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Drame et dĂ©sespoir des immigrĂ©s africains:EnquĂȘte...
[IMG1]Migrants désirés et non désirés: drames multiples
L'afflux des immigrants dans le sud de l'Europe ne se tarit pas. Le 7 octobre, plus de 800 clandestins ont dĂ©barquĂ© en une seule journĂ©e sur les cĂŽtes sud de l'Italie (Ăźle de Lampedusa) oĂč sur les cĂŽtes de la Sicile.
Cet afflux exceptionnel a été favorisé par une période de beau temps. Onze barques ont été secourues et deux autres repérées et escortées par les vedettes de la douane ou de la marine italienne. "99% des clandestins partent des cÎtes italiennes", ont indiqué les autorités italiennes.
Quelques jours plus gard, le 10 octobre, un nouveau groupe de 217 immigrés entassés sur une seule embarcation a été secouru par les gardes-cÎtes au large de Lampedusa. Cinq hommes ont dû recevoir des soins à leur arrivée.
Cette annĂ©e Rome a comptabilisĂ© 23.600 arrivĂ©es par la mer de janvier Ă septembre contre 14.2000 sur la mĂȘme pĂ©riode de 2007.
Autre aspect inquiétant, la crise commence à toucher les immigrés travaillant avec des contrats dans plusieurs pays européens. Ainsi en Espagne, en raison de la poussée du chÎmage Madrid a réduit de 65% le nombre de postes offert à des immigrés recrutés dans leur pays d'origine; Ceux-ci sont concentrés dans le secteur de la construction, paralysé depuis le début de l'année et celui de services.
Le nombre d'immigrés a explosé en Espagne à la faveur du miracle économique de la décennie écoulée, passant de 500.000 en 1996 à 5,22 millions, dont 2,2 d'extra-communautaires, majoritairement latino-américains et marocains.
Mauritanie: des migrants hantés par la mort
Parce qu'ils ont échoué dans leur projet d'émigrer en pirogue, de jeunes Africains vivotent, désemparés, dans la ville
mauritanienne de Nouadhibou, encore remuĂ©s par le souvenir de leurs "amis morts en mer" et des histoires d'"ĂȘtres surnaturels" apparus Ă des rescapĂ©s.
"Je suis un peu aveuglĂ© ici Ă Nouadhibou, je ne sais mĂȘme plus quoi faire", confie Djibril, Ivoirien de 26 ans, Ă la sortie d'un cours informatique, Ă la mission catholique.
Lorsqu'il est arrivĂ© il y a deux ans dans la ville portuaire, c'Ă©tait pour gagner les Ăźles espagnoles des Canaries par la mer. Mais il s'est "Ă©chappĂ©" Ă la vue des gendarmes, avant mĂȘme d'embarquer.
"Quand j'ai échoué dans mon voyage, j'ai fait plein de petits boulots", explique ce "bachelier 2004" dans un français parfait: "+boy+ chez des Maures qui m'ont donné beaucoup de coups au mental, laveur de marmites, gardien de bateau...".
Puis le jeune homme au regard effaré raconte longuement des traversées qu'il dit pourtant ne pas avoir vécues... [IMG2]
"Cette annĂ©e, beaucoup d'amis sont morts en mer... Il y a des pirogues qui se perdent, elles restent deux semaines Ă tanguer sur l'eau et quand il n'y a plus rien Ă manger, il faut veiller Ă protĂ©ger ses mains, parce que les gens peuvent te les mordre tellement ils ont faim. Il y en a mĂȘme qui mangent le bois".
"Et puis il y a des ĂȘtres surnaturels qui apparaissent dans les pirogues", ajoute Djibril. Ces gĂ©nies prennent l'apparence d'une femme. Si tu lui dis ton vrai nom, la mer se change en terre et tu as envie de sauter!".
"Ce qu'il raconte, ce n'est pas du délire. Des gens de trois ou quatre pirogues l'ont raconté", assure plus tard Seyllou, Guinéen de 19 ans, calme et posé.
La tĂ©lĂ©vision est toujours allumĂ©e dans la petite piĂšce qui sert de chambre Ă ce gardien d'une auberge oĂč les touristes sont rares, payĂ© "20.000 ouguiyas (66 euros, par mois), la nourriture en plus".
Le visage encore enfantin, il ne s'est embarqué qu'une fois, en 2006: la pirogue a dérivé, n'atteignant que les cÎtes marocaines...
Maintenant, Seyllou songe à retourner en Guinée, voir la tombe de sa "maman et de sa grande soeur décédées" depuis son départ.
Mais son esprit semble constamment osciller entre le souvenir de ce "petit Guinéen de 16 ans mort d'épuisement" aprÚs une traversée et l'idée qu'un autre "vit maintenant à Barcelone".
Dans sa chambrette viennent converser d'autres migrants, tel Karamoko, un grand Malien de 26 ans. Lui se souvient que les gens "priaient" sur la pirogue qui l'a amené jusqu'aux Canaries: un voyage réussi...
"Une seule personne sur 76 Ă©tait morte: un GhanĂ©en qui n'avait pas de bons habits. On l'avait lancĂ© dans la mer". Mais finalement refoulĂ©, presque "dĂ©couragĂ©", Karamoko est revenu Ă Nouadhibou, travailler Ă "la pĂȘche au poulpe".
Dans leurs discussions, les dangers sont bien soupesĂ©s: "les Marocains, quand ils arrĂȘtent des migrants, les jettent Ă la frontiĂšre, dans le dĂ©sert. Il faut marcher beaucoup et je n'aime pas tellement marcher...", dit Seyllou.
Mais "ce qui m'a découragé le plus, c'est quand j'ai appris la mort de cinq jeunes Camerounais que je connaissais bien, fin 2007, poursuit-il. On nous a dit que leur pirogue avait dérivé pendant 15 jours, qu'il n'y avait eu que sept rescapés sur 130 embarqués..."
Un jour de mars, Seyllou a pourtant vendu sa tĂ©lĂ© et donnĂ© "700 euros cash" Ă un passeur. La traversĂ©e a Ă©tĂ© annulĂ©e: "je suis rentrĂ©, j'ai repris ma tĂ©lĂ©, je n'avais mĂȘme pas dit Ă mon patron que je partais...".
BloquĂ©, sans son passeport "vendu", il attend que le passeur veuille bien lui rendre son argent: "il veut que je lui rabatte quelqu'un ou bien que je reparte moi-mĂȘme. Mais pour rĂ©ussir, il faut avoir au moins 1.000 chances".
Source:AFP-France2 |
  Rubrique: Dossier du Jour  date: 15-Oct-2008 à 11:15:52  Partager:   :  |
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