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Violences à Conakry : le ministre Gassama Diaby exprime sa colère et sa préoccupation

CONAKRY_Suite aux violences enregistrées récemment à Conakry, le ministre des droits de l’homme et des libertés publiques, Kalifa Gassama Diaby, est monté au créneau pour exprimer son abattement et sa préoccupation sur ces scènes de violences répétées en Guinée, a remarqué Africaguinee.com.Nous vous livrons ici l’intégralité de sa déclaration. Lisez !
Ce qui se passe dans notre pays est très grave et préoccupant, l’enjeu électoral est largement dépassé, les questions de notre pacte social et de notre vie collective. Cela, les différents acteurs doivent en être conscients. On ne va pas brûler et faire brûler notre pays pour une élection ou un enjeu de pouvoir qui n’a de sens et qui n’aura de sens que lorsqu’il place l’intérêt général et l’intérêt de tous les guinéens sans exception, au dessus de toute autre considération. Tout doit donc être fait en premier lieu par l’Etat et le gouvernement pour mettre fin à ce basculement dangereux et insensé. Nous devons sortir du syndrome du déni de gravité et faire face chacun à sa responsabilité devant le peuple de Guinée, un peuple aujourd’hui inquiet apeuré et soucieux de sa cohésion et de sa tranquillité fraternelle.
Je crois très profondément en mon âme et conscience que le temps du simple discours est passé. Il faut désormais des actes forts et concrets allant dans le sens de la paix, de la cohésion sociale et d’une réelle justice. Ces actes sont instantanément et urgemment attendus de toutes les parties, mais surtout et avant tout de l’Etat, du gouvernement, en clair de ceux et celles qui ont la responsabilité de la gouvernance. Cela est un principe inhérent aux fonctionnements démocratique. Ceux qui gouvernent ont toujours plus de responsabilité ne serait-ce que parce qu’il doit être garant d’une bonne application des lois et d’une justice équitable.
Il n’est ni acceptable, ni justifiable, ni tolérable que des guinéens soient tués par balles sans que la vérité et la justice ne soient établie. Il était de notre honneur d’éviter ce genre de violence et de déchéance morale. A défaut d’avoir pu prévenir, la justice doit être rendue aux victimes, à toutes les victimes ainsi qu’à leur famille. Par définition, quand on est victime, on n’a pas tort. Quand on est victime on ne peut s’attendre légitimement qu’à l’établissement de la justice. En tant que ministre des droits de l’homme et des libertés publiques, ne pas dire cela, c’est faire preuve d’un silence coupable et d’une lâcheté morale. Je ne fais pas cela parce qu’en tant ministre des droits de l’homme je suis par définition défenseur du droit de ceux qui ont été illégitimement privés d leur droit. Qu’il s’agisse du droit à la sécurité, du droit à la vie, de la liberté d’aller et revenir, du droit à la propriété privée. Je suis et serais du côté des toutes les victimes quelque soit leur appartenance politique, ethnique ou religieuse. On ne doit pas jouer avec la vie d’un être humain quoiqu’il ait fait, qui qu’il soit, où qu’il se trouve aucun guinéen, aucun être humain ne mérite qu’on lui ôte la vie impunément. Je ne suis pas juge, je ne saurais établir à mon niveau une quelconque culpabilité légale. Je ne saurais donc dire qui a fait quoi. Ce n’est pas à moi de dire ce qui s’est passé. Mais on doit savoir ce qui s’est passé. Cela doit être dit en toute vérité, en toute honnêteté et que les coupables qui qu’ils soient répondent de leurs actes devant la loi. Ce travail revient à une justice neutre indépendante et respectueuse d’un esprit républicain et légaliste qui soit en mesure et en capacité de soumettre tout citoyen guinéen quel qu’il soit, quelque soit son statut, quelque soit son appartenance politique ou ethnique à la rigueur impartiale de la loi.
