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La corruption en Guinée inquiète la Banque mondiale ...


[IMG1]La corruption s'est fortement aggravée ces dernières années en Guinée, accentuant la misère des populations qui n'arrivent toujours pas à profiter des immenses potentialités minières de ce pays d'Afrique de l'ouest, estime la Banque mondiale.

Lors de sa récente visite en Guinée les 8 et 9 septembre, la vice-présidente de la Banque mondiale pour la région Afrique, Katryn Obiageli Ezekwesili, a lancé un appel aux autorités pour combattre le phénomène qu'elle a qualifié de "cancer".

"La Guinée est l'un des pays qui a un sérieux défi à relever contre la corruption. Tant que vous ne combattrez pas résolument ce fléau, le développement et la croissance ne seront jamais au rendez-vous", a déclaré Ezekwesili aux journalistes.[IMG2]

"L'exemple de la corruption est le secteur minier dont l'exploitation, après toutes ces années, n'a aucun impact véritable sur la vie des populations", a-t-elle ajouté.

En 2006, la Guinée a été perçue par l'organisation non gouvernementale (ONG) Transparency International (TI) comme étant le pays le plus corrompu d'Afrique.

"Nous avions réalisé à l'époque un sondage au niveau des hommes d'affaires. Il apparaissait clairement que la Guinée était considérée comme le pays où la perception de la corruption était la plus grande", explique à IPS, Taran Diallo, représentant de TI en Guinée. "La Guinée n'avait jamais été classée auparavant et les autorités avaient très mal perçu le message en ce temps. Aujourd'hui, force est de constater que les choses ne se sont pas améliorées".

En 2007, la Guinée a été classée 47ème ex aequo avec la République démocratique du Congo et la Guinée Equatoriale, ne dépassant que le Tchad, le Soudan et la Somalie, trois pays déchirés par la guerre. Au niveau mondial, elle est 168ème sur 179.

Mais en 2007, il y a eu un changement de gouvernement, avec la nomination d'un Premier ministre chef du gouvernement, Lansana Kouyaté, qui a commandé deux audits des services publics. [IMG3]Selon le rapport des audits, 400 millions d'euros ont été détournés en moins de deux ans par des barons du système et des proches de la famille présidentielle. La publication de ces résultats a accéléré le limogeage de Kouyaté, cette année, selon des analystes.

Selon Diallo, l'appel de la vice-présidente de la Banque mondiale n'est que le point d'orgue de tous les autres lancés par les populations guinéennes très appauvries qui se sont violemment révoltées contre le pouvoir en janvier et février 2007.

Entre 1996 et 2007, le taux de pauvreté est passé de 43 pour cent à 53 pour cent, selon le chercheur Aliou Barry, qui a diligenté la seule enquête nationale sur la corruption et la gouvernance entre 2003 et 2004.

"Au cours de notre enquête, nous sommes tombés sur un fonctionnaire qui se vantait d'avoir 32 villas à Conakry (la capitale guinéenne). Ce qui était choquant, c'est que le monsieur pensait que c'était une situation normale", affirme Barry à IPS. "Le problème le plus grave est que les acteurs de la corruption ont réussi à faire main basse sur le pouvoir économique. A présent, ils veulent le pouvoir politique".

Barry estime que la corruption -- érigée en système de gouvernance -- est très répandue dans ce pays qui est le premier exportateur mondial de bauxite avec environ 15 millions de tonnes exportées en 2007.

"Notre enquête a permis de savoir que les revenus miniers avaient chuté de 200 millions de dollars par an à 75 millions de dollars. Dans le même temps, les recettes fiscales chutaient et l'inflation était entretenue entre des cadres véreux de la Banque centrale et les cambistes au marché noir", explique-t-il.

Selon Barry, des responsables de la Banque centrale puisaient illégalement des devises dans les réserves de la banque pour approvisionner des barons du marché noir qui, à leur tour, les revendaient aux grands commerçants et citoyens qui en avaient besoin. Par la suite, ces commerçants remboursaient le "prêt".

"Nous avions déjà dénoncé à l'époque la situation par rapport aux mines. L'obtention des permis, l'installation des grandes sociétés, tout se négociait et faisait l'objet de dessous de table", affirme Barry. "Aujourd'hui, l'exemple le plus frappant est cette affaire avec Rio Tinto. La mauvaise gouvernance est en train d'empirer".[IMG4]

La compagnie australienne Rio Tinto a obtenu une concession de mine de fer en 2006 par décret du président guinéen Lansana Conté avant que celui-ci ne revienne sur sa décision, après avoir constaté à posteriori des "irrégularités" dans le décret d'octroi de la concession. Il s'agit d'une mine à Simandou, dans le sud-est de la Guinée, la plus importante mine de fer au monde non-exploitée à ce jour, avec une teneur qui dépasse 65 pour cent de fer, selon les autorités.

Entre-temps, Rio Tinto, qui avait un projet d'exploitation de fer dans la zone, avait déjà investi 300 millions de dollars. La compagnie a néanmoins annoncé son intention de poursuivre les négociations avec le gouvernement guinéen.

Selon Barry, l'enquête nationale sur la corruption et la gouvernance a permis de savoir qu'environ 500 à 600 milliards de francs guinéens (entre 110 et 132 millions de dollars), soit la moitié du budget national de l'époque (2003-2004), s'évaporaient dans les circuits de la corruption.

"Les choses n'ont pas suffisamment changé comme nous le souhaiterions parce qu'il y a des résistances", reconnaît Jean François Falcone, secrétaire exécutif de l'Agence nationale de lutte contre la corruption, crée par le gouvernement en 2004.

Avant cette agence, un Comité national de lutte contre la corruption, rattaché à la présidence guinéenne, était déjà en place depuis 2000.

"Nous avons toutefois fait pression pour introduire à l'Assemblée nationale un projet de loi anti-corruption pour obliger les responsables à faire une déclaration de patrimoine et permettre l'identification, le gel et le rapatriement des fonds provenant de la corruption, du crime et de la drogue -- domiciliés à l'étranger", indique Falcone à IPS.

Pour le représentant de Transparency International en Guinée, il est nécessaire d'abandonner les discours pour passer aux actes concrets contre la corruption. "En Guinée, ce n'est pas la loi qui pose problème, mais c'est son application. Tant qu'il n'y aura pas de volonté politique réelle, la question de la corruption restera entière", déclare Diallo à IPS.

Falcone dénonce également l'absence d'un salaire minimum dans un pays comme la Guinée où plus de 53 pour cent de la population vivait en 2007 avec moins d'un dollar par jour, selon des chiffres officiels.

Dans le même temps, le salaire brut le plus élevé de la fonction publique guinéenne est fixée à 607.000 francs guinéens, soit moins de 100 euros, après plus de dix années de service.

"Au-delà des questions d'impunité, la lutte contre la corruption n'aboutira jamais tant qu'on ne donnera pas aux travailleurs un salaire qui leur permet de recouvrer leur dignité", estime Youssouf Sylla, un juriste basé à Conakry.

Saliou Samb
Source:Inter Press Service

  Rubrique: Dossier du Jour  date: 15-Sep-2008 ŕ 14:32:28  Partager:   :

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