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Grande interview : Le coordinateur du FDP, Badiko Bah s’exprime…





CONAKRY- “Le pouvoir doit prendre ses responsabilités et sortir de ce double jeu consistant à faire semblant de négocier tout en laissant des « incontrôlés » commettre des actes de violence inouïe contre les dirigeants politiques avec lesquels il est sensé discuter“. Ce sont là quelques propos du coordinateur du Front d’Union pour la Démocratie et le Progrès qui s’est exprimé lors d’une interview accordée à notre rédaction. Dans cet entretien, Mamadou Badiko Bah est aussi revenu sur d’autres sujets liés à l’actualité sociopolitique de son pays. Lisez !

AFRICAGUINEE.COM: Bonjour M. Bah!


Mamadou Badiko Bah
Bonjour M. Souaré !

AFRICAGUINEE.COM: Conakry, la capitale guinéenne a vécu des scènes de violences mercredi dernier, notamment au domicile du leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo. Quelle est votre réaction ?


Pour nous, ces agressions physiques très graves, allant jusqu’à des tentatives d’élimination physiques n’ont fait que traduire la rage actuelle des éléments les plus extrémistes du pouvoir en plein désarroi. Ils viennent de subir une énorme défaite politique en n’ayant pas pu réaliser leur projet de coup d’Etat électoral du 30 juin 2013, pour s’emparer de 100% des sièges de la future l’assemblée nationale et boucler ainsi leur système dictatorial et totalitaire, sur le modèle de la défunte Première République. C’est ce qui explique ce déchaînement de violence de leur part contre l’opposition.


AFRICAGUINEE.COM: Pour protester contre ces violences, l'opposition a décidé de suspendre sa participation au dialogue politique. Faut-il craindre un échec de ce dialogue et la reprise des violences?

Les enjeux politiques pour le pays sont tellement importants qu’il n’est pas concevable que ce dialogue – l’unique solution qui nous reste pour sortir de cette crise qui menace d’embraser toute la Guinée – soit enterré. Le pouvoir doit prendre ses responsabilités et sortir de ce double jeu consistant à faire semblant de négocier tout en laissant des « incontrôlés » commettre des actes de violence inouïe contre les dirigeants politiques avec lesquels il est sensé discuter. Le harcèlement judiciaire et les tentatives de terroriser l’opposition doivent cesser. Toute la classe politique est interpelée car il n’y a pas d’autre voie que le dialogue sous l’égide de la communauté internationale pour organiser enfin des élections libres, honnêtes, inclusives et paisibles.

AFRICAGUINEE.COM: La confusion continue autour de la date des législatives. Quelle période convient pour l’opposition?


Nous ne pouvons parler qu’en notre nom (le FDP). En travaillant sérieusement, dans un esprit de consensus, en appliquant scrupuleusement les accords résultant du dialogue, nous pensons que la révision complémentaire et la distribution des cartes d’électeurs sur la base d’un fichier propre, débarrassé de toutes les inscriptions anormales réalisées par le CENI aux ordres du pouvoir depuis deux ans et demi, nous pouvons avoir des élections dans des conditions acceptables en octobre-novembre 2013. Il faut rappeler à cet égard que la fixation du chronogramme est du ressort du dialogue en cours. La CENI qui ne fait qu’obéir aux ordres d’un pouvoir désemparé dans la perspective de perdre l’outil de fraude électorale massive, patiemment bâti, c'est-à-dire la liste électorale truffée de doublons et d’inscriptions frauduleuses, n’a rien à voir dans la fixation de ce chronogramme. On comprend bien que si les dispositions de l’accord résultant du dialogue sont appliquées, le fichier électoral actuel sera purgé en très grande partie et le pouvoir ne pourra pas se fabriquer une majorité automatique à l’assemblée. Il a donc intérêt à tenir des élections précipitées pour sauver son fichier électoral truqué, en ignorant les accords souscrits dans le cadre du dialogue.


AFRICAGUINEE.COM: Un mot sur le nouveau chronogramme proposé par la CENI et qui prévoit l’organisation des élections législatives le 28 juillet prochain ?


Cette initiative saugrenue confirme de façon éclatante que la direction de la CENI est aux ordres du pouvoir dont elle exécute servilement les volontés, sans peur du ridicule. La Cour Suprême a rejeté la demande de la CENI de proroger une énième fois l’ouverture des candidatures aux législatives. Les experts de l’Union Européenne ont suspendu leur participation au processus pour ne pas servir de faire-valoir à la fraude que la CENI veut organiser. Comment parler encore d’élections le 28 juillet, en plein hivernage, sans compter le jeûne du Ramadan ?

AFRICAGUINEE.COM: L'Union Européenne a rappelé que le scrutin doit se tenir avant le 31 octobre pour que la Guinée puisse bénéficier d’une part importante du 10e FED. Selon vous, est-ce possible ?


