains parmi eux ont peut-ĂȘtre Ă©tĂ© dĂ©corĂ©s Ă  cause de leur refus de payer les travailleurs.

Quels sont les principaux points qui composent votre cahier de revendications ?

D’abord, il faut rappeler qu’il existe dĂ©jĂ  des accords signĂ©s qui n’ont pas Ă©tĂ© appliquĂ©s. A cet effet, nous avons demandĂ© l’application correcte de ces accords. Egalement, nous avons exigĂ© Ă  ce que le ComitĂ© de veille qui Ă©tait lĂ  reprenne ses activitĂ©s. On vient de m’informer que le 24 octobre prochain nous sommes convoquĂ©s par le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale Ă  cette fin. Par ce qu’à travers cette structure, on peut attĂ©nuer les tensions en trouvant des solutions alternatives. Nous avons rĂ©clamĂ© qu’un mois de bonus soit versĂ© Ă  tous les travailleurs guinĂ©ens. Puisqu’à l’occasion de la cĂ©lĂ©bration du Cinquantenaire de notre pays, les fonctionnaires bien qu’ils n’aient pas perçu leur salaire ont su se montrer dignes et patriotes en acceptant de participer aux festivitĂ©s de ce 2 octobre. Nous avons aussi dĂ©posĂ© un mĂ©morandum concernant le secteur minier. Parce que vous n’ĂȘtes pas sans savoir que le secteur minier est le poumon de l’économie guinĂ©enne. A ce niveau, il se passe des choses inadmissibles. Nous y sommes revenus sur la rĂ©vision des contrats et conventions miniers. Nous avons exigĂ© que nous soit donnĂ©e la suite rĂ©servĂ©e Ă  ce mĂ©morandum. « Sinon le secteur minier risque d’aller en grĂšve ». Nous avons demandĂ© Ă  ce que la crĂ©ation d’un ministĂšre de la RĂ©conciliation nationale favorise l’opĂ©rationnalisation de la Commission d’enquĂȘte instituĂ©e pour faire la lumiĂšre sur les tueries lors des Ă©vĂšnements de janvier-fĂ©vrier 2007. Pour que ce dĂ©partement soit fort, il faudrait que justice soit rendue. Que ceux qui se sont rendus coupables d’actes criminels rĂ©pondent devant la loi de leur forfaiture. Faute de quoi, je me demande comment on pourrait atteindre les objectifs de cette rĂ©conciliation. Nous avons aussi touchĂ© la question de la jeunesse. Dans les villes et villages aujourd’hui, le taux de criminalitĂ© et d’insĂ©curitĂ© flambe. Parce que tout simplement les jeunes sont laissĂ©s pour compte. Certes qu’un dĂ©partement chargĂ© des Emplois jeunes a Ă©tĂ© créé amis il faut avoir des politiques qui puissent amener les jeunes Ă  avoir des initiatives devant crĂ©er des emplois dĂ©cents. Notre pays est devenu aujourd’hui la plaque tournante de la drogue dure. Comme consĂ©quence, beaucoup de jeunes se trouvent versĂ©s dans la consommation et le trafic de la drogue. Il a Ă©tĂ© par ailleurs demandĂ© que la population cesse de se rendre justice. Pour cela, nous exigeons que la justice soit crĂ©dible. Faute d’une justice crĂ©dible, les populations pour faire entendre leur droit prennent toujours les pavĂ©s. Nous avons suivi les Ă©vĂšnements de Kindia, du carrefour Bambeto, en passant par la BelleVue.

Les populations sont descendues dans les rues pour revendiquer. « On a mĂȘme l’impression que l’Etat est devenu une tortue ». Si vous ne mettez pas la pression, il vous ignore.

Etes-vous d’accord avec le principe de la cĂ©lĂ©bration du Cinquantenaire ?

CĂ©lĂ©brer cette date et la cĂ©lĂ©brer tel qu’on l’a vu, font deux. Moi, je suis d’accord avec le principe de cĂ©lĂ©brer cette date. Parce que c’est au prix d’énormes sacrifices que nous avons arrachĂ© cette indĂ©pendance. En soi, cela reprĂ©sente un acquis inestimable. Nous avons ouvert ainsi la voie Ă  d’autres pays africains. Je pense donc que cette date mĂ©rite d’ĂȘtre fĂȘtĂ©e. Nous devons mĂ©diter Ă  la faveur de cette cĂ©lĂ©bration, pour savoir qu’est-ce qu’on a pu poser hier, qu’est-ce qu’on est en train de poser aujourd’hui et qu’est-ce qu’on doit poser demain pour la prospĂ©ritĂ© et le mieux ĂȘtre du peuple. On doit chercher Ă  savoir pourquoi en tant que prĂ©curseur des indĂ©pendances africaines, nous n’arrivons pas jusqu’à prĂ©sent Ă  dĂ©coller. Je pense que c’est l’opportunitĂ© pour tout guinĂ©en d’évaluer objectivement notre parcours pendant les 50 ans. Mais la façon dont on a organisĂ© ce cinquantenaire n’était pas la bonne. Il s’est passĂ© plein de choses dĂ©sagrĂ©ables Ă  cette fĂȘte. C’est pratiquement 50 annĂ©es de misĂšre que nous avons fĂȘtĂ©. Concernant les dĂ©corations, je vous ai dit qu’il y a certes des personnes qu’on a dĂ©corĂ©es qui le mĂ©ritent. Mais il y a eu aussi des dĂ©corations fantaisistes car plein de gens qui n’ont pas ce mĂ©rite ont Ă©tĂ© rĂ©cipiendaires. Ce, en occultant dangereusement les pionniers mĂȘmes de l’indĂ©pendance. Ce n’est pas par rapport Ă  nous leaders syndicalistes que nous dĂ©nonçons certaines dĂ©corations survenues Ă  ce cinquantenaire. Qu’on sache tout de mĂȘme que le mouvement syndicaliste a Ă©tĂ© au cƓur du combat pour l’indĂ©pendance de la GuinĂ©e. Certains syndicalistes morts auraient pu ĂȘtre dĂ©corĂ©s Ă  titre posthume. Il y a mĂȘme de vieux syndicalistes qui vivent encore et qui ont Ă©tĂ© ignorĂ©s. Le premier prĂ©sident de la RĂ©publique a Ă©tĂ© lui-mĂȘme un grand syndicaliste dans ce pays.

