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Violences en forêt, législatives, pénurie d'électricité: Papa Koly Kourouma parle...

CONAKRY-Que faire pour éviter de nouveaux affrontements entre Koniankés et Guerzés?Pour le ministre d'Etat Papa Koly Kourouma plusieurs mesures doivent être prises par le gouvernement.Dans cet entretien accordé à notre rédaction, Papa Koly Kourouma qui dirige le département de l'énergie aborde également le problème de pénurie d'électricité à Conakry.Quand aux prochaines législatives, Papa Koly Kourouma a déjà choisi son camp...
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Kourouma!
PAPA KOLY KOUROUMA : Oui bonjour M. SOUARE !
AFRICAGUINEE.COM : La région forestière notamment N'zérékoré et Beyla vient de subir des violences inter communautaires entre guerzés et koniankés qui ont fait près de 100 morts. Quelle lecture faites-vous de ces évènements tragiques survenus dans cette région?
PAPA KOLY KOUROUMA :Il faut d’abord dire que ce sont des évènements malheureux. Les journées folles qui se sont succédées à N’zérékoré et à Beyla, qui ont été émaillées de violences, de saccages et de meurtres nous ont profondément préoccupés. On a été préoccupé dans la mesure où nous sommes triplement concernés par ce qui se passe dans cette partie de la Guinée. Sur le plan social c’est mon origine, je suis issu des deux communautés qui s’affrontaient, sur le plan politique c’est mon fief, sur le plan économique nous avons des investissements énormes dans la région. Voilà pourquoi nous estimons que ces violences ne devaient pas arrivées. Ça ne devait pas arriver dans la mesure où ces deux communautés ont toujours vécu ensemble, depuis des siècles. Ce ne sont pas les histoires qui nous préoccupent dans la mesure où la langue et les dents se querellent, mais c’est la tournure qu’ont pris ces évènements, la vitesse et la proportion que ces violences là ont pris qui nous préoccupent. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut aller chercher les raisons profondes de ces violences pour pouvoir les traiter. Aujourd’hui, nous condamnons les actes et fustigeons les auteurs, nous demandons à tout le monde d’observer de la retenue, nous implorons la grâce de Dieu pour que la paix revienne afin que les deux communautés se retrouvent et continuent à vivre dans la fraternité dentant. Nous étions en phase des préparatifs des prochaines consultations électorales quand ces évènements sont survenus, nous avons tout arrêté et nous avons observé le deuil que nous avons clôturé aujourd’hui par une lecture du saint coran à la mémoire de tous ceux qui ont perdu leur vie, tous ceux qui ont été blessés, bref, tous ceux qui ont été affectés par ces affrontements. Les mêmes prières se feront à l’église ici même à Conakry, et nous allons aussi nous rendre à N’zérékoré, dans les mosquées et dans les églises.
AFRICAGUINEE.COM : Selon les observateurs, le bilan a été lourd suite à la réaction tardive des autorités en particulier les forces de sécurité locales. Qu'en pensez-vous?
PAPA KOLY KOUROUMA :Ce sont des remarques, mais il faut aller aussi chercher les raisons. L’épicentre de ces violences était Koulé (localité située à près de 50 km de la commune urbaine de N’zérékoré, Ndlr), personne ne pouvait penser que ce qui se passait à Koulé pouvait se transporter à N’zérékoré. Les autorités locales et les services de sécurité étaient préoccupés à éteindre le feu qui s’était allumé à Koulé, sans penser que cela allait se propager à N’zérékoré. C’est surtout la vitesse de propagation et l’amplitude des évènements qui ont été plus rapide que la réaction des différentes autorités. Je pense que s’il y a eu une réaction tardive, ce n’était pas prémédité, ce n’était pas une négligence, mais c’est parce que les autorités ont été prises de court. C’est cela mon analyse de la situation. Mais comme le dit un adage peulh : “Quelque soit la gravité d’une situation, l’enfant dira toujours maman il faut me couvrir“. Donc la population ne peut que s’en prendre aux autorités et à juste raison. Pour elle, les premiers qui doivent répondre, ce sont les autorités.