Nous pensons qu’avec un minimum de bonne volonté et de bonne foi de tous les acteurs politiques, cet ultimatum est tenable. Nous devons saluer l’attitude de l’Union Européenne qui a joué un grand rôle dans les progrès réalisés dans le dialogue politique et qui a été très ferme avec le pouvoir guinéen dont il a refusé le dictat. Sans cette attitude responsable de l’Union Européenne, le pouvoir aurait réussi son coup programmé le 30 juin, puis le 15 juillet et enfin le 28 juillet 2013. Ceci dit, il est important de se souvenir que la Guinée, 55 ans après son indépendance, est toujours incapable de couvrir elle-même une dépense de souveraineté aussi élémentaire que les élections législatives. L’aide extérieure est toujours indispensable. C’est humiliant pour nous, mais c’est une triste réalité. Il est normal que nos partenaires de temps en temps tapent du poing sur la table pour rappeler aux uns et aux autres qu’ils ne sont pas prêts à suivre quiconque voudrait prolonger indéfiniment la transition en Guinée et pérenniser le vide institutionnel dans lequel se complait le pouvoir.


AFRICAGUINEE.COM: Certains acteurs politiques parlent de plus en plus de la nécessité de la formation d’un gouvernement d’union nationale. Partagez-vous cet avis ?


Je dois vous dire que c’est avec un certain amusement que nous avons vu apparaître ce nouvel hameçon du pouvoir en direction de l’opposition. Cette initiative est apparue comme par hasard au moment où le pouvoir avait complètement été désarçonné par l’échec de sa tentative de coup d’Etat électoral du 30 juin 2013. Il a été contraint d’accepter au dialogue des dispositions qui ruinaient complètement son projet d’assemblée monocolore, avec la perte probable de son fichier-fétiche truqué. Il n’a pas réussi non plus à imposer des élections précipitées, basées sur ce même fichier. Restait donc cette manœuvre de renvoi des élections aux calendes grecques, en échange d’un « gouvernement d’union », autrement dit, le partage du gâteau. Il faut dire que l’échec du pouvoir du RPG-Arc en ciel dans tous les domaines est tel après deux ans et demi, qu’il serait très intéressant pour lui « d’embaucher » des comparses, afin de l’aider à porter le fardeau de son échec cuisant. Pour l’instant rien ne nous dit que le pouvoir est prêt à changer sa politique totalitaire reposant sur le placement à outrance de ses militants et sympathisants dans tous les rouages de la vie politique, économique, administrative, sécuritaire du pays, sur des bases autres que l’efficacité et la participation sans exclusive de tous les Guinéens à l’édification du pays. C’est cette politique qui a l’a fait échouer et qui amènera nous en sommes convaincus, une très grande majorité de Guinéennes et de Guinéens à le sanctionner lourdement en cas d’élections libres et honnêtes. Nous ne pensons donc pas que le pouvoir soit revenu à des sentiments plus nobles en ce qui concerne l’union nationale indispensable à la reconstruction du pays. C’est une manœuvre tactique de plus pour passer un cap difficile et se pérenniser. Pour nous donc, l’unique urgence est la tenue des élections législatives dans les meilleurs conditions et le plus tôt possible. Rien d’autre.


AFRICAGUINEE.COM: Votre dernier mot…


Je voudrais ici rappeler que le peuple, de Guinée, depuis des décennies n’a cessé de lutter pour la liberté, la démocratie et le bien-être que les régimes successifs lui ont dénié. Depuis l’avènement du Pr Alpha Condé au pouvoir, des dizaines de compatriotes ont été tués, des milliers de blessés ou handicapés à vie, pour cette lutte. La population civile vit le plus souvent dans la terreur, barricadée des journées entières, victime des attaques ciblées des forces de sécurité et des arrestations massives sous forme de kidnapping. C’est grâce à cette lutte que le pouvoir a été contraint d’accepter le dialogue sous l’égide de la communauté internationale. Nous devons tout faire pour que ces morts ne soient pas morts pour rien. Nous devons pour cela nous mobiliser activement dans les CARLE et travailler durement à traduire les accords obtenus dans les faits et sortir définitivement notre pays de cette situation tragique. Un adage dit bien qu’un mauvais traité de paix vaut mieux qu’une bonne guerre. La population de Conakry, ayant vécu dans l’enfer de la répression est là pour en témoigner.

Pour finir, nous devons avoir une pensée pour les dizaines de compatriotes détenus dans l’affaire du 19 juillet 2011 et qui croupissent en prison depuis plus de deux, le plus souvent, sans savoir pourquoi. La chambre d’accusation avait bien dit que pour 14 d’entrez eux, il n’existait aucune charge justifiant leur maintien en détention. Il est temps que la communauté inter nationale s’intéresse enfin à ceux-là aussi et que la vérité éclate sur cette affaire.

Propos recueillis par SOUARE Mamadou Hassimiou
Pour Africaguinee.com
Tél. : (00224) 664 93 38 93/ 656 93 38 93

  Rubrique: Politique  date: 26-Jun-2013 ŕ 19:50:58  Partager:   :

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