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Massacres du 28 septembre : Maître Martin Pradel, avocat des victimes, s’exprime…

CONAKRY- Après l’inculpation du ministre guinéen chargé de la sécurité présidentielle, le colonel Claude Pivi, quels sont ceux qui seront entendus très prochainement par le pool de juges d’instruction en charge du dossier des massacres du 28 septembre 2009 ? La Cour Pénale Internationale pourrait t-elle se saisir de ce dossier ?Voici quelques questions que l’un des avocats des victimes des massacres du 28 septembre, Maître Martin Pradel, a bien voulu aborder dans cette interview exclusive accordée à notre rédaction. Lisez !
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour maître Pradel !
MAITRE MARTIN PRADEL : Oui bonjour M. Diallo !
AFRICAGUINEE.COM : En tant qu’avocat des victimes des massacres du 28 septembre, comment avez-vous accueilli la nouvelle portant sur l’inculpation du ministre guinéen chargé de la sécurité présidentielle, le colonel Claude Pivi ?
MAITRE MARTIN PRADEL : Pour nous c’est un grand espoir, on voit que les choses avancent et cette avancée se concrétise en Guinée. Il y a un combat pour la justice et contre l’impunité en Guinée qui est mené conjointement par l’OGDH (l’organisation guinéenne pour la défense des droits de l’homme) et la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH) avec un pool d’avocats guinéens et internationaux également. On est tous ensemble résolus à refuser la continuité de l’impunité dans ce pays. C’est vrai que dans ce pays, il y a presque trois ans nous sommes arrivés en Guinée la première fois, la junte était encore au pouvoir. C’était pour dire à l’homme de la rue que l’un de nos objectifs était de permettre la mise en cause des plus hauts responsables de ces massacres, c’était de montrer un espoir qui semblait être démesuré. Aujourd’hui on voit qu’à force de travail, à force d’explication, il y a des gens en Guinée qui sont eux aussi résolus à refuser la fatalité de l’impunité. Donc vraiment pour nous c’est un grand espoir. On voit que les choses avancent, il faudra qu’elles avancent encore pour aboutir à un procès pour que les responsabilités soient dégagées suite à ce drame du 28 septembre 2009.
AFRICAGUINEE.COM : Ne craignez vous pas que la justice soit sous ordre étant donné que la plupart des personnes inculpées sont encore aux affaires ?
MAITRE MARTIN PRADEL : Non ! Si vous voulez, moi je réfléchis comme avocat. Bien entendu je regarde les choses et je vois qu’il y a un Etat guinéen qui a été jusqu’à présent défaillant lorsqu’il a fallu rendre la justice à ce peuple guinéen qui est pourtant un peuple assoiffé de justice. Et je vois que ceux qui sont en place sont mis en cause. Pour y être impliqué en tant qu’avocat dans cette affaire, je vois que ce n’est vraiment pas simple du tout d’aboutir à ces mis en cause. Je pense qu’il y a un certain nombre de conditions à réunir. Et comme d’ailleurs tout système, la mise en cause des responsables est difficile pour le système. Au final si on arrive à obtenir une mise en cause, je ne dirai pas que c’est l’exécutif qui a joué un rôle là -dedans, je vois qu’il y a des juges, je vois que ces juges font leur travail, je pense qu’il faut les laisser faire leur travail, il faut les laisser faire avec indépendance. Cela va être quelque chose pour nous d’intéressant de voir quelle va être la réaction de Monsieur Pivi face à cette inculpation pour des faits criminels. Parce que justement, il est aujourd’hui en charge des membres du gouvernement. Il est en charge de très hautes responsabilités, il est inculpé pour des faits gravissimes qui ont mobilisé la Cour Pénale internationale (CPI), nous allons voir s’il considère comme nous que ce serait à son honneur qu’il se retire pour assurer la sérénité de la justice.
AFRICAGUINEE.COM : Pour autant maître Martin, un autre officier inculpé dans cette affaire en l’occurrence le colonel Moussa Thiegboro Camara, occupe encore un poste de haute responsabilité au sein de l’administration guinéenne!
MAITRE MARTIN PRADEL : C’est quelque chose que nous avons regretté ! Le collectif des avocats, les organisations qui sont dans la défense des victimes, l’organisation guinéenne pour la défense des droits de l’Homme (OGDH) et la fédération internationale des ligues des doits de l’homme (FIDH) ont regretté qu’il soit toujours en poste. Et nous souhaitons qu’il n’y ait aucune espèce d’interférence. Il nous semble que la seule manière de garantir qu’il n’y ait pas d’interférence, la seule manière de garantir une indépendance complète de la justice guinéenne, ce serait que chaque mis en cause se retire. Et je continue à penser que sera une bonne chose. Que ceux qui sont mis en cause se retirent et qu’ils ne soient plus dans un processus décisionnel. Ils sont présumés innocents, maintenant il faut qu’ils se défendent. Ils sont pour certains en charge des responsabilités très importantes, ils sont même au commandement d’hommes qui sont susceptibles eux-mêmes d’être impliqués dans ces faits. Donc pour que la justice avance, il faudrait que ces personnes se retirent. C’est clair !
AFRICAGUINEE.COM : Est-ce qu’ils restent encore des Hommes de rangs qui sont dans vos collimateurs et pour lesquels vous souhaiteriez qu’ils soient entendus dans cette affaire ?
