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Jean-Marie Doré, leader de l'UPG:"Je ne crois pas qu’on va limoger le premier ministre"
[IMG1]Le leader du parti de l'opposition Union pour le Progrès de la Guinée(UPG), Jean Marie Doré, s'est exprimé dans nos colonnes sur l'actualité en Guinée! Dans cette interview qu’il a bien voulu accorder à notre reporter, il commente la situation sociopolitique du pays. Notamment, la cascade de décrets enregistrés ces derniers jours.
L’indépendant : Que vous inspirent les rumeurs qui ont couru le 26 août dernier sur le limogeage du PM Dr Ahmed Tidiane Souaré ?
Jean Marie Doré : Vous savez, le PM était pris en sandwich par deux (2) courants contradictoires, qui articulaient la même stratégie de rumeurs pour le disqualifier. Il y a ceux qui pensaient qu’ils devaient être au gouvernement, qui n’ont pas été, et qui accusaient tantôt le PM ou Sam. Et puis les derniers résistants en faveur de Kouyaté, qui voulaient disqualifier Lansana Conté en faisant croire que Lansana Conté s’apprête à limoger le nouveau PM qui, à peine, a fait les cent (100) jours. Moi je pense que le débat politique ne doit pas se constituer à ce niveau, ce n’est pas bon pour la Guinée.
Si un service de l’Etat est mauvais, il est de notre devoir de le dire sans tenir compte de nos rapports personnels avec la personne. Ce que l’on a fait n’a pas eu pour effet de disqualifier le PM, bien au contraire, et encore moins Lansana Conté. Mais ceux qui ont pensé que pour assouvir leur soif d’accéder rapidement au pouvoir vont disqualifier la nation ! Parce que la Guinée est dans une position aujourd’hui où il faut tout faire pour la présenter sous ses meilleurs jours afin de la rendre éligible à différents niveaux internationaux où on décide de l’avenir des pays en voie de développement. Et comme vous savez, notre pays n’est même pas en voie de développement, il est en train de chercher son âme. Donc, notre lutte c’est d’accélérer que la Guinée revête son costume du paradis pour s’engager dans la voie de l’émergence et du développement.
M. Doré, quel commentaire faites-vous du récent limogeage de Ahmed Kanté, alors ministre des Mines et de la Géologie ?
Je pense que c’était une nécessité pour diverses raisons. La première raison, c’est l’attitude discriminatoire du ministre face aux différents opérateurs économiques qui viennent pour investir en Guinée. Il a des préférences d’ordre sentimental ou à partir d’intérêts personnels, et il ne regarde pas ce que peuvent représenter les autres investisseurs par rapport à l’intérêt guinéen. Or, un homme d’Etat n’a pas droit d’avoir une telle attitude par rapport à l’approche des problèmes nationaux. Surtout pour un secteur aussi essentiel pour la vie de la Guinée. Parce qu’aujourd’hui, paradoxalement, alors que la Guinée a un sol fertile, qu’elle pouvait être exportateur de céréales et nourrir complètement son peuple, notre pays est obligé de vivre des recettes minières. Donc d’ici que l’on corrige cette politique, il faut faire très attention à ce que le secteur ne soit pas perturbé par celui qui est payé par l’Etat pour y veiller. Et c’est en cela que le limogeage de Kanté me parait être une nécessité qui est intervenue peut-être un peu tard mais qui est venu de manière salutaire.
La deuxième raison concernant lui même personnellement. Ce n’est pas un secret, la totalité du personnel du ministère des Mines, du secrétariat général au dernier cadre désavouait monsieur Kanté du fait qu’il fonctionnait en marge de l’administration des Mines. Il entreprenait des négociations au dehors avec une administration parallèle qui n’est pas l’administration de l’Etat. Et son personnel ignorait ce qu’il était en train de faire. Je pense que beaucoup de ministres de Kouyaté ont été limogés, qui auraient pu conserver leur poste à cause de leur compétence personnelle mais pas M. Kanté. On dit souvent que quand une bonne œuvre intervient, il faut la saluer même si elle intervenait un peu tard. Le tort pour l’Etat était de continuer à conserver Ahmed Kanté.
