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EnquĂȘte: les victimes du massacre au stade de Conakry mĂ©ritent que justice leur soit rendue





CONAKRY-Les responsables du massacre, des viols et d'autres exactions qu’ont commis les forces de sĂ©curitĂ© de GuinĂ©e dans un stade de la capitale en 2009 n'ont toujours pas Ă©tĂ© amenĂ©s Ă  rendre compte de ces actes quatre ans plus tard, a dĂ©clarĂ© Human Rights Watch aujourd'hui.

Une enquĂȘte nationale a Ă©tĂ© contrecarrĂ©e par l'insuffisance du soutien apportĂ© par le gouvernement guinĂ©en. En particulier, le gouvernement devrait contacter les autoritĂ©s du Burkina Faso, afin de traiter une demande adressĂ©e depuis deux ans par les juges au gouvernement de ce pays visant Ă  interroger l'ancien prĂ©sident guinĂ©en, Moussa Dadis Camara, qui y rĂ©side. Les autoritĂ©s guinĂ©ennes devraient Ă©galement suspendre certains suspects de toute fonction gouvernementale dans l'attente des rĂ©sultats de l'enquĂȘte.

« Quatre ans plus tard, les victimes et leurs familles attendent toujours que justice soit rendue pour les exactions abominables commises le 28 septembre 2009 et les jours suivants », a dĂ©clarĂ© Elise Keppler, directrice adjointe de la division Justice internationale Ă  Human Rights Watch. « L'enquĂȘte est entravĂ©e pour une large part, semble-t-il, par le simple fait que le gouvernement ne lui apporte pas l'appui nĂ©cessaire Ă  son aboutissement. »

Le 28 septembre 2009, plusieurs centaines de membres des forces de sĂ©curitĂ© guinĂ©ennes ont fait irruption dans un stade de la capitale de la GuinĂ©e, Conakry, et ouvert le feu sur des dizaines de milliers de partisans de l'opposition qui s’y Ă©taient rassemblĂ©s pacifiquement. À la fin de l'aprĂšs-midi, au moins 150 GuinĂ©ens gisaient morts ou mourants, et des dizaines de femmes avaient subi des violences sexuelles d'une extrĂȘme brutalitĂ©, notamment des viols individuels et collectifs.

En fĂ©vrier 2010, un panel national de juges d’instruction a Ă©tĂ© mis en place et chargĂ© d’enquĂȘter sur ces crimes. Ce panel a fait d'importants progrĂšs dans l'enquĂȘte, interrogeant notamment plus de 300 victimes, a dĂ©clarĂ© Human Rights Watch. Des poursuites ont Ă©tĂ© intentĂ©es contre plusieurs responsables de haut rang. Parmi eux figurent le Capitaine Claude « Coplan » Pivi, qui est le ministre guinĂ©en chargĂ© de la sĂ©curitĂ© prĂ©sidentielle, poste qu'il occupait dĂ©jĂ  au moment des crimes de 2009; le Colonel Abdoulaye ChĂ©rif Diaby, Ă  l'Ă©poque ministre de la SantĂ©; et Moussa TiĂ©gboro Camara, qui Ă©tait alors et est toujours ministre chargĂ© de la lutte contre le trafic de drogue et le crime organisĂ©.

Cependant, quatre ans aprĂšs les crimes, l'enquĂȘte n'est toujours pas conclue et le manque de soutien politique et financier dont elle souffre constitue un dĂ©fi de taille. Certains suspects sont en dĂ©tention prĂ©ventive depuis plus de deux ans, soit au-delĂ  de la durĂ©e maximale autorisĂ©e par la loi guinĂ©enne.

Une requĂȘte introduite par les juges pour interroger le Capitaine Moussa Dadis Camara, qui Ă©tait prĂ©sident au moment oĂč les crimes ont Ă©tĂ© commis et qui vit au Burkina Faso – est en souffrance depuis plus de deux ans. TiĂ©gboro Camara et Pivi n'ont pas Ă©tĂ© suspendus de leurs fonctions, alors qu'ils ont la capacitĂ© de peser sur l'enquĂȘte Ă©tant donnĂ© les postes influents qu'ils occupent au sein du gouvernement.

L'enquĂȘte a souffert d’un manque de soutien matĂ©riel et de prĂ©occupations concernant la sĂ©curitĂ© des juges et des tĂ©moins. En 2011 et 2012, le panel de juges d’instruction Ă©tait confrontĂ© Ă  un manque de fournitures de base, entre autres des stylos, du papier et autre matĂ©riel, et il a fallu plus d’un an au ministĂšre guinĂ©en de la Justice pour commencer Ă  remĂ©dier Ă  ce problĂšme.

En juillet 2012, l'interrogatoire de Pivi par les juges a été annulé alors que ses partisans manifestaient en signe de protestation à Conakry, et il n'a toujours pas eu lieu.

« La nature sensible de l'enquĂȘte prĂ©sente des risques accrus pour ceux qui y participent », a soulignĂ© Elise Keppler. « Les autoritĂ©s guinĂ©ennes doivent faire preuve de leur attachement Ă  cette cause en apportant Ă  l'enquĂȘte un soutien adĂ©quat et en s'assurant que les juges, les tĂ©moins et les victimes soient Ă  l'abri des menaces. »

Une enquĂȘte effectuĂ©e par Human Rights Watch en 2009 a permis d'affirmer que les meurtres, viols et autres abus commis par les forces de sĂ©curitĂ© le 28 septembre et les jours suivants Ă©quivalent Ă  des crimes contre l'humanitĂ©, Ă©tant donnĂ© leur caractĂšre gĂ©nĂ©ralisĂ© et systĂ©matique. Une commission d'enquĂȘte créée par le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies a Ă©galement affirmĂ© qu'il Ă©tait raisonnable de conclure que des crimes contre l'humanitĂ© avaient Ă©tĂ© commis.

En octobre 2009, le Bureau du Procureur de la Cour pĂ©nale internationale (CPI) a dĂ©cidĂ© de procĂ©der Ă  un examen prĂ©liminaire de la situation en GuinĂ©e, qui est un État partie Ă  la CPI depuis 2003. Il reste Ă  voir si la CPI pourra ouvrir une enquĂȘte en GuinĂ©e. Selon le principe de la complĂ©mentaritĂ© de la CPI, celle-ci n’intervient que lorsque les autoritĂ©s nationales sont dans l’incapacitĂ© ou n’ont pas la volontĂ© de mener Ă  bien les poursuites.

Source: Human Rigth Watch

  Rubrique: Dossier du Jour  date: 28-Sep-2013 à 12:12:57  Partager:   :

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