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Moustapha Bouh, ancien membre du bureau politique du Polisario:"Les relations entre le Maroc et l’Al
[IMG1]La 9 ème session du conseil des droits de l'Homme vient de clôturer ses travaux au Palais des Nations Unies à Genève.Plusieurs dossiers sensibles ont été évoqués notamment l'épineux problème du sahara qui envenime les relations entre le Maroc et l'Algérie.En marge de cette session, nous avons rencontré Monsieur Moustapha Bouh, il est membre de la délégation saharouie.Dans cet entretien, l'ancien membre du Bureau Politique du « Polisario revient sur la situation humanitaire dans les camps de réfugiés de Tindouf, mais aussi sur les négociations autour la crise du Sahara, supervisées par les Nations Unies....
Africaguinee.com:Bonjour M. Bouh. Vous venez de participez activement à la 9 ème session du conseil des droits de l’Homme à Genève, où il a été question notamment de la crise au Sahara. Quels sont vos sentiments à l’issue de session ?
Moustapha Bouh:Bonjour ! Notre participation a été cette fois ci- aussi bien qualitative que quantitative. Nous avons eu à intervenir sur le débat général à plusieurs reprises sur différents points de l’ordre du jour. Que ce soit le problème des droits de l’homme, de leur promotion ou des disparus. Nous avons soulevé le point qui nous intéressait qui était la situation dramatique qu’engendre le conflit du Sahara. Cette situation est symbolisée par les camps de Tindouf, qui reste sans solution politique pour l’instant. Nous avons attiré l’attention du conseil sur la situation des droits de l’Homme dans les camps, que ce soit le côté humanitaire, tout comme l’aide humanitaire qui est acheminée par les organisations internationales ou par des pays, et qui devrait servir aux réfugiés sahraouis, et qui est malheureusement détournée par le Polisario pour être commercialisé dans d’autres pays. Nous avons également attiré l’attention du conseil sur les années sombres du Polisario. Il y a eu des disparus, des exécutions sommaires contre les opposants, mais aussi des emprisonnements arbitraires et dont certains rescapés racontent aujourd’hui leur calvaire dans les prisons comme celle d’Al Rachid que le Polisario a officiellement reconnue l’existence depuis plusieurs années. Nous avons aussi souligné lors de cette session des droits de l’Homme que nous avons jamais demandé l’ arrêt de l’aide humanitaire, comme le prétend le Polisario mais au contraire que cette aide soit contrôlée, parce que nous pensons que cette aide humanitaire qui est assez généreuse n’arrive pas généralement à ceux qui en ont besoin notamment les femmes et les enfants. Nous avons aussi estimé qu’il est important de dire que tous ces drames se déroulent sur le sol d’un pays qui a signé les conventions de Genève, à savoir l’Algérie. Le Polisario n’a pas une personnalité morale internationale. Le camps de Tindouf se trouve sur le territoire algérien et le Polisario se trouve à 25 kilomètres au sud et au sud est de Tindouf. C’est donc l’Algérie qui doit être interpellée sur ces violations des droits de l’Homme sur son territoire. En plus cette région connaît certaines choses qui sont inquiétantes pour la communauté internationale. La zone où sévit le Polisario est devenue une zone où se développe un terrorisme de plus en plus hargneux, comme le témoigne les dernières attaques contre la Mauritanie. A cela s’ajoutent le phénomène de contrebande tout comme l’immigration clandestine. Donc tous ces facteurs viennent s’ajouter à un conflit latent au Sahara, rendant la région assez dangereuse. Et donc la communauté internationale doit s’intéresser à ce que cette région soit calme, pacifiée de tout acte terroriste. Je pense que notre participation à la 9 ème session a été positive parce que notre délégation était diversifiée avec la participation des membres du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS), des femmes ainsi que des anciens du Polisario.
Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon vient de nommer l’ancien ambassadeur américain en Syrie et en Algérie, Christopher Ross, comme envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU dans le dossier du Sahara occidental après la démission de Peter Van Walsum .Quelles sont vos réactions après cette nomination ?