AFRICAGUINEE.COM : Les violences sont devenues quasiment récurrentes dans cette région. Quelle explication pouvez-vous donner à cela ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Ça ne date pas d’aujourd’hui. Il faut remonter dans les années 1990, 1991, c’est à partir de là que les premiers évènements ont commencé. Nous estimons aujourd’hui que les causes profondes de ces évènements sont d’ordre politique et ensuite économique. Sur le plan social ces communautés là ont toujours cohabité dans de bonnes conditions. Il a fallu l’intervention des Hommes politiques dans les années 90, 91, pour que ces évènements éclatent et connaissent une certaine ampleur. Cela a affecté les communautés et a mis un climat de méfiance entre les uns et les autres. Ça aussi donné un esprit de vengeance. Quand vous regardez aussi sur le plan économique, il y a une espèce d’inverse de la tendance du pouvoir économique, cela aussi peut être un des facteurs de dégradation des relations entre les deux communautés. Hier, le pouvoir économique était détenu par les uns, aujourd’hui ce sont les autres qui le détienne, la commercialisation des produits agricoles était presque monopolisé par une communauté, aujourd’hui l’autre communauté pense qu’il faut reprendre la main. Donc avec tous ces faits, je pense qu’il ya lieu de mener une étude sociologique pour pouvoir déterminer les causes profondes de ces évènements pour pouvoir les éradiquer de façon définitive. Je pense que nous sommes les premiers à être concernés, d’abord les deux communautés et ensuite le gouvernement.
AFRICAGUINEE.COM : Des pactes de non agressions ont été signés récemment par ces deux communautés. Peut-on aujourd'hui faire un travail de mémoire pour informer les jeunes sur l'histoire de leur région?
PAPA KOLY KOUROUMA :Je pense que les études sociologiques vont permettre de répondre à toutes ces questions. Il y avait eu aussi des pactes de non violence, mais aujourd’hui, avec ce qui vient de se passer à N’zérékoré et à Beyla, les pactes que les deux communautés ont signés sont mieux que n’importe quelle autre intervention. Hier, c’était un semblant de pacte, aujourd’hui ce sont les communautés elles-mêmes qui trouvent qu’il est nécessaire de cohabiter ensemble, qu’il est nécessaire de se donner la main et qu’il est nécessaire de signer ces pactes e non violence. Je pense que ça sera quelque chose de durable. Ce que nous devons faire maintenant c’est faire en sorte que ces pactes là soient respectés et qu’ils soient durables. Chacun doit être capable de mettre le sien afin que cela soit une réalité.
AFRICAGUINEE.COM : Certains observateurs accusent des milices et les chasseurs traditionnels communément appelés “Donzo“ comme étant les auteurs de ces violences. Partagez-vous cet avis ?
PAPA KOLY KOUROUMA : (…) Milices, je le dis avec beaucoup de réserve. Je préfère ne pas me prononcer sur cette question de milices, de ceci ou de cela. Je pense qu’il faut régler ces questions de façon sociale. La question est d’ordre social, il faut trouver la solution de manière sociale. Je ne pense pas qu’on ait intérêt à incriminer telle milice ou telle personne.
AFRICAGUINEE.COM : Comme autre solution à ces nombreuses violences dans cette région, certains observateurs préconisent la création d’emploi pour les jeunes. Etes-vous de cet avis ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Les emplois pour les jeunes, ça c’est une première préoccupation du gouvernement. La preuve est qu’il y a un ministère en charge de l’emploie des jeunes. Nous sommes entrain de développer le “HAIMO“, la haute intensité pour la main d’œuvre. Tout ça sera pour la jeunesse. La création d’emploi est une chose mais la violence en est une autre. Ces questions pouvaient être réglées parce que le chômage n’amène pas forcément à la violence. C’est la gestion de ce chômage que le gouvernement doit pouvoir menée. Ça doit être pris dans un cadre général.
AFRICAGUINEE.COM : Parlant de l'électricité, les citoyens de Conakry continuent de vivre dans l'obscurité malgré la saison des pluies. Avec toutes les promesses du gouvernement, certains observateurs parlent d'échec dans ce secteur. Partagez vous cet avis?
PAPA KOLY KOUROUMA :Le gouvernement a tracé un programme d’amélioration de la desserte. Si vous voulez on va l’appeler promesse, mais si vous avez remarqué, ce programme a connu un début, il y a qu’à la date d’aujourd’hui il y a eu des manquements. Malheureusement les informations n’ont pas été données à temps. Moi je pense que c’est ce qui est à la base de certains remous sociaux. Quand vous ne dites pas ce que vous faites, on dit ce que vous n’avez pas fait. C’est pourquoi, le département a pris toutes les dispositions pour pouvoir communiquer sur cette question et expliquer les manquements, expliquer ce que nous sommes entrain de faire, qu’est-ce que nous envisageons pour corriger ces manquements. Ce plan de communication est préparé, il est disponible et nous attendons que le gouvernement se prononce et après on va communiquer.