Il est un devoir absolu pour l’Etat de tout mettre en œuvre pour rechercher les responsables de tous ces méfaits, de ces crimes, de toutes ces violences les faire juger et condamner conformément à la loi. L’honneur de notre pays en dépend ainsi que l’autorité légitime de l’Etat. On ne peut pas continuer dans notre pays à accumuler des enchainements d’impunité. On doit absolument retrouver et punir tous ceux qui usent de la violence comme moyen d’expression ou de règlement de différends, qu’ils soient civils ou forces de sécurité. Cet impératif est encore plus grand lorsque ces violences prennent des tournures intercommunautaires, ôtent la vie à nos concitoyens, portent atteinte à leur intégrité physique, met tant en péril ainsi donc notre pacte social. L’Etat doit faire cesser toutes ces violences qui empêchent nos concitoyens de vivre, d’aller et de revenir, de voir leur dignité et leurs biens protéger. L’Etat et la nation doivent à toutes les victimes quelque soit leur bord politique vérité et justice, sans quoi parler de droit de l’homme sera un non-sens. Je ne suis pas moi un adepte du non-sens, ni du contre-sens.
Les droits de l’homme ne connaissent ni opinion politique, ni appartenance ethnique, ni appartenance religieuse, ni statut social, ni opposition, ni pouvoir. Les droits de l’homme sont simplement inhérents à la nature humaine. Ils appartiennent donc à tout le monde sans aucune exception et leur respect s’impose à tous, y compris et surtout à la puissance publique, donc à l’Etat et à tous ceux qui agissent en son nom. Dans un Etat qui ambitionne les idéaux des droits de l’homme effectif, ces crimes et ces violences, quelque soit les auteurs ne peuvent rester impunis.
Dans un Etat de droit, aucune partie du territoire ne saurait se soustraire à l’emprise ni de la loi, ni de l’autorité légale de l’Etat. Donc, il n’est ni admissible, ni justifiable, ni défendable de laisser des groupes ou des groupuscules user de la violence en agressant, en extorquant et en vandalisant des paisibles citoyens sans en répondre devant la loi et la justice. Cela ne saurait ni être toléré, ni être justifiable. La loi et sa rigueur doit s’appliquer à l’ensemble du territoire de la République sans autre considération, ni justification autres que celles prévues par les lois elles-mêmes. Notre pays ne saurait accepter l’existence des zones de non-droit, ni des acteurs qui se placeraient au dessus du droit. Qu’ils soient civils ou agents des forces de sécurité, qu’ils soient militants de l’opposition ou du pouvoir, qu’ils soient Malinké, Peulh, Soussou ou Forestier, la loi doit être la même pour tous et chacun doit répondre de ses actes devant la loi sans faveur, ni politique ni ethnique, ni religieuse ni sociale.
Si nous volons la paix, si nous voulons garantir la cohésion sociale, si nous voulons protéger la tranquillité publique, si nous voulons respecter et faire respecter les droit de l’homme, personne ni aucun groupe de personnes ne doit bénéficier d’un statut ou d’un traitement de faveur au regard de la loi. A défaut le sentiment de traitement inégal et d’injustice s’installeront nocivement au cœur de notre société au détriment de l’autorité légale et légitime de l’Etat, donc au détriment de la paix et de la tranquillité publique. Il faut que dans notre pays les lois retrouvent leur essence, leur légitimité, leur crédibilité et leur autorité. Cela n’est possible qu’en débarrassant nos lois et leur application de toute considération politique, communautariste et sociale ; en appliquant la loi de façon ferme, impartiale et neutre. L’application juste de la loi est la garantie de la non-répétition en matière de violence et de violation des droits humains. Donc aujourd’hui, il faut des actes forts de la part de l’Etat, les mots ne suffissent plus même s’ils sont indispensables à la construction de notre culture républicaine et démocratique commune. Je forme gravement le vœu, car la situation est grave que tout sera mis en œuvre et en place pour que la vérité soit dite et que justice se fasse pour l’honneur de notre pays et pour le respect des victimes et de leur famille.