Premièrement, il faut saluer le courage de. Peter Van Walsum a eu à superviser quatre rounds de négociations, il a visité tous les pays (Ndlr : impliqués dans la crise notamment le Maroc et l’Algérie).Et il a rendu son verdict dans son fameux rapport où il considère que la thèse défendue par le Polisario (Ndlr : la création d’un Etat sahraoui) est irréaliste et irréalisable. Donc je pense que c’est un homme assez sage parce que sa décision va dans le sens de ce que demandent les Nations Unies. Celles-ci demandent une solution négociée qui est acceptée par les parties. Et cela a été demandé après que le conseil de sécurité ait essayé toutes les voies possibles comme le plan Baker qui ont toutes échouées. Et Van Walsum a proposé une solution qui aurait pu être accepté par toutes les parties. Le Maroc a fait un grand pas, en acceptant une large autonomie accordée au Sahara. Le Polisario et l’Algérie devraient faire de même sans se figer sur leurs positions. Mais après les déclarations de Van Val sum, le Polisario et l’Algérie ont orchestré une campagne de dénigrement contre Van Walsum et finalement il a demandé à être dessaisi de ce dossier, contrairement aux affirmations de l’Algérie et du Polisario qui ont affirmé qu’il a été renvoyé par Ban Ki-Moon. Je pense donc que Van Walsum a marqué ce dossier du Sahara car il estimait qu’un sixième Etat n’était pas bénéfique pour le Maghreb et seule l’autonomie accordée par le Maroc était réaliste.
Et votre réaction après la nomination de l’américain Christopher Ross ?
Je ne représente pas le Maroc, pour pouvoir donner officiellement la position marocaine suite à cette nomination. En tant qu’individu, je pense que toute personne qui sera chargée du dossier doit tenir compte du développement qu’a connu le dossier. Je pense que par le passé ,l’ américain James Baker était en charge de ce dossier et si Ross s’en occupe aujourd’hui, il doit commencer là où Van Walsum a terminé. On ne doit pas retourner en arrière. Donc les pas qui ont été franchis dans ce dossier, à mon avis doivent être pris en considération et Ross doit se situer dans la continuité de Van Walsum et il est le bienvenu !
Vous avez déclaré que l’Algérie est impliquée dans cette crise du Sahara. Avez-vous un message à lancer au gouvernement algérien sur ce dossier ?
Si aujourd’hui les négociations n’ont pas abouti à quelque chose, c’est parce qu’il y a un dilemme, une certaine sournoiserie. Il y a un pays qui est à la fois absent et présent, je parle de l’Algérie. Elle est présente dans le conflit par son soutien au Polisario, sa diplomatie active en faveur de la séparation. Mais elle est absente des négociations en tant que partie prenante pour la recherche d’une solution. Ce qui, à mon avis bloque les négociations sur le Sahara.
Je pense que l’Algérie est un pays voisin du Maroc. Elle est condamnée par l’Histoire et par la géographie à rester un pays voisin du Maroc .Et toute cette crise sera oubliée dans un futur proche ou lointain. Je pense que l’Algérie doit se tourner vers les intérêts de la région. Nous vivons dans un monde globalisé et les indépendances des années 60 ne veulent rien dire aujourd’hui. Un drapeau, un hymne national ne veulent pas dire grand-chose, quand on regarde les crises qu’ont connues certains pays nouvellement indépendants grâce à la résolution 1514 des Nations Unies. Et l’Algérie doit savoir qu’aujourd’hui, l’avenir et la construction des grands ensembles sont d’actualité. Et que le Maghreb n’est viable que s’il y a construction d’un grand ensemble politique et économique, pour servir d’interlocuteur avec l’Europe. Un Etat au Sahara ne contribue pas à la sécurité de la région mais une menace pour la sécurité des pays de la région y compris l’Algérie. Je pense que l’Algérie doit se tourner vers un avenir meilleur pour les pays de la région et le Polisario se trouve dans une région très sensible et difficile pour l’Algérie. En plus, la majorité des sahraouis ne sont pas avec le plan de l’Algérie. Parce que le Polisario a longtemps défendu deux arguments. Le premier, c’est l’autodétermination, mais aujourd’hui on voit que l’autodétermination n’est pas synonyme d’indépendance, mais elle peut être aussi intégration, une autonomie ou toute autre forme d’auto gouvernance. Deuxièmement, le Polisario s’autoproclame comme le seul représentant du peuple sahraoui. Aujourd’hui nous avons le conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes(CORCAS )et 68 % des sahraouis identifiés n’ont jamais quitté le Maroc et évoluent dans des institutions marocaines. Donc le problème se trouve au niveau de l’Algérie où certains diplomates continuent de clamer les revendications de l’Algérie et du Polisario. L’Algérie doit tenir compte aussi de l’effritement du Polisario dont beaucoup de ses dirigeants ont quitté l’organisation parce qu’ils estiment que l’intérêt des sahraouis ne se trouvent pas avec le Polisario. Aujourd’hui les sahraouis estiment que leur intérêt se trouvent avec le projet de large autonomie accordé par le Maroc où ils peuvent avoir leur président régional, leur parlement, à l’instar des pays comme l’Espagne ou l’Allemagne.
Est-ce que vous invitez le gouvernement algérien à participer aux prochaines négociations sur le Sahara ?
