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Trafic d'armes en Guinée:"La France est responsable d'avoir fourni des munitions à une dictature qui
[IMG1]De récentes enquêtes sur les mouvements de grève et manifestations de janvier et février 2007,accusent la France d'avoir vendu des armes au régime du Président Conté.Selon les chiffres obtenus par les enquêteurs des ONG, la France aurait vendu à la Guinée pour 6 millions de dollars d'armes entre 2003 et 2006.Dans un documentaire qui doit être diffusé mardi 2 septembre sur Arte, les journalistes Paul Moreira et David André montrent que la France, en violation de ses propres engagements,a vendu des armes à la Guinée.Africaguinee.com, vous propose une interview de Paul Moreira, qui nous explique les motifs de ce reportage qui montre comment la France de Chirac, a vendu des armes à la Guinée pour sauver le dictateur Conté...
Le nouvel-Obs:Pourquoi ce reportage aujourd'hui ?
Paul Moreira: Cela fait un bout de temps que je me ballade dans des zones de conflit et la dissémination des armes légères – les kalachnikovs, les RPG…- est, selon moi, l’équivalent de la peste des temps modernes. Les voilà , les véritables armes de destruction massive que l'on a cherchées en vain en Irak. Ce sont elles que l'on retrouve entre les mains de gamins. Ce sont elles qui provoquent des centaines de milliers de morts. J'avais envie de mettre à jour les tuyaux du trafic. Comprendre les mécanismes qui permettent aux fusils d’assaut de passer des pays développés aux mains d’enfants soldats.
Par ailleurs, je connaissais la campagne Control Arms d'Amnesty International car, à leur demande, j'avais signé un appel de journalistes de plusieurs pays contre le trafic des armes légères. A cette occasion, ils m'avaient expliqué le fonctionnement de leur ONG et j'avais été fasciné par leurs méthodes d'enquête, très proches du journalisme d'investigation. Voire même des services secrets. J'avais envie de rendre compte de ce contre-pouvoir citoyen planétaire. L’époque est pessimiste mais il reste des gens qui tentent de rendre le monde moins mortel et qui le font sans naïveté.
Qui sont les responsables des ventes d'armes ? Les Etats ou les trafiquants ? Y-a-t-il des sujets que vous n'avez pas pu aborder ?
Concernant l'origine des armes, les deux cas existent.Si l’on l'on prend par exemple la République démocratique du Congo, il était très important d'aller là -bas car c'est le pays où il y a le plus de morts civils depuis la deuxième guerre mondiale. C'est un conflit dont ne parle quasiment jamais alors qu'il dure depuis 10 ans et que la région est censée être sous embargo : aucune arme, aucune balle ne doit arriver sur le terrain. Au Congo, les armes passent par les pays voisins, principalement le Rwanda et l’Ouganda. Elles viennent nourrir un conflit pour le contrôle de ressources minières très importantes. Elles proviennent majoritairement de stocks de l'ex-bloc soviétique. Elles ne sont pas vendues directement par des pays mais par des intermédiaires comme le trafiquant russe Viktor Bout, un ancien du KGB qui a accès aux stocks de l'ex-Armée rouge.
Mais il peut arriver que, pour servir ses intérêts, un état arme délibérément des milices. C’est le cas du Rwanda au Congo mais c’est surtout le cas des Etats-Unis. Les USA estiment qu’ils ont le droit d’armer ce qu’en termes codés ils appellent des "non-state actors", rebaptisés pour les besoins de la propagande : "combattants de la liberté". Dans le documentaire, l'ancien ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies, John Bolton, assume totalement cette politique qui a été menée, par exemple, au Nicaragua, en Irak ou en Afghanistan.
Le problème, c’est qu’une kalachnikov ne meurt jamais. D’après la presse britannique, les 10 militaires français tués en Afghanistan, auraient été décimés par le groupe de Gulbuddin Hekmatyar. Or, cet islamiste afghan est celui qui avait reçu le plus d'armes des Etats-Unis durant les années 80, à l'époque pour combattre l'occupation soviétique. On peut tout à fait imaginer que certaines de ces armes soient aujourd’hui utilisées pour tirer sur des soldats français, américains ou anglais.[IMG2]
Bien entendu, nous n'avons pas pu aborder tous les sujets. Nous aurions aimé notamment aller plus loin sur les méthodes d'enquête de l'ONG Control Arms, sur l'affaire des manifestants abattus en Guinée, sur les divers groupes armés congolais où encore sur Viktor Bout.
Dans votre documentaire, vous montrez des images de l'armée guinéenne tirant sur des manifestants. Parallèlement, vous montrez que la France, entre autres pays occidentaux, a vendu de grandes quantités de munitions à ce pays ces dernières années. Quelle est la part de responsabilité de la France dans cette affaire ?
On ne peut pas dire que la France est directement responsable des exactions commises. Par contre, oui, elle est responsable d'avoir fourni des munitions Ă une dictature qui tire sur des manifestants pacifiques.
Il faut souligner que la France n'est pas la pire. Il n'existe pas de traité multinational sur les ventes d'armes, mais elle s'est engagée à ne pas vendre d'armes à des pays ne respectant pas les droits de l'homme. Et, à ce niveau, on peut dire que notre pays n'a pas respecté ses engagements.
Ce que demandent les gens de Control Arms, c'est un traité international. Un outil multilatéral qui permette d’exercer des rétorsions sur les pays qui ne respecteraient pas la règle du jeu. Aujourd’hui, les Etats Unis peuvent faire condamner la France pour discrimination commerciale à l’Organisation Mondiale du Commerce parce que nous refusons d’importer leur veau aux hormones. Pourquoi n’y aurait-il pas une instance qui exercerait des représailles sur des pays qui laisse vendre des armes à des tueurs ?
Interview de Paul Moreira
par Jérôme Hourdeaux
Source:nouvelobs.com
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  Rubrique: Interview  date: 30-Aug-2008 ŕ 00:08:48  Partager:   :  |
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