Il faut le dire, une attitude récente de M. Kanté m’a montré que ça été une erreur de le recruter dans le gouvernement depuis le temps de M. Kouyaté. Il y a un débat à propos de Hyperdynamic. Je pense que c’est un droit pour tout cadre de discuter sur ce dossier. On ne peut pas denier à un cadre guinéen d’être pour ou contre. D’abord en tant qu’être humain tu as droit de penser, tu as droit d’option et donc on ne peut pas te défendre ce droit. Mais, Hyperdynamic est installé ici, une autre société qui cherche à s’installer pour la favoriser. M. Kanté a eu un comportement tout à fait navrant, étonnant et choquant. La haute direction de Hyperdynamic a fait récemment une visite en Guinée.
Mais avant son arrivée, le PM a informé officiellement les départements intéressés par la visite et leur a demandé de la recevoir avec beaucoup d’attention. Le PM a déroulé sous les pas de ces investisseurs qui viennent dans ce secteur sensible qui est le pétrole, tous les ministères intéressés, à savoir les ministères des Finances, des Mines et les autres. Ils (les investisseurs) rentrent dans le bureau de M. Kanté, il leur dit tout de go : « Vous ne m’intéressez pas, je n’ai pas besoin de vous ». Vous comprenez. M. Kanté n’est pas le propriétaire de la Guinée, il n’est pas le propriétaire des Mines. Il n’est pas là pour que quelqu’un lui plaise ou lui déplaise, il est là -bas pour recevoir les galeux, les gens en bonne santé, les bons et les méchants. Pourvu que ces gens-là apportent à la Guinée. Donc, je pense que quand un serviteur de l’Etat accumule tant de déviations dans le comportement, sa place n’est pas au gouvernement.
Lors des journées nationales de dialogue, l’Inter centrale CNTG- USTG s’est montrée inquiète par rapport à la maladie du Chef de l’Etat. Avez-vous les mêmes inquiétudes ?
Je pense que les syndicats ne se sont pas montrés inquiets, mais ils ont plutôt fait un constat. Puisque j’étais dans la salle, Mme Rabiatou Sérah Diallo a dit que l’état de santé du président Conté le rend actuellement inapte à exercer ses fonctions. Je crois que Mme Rabiatou a dit avec 5 ans de retard. Car moi je l’ai dit depuis octobre 2003 et on m’a mis en prison. Mais tout le monde sait que j’ai anticipé sur les évènements, ce n’était pas pour disqualifier le Président Conté en tant que tel, c’est mon compatriote, j’ai donc un devoir de respect à son endroit. Mais la constitution de la Guinée fait du président le chef d’orchestre unique de la nation. Il est le point de départ et le point d’arrivée. Cela suppose qu’il doit être en dehors de quelque rhume ou de grippe, et il doit être toujours en position d’agir efficacement sur les évènements qui concernent la vie de la nation. Tout ce que l’on a dit concerne les décrets, les promotions, les limogeages et ‘’re-limogeages’’, c’est lié à l’état de santé du Président. Ma conviction personnelle est que tous ces décrets sont signés de la main de Conté. Là où résidait la faute des gens c’est de profiter d’un moment d’assouplissement du président pour lui faire signer un papier. Mais on ne peut pas dire que ce sont de faux décrets. Aussi bien le premier décret limogeant Sam que le deuxième qui le faisait ministre d’Etat chargé des activités présidentielles. Et tout comme le dernier décret le limogeant pour abandon de poste.
Une notion en droit qui ne tient pas la route. Parce que M. Sam n’a jamais pris fonction à la Caisse nationale de sécurité sociale. Donc, il ne pouvait pas y avoir abandon de fonction, alors qu’il n’y a pas eu passation de service ou d’installation de M. Sam en dehors d’un prédécesseur. Aussi tout le monde a crié haro sur Sam, moi je ne suis pas comme ça. Peut-être qu’il a fait des fautes là -bas mais les conditions dans lesquelles on l’a mis à la Caisse me paraissaient anormales. Parce qu’on ne peut pas enlever quelqu’un de la fonction de secrétaire général de la présidence pour le nommer sous-préfet. Je pense qu’il faut un peu de retenue dans nos comportements. Ça ne veut pas dire que j’approuve le comportement de M. Sam, mais je voudrais que quand on veut sanctionner un fonctionnaire qu’on le sanctionne avec rigueur en appliquant les textes. J’en arrive au motif articulé contre M. Idrissa Thiam. Puisque c’est possible que M.Thiam ait profité d’un moment de faiblesse du président pour lui faire signer le document (décret portant nomination de Mamady Sam Soumah au poste de ministre d’Etat chargé des activités présidentielles, ndlr).