Je pense que l’Algérie doit être positive dans les négociations. Elle ne doit pas se suffire d’un rôle d’observateur et qu’elle soit une partie intéressée et non pas concernée. L’Algérie est une partie concernée parce que le Polisario se trouve sur son territoire tout comme les camps de réfugiés et les pays qui ont reconnus le Polisario, c’est grâce au soutien de l’Algérie. L’Algérie a un grand peuple que je connais bien, un peuple vaillant qui doit se tourner vers l’avenir. Et l’avenir c’est un Maroc réunifié avec le Sahara et non l’émiettement des Etats. On ne doit pas joueur avec le feu parce que tous ces pays dont l’Algérie ont aussi leur « Sahara » et l’exemple du Polisario peut être suivi aussi dans d’autres pays. Donc ce n’est pas le bon exemple pour être soutenu ni par l’Algérie, ni par d’autres pays. Je pense que qu’il est temps que l’Algérie rouvre ses frontières avec le Maroc pour normaliser les relations entre les deux pays. Les relations entre le Maroc et l’Algérie ne doivent pas être handicapées par l’affaire du Sahara. C’est une question qui suit son cours au niveau des Nations Unies.[IMG2]
Selon vous, la situation humanitaire dans les camps de Tindouf contrôlés par le Polisario est catastrophique. Quelles solutions préconisez-vous face à cette crise qui touche principalement les populations sahraouies ?
Les camps ont toujours été présentés comme étant le visage humain du Polisario. Ils l’ont toujours présenté au monde un emballage extérieur qui est toujours attrayant avec des réfugiés, des rescapés etc.…Mais derrière cet emballage, il y a une autre réalité car les camps sont dispersés dans une région inhospitalière et qui sont soumis à un régime totalitaire par le Polisario qui est une organisation militaro-politique où il n’y a pas de liberté d’expression, ni d’élections libres, ni de tribunaux, ni de presse. Les réfugiés sont donc soumis à une sorte de moule où toute opposition est sévèrement réprimée par le Polisario. Et donc il y a un drame humanitaire dans ces camps ! Tout le monde est assujetti à une aide humanitaire qui est distribuée par le Polisario, et leur déplacement est contrôlé les dirigeants du Polisario. Et d’ailleurs, rien n’oblige les réfugiés à rester à Tindouf. Parce que le Maroc est ouvert aujourd’hui et ils peuvent retourner dans leurs villes d’origine et attendre une solution politique. Mais le Polisario garde ces réfugiés pour obtenir l’aide humanitaire et c’est avec les camps que le Polisario fait une propagande en Europe et dans le monde pour organiser des safaris pour visiter ces camps. Ensuite le Polisario a connu de grandes purges notamment en 1974, 1977, 1982 et 1991 qui sont des dates connues au sein du Polisario. Certains dirigeants actuels du Polisario ont les mains tâchées de sang des populations sahraouies. Donc ces camps sont des otages d’une politique et d’une réalité.
Je pense que la communauté internationale doit d’abord recenser ces camps pour savoir le nombre exact de réfugiés qui vivent dans ces camps, car les chiffres (environ 50. 000 personnes) avancés par le Polisario sont erronés. Ensuite, il faut contrôler l’aide humanitaire et superviser la distribution. De plus, les camps doivent être démantelés et laisser les réfugiés circuler librement. Par ailleurs, il faut que l’Algérie prenne ses responsabilités sur ces drames qui se déroulent sur son territoire.
Les prochaines négociations sur le Sahara, c’est pour bientôt. Avez-vous des garanties à apporter à la communauté internationale pour mettre fin à ce conflit qui dure depuis plus de 30 ans ?
Je crois que le Maroc a démontré sa bonne foi. Il a un projet sur la table et le Maroc est disposé à coopérer avec la communauté internationale. Maintenant c’est à l’autre partie de faire un pas et la communauté internationale doit exiger du Polisario qu’il fasse un geste de bonne volonté pour que ces négociations puissent réussir. C’est un processus qui est supervisé par les Nations Unies, je pense qu’il y a une lueur d’espoir.
Avant de terminer, avez-vous un message pour les populations sahraouies ?
Les populations saharaouies doivent savoir leurs intérêts qui sont aujourd’hui à Laayoune, à Dakhla et dans les provinces du sud qui connaissent un grand développement, où leurs parents, leurs maisons les attendent. Je pense que ces populations doivent garder l’espoir et qu’un jour elles seront dans leur pays et que leur situation actuelle est due à une force qui les maintient dans des camps. Notre espoir est de nous rencontrer dans le cadre du royaume du Maroc, jouissant d’une autonomie,où les sahraouies sont les maitres de leur destin
Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré
Depuis Genève
Pour Africaguinee.com |
  Rubrique: Interview  date: 26-Sep-2008 ŕ 13:10:39  Partager:   :  |
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