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Dialogue politique, revendications de l’opposition : Le gouvernement guinéen se prononce (interview)





CONAKRY- Alors que le dialogue devrait reprendre très prochainement du côté du palais du peuple, le gouvernement guinéen vient de se prononcer sur un certain nombre de sujets liés notamment aux conditions posées par l’opposition pour le maintien de "Way Mark". Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction, le porte-parole du gouvernement guinéen a affiché son “optimisme“ sur la tenue très prochaine des élections législatives. Lisez !

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Monsieur le Ministre !

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Bonjour Monsieur SOUARE

AFRICAGUINEE.COM : le dialogue politique inter-guinéen a été suspendu ce dimanche. Qu’est-ce qu’on peut retenir de ces rencontres entre le gouvernement, les facilitateurs et les acteurs politiques ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Bon, je crois que je n’irais pas plus loin que ce qui a été déjà dit par le facilitateur lorsqu’il a fait ses conclusions. Ce qu’on peut noter de très important, c’est qu’enfin nous sommes parvenus à, premièrement évoquer les points qui nous séparent, deuxièmement, nous sommes parvenus à donner des pistes de solutions assez précises, assez consensuelles pour qu’on puisse penser que dans les jours ou dans les semaines qui viennent elles vont être mises en application. Je crois que, comme vous l’avez constaté, il y a quelques petits points de à régler de manière à ce que tous les accords soient complètement applicables. Une fois que ces points seront réglés dans leur applicabilité, nous serons déjà sur des nouvelles bases et on pourra dire que le dialogue a complètement et totalement réussi.

AFRICAGUINEE.COM : A ce jour quels sont les points de divergences entre le pouvoir et l’opposition ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Oui, je ne les considère pas comme des points de divergence. C’est plutôt des points d’interrogation, des points de précisions sur lesquels nous devons être capables d’apporter des réponses. Mais lorsqu’on s’est mis d’accord sur l’essentiel, effectivement, tout ce qui suit n’est qu’accessoire. Il demande juste de bonne volonté et surtout de réalisme. Il y a des choses qui seront peut être difficiles à appliquer en l’état. Et il faut trouver ensemble avec l’opposition comment les rendre applicables et surtout utiles pour le processus électoral.

AFRICAGUINEE.COM : Que pensez-vous des conditions posées par l’opposition pour le maintien de l’opérateur Way Mark ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Je pense que c’est encore des garanties supplémentaires qu’elle demande. Je pense que c’est de bonne foi dans la mesure où ces conditions sont, comme vous le dites, sont applicables et sont appliquées. Si elles sont vraiment difficiles à faire, nous allons voir comment les rendre applicables avec l’aide de l’opposition, des facilitateurs et de la communauté internationale. Mais je crois que l’essentiel a été fait. Tout le reste, ce sont des aménagements qui sont mis en place pour que cette confiance là soit effective et ce qu’elle soit durable. Pour le reste, chacun a fait d’énormes efforts et c’est ce qu’il faut louer aujourd’hui et c’est ce qu’il faut retenir.

AFRICAGUINEE.COM : Nombreux sont ceux parmi les leaders politiques de l’opposition qui sont un peu réticents et sceptiques quant à la bonne foi du gouvernement pour ce qui est de l’application des différentes recommandations issues de ce dialogue. Quelles garanties pouvez-vous leur donner aujourd’hui ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Vous savez que ce n’est pas d’un coup de baguette magique qu’on rétablit la confiance qui n’existait pas avant le dialogue. Il est normal aujourd’hui que certains aient des réticences. Je pense que dans la mouvance présidentielle, certains ont peut être des réticences et des doutes sur la réelle volonté des uns et des autres de parvenir à des élections. Finalement, ce qu’il faut retenir, c’est que, justement, il y avait ce manque de confiance que nous nous sommes assis autour d’une table et nous avons développé ensemble, des outils de rétablissement de la confiance. Ce n’est pas dérangeant en tant que telle que l’opposition ait des doutes sur la réelle volonté. Ce qu’il faut, c’est qu’au fur et à mesure que le temps avancera vers les législatives, que nous soyons tous capables de démontrer que nous voulions y arriver. Et les mécanismes qui sont réclamés, les accords qui ont été conclus sont justement faits pour qu’au-delà de la confiance, il y ait une structuration du processus qui ne laisse pas de doute à l’improvisation, au manque de sécurité ou à la partialité de l’opérateur ou de la CENI.
Donc, ça devrait être des mesures palliatives qui, quelle que soit la confiance ou la défiance, permettront d’aller à des élections.

AFRICAGUINEE.COM : Etes-vous d’avis pour un éventuel couplage des élections législatives à celles communales et communautaires ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Je crois que si ça peut être considéré comme une solution, elle sera difficile à appliquer. Mais là encore, mon avis reste réservé sur ce qui va être décidé plus tard et surtout l’avis technique de la CENI et de ceux qui nous accompagnent. Je crois que ce n’était pas cette question qui était à l’ordre du jour lorsque nous commencions les négociations. Il s’agissait des élections législatives. Réglons d’abord le cas des législatives et on verra ensuite pour le reste.

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur le ministre, une fois encore, ces élections ont été reportées. Est-ce que vous croyez à leur tenue avant la fin de cette année ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Je n’ai pas entendu qu’elles étaient reportées ! C’est une compétence qui, une fois appartient à la CENI. Si vous me dites pour la CENI elle-même, pour la date du 30 juin n’est pas tenable, je ne peux qu’en prendre acte. De toutes manières, ce qui est important, c’est que le processus soit suffisamment sécurisé, que tout le monde ait confiance au processus et qu’après avoir franchit toutes ces étapes de sécurisation et de mise en confiance, nous allions aux élections.

