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Mines d'or de Guinée : Le virus des mariages brefs


[IMG1]Dans les mines de Haute-Guinée, des ‘mariages’ de courte durée unissent des orpailleurs à des femmes qui tamisent le sable et leur rendent des services ménagers et sexuels en échange d'un peu d'or. Partenaires multiples et rapports non protégés font le lit du sida.


La mine d’or de Boukharia, comme des dizaines d'autres de la préfecture de Siguiri, en Haute-Guinée, à quelque 900 km de la capitale Conakry, a tout l’air d’un marché animé. Des femmes et hommes s’affairent autour des gros trous creusés çà et là. Au fond, des chercheurs d’or, munis de pioches, torche au front, creusent sans cesse, parfois jusqu'à dix mètres sous terre. Accroupie, Minata, une jeune femme, remonte à la surface un seau plein de sable rouge que son compagnon, Moussa, lui a rempli du fond du trou.
Ensuite, elle ira rejoindre, au bord de la rivière proche, les grappes de femmes qui tamisent la boue dans de grosses calebasses pour trouver de l'or. Minata et Moussa, comme la plupart de ceux qui, ici, traquent le métal précieux vivent maritalement depuis deux mois, unis par le lien du foudoukoudouni qui, en malinké, la langue parlée en Haute-Guinée, désigne un ‘mariage’ de courte durée. Cette forme d’union traditionnelle, abusivement appelée mariage, n’en est pas un en réalité puisqu’elle n’est officialisée par aucune autorité.

Les habitants de Siguiri considèrent ces unions brèves comme de la prostitution déguisée : un homme partage les bénéfices de son travail d’orpaillage avec une femme qui, en retour, se charge de la cuisine, des travaux ménagers et satisfait ses besoins sexuels. Celle-ci lui donne aussi un coup de main en tamisant les boues aurifères. ‘Depuis trois mois, j’entretiens des relations sexuelles avec une compagne. Avant elle, j’en ai eu avec au moins six autres qui travaillent ici’, confie Siné, un colosse. C’est ainsi que des milliers de femmes et d'hommes changent de partenaires et se transmettent mutuellement le sida, car ils n'utilisent pas de capote. Siné avoue ne jamais se protéger, car, dit-il, ‘je ne crois pas au sida’. Le foudoukoudouni est pratiqué également dans les autres mines et villages de la riche préfecture de Siguiri, mais aussi dans la ville voisine de Dinguiraye ainsi que dans les mines diamantifères de Kérouané, également en Haute-Guinée. Des hommes et femmes viennent de tout le pays, et même du Mali voisin, chercher de quoi vivre et repartent souvent avec le sida.

Considéré par le Comité national de lutte contre le sida (Cnls) et certaines Ong comme l’une des sources de propagation du Vih/sida, cette pratique coutumière résiste au temps. Mory Oulén Magassouba, l’un des patriarches de Fatoya, un autre district de Siguiri confesse : ‘Il est aussi difficile de combattre la prostitution que de venir à bout du foudoukoudouni qui existe ici depuis toujours.’ La réalité sur le terrain semble donner raison à l’octogénaire : les multiples campagnes de prêche contre le mariage temporaire, organisées par les mosquées, et les nombreuses émissions de sensibilisation de la radio rurale de Siguiri n’ont guère eu de résultats. [IMG2]De même, les actions des Ong. Ainsi, le Prism (Pour renforcer les interventions en matière de santé reproductive et Mst/Sida), financé par la Coopération des Etats-Unis, l’une des plus actives dans les zones aurifères, mène campagne depuis une dizaine d’années pour la capote faute de pouvoir convaincre les orpailleurs de rester fidèle à une seule partenaire. Résultat : alors que le taux de prévalence du Vih en Guinée est passé de 2,8 % en 2001 à 1,5 % en 2005, la prévalence dans les zones minières demeure préoccupante, selon un rapport de l’Enquête démographique de la santé : 5 % des mineurs et 42,3 % des prostituées vivent avec le virus.

En plus de contribuer à propager les maladies, ce mariage sous contrat brise de nombreux ménages. Des épouses quittent leur mari pour aller ‘faire fortune’ dans les mines. Des jeunes filles, parfois venues de villages ou de régions très éloignés, fuient également leurs familles avec ce même espoir. ‘Ma femme m’a quitté depuis un an, confie Madigbè Kaba, un commerçant de 45 ans. J’ai appris qu’elle travaille dans une mine de Fatoya où elle vit avec un autre homme’. ‘Depuis que j’ai quitté mon mari, j’ai pu économiser en six mois 3 500 000 FG, environ 500 €’, confesse une orpailleuse. Toutefois, toutes les femmes qui travaillent dans ces mines ne se livrent pas à cette pratique. L'une d'elles, N’nafadima Dioubaté, s'en défend : ‘Ce ne sont pas toutes les orpailleuses qui s’unissent aux gens pour quelques pépites d’or.’

Selon Mohamed Camara, professeur de sociologie à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry, la persistance du foudoukoudouni s'explique d'abord par la pauvreté. ‘Certes, toutes les femmes qui travaillent dans les mines ne pratiquent pas le mariage de courte durée. Mais il faut comprendre que le but de celles qui le pratiquent, est d'améliorer leurs conditions de vie, même si elles n’ont pas toutes la chance de se tirer d’affaire.’ ‘On aura tout essayé, conclut, pessimiste, un cadre du Clns, mais je doute fort que les gens abandonnent cette pratique. Tant que les mines du Bouré existeront, le mariage sous contrat peut être certain d’avoir encore de beaux jours devant lui.’

Alpha CAMARA
Source:Syphia, partenaire d'Africaguinee.com




  Rubrique: Dossier du Jour  date: 04-Jul-2008 à 19:30:44  Partager:   :

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