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Violences à Conakry : "le gouvernement a tort...", réagit Jean-Marie Doré

CONAKRY-Dans cet entretien exclusif que l’ancien Premier de la transition a accordé à notre rédaction, Jean Marie Doré fidèle à son verve impute la responsabilité des violences enregistrées lors des manifestations de l'opposition, au gouvernement. Au moins cinq personnes ont été tuées jeudi à Conakry et plusieurs personnes blessées lors d'une marche de l'opposition. Pour ce 25 mai, date anniversaire de la création de l'Union Africaine, Jean-Marie Doré s’est aussi prononcé sur la célébration du cinquantenaire de cette institution panafricaine...
Africaguinee.com : Bonjour M. Doré !
Jean Marie Doré : Bonjour M. Diallo!
Africaguinee.com : l’opposition guinéenne a manifesté ce jeudi, une manifestation qui s’est soldée par de nombreux morts et des blessés. Quelles appréciations faites-vous de cette situation ?
Écoutez, c’est le gouvernement qui a tort. Le gouvernement a complètement tort ! Le gouvernement ne se rend pas compte qu’en provoquant des incidents de cet ordre là ; il se fait du mal et du mal à l’image de ce pays. Parce que les marcheurs, il faut les laisser marcher jusqu’au point indiqué par leur demande, après ils se dispersent, c’est un droit constitutionnel. Mais si vous chargez des loubards pour les provoquer, nous ne sommes plus dans une république démocratique. Ce n’est pas normal, je regrette beaucoup ces incidents parce qu’on a les images, on les étudie profondément pour voir concrètement qui est à la base des dérapages. C’est du côté du gouvernement que viennent les dérapages, je le regrette beaucoup. Il faut qu’ils mettent fin à ça parce que ces incidents qui résultent de ces provocations, on ne jamais où ça nous mène. C’est le gouvernement qui est responsable de ces dérapages. Le gouverneur de la ville de Conakry a tors de dire que les manifestations ne peuvent passer par l’autoroute ! C’est un droit ! Est ce que c’est lui qui a construit l’autoroute ? Les citoyens qui veulent marcher sont libres de l’emprunter sauf si on dit qu’il y a une autre cérémonie devant. Il ne faut pas passer par quatre chemins, je regrette profondément tous ces dérapages. A l’époque où nous étions dans les états généraux de l’opposition, ceux qui donnent l’ordre aujourd’hui d’interdire les manifestations, ce sont eux qui étaient le plus chauds pour qu’on provoque le gouvernement. Alors, ils sont là à interdire, ça veut dire que la Guinée ne progresse pas. Si on fait moins que ceux qui nous ont devancés, alors là où est le progrès ? Où est le changement ?
Je suis vraiment navré que notre pays soit livré dans des mains inexpertes comme si ces gens qui se disaient, on s’en fout de ce qui peut arriver et ça ne les regarde pas. Ça ce n’est pas normal.
Africaguinee.com : ces manifestations ont pour but de réclamer un scrutin libre et transparent, or on constate ces derniers temps que la CENI avance inexorablement vers le 30 juin, date prévue pour les élections. Qu’en dites-vous ?
Mais non ! Il n’y aura pas d’élections ! Vous comprenez (rires). Quels sont les partis qui ont déposé des listes ? Si vous enlevez le RPG (parti au pouvoir, ndlr) il n’y a rien. Est-ce qu’on peut faire des élections dans un pays avec un seul parti ? Non ! Regardez objectivement sans parti pris, si on enlève le RPG sur la liste des gens qui ont déposé les listes de candidature, il n’y a rien ! Est-ce que M. Alpha Condé qui dit qu’il a lutté 40 ans pour la démocratie serait content que son parti soit le seul à aller aux élections ! ce n’est pas normal. Pour M. Alpha Condé tient absolument à Waymark (l’opérateur technique choisi pour la révision des listes électorales, ndlr), c’est parce qu’il a programmé avec Waymark de lui donner les députés qu’il désire. Ce n’est pas normal si c’est la démocratie. Il faut dénoncer ça parce que c’est notre pays. Que vous soyez professeur, journaliste, médecin ou imam ou prêtre, vous devez défendre la vérité qui est. Puisque si ce n’est pas le cas, nous serons des réfugiés ailleurs, c’est pourquoi il ne faut pas se gêner de dire la vérité.
Africaguinee.com : en début de semaine, vous avez rencontré le Premier ministre, Mohamed Said Fofana en présence du médiateur, Said Djinnit. De quoi avait-t-il été question lors de cette rencontre ?
Le Premier ministre nous a demandé en présence du médiateur, à quelles conditions nous voulons que le dialogue reprenne. On a énuméré les conditions absolues. Premièrement, le départ de Waymark et le recrutement d’un opérateur de saisi consensuel, deuxièmement l’annulation de tous les actes posés par la CENI dans le processus en dehors des partis politiques et puis la projection d’un nouveau calendrier électoral, la prise en compte des guinéens de l’étranger. Le Premier ministre a promis de transmettre ça à son gouvernement, en clair à Monsieur Alpha Condé pour voir où est-ce qu’on peut faire des concessions. Mais je crois que si on va avec Waymark, on ne peut pas faire des concessions. Et si on n’annule pas les actes posés avant, je ne crois pas si on peut avoir des élections crédibles en Guinée.
Et je crois que M. Alpha Condé n’a pas à douter du patriotisme des gens. Tout le combat se résume à ça. Ce n’est pas normal. C’est s’il disait que si les autres sont à l’assemblée, ils vont faire de la pagaille là -bas, il n’y a pas à dire qu’on est plus patriote que les autres. Quand nous avons voté « non » au référendum de 1958, lui (Alpha Condé, ndlr) il n’était pas là . Lui il était en France. Le moment est venu de se dire la vérité hein !
Africaguinee.com : aujourd’hui l’Afrique célèbre le cinquantenaire de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) devenue Union Africaine (UA) depuis 2002. Quels sont vos sentiments par rapport à cette commémoration ?
Je suis profondément très fâché par tout ce que j’entends à la Radio nationale, parce que nulle part on ne dit le nom de Sékou Touré. On fait entendre M. Houphouët Boigny que j’aime beaucoup, on fait entendre Senghor qui n’était pas d’accord sur la démarche vers l’unité. Mais on ne fait pas état des quatre qui ont décidé de créer l’unité de l’Afrique : Kwamé N’Krumah (Ghana), Sékou Touré (Guinée), Julius Gnéréré (Tanzanie), et Gamal Abdel Nasser (Egypte). Ce n’est pas bien. Même si vous ne l’aimez pas il faut le citer ! Sékou Touré est un héros.
Entretien Téléphonique réalisé par Diallo Boubacar 1
pour Africaguinee.com.
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  Rubrique: Interview  date: 25-May-2013 ŕ 15:38:51  Partager:   :  |
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