Detail de la News

Sidya Touré, leader de l'UFR:"L’arrivée de Souaré marque une reprise en main de la situation par le


[IMG1]De passage à Paris, Sidya Touré de l'Union des Forces Républicaines(UFR) affiche son pessimisme quand à la marge de manoeuvre du premier ministre Ahmed Tidiane Souaré.Selon lui, le changement en Guinée est conditionné par le départ du Président Conté...

Jeune Afrique : Que pensez-vous de la situation actuelle de la Guinée, alors que le pays semble de nouveau plongé dans un cycle d’émeutes et de répression ?

Sidya Touré : On assiste à la déliquescence de l’État guinéen. L’inexistence d’un État organisé, la crise de leadership et l’incapacité à réformer ont généré une inflation galopante, un chômage généralisé et une paupérisation de la population. L’absence du chef de l’État a achevé de convaincre qu’il n’y a plus de capitaine sur le navire. D’où les soulèvements actuels.

Cette absence d’autorité a-t-elle contribué à faire du pays une passoire pour le trafic international de drogue ?

La Guinée est en train de devenir un narco-État. Des avions en provenance d’Amérique latine se posent sur les aéroports du pays sans aucun contrôle. Une partie de la police et de l’armée est gangrenée par ce fléau. Il est arrivé ces derniers temps que des membres des forces de l’ordre s’affrontent sur fond de trafic. Les pays occidentaux, destinataires de cette drogue, doivent aider la Guinée et la Guinée-Bissau à enrayer ce danger.

La nomination à la primature, le 20 mai, d’Ahmed Tidiane Souaré n’a manifestement pas permis d’améliorer la situation…

Personne n’a jamais cru que cette nomination allait changer quoi que ce soit. L’arrivée de Souaré marque une reprise en main de la situation par le président Lansana Conté. Et donc le retour au statu quo ante.

Faut-il Ă  nouveau changer de Premier ministre ?

C’est le régime qu’il faut changer. Il a suffisamment montré ses limites depuis un quart de siècle.

Que fait l’opposition pour imposer à ce changement de régime ?

Tous les changements intervenus dans le pays, y compris ceux induits par l’insurrection du début de 2007, ont été impulsés par l’opposition dans le cadre de la Concertation des forces vives de 2006. En décembre 2006, nous avons obtenu une Commission électorale nationale indépendante [Ceni]. Pour l’heure, nous travaillons à la tenue d’élections législatives transparentes dans les meilleurs délais, avec la certitude d’arracher la majorité parlementaire usurpée par le camp présidentiel.

Maintes fois reportées, vont-elles enfin avoir lieu ?

La Guinée ne fait rien pour que les conditions soient réunies. Le pouvoir de Lansana Conté n’a pas intérêt à organiser des élections qui le priveraient de sa majorité parlementaire. L’opposition et la communauté internationale œuvrent toutefois d’arrache-pied pour que se tiennent ces élections.

Qu’est-ce qui explique la torpeur des syndicats qui avaient dirigé l’insurrection du début de 2007 ?

L’opposition et les syndicats continuent de se concerter sur les moyens de sortir de la crise. Notamment sur l’alternance, qui, seule, peut tirer la Guinée d’affaire.

En attendant, la régression économique s’accélère…

Notre économie est handicapée par l’absence de réformes, la mal-gouvernance, le manque d’investissements… Le gouvernement peine à achever un programme que j’avais initié à la primature en 1996, et qui devait nous conduire à bénéficier d’une réduction de dette dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés depuis 2002. Avec, à la clé, l’annulation de 2 milliards de dollars de dettes. L’incapacité est patente : le gouvernement ne parvient pas à poursuivre les réformes et à absorber les 200 millions d’euros versés à cette fin par l’Union européenne depuis la fin de 2006. On ne peut rien espérer de ce régime, hormis la régression de notre pays, qui fête cette année les 50 ans de son indépendance.


Propos recueillis par Cheikh Yérim Seck
Source:Jeune Afrique

  Rubrique: Interview  date: 15-Oct-2008 ŕ 23:06:05  Partager:   :

The Nun'S copyright -- design by Nun'S