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Affaire Aziz Baldé: le ministre Damantang Albert Camara s'explique...





CONAKRY-Que s'est-il passé le dimanche 17 novembre dernier au quartier Cosa à Conakry?Ce jour là, le jeune Abdoul Aziz Baldé, âgé de 15 ans, a été tué par balles par un policier.Sur cette affaire, le ministre Damantang Albert Camara annonce l'ouverture d'une enquête.Dans cet entretien, le porte-parole du gouvernement interpelle également les médias pour éviter les violences dans le pays...

Africaguinee.com : Des violences ont éclaté dimanche dernier au quartier Cosa près de la radio planète FM ; peut-on savoir les informations que vous avez à votre disposition sur ce sujet ?

Damantang Albert Camara :
Dans la journée de dimanche un de vos confrères sur une radio a déclaré qu’il était menacé d’enlèvement et il a appelé les jeunes des quartiers environnants à venir à son secours. Ce qui a entrainé des violences, des barricades, des agressions et ensuite l’intervention des forces de sécurité avec ce qu’on a à déplorer en terme de bilan, il y a un adolescent qui est mort, une dizaine de blessés de part et d’autre, forces de l’ordre et civils. Il y a eu des dégâts matériels, des véhicules endommagés, des personnes agressées ; c’est vraiment déplorable qu’on n’arrive pas à sortir de ce cycle régulier de violence qui, pour la plupart peut être évité, simplement pour vue que ceux qui sont concernés fassent preuve de retenue, de discernement et de sens de responsabilité.

Africaguinee.com : Dans un communiqué, le gouvernement a promis l’ouverture d’une enquête. Peut-on s’attendre à des résultats concrets sur ce dossier ?

Damantang Albert Camara :
En tout cas nous l’espérons, nous sommes dans un Etat de droit, il y a une séparation des pouvoirs, ce que nous pouvons faire en tant que gouvernement, c’est instruire le ministère de la justice pour qu’une enquête soit ouverte. Normalement dans ces cas là, elle doit s’ouvrir automatiquement, attendre comme tout le monde, puisque nous ne pouvons pas intervenir dans les procédures judiciaires. Il faut donc attendre les résultats de l’enquête, et surtout que les responsabilités soient établies. On ne peut encore admettre qu’un gamin de 15 ans se fasse tuer, dans une circonstance comme celle-là alors qu’on aurait pu facilement l’éviter.

Je rappel que ce journaliste, à supposer que l’information qu’il a divulgué soit vraie, ce qui aujourd’hui n’est pas du tout établi ; il avait à sa disposition plusieurs recours. Il pouvait appeler le Conseil national de Communication (CNC), l’Union des Radios Télévisions Libres de Guinée(URTLGUI), ou encore interpellé le ministre des droits de l’Homme ou appelé la gendarmerie ou toute autre autorité ; pour déclarer qu’il était interpelé par des policiers. Ce qui, de toute manière n’a rien d’extraordinaire, peut-être il y avait quelques choses qui le justifiaient. Je le répète aujourd’hui nous n’avons aucune information par rapport à ça. Rien ne permet de dire que ce monsieur était victime d’enlèvement ou toute autre interpellation. Rien ne peut permet d’établir.
Bizarrement chacun se rappelle à l’esprit, les dérapages réguliers que ce même journaliste fait régulièrement. Donc il est vrai qu’à un moment donné, il faut que chacun prennent ses responsabilités. Nous avons constaté que la tendance dans l’immense majorité du pays en tout cas au niveau des médias est à la condamnation de cette manière de procéder. Nous espérons que l’URTELGUI ira jusqu’au bout de sa logique. En faisant le ménage en son sein. Le gouvernement en tout cas lui prendra ses responsabilités.

Africaguinee.com : Aujourd’hui, les violences sont devenues cycliques au niveau de ces quartiers de la haute banlieue de Conakry, les populations se sentent un peu désespérées avec l’impression que le gouvernement ne prend pas des mesures pour assurer leur sécurité. Votre réaction ?