Mais ce qui est dramatique dans notre pays est que quand un fonctionnaire commet une telle faute, on se contente de dire qu’il a commis une faute, et on ne va pas jusqu’au bout de la sanction. Parce que si M .Thiam a profité d’un moment d’assouplissement du président ou s’il a intercalé le décret entre les textes que le président devait signer pour avoir la signature réelle de Conté, non seulement administrativement il devait être renvoyé, mais aussi pénalement poursuivi pour cette manœuvre frauduleuse qui a eu pour effet de donner à l’Etat une image affreuse. Donc tout cela me fait dire que j’ai vu juste en octobre 2003 de dire que la Cour suprême a forfait à ses obligations en ratifiant la candidature du président. Et que les médecins qui, dans cette commission illégale avaient fait des faux certificats en constatant que le président Conté était apte devaient aussi être sanctionnés pour avoir menti au peuple.
Cette vérité m’a valu d’être arrêté. Mais je crois qu’ils se sont vite rendu compte que si on allait au tribunal j’allais donner une grande ampleur à la situation. Donc, ils ont utilisé des stratagèmes pour venir me déposer chez moi. Je pense que l’Etat guinéen qui est d’essence présidentialiste suppose que le président de la république ne soit absent de la scène pendant une si longue période. Ça ne veut pas dire qu’il interdit au président de la République de tomber malade. Mais de 2003 à 2008, ce qui fait 5 ans, ça fait la durée du mandat des premières dispositions de la constitution, c’est un peu trop. Donc aujourd’hui, tout en souhaitant au président Conté de recouvrer la plénitude de sa santé. Je lui suggère de prendre des dispositions pour que la Guinée rentre dans la réalité de la constitutionalité de la vie nationale. Il peut le faire en démissionnant, et je crois que c’est ce qui serait bien. Il deviendrait le héros que nous allons toujours applaudir. Mais laisser l’Etat aller dans cette dérive aujourd’hui, c’est très grave. Je pense quand même que l’existence du gouvernement de Souaré qui est composé des gens qui réfléchissent avant d’agir a tenu les effets pervers de l’état de santé précaire du président de la République.
Une élection transparente et crédible passe nécessairement par une sérieuse révision des listes électorales. Au regard de la situation actuelle, pensez-vous que le MATAP et la CENI seront à même d’organiser des élections acceptables par tous en Guinée ?
Bon, ce jugement interviendra lorsqu’on aura fini de réviser les listes électorales. Actuellement, il faut noter qu’il y a une cacophonie due aux bailleurs de fonds, ceux qui prêtent de l’argent à la Guinée, qui tiennent coûte que coûte à ce que les élections aient lieu en décembre. Mais il faut dire à l’endroit de ces bailleurs de fonds qu’ils ont commis la faute d’envoyer très tard les kits, sans lesquels on ne peut pas faire une révision des listes électorales. Cela devrait se faire depuis au mois de mai 2008. Mais c’est seulement ces derniers jours que les kits sont arrivés. Donc ici, il y a un retard imputable au PNUD, imputable à l’Union Européenne, imputable à tous ceux qui ont concouru à financer les élections en Guinée. Ça, il faut que ça soit dit catégoriquement. Dès lors qu’ils sont la source de ce retard grave ils ne peuvent plus exiger de faire coûte que coûte les élections avant le 13 décembre. J’étais celui qui, lors de la première réunion avec M. Lansana Kouyaté ai dit qu’il fallait que les élections aient lieu au plus tard le 31 décembre. Mais je voulais que ce soit de bonnes élections, qui ne soient pas entachées d’irrégularités. Aujourd’hui donc, comme on est en train de former les gens et que les kits sont là , il faut accélérer mais sans connaître des lacunes qui seraient successibles d’entacher d’irrégularités les résultats des élections. D’autre part, il y a une autre cause de retard qui est d’ordre naturel et économique. C'est-à -dire du Fouta en Guinée Forestière en passant