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Pr Alpha Condé, leader du RPG:"Tant que le Président Conté est là, la Guinée n’ira nulle part"


[IMG1]Actuellement en séjour aux Etats-Unis, le leader du Rassemblement du Peuple de Guinée(RPG), Alpha Condé sort de son silence.Pour le président du RPG, le salut de la Guinée est lié au départ du Président Conté.Dans cette interview, le professeur Alpha Condé revient sur la position de son parti face au gouvernement d'Ahmed Tidiane Souaré, ainsi que les préparatifs du RPG pour les prochaines élections législatives prévues d'ici la fin de l'année...

GuineeVision : Votre invitation à la Convention des Démocrates est devenue coutumière. Quelle est la particularité de celle de 2008 par rapport aux années précédentes ?


Pr Alpha Condé : D’abord, il faut rappeler que les relations entre le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) et le parti Démocrate remonte à de nombreuses années. Un partenariat qui ne cesse de se renforcer au fil du temps. Partant, la Convention des Démocrates est l’occasion pour nos deux formations de renouveler notre confiance mutuelle et d’aborder un certain nombre de questions d’intérêt commun à l’échelle nationale et internationale. Pour ce qui est de la convention de cette année, la particularité est tout autre chose, de par sa portée et sa signification.

En effet, l’élection 2008 aux Etats-Unis semble marquer un tournant décisif, dans la mesure où le candidat du parti Démocrate semble changer radicalement la politique américaine. De ce fait, il est extrêmement intéressant de savoir quelle sera la nouvelle donne après l’élection présidentielle en novembre prochain. Mieux, depuis J. F Kennedy jusqu’à maintenant, on n’avait jamais vu un tel engouement des Américains dans la perspective d’un changement de la politique de leur pays. Pour moi, la Convention de cette année a ses particularités qu’on ne peut ignorer. Peut être que c’est une nouvelle Amérique qu’elle prépare si jamais le candidat démocrate remporte la victoire.

Pensez-vous que l’élection de M. Barack Obama pourrait changer la donne en Afrique ?

Il faut se méfier des conclusions hâtives dans des situations pareilles ou des analystes fantaisistes. Pour ma part et en ce qui concerne la politique américaine pour l’Afrique, fondamentalement, il n’y a pas de grande différence entre le parti Démocrate et le parti Républicain, dans la mesure où ils défendent d’abord les intérêts des Etats-Unis. Toutefois, le candidat démocrate semble avoir une nouvelle vision envers notre continent du fait de ses racines africaines. D’où il pourrait être, beaucoup plus sensible aux problèmes des Africains et, par ricochet, être porté à la défense de la démocratie notamment le développement de l’Afrique.

Qu’en pensez-vous si le Républicain John MacCain était élu ?

M. Alpha Condé : En général, dans les plus grandes démocraties, qu’il s’agisse des Etats-Unis ou la France, de la Droite ou de la Gauche, fondamentalement la politique africaine de ces pays ne change pas quel qu’en soit le parti au pouvoir. Mais je me répète qu’étant donné que M. Barack Obama a des origines africaines et qu’il connaisse l’Afrique, peut-être il a une sensibilité beaucoup plus affirmée. C’est ce qui l’amènera certainement à s’intéresser davantage aux questions africaines contrairement au candidat républicain. De là à dire que ce sera automatique, ce sera un pas que ne m’hasarderais pas à franchir aussi vite.

Sur un autre plan, le RPG semble être absent sur la scène politique guinéenne. Est-ce une stratégie ou un essoufflement ?

Au fait, je ne sais pas ce que vous entendez par être absent sur la scène politique guinéenne. En effet, s’il y a un parti politique présent sur la scène guinéenne, c’est bel et bien le RPG. Peut-être, si être présent, pour vous, c’est faire des interviews ou des déclarations dans les journaux, c’est oui. Ce qui n’est pas notre cas car pour nous, la politique est avant tout des actions concrètes sur le terrain. D’ailleurs, notre formation est le seul parti représenté dans toute la Guinée, capable de réunir toutes ses structures chaque semaine dont entre autres les Comités de base, les Sections et les sous-Sections. En outre, tous les samedis, et dans toutes les préfectures, il y a une assemblée générale qui se tient au siège du parti. Donc, si malgré tout cela vous pensez que nous sommes absents, je vous laisse le soin d’en juger. Autrement dit, ça ne nous intéresse pas de faire des déclarations à l’emporte pièce. Notre préoccupation est le travail sur le terrain avec les Guinéens à travers la mobilisation de nos militants et la lutte concrète contre le pouvoir actuel.

En l’espace de moins de deux ans, la Guinée a connu successivement deux gouvernements. Quelle est votre analyse à ce sujet ?

Ma position sur cette question est on ne peut plus clair. En effet, comme je l’ai toujours dit, le problème de la Guinée, c’est le Président Lansana Conté. Donc, qu’il y ait tel ou tel gouvernement, cela n’aura aucune importance. Tant que le Président Conté est là, la Guinée n’ira nulle part, quelque soit la personne que l’on nommera comme Premier ministre. J’ai l’habitude de dire que même si vous amenez M. Bill Clinton en tant que Chef de l’Exécutif en Guinée, notre pays ne changera pas si Conté ne quitte pas le pouvoir. C’est lui le mal de la racine de tous les maux de la Guinée. Autrement dit, il ne s’agit pas de mettre telle ou telle personne comme Premier ministre, mais c’est de chercher plutôt comment mettre fin au régime de Lansana Conté.