Je mets en garde tous ceux qui veulent opposer les guinéens les uns aux autres, je mets en garde tous ceux qui n’ont que la violence comme moyens d’expression et de communication. Nous devons faire très attention pour la survie de notre pays, à toutes les instrumentalisations ethniques, politiciennes et clientélistes ou opportunistes. Et à tous ceux peuvent donner l’insupportable sentiment qu’il y a une différence entre les guinéens. En Guinée il n’y a et il ne doit y avoir que des guinéens avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Il y a trop d’impunité en Guinée cela doit cesser sinon, il y a un péril sérieux pour notre désir de faire un monde commun libre et juste. Au dessus de la politique et des intérêts partisans, il y a l’Homme, l’être humain, sa vie, sa sécurité, sa dignité et tout le reste de ses droits fondamentaux.
Pour ce qui est de la justice et de la paix, chacun d’entre nous, chacun d’entre vous doit honnêtement et consciencieusement s’interroger ce qu’il fait ou ne fait pas pour la paix ou la justice. Dans un Etat de droit, personne n’a le droit de se rendre justice soi-même, c’est pourquoi il est important aussi que l’Etat assume une des plus fondamentale de ses missions qui est de protéger l’ordre public, de garantir l’application juste et équitable des lois pour que la justice soit rendue au nom du peuple, de l’Etat et des principes universels relatifs aux droits de l’homme. C’est pourquoi, être jeune ou vieux militants de la mouvance ou de l’opposition, force de sécurité ou force civile ne doit pas être synonyme d’impunité ni de faveur. Sinon c’est notre sécurité individuelle et collective qui sera durablement menacées. Il n'est pas question de désigner des coupables naturels, ni de juger sans preuve. C'est à une enquête sérieuse et à la justice de dire cela. Mais la vérité doit être dite. La justice doit être rendue, à toutes les victimes sans exception.
Les accusations contre certains agents des forces de l’ordre, sont d'une extrême gravité. Si elles étaient fondées et vérifiées, il serait absolument et totalement inconcevable et inacceptable que les sanctions légales ne tombent pas, et ces sanctions doivent exprimer l’autorité de l'Etat et le besoin de justice et de sécurité pour tous les citoyens. On doit absolument en finir avec l’impunité dans ce pays, qu'on soit agent de force de sécurité ou pas. Ça y va de la crédibilité de l'Etat et de notre sécurité collective.
Il n'est pas question de désigner des coupables naturels, ni de juger sans preuve. C'est à une enquête sérieuse et à la justice de dire cela. Mais la vérité doit être dite. La justice doit être rendue, à toutes les victimes sans exception. Il y'a des accusations extrêmement graves portées contre certains groupes ou groupuscules de jeunes, si elles étaient prouvées et vérifiées, il serait inadmissible et inconcevable que les sanctions ne soient pas prononcées. Aucun groupe partisan, qu'ils soient de l'opposition ou de la mouvance, n'a le droit de faire ce qu'il veut, où et quand il veut. Accepter cela, sans sanction, c'est sera la porte ouverte à tous les risques et toutes les injustices dans notre société. L'Etat doit faire appliquer la loi, dans un cadre strictement légal.
Par ailleurs, que chacun mesure l’impact néfaste des logiques de violence, de haine, de discrimination, de frustrations, de défiance ou d'humiliations. L’humiliation et la discrimination sont une atteinte grave aux principes les plus élémentaires de l'humanité et à la dignité humaine, donc inacceptable.
J’ai une pensée émue et solidaire à l’endroit de toutes les victimes de toutes ces violences quelque soit les auteurs et les motifs. Aux familles des personnes décédées lors de ces derniers jours de violence j’adresse mes condoléances les plus sincères et les pus attristés et leur dit que le ministère des droits de l’homme sera à leur côté dans le combat pour la vérité et la justice. Ça ne serait pas facile ni de tout repos, mais c’est un impératif moral et politique. Il n’y a pas de paix sans justice.
Diallo Boubacar 1
pour africaguinee.com
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  Rubrique: A vous la parole  date: 29-May-2013 ŕ 09:13:22  Partager:   :  |
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