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Politique:Les Guinéennes ne veulent plus être que "du bétail politique"


[IMG1]Absentes dans les plus hautes institutions du pays et sous représentées dans les partis politiques, les femmes guinéennes réclament plus de représentation dans les élections législatives programmées pour décembre.

Sur les 114 députés guinéens, seules 24 sont des femmes. En outre, le pouvoir exécutif du gouvernement actuel, qui compte 36 membres, n'accueille en son sein que quatre femmes; aucune d'entre elles n'a été choisie pour diriger l'une des cinq institutions principales de la Guinée : la présidence de la République, l'Assemblée nationale, la Cour suprême, le Conseil économique, et le Conseil national de la communication.

"Que ce soit au niveau de la famille ou des affaires publiques, les processus de décision et d'exercice du pouvoir se soucient peu d'associer la femme", indique un rapport de 2006 du ministère de la Promotion féminine.

"Dans les partis politiques, la réalité est la même : elles sont utilisées comme éléments mobilisateurs à l'occasion des manifestations, mais on leur refuse les vrais postes de responsabilité. Pire, quand il y a des élections, on mentionne leurs noms en bas de liste, ce qui réduit leurs chances d'être choisies au scrutin proportionnel", dit Fatou Baldé, secrétaire générale de l'Association pour la promotion de la culture islamique, de défense des droits des enfants et des femmes (APROCIDEF).

L'APROCIDEF compte une trentaine d'activistes qui œuvrent à la sensibilisation des femmes dans ce pays d'Afrique de l'ouest, premier exportateur mondial de bauxite, mais où plus de la moitié de la population de 10,2 millions vit avec moins d'un dollar par jour, selon des chiffres officiels.

"En Guinée, il serait mieux d'avoir une femme comme présidente de la République. Il est également temps que les femmes occupent de vrais postes dans tous les ministères; elles gèrent mieux les ressources humaines et financières", affirme Diaby Ilyassou Barry, vice-présidente de APROCIDEF.

Dans ce pays à forte majorité musulmane, à peine 20 pour cent des femmes sont alphabétisées, soit près de trois fois moins que les hommes.

"Il n'y a pas assez de femmes diplômées qui peuvent tenir tête aux hommes. Les postes que la plupart d'entre elles occupent dans les administrations ne sont que le prolongement du service qu'elles rendent à la maison, secrétaires, assistantes", explique à IPS, Alpha Amadou Bano Barry, professeur de sociologie à l'Université de Sonfonia, à Conakry, la capitale guinéenne.

Selon le ministère de la Promotion féminine, seulement 30 pour cent des femmes sont dans l'administration publique. A peine un quart d'entre elles appartiennent a la hiérarchie la plus haute, correspondant aux titulaires de diplômes universitaires.

"Cela s'explique moins par la religion que par la place que les hommes imposent aux femmes dans notre société", ajoute Barry. "En général, quand une femme doit sortir de son foyer, c'est qu'elle a déjà fini de faire ses enfants. Ce n'est pas un hasard si la plupart des femmes qui ont des postes de responsabilité ont plus de 50 ans, ce qui est à peu près l'âge de la ménopause".

Historiquement, la Guinée compte peu de femmes dans les plus hauts niveaux de la fonction publique. Sous la première République (1958-1984), Jeanne Martin Cissé a représenté le pays aux Nations Unies; sous le second régime (depuis 1984), Mahawa Bangoura et Fatoumata Kaba ont été nommées chacune ministre des Affaires étrangères.

On voit des signes de changement. Le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le plus puissant parti d'opposition, réserve un minimum de 30 pour cent des postes aux femmes. Son bureau politique au niveau national compte huit femmes sur les 23 membres.

"Nous sommes le seul parti où le numéro deux [Fatou Bangoura], après le leader [Alpha Condé], est une femme", souligne à IPS, Mohamed Diané, secrétaire exécutif du RPG.

Pourtant, arriver à 50 pour cent des femmes sur les listes lui semble, pour le moment, "une utopie".

Camara Fatou Bangoura est une grande exception. Mère de sept enfants, cette veuve de la cinquantaine n'a pas un diplôme universitaire, mais a su construire un discours en faveur des droits humains, des syndicalistes et des femmes, qui transcende les clivages ethniques.

Bangoura, qui appartient au groupe ethnique soussou et fait ses discours généralement dans cette langue, n'a pas choisi de rejoindre le parti au pouvoir, dominé par les Soussous, mais a préféré l'opposition où elle a débuté comme militante de base au début des années 1990.

"J'ai choisi la politique parce que je n'aime pas l'injustice. Je ne me laisse pas marcher sur les pieds et je dis ce que je pense", dit-elle à IPS. "Je me bats pour tout le monde et pas seulement pour les femmes. Etre une femme n'est pas un handicap si elle a de la personnalité".

D'autres ne sont pas d'accord pour réserver des postes aux femmes.

"Les femmes doivent se donner la chance d'être choisies car il ne faut pas sombrer dans un féminisme mal placé. En politique, rien n'est donné", estime Sékou Konaté, secrétaire général du Parti de l'unité et du progrès (PUP), au pouvoir en Guinée, et qui compte seulement cinq femmes sur 31 membres de son bureau exécutif. "Celles qui se battent s'en sortent. Il faut qu'elles soient prêtes à sortir de l'ombre et apparaître au grand jour. Il faut qu'elles soient prêtes à recevoir des coups", affirme Konaté.

Pourtant, la grosse inégalité existante entre hommes et femmes pourrait requérir des mesures de discrimination positive.

Secrétaire aux relations extérieures du Réseau national des jeunes filles leaders de Guinée (RENAJELF), Mabinty Sylla rappelle qu'il faut accélérer la participation des femmes dans d'autres fonctions que celle de "bétail politique dans les partis".

"Le message aux leaders politiques doit être clair; on vote pour vous si vous êtes prêts à nous associer de manière équitable à la gestion du parti sur tous les plans", indique Sylla. "L'injustice, c'est qu'il y a des femmes capables qui sont écartées tout simplement en raison de leur sexe. La priorité doit cependant être la formation".

Barry estime que, pour renforcer la participation politique des Guinéennes, "il faut améliorer les politiques au niveau du secondaire et de l'université. Les femmes doivent trouver sur place des structures performantes et un personnel qualifié capable d'assurer leur formation ici même".

Puisque les élections législatives pourraient être reportées en février 2009 en raison de nombreux retards dans le programme, les activistes auront plus de temps pour s'organiser pour obtenir une meilleure représentation au parlement.


Saliou Samb
Source:Inter Press Service

  Rubrique: Politique  date: 30-Sep-2008 à 00:04:28  Partager:   :

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