par la Basse et la Haute Guinée, tous les paysans sont actuellement dans les champs. Le paysan veut bien voter pour l’UPG, mais il ne faudrait pas que les herbes triomphent du riz. Je pense qu’il faudrait tenir compte de cette situation d’activité agricole pour ne pas accélérer indûment, à contresens le processus de recensement. Donc l’un dans l’autre, je pense que pour que les élections soient justes, crédibles, transparentes et légales, elles peuvent se tenir normalement fin janvier. Parce que la crédibilité des élections tient au sérieux, à l’efficacité du recensement Il est certain que les élections ne seront pas justes. C’est pourquoi à l’allure où vont les choses, compte tenu d’autre part, du fait que pour les musulmans qui constituent la grande majorité de notre population des croyants, le carême va commencer à la fin de mois et pendant cette période les gens ne seront pas portés à partir de 11 heures du matin à courir devant les commissions de recensement. Donc, il y a beaucoup de facteurs qui, indépendamment de la volonté des partis politiques, jouent contre la précipitation pour organiser les élections dans le temps initialement prévu c’est-à -dire décembre. D’ailleurs, l également on ne devrait pas fixer la date des élections avant que toutes les opérations qui concurrent à sa régularité et à sa transparence aient été posées. Je suis donc contre la précipitation au nom d’un délai qui aurait été mythiquement fixé.
Le partage de la somme de 1 milliard 500 millions francs guinéens devant servir à la subvention des partis politiques pour les campagnes électorales fait actuellement beaucoup de bruit. Qu’en est- il réellement ?
Je vais vous dire ce que je pense à propos. La CENI est un organisme qui a été créé par une loi. Et c’est nous qui avons insisté pour que la CENI soit créée par une loi. Pourquoi ? Parce que la première commission de 93, celle de 95, celle de 98, celle de 2002 et celle qui a fonctionné en 2005 étaient faibles à cause du texte qui les avait fondées, c’est-à -dire le décret. Et on a vu qu’en cours du processus électoral le ministre avait pris des arrêtés pour modifier la texture du décret fondateur. C’est pourquoi il fallait une loi pour que la CENI ne soit pas ballottée entre des structures initiales et des structures de circonstance. Donc, la CENI créée par la loi est chargée de l’appliquer, elle n’a pas droit de la modifier. C’est comme le juge. Le juge applique la loi, il n’a pas à dire la loi n’est pas bonne, c’est pas son droit. S’il y a délit de justice il faut poursuivre le juge pour délit de justice. La charte des partis comme la nouvelle loi qui a révisé le code électoral pose des critères objectifs pour attribuer la subvention de l’Etat.
Donc il faut appliquer strictement la loi. Il parait que certains partis ont dit non, il ne faut pas appliquer la loi, qu’il faut faire un consensus. Mais mon cher ami, c’est comme si deux chauffeurs sur la route disent ‘’bon, ça fait longtemps que nous roulons à droite, décidons maintenant de rouler à gauche’’.La CENI ne peut pas inventer une nouvelle façon de partager les subventions en dehors es critères fixés par la loi. Toutefois, si on doit déroger à cette règle, ce n’est pas la CENI qui doit décider, ce sont les partis politiques. Ce, aussi dans le cadre de la loi. Moi j’ai reçu ici le président de la CENI, M. Ben Sékou Sylla pour parler de ça, puis on a été discuté dans son bureau avec certains partis. Et nous avons convenu d’appliquer la loi, toutefois, pour que chacun ait une goutte de miel sur la langue (rire). Donc, nous avons décidé que les 300 millions GNF qui sont prévus pour tous les partis à cause de leur création, c’est-à -dire 36 partis qui ont été créés depuis « 93 » et jusqu’il y a deux (2) mois recevront sur les 300 millions une part à égalité. Puis les 12 partis qui ont été reconnus il y a deux (2) mois, recevront une certaine partie. Et le reste il faut strictement appliquer la loi.
