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Grande interview : Le Ministre Alhassane Condé parle…

CONAKRY- A quoi pourrait t-on s’attendre du côté du gouvernement guinéen après la signature cette semaine de l’accord politique global entre les acteurs du processus électoral ? Quelles sont les dispositions qui seront prises pour assurer au prochain scrutin une transparence ? Voici quelques unes des questions abordées avec le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, Alhassane Condé, qui a bien voulu se confier à notre rédaction…
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Monsieur le ministre !
ALHASSANE CONDE : Bonjour Monsieur SOUARE !
Après plusieurs semaines de discussions, le dialogue politique inter guinéen a pris fin cette semaine. Peut-on savoir comment est perçue la signature de l’accord politique global du dialogue au niveau du gouvernement guinéen ?
Je dois dire que j’ai des sentiments de satisfaction. Quand des guinéens, pour des raisons multiples, tournent le dos, et tout d’un coup, après presque deux ans de guéguerre à Conakry, des manifestations violentes, on se retrouve autour de la table du dialogue, et on se comprend, on met devant l’intérêt de la nation. Ça fait plaisir de voir ça. Qu’on soit de la mouvance présidentielle, qu’on soit de l’opposition, du gouvernement ou d’ailleurs, nous n’avons qu’un seul objectif, c’est le développement de ce pays. Je crois que c’est surtout cela. Je dois féliciter l’opposition pour avoir accepté d’abord les débats et surtout accepté de mettre la Guinée devant, non pas les intérêts égoïstes.
Pourquoi selon vous ce dialogue a abouti parce qu’on se rappelle qu’il y a eu plusieurs rencontres entre la classe politique auparavant ?
Oui ! Je vous dis que cette rencontre a réussi parce que les guinéens n’ont vu que la Guinée devant. Ce ne sont pas les intérêts des uns ou des autres. On s’est tous rendu compte que les contestations du pouvoir actuel n’étaient peut-être pas la meilleure façon de contester le pouvoir. Ça ne faisait qu’augmenter la pauvreté de la population. Vous avez vu ces derniers instants, les marchés ne fonctionnaient que durant deux jours sur cinq. Le déficit aujourd’hui sur le plan fiscal, c’est 1300 milliards de francs guinéens que la douane a perdu. C’est vous dire l’économie ne marchait pas. Les marchés et les boutiques sont fermés, les commerçants n’importaient plus, tout cela parce qu’ils avaient peur. Il y avait une certaine insécurité réelle qui se posait.
Ce qui est certains, c’est que les manifestations étaient devenues violentes, surtout permanentes. C’est pourquoi je dis qu’on se réjouit du fait que l’opposition ait compris que cette voie n’était pas la meilleure. Ils ont compris qu’il fallait qu’on se retrouve autour de la table, on s’est retrouvé, on discuté et on a réglé ce qu’on n’a pas pu en deux ans.
AFRICAGUINEE.COM : Vous parlez de la bonne foi des acteurs politiques, mais certains estiment pourtant qu’il y avait une certaine pression de la communauté internationale qui ne cesse de rappeler l’urgence pour la Guinée de mettre un terme à sa transition….
Bon, nous, on n’a pas eu de pression, peut être l’opposition en a eu, ça je n’ai aucune preuve. Ce que je sais, ce sont des guinéens qui se sont retrouvés autour de la table et qui me paraissaient avoir compris que leurs actions n’étaient pas dans le bon sens.
L’un des engagements pris par le gouvernement au cours de ce dialogue, c’est d’assurer la neutralité de l’administration. En tant que chef du département de l’administration du territoire et de la décentralisation, quelles sont les garanties que vous pouvez donner aujourd’hui à l’opposition ?
Vous savez que la neutralité de l’administration fait partie des règles cardinales de l’administration. Sur le terrain, il y a souvent quelques dérapages. Depuis un an, moi personnellement, je me déplace assez régulièrement à l’intérieur du pays. Je vais voir les administrateurs territoriaux, nous leur prodiguons des conseils, mais aussi au cours de quelques formations que nous organisons avec eux, pour leur dire quel est le rôle de l’administrateur territorial. Il faudrait d’abord considérer le citoyen qui est en face de vous comme un citoyen guinéen pour lequel vous travaillez. Il faut le respecter, il faut le traiter d’une façon égalitaire et non pas dire que tel est de tel parti et tel autre pour un autre parti.