Comment appréciez-vous la gestion du gouvernement de Dr Souaré Ahmed Tidiane plus de 100 jours aprÚs sa nomination?

Je ne dirais pas que nous avons satisfait Ă  cent pour cent. Les tares persistent toujours. C’est pourquoi, il ne faut pas baisser les bras . Nous avions pensĂ© que les Ă©lections lĂ©gislatives allaient apporter beaucoup de changement. HĂ©las ! Nous venons d’apprendre qu’elles sont reportĂ©es au premier trimestre de 2009 alors qu’elles devaient ĂȘtre organisĂ©es depuis 2006. On se pose maintenant la question de savoir s’il y aura amĂ©lioration. On a dĂ©noncĂ© beaucoup de maux qui continuent aujourd’hui Ă  persister. C’est le cas de la corruption, des dĂ©tournements, de l’insĂ©curitĂ©, et. Il faut que les politiques jouent leur partition pour que les Ă©lections aient finalement lieu.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que le mouvement syndical est en perte de vitesse surtout depuis le départ de Kouyaté ?

Nous ne sommes pas en perte de vitesse. Ceux qui pensent ainsi se leurrent. Nous avons pensĂ© qu’il faille changer les mĂ©thodes de travail et de gestion du pays. Nous pensons que c’est l’intelligence qui doit nous amener au changement. Nous ne voulons pas qu’il y’ait des violences et qu’il y ait d’autres victimes. Parce qu’en cas de troubles et de violences, ce sont les plus pauvres qui payent. Mais les syndicats n’ont pas baissĂ© les bras dans le cadre de la protection des pauvres.

Aujourd’hui, comment sont vos rapports avec Elhadj Mamadou Sylla qui est dĂ©sormais le seul maĂźtre du Patronat ?

Ne m’emmenez pas sur le terrain du Patronat, moi je parle ‘’syndicats’’. Et je sais que les accords ont Ă©tĂ© signĂ©s avec le patronat qui Ă©tait dirigĂ© par M. Youssouf Diallo. Aujourd’hui, ce patronat a changĂ© de nom pour devenir le Patronat des entreprises. Donc tous les GuinĂ©ens savent aujourd’hui qu’il y a deux (2) Patronat en RĂ©publique de GuinĂ©e. Mais nous, pour l’instant, nous avons signĂ© des accords avec quelqu’un. Et c’est avec ce Patronat que nous tenons Ă  aller jusqu’au bout et atteindre les objectifs de ces accords signĂ©s.

Suite Ă  la levĂ©e de l’interdiction d’exportation et de rĂ©exportation des produits halieutiques et forestiers, vous ne craignez pas que la fermeture annoncĂ©e de certaines PME ne fasse de nouveaux chĂŽmeurs ?

Nous allons lutter. Nous sommes Ă©lus pour ça, pour dĂ©fendre les travailleurs. En tout cas, ces problĂšmes ont Ă©tĂ© posĂ©s au gouvernement et en particulier au Premier ministre. Pour ce qui est de l’arrĂȘtĂ©, il reste valide jusqu’à fin dĂ©cembre. Les syndicalistes s’étaient soulevĂ©s au temps de KouyatĂ© pour dire qu’il faut le proroger encore pour six (6) mois. Mais, on est parti au delĂ  de six mois. Donc lĂ  aussi, vous savez que nous sommes membres Ă  part entiĂšre de la CEDEA. En toutes choses, il y a des limites ; il y a des prĂ©cautions qui devraient ĂȘtre prises, c'est-Ă -dire par exemple, qu’il y’ait des accords, que tous les produits ne sortent pas. On avait dit dans le protocole que 30 Ă  40% devraient rester pour le peuple guinĂ©en. Regardez par exemple, la Chine n’exporte pas tout son riz. Elle laisse une partie du riz Ă  sa population. C’est une question d’organisation, il suffit seulement de s’organiser. Par exemple, si vous prenez le cas de la pĂȘche, il y a certains poissons qui ne sont pas utilisĂ©s par nos populations, mais qui ont une valeur Ă  l’extĂ©rieur. Si on bloque cela, c’est au dĂ©triment du pays. C’est comme le petit piment ou la pomme de terre, on ne peut pas consommer tout ce qui est produit en GuinĂ©e. Il s’agit de savoir la quantitĂ© qui doit rester pour le peuple de GuinĂ©e, parce que nous ne devons pas mourir de faim. Nous, nous luttons pour ça. Nous avons dit qu’il faut promouvoir l’agriculture, amener des engrais, etc. pour aider et encourager les paysans Ă  cultiver, Ă  faire la pĂȘche.

Propos recueillis par Amara Moro Camara
Source:L'indépendant, partenaire de Guineeactu.com et d'Africaguinee.com

  Rubrique: Interview  date: 24-Oct-2008 à 19:49:47  Partager:   :

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