AFRICAGUINEE.COM : Pendant ce temps les populations continuent d’attendre les résultats dans ce secteur malgré les nombreux fonds y ont été investis…
PAPA KOLY KOUROUMA :Vous savez la question qui se pose aujourd’hui dans le domaine de l’énergie est d’ordre institutionnel, technique et financier. Toutes ces questions sont dépendantes les unes des autres. C’est pourquoi on ne peut pas répondre à une question et occulter l’autre. Ce n’est pas possible et ça ne peut pas marcher. C’est ce qui est à la base de ce manquement, mais que nous allons expliquer et donner les solutions que nous envisageons pour un retour à la bonne desserte.
AFRICAGUINEE.COM : Parlant de la politique, peut-on savoir quelle lecture faites-vous de l’évolution du processus électorale guinéen ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Je pense que le processus est amorcé dans la mesure où les deux parties, l’opposition et la mouvance ont trouvé un terrain d’entente et ont signé des accords. J’estime donc que nous sommes sur la bonne voie et que les élections vont se tenir à la date indiquée avec le maximum de transparence et la clarté dans les résultats.
AFRICAGUINEE.COM : Au niveau de votre formation politique, le GRUP, comment s’est fait le choix de vos différents candidats ? Avez-vous eu à nouer des alliances ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Nous avons déjà déposé notre liste depuis pratiquement plusieurs semaines. Le choix est national, nous sommes un parti qui est implanté sur tout le territoire national et qui a ses représentants partout. Le choix est fonction de cette occupation territoriale que nous avons et en fonction des valeurs des uns et des autres.
AFRICAGUINEE.COM : Etes-vous intéressé par la députation ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Intéressé à travers mon parti, oui ! Mais personnellement non ! Je ne suis pas candidat, je ne suis inscrit sur aucune liste.
AFRICAGUINEE.COM : Votre parti a-t-il noué des alliances ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Nous sommes signataires de l’alliance qu’on appelle le CAMP (Camp des alliés de la mouvance présidentielle, Ndlr). C’est le CAMP qui s’est donc retrouvé pour former une liste.
AFRICAGUINEE.COM : Pourquoi vous n’avez pas voulu partir en alliance avec le parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Vous savez partir à une élection c’est stratégique. Ça nécessite des calculs et le résultat de ces calculs nous a amenés à nous dire qu’on était pas obligé d’aller avec une seule liste. Il faut que chacun gagne dans son fief pour que la mouvance gagne partout. Nous avons estimé que c’est cette solution qui pouvait nous être favorable.
AFRICAGUINEE.COM : Vous n’avez donc pas quitté la mouvance présidentielle ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Je n’ai pas quitté la mouvance présidentielle. On n’a pas quitté, on ne quitte pas et on n’entend pas quitté.
AFRICAGUINEE.COM : Ne craignez-vous pas que les derniers évènements survenus en région forestière n’aient un impact négatif sur votre électorat ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Moralement, ça nous a beaucoup touché parce que plusieurs de nos compagnons ont été affectés par ces évènements. Dès que les violences ont commencé on a été obligé d’arrêter les préparatifs des élections pour observer le deuil. Mais je vous garantie qu’on surmontera ces difficultés pour prouver qu’on est encore les seuls maîtres du terrain. Pour nous tout ce que Dieu fait est bon.
AFRICAGUINEE.COM : Vous aviez créé la surprise lors de la dernière élection présidentielle. Pensez-vous pouvoir faire mieux qu’en 2010 ?
PAPA KOLY KOUROUMA :La surprise sera encore plus grande. Vous savez que je suis profondément traditionnaliste, je ne fais rien au hasard. Quand je mets mon doigt quelque part c’est que j’ai déjà mesuré la profondeur du trou. Si vous me voyez aller aux élections c’est que c’est minutieusement préparé et nous avons la certitude que nous allons faire une grande surprise. Le parti GRUP va surprendre, mais nous nous réservons de dire quoi que ça soit pour l’instant.
AFRICAGUINEE.COM : Un mot pour terminer ?
PAPA KOLY KOUROUMA :Mon dernier mot c’est de souhaiter que le calme revienne dans notre fief, nous avons tenu ce matin une lecture du coran, à la mémoire de tous ceux qui ont perdu leur vie lors des évènements violents survenus en guinée forestière, nous avons aussi prié pour que le calme revienne. Nous souhaitons que les communautés vivent de façon fraternelle et pour le développement de la région. Nous allons nous impliquer pleinement pour ça, nous entendons nous rendre très bientôt dans ces zones, pour non seulement présenter nos condoléances à nos parents, mais aussi procéder à des prières pour que de telles choses n’arrivent plus jamais.
AFRICAGUINEE.COM : Merci M. Kourouma !
PAPA KOLY KOUROUMA :C’est à moi de vous remercier M. SOUARE !
Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour Africaguinee.com
Tél. : (0224) 664 93 51 31
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  Rubrique: Interview  date: 28-Jul-2013 ŕ 12:19:23  Partager:   :  |
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