Un administrateur territorial, en principe, n’est pas un militant d’un parti politique. Il peut être un sympathisant et même s’il est militant, il ne doit pas le faire savoir. Quand vous êtes là , c’est ce que j’appellerais l’impartialité de l’administration. Il doit pouvoir traiter tous les citoyens de la même façon.
Et après ma tournée, quand j’ai constaté que certains n’étaient pas prêts à changer de position, je peux vous dire que dix préfets ont perdu leur poste, dix préfets et pas des moindres. A commencer par celui de Labé, de Kankan, Siguiri,de Kouroussa, de Mandiana, et de Kindia y compris Kérouané. Donc, ces dix préfets ont perdu leur poste tout simplement parce que nous estimons qu’ils ne font pas le travail de préfet, ils faisaient peut être le travail de partisan.
Est-ce que vous allez prendre un acte officiel dans ce sens ?
Non ! L’administration, normalement, si vous êtes administrateur territorial, vous devez savoir la première règle, c’est la neutralité. On n’a pas besoin de papier pour ça. Mais j’ai quand même envoyé des circulaires, parce qu’en Guinée, si ce n’est pas écrit, le guinéen oublie très vite. Si vous posez des questions à des préfets à l’intérieur du pays, vous demandez, ils vont vous sortir des circulaires que j’ai envoyées.
Lors du dialogue politique, le gouvernement s’est aussi engagé à indemniser les victimes des violences politiques que nous avons connues ici. Commet comptez-vous y prendre ?
Non, on ne sait pas engagé à indemniser les victimes. C’est le principe qui a été accepté. Mais là , il y a le côté judiciaire. Parce qu’on doit savoir qui est victime, qui est coupable. Vous savez, quand on a fait une petite enquête, il y a des gens qui se réclamaient commerçants et qui disaient qu’ils avaient perdu deux à trois milliards, mais en réalité ces gens n’ont pas perdus plus de 50 millions. Donc, c’est une action de justice qui pourra peut être dire qui a fait quoi. C’est à partir de là que nous pourrons savoir peut être quel commerçant a eu ses magasins vandalisés, et à partir de là , c’est possible qu’il soit indemnisé. Mais ce n’est pas dire que le gouvernement s’est engagé, non ! Le gouvernement s’est engagé sur le principe. Et notre rôle c’est aussi de protéger les citoyens et leurs biens.
Qu’en est-il de la sécurité des leaders politiques ?
Pour les leaders politiques ça, vous verrez dans l’accord. En fait, il faut sécuriser tous les citoyens et leurs biens. Particulièrement les leaders politiques, ils auront une sécurité rapprochée. Je crois que ça a été déjà fait ici en 2009 et en 2010 pendant les élections, ça s’est fait, et c’est ce qu’on va faire. Mais pas l’armée. Cette fois-ci, ce sera les gendarmes ou la police.
Monsieur le Ministre, les élections législatives sont prévues dans 84 jours à partir de la date de signature de l’accord politique. Au niveau de votre département, quelles sont les dispositions déjà prises pour ce rendez-vous électoral ?
Je dois vous dire que nous accompagnons techniquement la CENI (Commission électorale nationale indépendante, Ndlr), nous travaillons avec l’institution pour l’aider dans tout ce qui est technique dans le cadre de la préparation de ces élections. Mais ce département a aussi en charge le processus électoral. La partie sensibilisation des populations, la partie sensibilisation des élus locaux, les administrateurs territoriaux pour qu’ils ne soient pas partisans. Notre rôle ici, c’est dire aux populations d’aller aux élections, de se faire recenser et d’aller voter. Ça fait partie du travail que nous faisons tous les jours. Maintenant que nous allons avoir bientôt un chronogramme consensuel, nous avons deux directions ici qui s’occupent du processus électoral. Les cadres seront sur le terrain.
Merci Monsieur le ministre.
Je vous remercie M. SOUARE et félicitations pour votre travail.
Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour Africaguinee.com
Tél. : (00224) 664 93 51 31
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  Rubrique: Interview  date: 05-Jul-2013 ŕ 17:06:06  Partager:   :  |
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