MAITRE MARTIN PRADEL : Oui ! Si vous voulez, il y a toute une hiérarchie militaire dans cette affaire qui est susceptible de devoir rendre des comptes. Nous sommes avocats depuis maintenant des mois, nous sommes allés porter des arguments qui ont justifié que les personnes qui sont aujourd’hui entendues soient comme témoins, soit comme inculpés répondent aux questions des juges. Finalement il y a des personnes qui ont été entendues comme témoin, ça été le cas du Général Baldé, le chef de la gendarmerie nationale, il a été entendu comme témoin, et puis il y a le colonel Claude Pivi qui lui est inculpé. Il était désigné comme l’un des responsables de ces tueries, et de ces viols, par la commission internationale d’enquête de l’organisation des Nations-Unies (ONU). Nous, nous trouvons que c’est le signe que c’est une instruction qui avance. Pour répondre très concrètement à votre question, je vous rappelle qu’il y a quelques semaines, un gendarme de haut rang a été désigné par sa victime comme son violeur. Ce gendarme a été arrêté, aujourd’hui il est sous mandat de dépôt dans cette affaire, il dort en prison. Je voulais dire qu’il n’y a pas de personnes qui seraient plus dans notre esprit responsables que d’autres. Notre souhait, c’est que cette procédure avance, qu’elle aille jusqu’au bout et que tous les responsables soient invités à s’expliquer pour que les victimes puissent avoir justice et qu’elles puissent être réintégrées dans leur dignité. C’est ce qui est très important pour nous. Alors on continuera à faire des demandes. Vous voyez par exemple qu’il y a des crimes atroces qui ont été commis dans le prolongement des évènements du stade qui ont été commis au camp Alpha Yaya Diallo. Pour nous c’est important que les responsables du camp, que les militaires qui ont été amenés à séjourner dans ce camp pendant les crimes soient amenés devant les juges pour s’expliquer. Peut-être qu’ils n’ont rien à avoir là -dedans, peut-être qu’ils ont une responsabilité, peut-être qu’ils sont les auteurs mêmes de ce crime, peut-être qu’ils en sont les complices ; nous, nous voulons que la vérité soit faite sur l’ensemble de ces faits. On n’est pas dans une logique où on cherche des têtes importantes. Aujourd’hui, c’est Pivi, demain ce sera un gendarme du rang. Ce qui nous semble important, c’est que la lutte contre l’impunité aboutisse à ce qu’un gendarme placé dans la situation du stade se retienne et se dise qu’en Guinée si ‘’je commets des crimes comme ceux là , aussi graves ou même moins graves, si je sors mon arme et que je frappe, si je viole, et bien je serai poursuivi par une justice qui sera sévère contre les auteurs de ces faits, quand bien même je suis un puissant. Pour nous c’est ça le plus important !
AFRICAGUINEE.COM : Quand est t-il de la sécurité des victimes en attendant le procès?
MAITRE MARTIN PRADEL : C’est évidemment une de nos préoccupations, dans toutes les procédures judiciaires du monde, lorsqu’une victime dénonce le crime dont elle est victime, lorsqu’un homme ou une femme se lève pour dénoncer une injustice, il se met en danger. Donc, ce que nous souhaitons, c’est qu’effectivement la justice guinéenne prenne la mesure des avancées qui ont été prises, garantisse cette sécurité en permettant que ces victimes déposent et disent ce dont elles ont été victimes le plus rapidement possible et que les auteurs des crimes qui sont dénoncés et sur lesquels il ya suffisamment d’éléments soient mis hors d’état de nuire de façon à ce que l’auteur du crime comprenne qu’il n’a aucun intérêt compte tenu de sa situation à s’en prendre à la victime. Le reste, nous prenons évidemment toutes les mesures nécessaires pour que les victimes soient mises à l’abri.
AFRICAGUINEE.COM : A ce jour, il y a eu combien d’inculpés dans cette affaire ?
MAITRE MARTIN PRADEL : Dans cette affaire, il doit y avoir une dizaine d’inculpés maintenant. C’est insuffisant dans une affaire où il y a eu un grand nombre de meurtre et un grand nombre de viols commis. Nous avons une seule personne qui est actuellement en prison pour avoir commis un viol, pour avoir tenté de tuer quelqu’un. C’est un peu à la fois l’insatisfaction et en même temps l’espoir que fait naître cette inculpation. On a une procédure qui n’avance pas suffisamment, mais qui avance quand même. Maintenant il faut que les juges aient les moyens de travailler suffisamment. Ce n’est que très dernièrement qu’ils ont eu ces moyens ; donc nous avons bon espoir qu’ils puissent parvenir à un résultat. Mais il y a énormément de travail à faire pour parvenir enfin à ce que tous les auteurs de ces actes puissent répondre de leur responsabilité.
AFRICAGUINEE.COM : Votre mot de la fin…
MAITRE MARTIN PRADEL : Dans un pays comme la Guinée où on voit autant de personnes qui sont en attente d’une justice qui soit impartiale et qui n’est pas instrumentalisée, je vois finalement une avancée importante dans un dossier emblématique dans l’histoire de la Guinée, je l’accueille avec une grande satisfaction en me disant que tout reste à faire. Il faut rester très vigilent et très exigeant avec cette justice qui doit encore faire ses preuves mais qui est composée de personnalités qui manifestement ont à cœur d’aboutir à ce que des réponses soient données aux guinéens qui ont besoin d’entendre tous ceux qui sont responsables des crimes dont ils ont été les victimes.
Une interview réalisée par Diallo Boubacar 1
Pour Africaguinee.com
Tel : (00224) 664-935-132
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  Rubrique: Interview  date: 01-Jul-2013 à 17:48:44  Partager:   :  |
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