Le RPG a refusé de participer aux deux gouvernements. Quelles en sont les raisons ?

Le RPG a comme programme : la lutte pour la fin du système Conté et l’instauration d’un changement démocratique à travers un gouvernement de transition, lequel organisera des élections libres et transparentes. Dans cette perspective, et en mars 2006, avec 15 partis d’opposition, des syndicats et la société civile, nous avons tenu des assises des forces vives démocratiques. Les conclusions ont été, entre autres, mettre fin au régime de Lansana Conté, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale au terme d’élections transparentes. A partir du moment où pour nous le problème c’est Conté, on ne voit pas comment notre formation peut aller dans un gouvernement Conté. C’est pour cela que les militants du RPG se battent pour le départ de Lansana Conté et non participer à un gouvernement de Conté. Il est clair donc tant que Conté est là, on ne verra pas un dirigeant du RPG assis à un conseil des ministres. C’est une question de principe, conforme à notre ligne qui n’est autre que le combat pour le changement.

Les législatives c’est pour fin 2008. Quelle est la position de votre formation à propos de cette échéance capitale quant à la consolidation de la démocratie en Guinée ?

Nous nous battons pour qu’il y ait des élections législatives libres, transparentes et démocratiques en Guinée. Nous luttons également pour que ces élections aient lieu le plus vite que possible, bien que nous sachions que nous sommes peut-être les seuls à exiger des élections véritablement rapides et transparentes. Et nous continuerons sur cette ligne parce que nous voulons qu’il y ait des élections libres et transparentes afin que le peuple de Guinée, in fine, puisse s’exprimer librement.

Pensez-vous que le RPG a les ressources nécessaires pour remporter le suffrage populaire ?

Je pense que le RPG est un parti bien implanté en Guinée et il a les ressources nécessaires pour atteindre une telle ambition. Toutefois et comme je l’ai toujours dit, le problème guinéen n’est pas celui d’une seule formation. La solution est que l’on se donne la main pour gouverner ensemble car le pays est tellement en retard économiquement qu’une seule formation politique ne peut pas résoudre tous ses problèmes. Cependant, nous allons nous battre pour que le RPG triomphe aux prochaines élections législatives. Nous avons les atouts, les moyens et les hommes pour y parvenir. Pour cela, nous sommes très mobilisés. Nous faisons confiance en la capacité de nos militants.

Le PUP vient de tenir son conseil national de la jeunesse. Peut-on dire que la campagne a déjà commencé ?

Pensez-vous réellement que le PUP sans les préfets, les sous-préfets est un parti ? Pour nous, la réponse est niet car sans ces responsables étatiques, le parti au pouvoir n’est que de la « mamaya » (NDLR : folklorique). En effet et en dehors de ces préfets et ces sous-préfets, le PUP est un parti en carton, donc inexistant. Son système consiste à donner de l’argent à quelques jeunes inexpérimentés et qui s’agitent. Pour nous, cela ne veut rien dire. Le PUP est inexistant sans l’administration, qu’il y ait renaissance ou pas. Pire, tout le monde sait, aujourd’hui, que le PUP est déjà moribond en Guinée. Donc sans l’administration le PUP n’ira nulle part. La campagne du PUP c’est l’administration. Ce ne sont pas les agissements de quelques jeunes, insignifiants par rapport à la grande majorité des Guinéens qui aspire au changement, qu’on peut appeler début d’une campagne. La campagne est faite par les vrais partis.

Au niveau de la sous-région, le processus ivoirien est en bonne voie. Quel est votre commentaire par rapport à cette question ?

Personnellement, je n’ai pas de commentaire à faire. Cependant, je souhaite que l’ensemble des forces vives ivoiriennes se donne la main afin d’arriver à des élections libres et transparentes et acceptées par tous. Et c’est à partir des élections libres et transparentes que la Côte d’Ivoire pourra s’engager dans la voie du développement pour le plus grand bonheur de son peuple.

Enfin, un petit mot, M. le professeur, sur le cas zimbabwéen.

Il est indéniable que M. Robert Mugabe a été un grand héro qui a été admiré par beaucoup de générations. Il a mené la lutte pour l’indépendance nationale. Nous continuons à l’admirer pour ce rôle historique. Cependant, nous pensons, aujourd’hui, que le peuple zimbabwéen a le droit de choisir librement son Président et qu’il n’est pas possible que des forces, toutes tendances confondues, s’opposent à cela. Partant de là, nous ne pouvons pas être d’accord avec M. Mugabe dans cette voie suicidaire et incompréhensible. Je pense qu’en tant que héros africain, il aurait dû se retirer dans l’honneur et la dignité en laissant le peuple zimbabwéen de choisir ses dirigeants. C’est la meilleure des choses qu’il aurait mieux à faire.

Propos recueillis par Bangaly Condé « Malbanga »
Source:GuineeVision - New York

  Rubrique: Interview  date: 02-Sep-2008 ŕ 23:28:30  Partager:   :

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