AFRICAGUINEE.COM : L’une des conditions aussi posée par l’opposition, c’est l’indemnisation des toutes les familles victimes et puis la prise en charge des blessés ? Qu’en est-il exactement ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Vous savez, nous n’avons pas attendus ces discussions pour s’occuper des blessés. Vous vous souviendrez qu’il y a quelques semaines, en compagnie du premier ministre et de certains membres du gouvernement, les Ambassadeurs et des corps diplomatiques, nous avions fait le tour des cliniques et des morgues pour nous enquérir des dégâts qui avaient été causés par les dernières manifestations et des jours qui ont suivis. Des instructions ont été données par le premier ministre pour que les frais soient pris en charge par le gouvernement et un certain nombre de mesures d’accompagnement ont été pris également. Donc, ça, c’est du devoir de l’Etat d’accompagner les gens qui sont dans la souffrance et surtout quand ça survient après les événements douloureux comme ce qu’on a connu. Ensuite, le véritable devoir du gouvernement, c’est un devoir de vérité. Savoir ce qui s’est passé, sanctionner de manière à ce que ça n’arrive plus. Et puis, en ce qui concerne les indemnisations, je pense que c’est une question délicate qui fait intervenir beaucoup des paramètres. Les exactions en Guinée, il y en a eu beaucoup. Dans notre histoire, beaucoup sont éligibles qu’ils soient réparés, qu’ils soient indemnisés. Comment on traite cette question, je pense que ça va au-delà d’une simple demande de l’opposition. Ça va au-delà de la volonté ponctuelle par rapport à une situation donnée. Il faut pouvoir envisager un mécanisme qui permet de mettre tout le monde à égalité devant l’intervention de l’Etat lorsqu’il y a des malheurs.
Ça c’est une autre question que je ne peux pas débattre aujourd’hui avec vous mais qui fait l’objet de réflexion bien avant même que l’opposition ne l’a pose en tant que condition.

AFRICAGUINEE.COM : Qu’en est-il de l’autre revendication de l’opposition qui concerne la libération de tous ses militants détenus?


DAMANTANG ALBERT CAMARA:
De ce que je sais, c’est que la plus part de leurs militants avaient été libérés. Une quarantaine, le jour même du début du dialogue. Et de ce que le ministre de la justice dit, ceux qui restaient en prison, étaient des personnes qui avaient été appréhendées dans des situations vraiment dangereuses, avec des armes, des machettes, des coupes-coupes. Voilà le rapport que nous avons eu du ministère de la justice. Et dans ces conditions là, le ministre de la justice avait dit à l’opposition, je n’ose pas croire que ceux qui restent soient des militants. Ce sont tout simplement des personnes dangereuses qui, pour la sécurité, à l’ordre public, ne peuvent pas être libérées en l’état. En tout état de cause, il avait été prévu que la justice finisse son travail avant qu’une décision soit prise. Et là, au moment où je vous parle, je ne sais pas la suite de la procédure.

AFRICAGUINEE.COM : Avez-vous des dernières informations concernant le pool de juges d’instruction qui avait été mis en place pour élucider les circonstances des violences survenues ces derniers temps à Conakry ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Non ! Par contre, ce que je sais, et je pense que c’est ce qui est plus utile pour la manifestation de la vérité. C’est que, tous ceux qui ont des informations s’adressent à ce pool. J’ai personnellement discuté avec des amis à moi qui sont de l’opposition qui ont des documents photos, et je les ai enjoints urgemment de les transmettre au pool des juges d’instruction. Quitte à les rendre publiques, mais d’abord, permettre à la justice de faire son enquête. Eviter que ces preuves là servent de prétexte ou servent de mobile pour ceux qui commettent d’exactions de s’enfuir ou de dissimiler des preuves. Les remettre le plus vite à la justice et après en tirer les conséquences. Mais je pense que le premier devoir des citoyens c’est de fournir des éléments qui nous permettent de faire son enquête et de prendre les coupables. En tant que porte-parole du gouvernement, je lance à ceux qui peuvent avoir des informations pertinentes, pour permettre d’arriver plus rapidement à neutraliser tous ceux qui se rendront coupables, quel que soit leur rang, quel que soit leur position ; que ce soit des simples citoyens ou des responsables de la sécurité, que nous mettions les juges dans la possibilité de pouvoir les appréhender, les interroger et éventuellement les sanctionner si leur culpabilité est établit.

AFRICAGUINEE.COM : Le dialogue politique a pris fin, quel sera la suite ?

DAMANTANG ALBERT CAMARA:
Si mes souvenirs sont bons, nous sommes tous suspendus à l’évaluation technique de la CENI. Vous venez de me donner un premier élément, nous attendons les autres qui nous permettrons de la mise en application de toutes les mesures qui ont été arrêtées. Et en ce moment là, nous aurons tous, une vision plus claire sur le processus, sa durée et ses échéances.

AFRICAGUINEE.COM : Merci Monsieur le ministre.

DAMANTANG ALBERT CAMARA :
C’est moi qui vous remercie !

Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Directeur du bureau Africaguinee.com
Guinée-Conakry
Tél. : (00224) 622 657 574 / 664 953 633



  Rubrique: Interview  date: 13-Jun-2013 ŕ 11:41:53  Partager:   :

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