Damantang Albert Camara :
Oui, il faut savoir la limite qu’il faut trouver entre trop de présence policière et pas assez. Sachant qu’à un certain moment, il a été reproché aux forces de l’ordre de rentrer dans les quartiers. On leur a demandé de rester dans les périphéries, sur les grands axes. A ce moment là, l’Etat s’interdit lui-même sur une partie du territoire, ce qui est totalement incongru. C’est vrai qu’il y a eu un réel problème de maintient de l’ordre, parce que très souvent, la présence unique des forces de l’ordre exacerbe les tensions au niveau des jeunes. Des jeunes qui sont parfois chauffés à blanc par différents discours d’où qu’ils viennent. C’est un véritable défi auquel nous sommes confrontés. Il faut que les quartiers soient clairement lotis. Ca serait déjà grand un pas en avant pour qu’on puisse clairement circuler et que l’identification des biens des personnes soit plus facile.
Il y a énormément de défis dans ces quartiers, en terme d’administration du territoire. Et C’est vrai, il en est de la responsabilité de l’Etat de les relever.

Africaguinee.com : Est-ce que vous ne pensez pas que c’est le lieu et le moment d’interpeller le CNC après ce que vous qualifiez de « dérapages » de certains de nos confrères ?

Damantang Albert Camara :
Oui, le CNC ou les autorités judiciaires, je pense que dans ces cas là en principe, le procureur doit immédiatement se saisir de l’affaire. Je l’espère en tout cas. On ne peut être citoyen guinéen et jouir d’une immunité totale et globale surtout ce qu’on fait. Quand bien même qu’on serait journaliste. Ce type d’immunité n’appartient qu’aux députés et encore lorsqu’ils sont pris en flagrant délit, ils doivent répondre devant la justice donc il n’est pas question que sous prétexte de liberté de presse, tout soit toléré même au détriment de la paix en mettant péril la sécurité et la quiétude sociale. Ce qui s’est passé dimanche est une interpellation pour nous tous y compris le gouvernement, la presse, également les auditeurs. Nous devons tirer toutes les conséquences pour que cela n’arrive plus jamais dans notre pays.

Africaguinee.com : Quel va ĂŞtre le rĂ´le du conseil national de la communication (CNC) ?

Damantang Albert Camara :
C’est une instance indépendante, c’est elle qui est chargée de réguler (les médias), nous allons attendre. Je crois qu’il n’y a pas très longtemps, c’est comme si l’histoire se répétait, le conseil national de la communication avait pris une sanction contre cette même radio, peut-être que dans la forme il y avait un vice, je ne saurais me prononcer là-dessus. Mais, il faut forcement qu’elle se saisisse de ce dossier. Et même si depuis cet épisode, cette institution s’est un peu sentie échaudée. Il faut qu’elle continue à remplir sa mission.

Africaguinee.com : Est-ce qu’au sein, du gouvernement vous prenez l’engagement de ne pas vouloir museler la presse ?

Damantang Albert Camara :
Non, il n’a jamais été question, je crois que les guinéens sont témoins que depuis que ce gouvernement est en place, il n’y a eu jamais eu la moindre poursuite contre un organe de presse en tout cas de la part du gouvernement. Il n’y a jamais eu de journaliste arrêté. Il y a eu ce malheureux épisode qui a durée 72 heures de suspension de la radio planète. Et ça été tout sur trois ans. Lorsqu’on on voit ce qui se passe ailleurs, notamment les pays qui ne sont pas loin des nôtres, on peut considérer que nous faisons des efforts considérables. Pour respecter les libertés de presse, mais cela ne doit pas se faire en n’importe quel prix. Et le prix qui a été payé hier par ce jeune de 15 ans et partout ceux qui ont subis des dégâts beaucoup trop élevés, pour que nous l’acceptions.

Africaguinee.com : Un message pour terminer ?

Damantang Albert Camara :
Responsabilité encore, responsabilité toujours, parce que sans cette notion de responsabilité on se dirige vers des extrémités que nul ne peut maitriser. Donc nous être conscients que nous devons faire preuve du maximum de responsabilité dans tous les actes que nous posons. Même si cette responsabilité parfois nous empêche d’aller au bout de notre logique professionnelle. Je crois qu’il faut d’abord assumer sa responsabilité et la paix sociale.

Interview réalisée par
Souaré Mamadou Hassimiou
Pour Africaguinee.com

  Rubrique: Interview  date: 21-Nov-2013 ŕ 17:58:34  Partager:   :

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