Que dit réellement la loi dans ce sens ?
Mais, c’est comme ça. Ce n’est pas une question que ça plaise à M. Doré ou non. Sa tête n’a qu’à toucher le ciel, les lois guinéennes tant qu’il vit en Guinée, il doit les appliquer. Si quelqu’un veut déroger à ça, nous allons saisir la Cour suprême, pour qu’elle interprète la loi. C’est comme ça. Et c’est nous qui avions demandé que le ministère ne soit pas chargé d’appliquer la loi. Mais je vais vous dire ce qui fait tout ce bruit là . Les gens ne comprennent pas l’adage latin « Dura lex, sed lex », c'est-à -dire la loi est dure mais c’est la loi. Le partage, selon les critères de la loi, accorde un montant élevé au PUP.
Certains disent que ce n’est pas juste, oui, ce n’est pas moralement juste, mais il ne s’agit pas de faire la morale, il s’agit d’appliquer la loi. Nous ne sommes pas des moralistes, nous sommes des hommes politiques qui agissons dans le cadre de la loi. Moi j’avais 35 députés en 2002, on m’a enlevé 32 députés, on m’a donné 3 députés et l PUP s’est retrouvé avec 90 députés. Et la Cour suprême a cautionné que le PUP a gagné 90 députés, ce qui n’était pas vrai. Mais, je suis un républicain, les institutions ont fonctionné, je suis donc obligé d’accepter. Le PUP a aujourd’hui 90 députés, il va s’en sortir avec un magot. Et c’est pour ça que nous luttons pour qu’à l’avenir aucun parti ne ramasse les députés des autres pour se trouver ans cette position artificiellement légale.
Mais si nous devons corriger la loi en fonction de nos besoins, il sera impossible d’appliquer une loi. Parce que l’arrangement nuira toujours à quelqu’un. Donc, il faut partir d’une base de répartition prévue par la loi.
Je suis d’accord que la première tranche des 300 millions GNF soit partagée à égalité à deux volets : égalité entre les 12 derniers partis reconnus il y a deux mois, égalité entre les 36 partis reconnus depuis 1992. Je pense qu’il n’y a pas un problème là -bas. Les gens ont voulu créer un problème au nom d’une justice extralégale qui n’existe pas. Et celle attitude me paraît dangereuse, invalidante pour les partis qui disent de déroger à la loi. Nous critiquons et à juste raison le système de Lansana Conté parce que souvent ce système ignore la loi. Il va à contretemps de l’Etat de droit, et nous nous voulons créer l’Etat de droit. Alors comment les gens qui veulent bâtir l’Etat de droit demandent qu’on ignore la loi. Parce qu’en l’appliquant maintenant là , ça va les gêner. Je pense qu’il faut accepter d’être gêné maintenant pour qu’à l’avenir la loi s’applique à tout le monde.
Il semble qu’en respectant les critères que c’est le PUP, l’UPR et l’UPG qui vont se tailler la part du lion ?
Non ! Ecoutez ! En appliquant strictement la loi, voici les partis qui, par ordre, vont recevoir le magot. Le PUP, Le RPG, l’UPR, l’UPG, l’UFDG, et l’UFR Comme vous voyez donc, ce n’est pas des gros montants que nous allons recevoir. Puisque la part que je vais recevoir n’atteint même pas 60 millions GNF. Puis dans le partage conformément à la loi, mon parti est désavantageux. Parce que nous n’avons pas de femmes élues ni à l’assemblée ni dans les CRD. Or, il y a une grosse part des fonds qui sera allouée aux quatre partis qui ont des élus femmes. A savoir le PUP, le RPG, l’UPR et l’UFR. Mais, il y a aussi une erreur d’interprétation que la CENI voulait induire. Les quatre (4) partis éligibles au titre de l’élection des femmes ne recevront pas à égalité. Ils recevront plutôt proportionnellement au nombre de femmes que chaque parti compte. C’est ça la loi.
M. Doré, à quoi pourrait-on s’attendre aujourd’hui si Conté révoquait l’actuel PM ?
Je ne crois pas qu’on va le limoger. J’ai lu dans un journal de la place que monsieur Souaré ne fera pas long feu. Au contraire, moi je pense qu’on ne fait pas la politique de la Guinée dans les tarots. M. Souaré a des compétences avérées et surtout il a l’expérience de connaître l’administration guinéenne. Et c’est ce qui faisait défaut à M. Kouyaté. Le manque de pouvoir de M. Kouyaté venait de son ignorance des ressorts du Guinéen. Tandis que Souaré connaît parfaitement l’administration guinéenne. Il a travaillé dans des départements sensibles comme les Finances, les Mines etc.
Je crois donc qu’il a fait une bonne analyse des causes de perturbation. Sans doute que tout est possible en politique.
Mais qu’avec les paramètres que j’ai maintenant là , je ne vois pas à l’horizon, de perturbations qui pourraient provoquer son départ. Et puis il a fait une ouverture aux partis politiques. Pratiquement tous les partis qui ont fait une déclaration ont eu des membres au sein du gouvernement sauf le RPG qui n’a pas fait. Quand j’ai dit la fois dernière à la radio que le RPG ne pouvait pas partir parce qu’il était dans le gouvernement Kouyaté, ils ont nié. Mais écoutez, Beau Keïta faisait quoi dans le gouvernement Kouyaté ? C’est un militant du RPG, il a favorisé le parti autant qu’il a pu, pendant son séjour. Ça, il faut que le RPG l’assume.
Moi, je ne vais pas partir dans un gouvernement en clando. Quand on est dedans, il faut l’assumer. Nous avons deux (2) ministres dans le gouvernement Souaré qui sont là au nom du parti. Et il faut préciser que nous sommes dans la mouvance gouvernementale, nous ne sommes pas dans la mouvance présidentielle.
Si on ne se sent pas à l’aise un jour, on quitte, aussi publiquement. Mais pour le moment il n’y a aucune raison de penser que nous devons quitter là -bas.
Le gouvernement guinéen a pris l’habitue de subventionner le riz pendant les périodes de soudure. Pensez- vous que c’est la meilleure façon de venir à bout de la crise alimentaire dans le pays ?
Je vais vous dire catégoriquement que je condamne ces petits allers là , ce n’est pas normal. Je viens de l’intérieur, je suis rentré de la Forêt le mardi dernier. La terre de la Guinée est d’une fertilité extraordinaire. Je crois même que c’est inacceptable que l’on paye de l’engrais pour appauvrir notre sol. Car le sol guinéen n’a pas besoin d’engrais. Je pense que le gouvernement guinéen doit faire une politique agricole par la mécanisation. Les paysans guinéens de Mandiana, Kouroussa, Dinguiraye, Yomou, Faranah…, si on met toutes les terres en valeur avec la mécanisation, peuvent nourrir toute la Guinée et exporter le reste. Donc, que sur une période d’un an, le gouvernement dépense nos devises à acheter le riz ou à subventionner nos importations, on peut comprendre que cela soit fait en faveur d’une calamité. Mais le gouvernement doit investir dans l’agriculture.
Par exemple, il y a chez moi, en Forêt, dans la préfecture de Lola : de Wéakowé à Gogota, de Gogota à Bossou, de Bossou à Tyo de Tyo à Zö, de Zö à Wéakowé, des milliers d’hectares de terre noire qui, si c’est mis en valeur, peuvent nourrir toute la région forestière. Mais le gouvernement ne fait rien. Surtout ce qui est dramatique est que quand le président Conté a pris le pouvoir, il y avait les tracteurs que Sékou Touré a achetés à grand frais et qu’ils ont laissé pourrir. Aujourd’hui donc, il faut qu’il y ait une politique nationale de l’agriculture.
Ou alors créer une Banque de développement agricole qui ferait des crédits aux paysans ou à des groupements pour la mise en valeur des terres. Je pense qu’il y a une paresse chronique qui a affecté depuis « 84 » les gouvernements successifs de Lansana Conté. Il faudrait donc que pour la prochaine campagne de culture que le gouvernement finance la mise en valeur des terres et les mettre à la disposition des paysans.
Propos recueillis par Samory Keïta
Source :L’indépendant |
  Rubrique: Interview  date: 09-Sep-2008 à 01:20:58  Partager:   :  |
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