
CONAKRY-Que s'est il passé dans la journée du jeudi après l'interpellation de deux leaders de l'opposition?Accusés d'avoir "violé le cordon de sécurité", Aboubacar Sylla et Charles Pascal Tolno ont été conduits au siège de la Compagnie mobile d'intervention et de sécurité (CMIS).Porte-parole de l'opposition, Aboubacar Sylla raconte leur mésaventure...
Nous étions comme tous les militants de l’opposition et les leaders de l’opposition, dans la manifestation pacifique. Nous avons quitté le rond-point de Gbessia, nous étions en train d’aller en direction du pont 08 novembre. Au niveau de la bretelle qui remonte de Gbessia vers Hamdallaye, nous avons trouvé là , un barrage de police et de gendarmerie qui nous a obligé à prendre à droite pour remonter vers Concasseur. Là , notre véhicule a été immobilisé. Des policiers sont sortis de leur véhicule pour venir s’attaquer à nous avec une brutalité inouïe. Notre véhicule était complètement fermé. Ils n’ont pas hésité à prendre les crosses de leurs fusils pour casser les pare-brises pour nous extraire du véhicule. Je crois que ça se voit l’état dans lequel nous sommes aujourd’hui.
Nous avons été molestés, tous les objets qu’on avait sur nous : les téléphones, l’argent ont été pris par les agents. Nous avons été brutalisés. Surtout les deux agents de ma sécurité personnelle et le chauffeur qui nous conduisait. Les doyen Charles Pascal Tolno avec lequel j’étais, nous avons été brutalisés, molestés et embarqués manu militari dans une jeep pour être déposés à la CMIS à la Camayenne. Quelque temps après nous avons été rembarqué dans une autre jeep pour être déposés à la Direction de la Police Judiciaire (DPJ) en ville. Et là , on a décidé de nous entendre sur Procès Verbal (PV).
Nous avons rencontré le ministre des droits de l’homme M. Gassama Diaby qui est intervenu énergiquement au niveau de la DPJ (Direction de la police judiciaire, Ndlr) et qui a interpelé les uns et les autres sur la nécessité de respecter les droits humains. Et aussi sur l’utilité qu’il y a à préserver la paix dans ce pays en ne s’aventurant pas dans des options aussi illégales qu’inappropriées à la conjoncture dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Sous certaines pressions, les autorités se sont senties donc dans l’obligation de nous libérer.
Nous avons donc déploré en conclusion ce grave recul de la démocratie et du respect des droits de l’Homme dans notre pays. Pendant les 24 ans que le général Conté lui-même a dirigé notre pays, et bien que la Guinée était à ses premiers balbutiements en ce qui concerne la démocratie, on a jamais connu, ces scènes pareilles. On n’a jamais vu des leaders arrêtés, molestés, brutalisés et interpelés simplement pour avoir participé à une manifestation publique. On n’ a jamais vu des militants pourchassés de cette façon, on n’a jamais vu des déploiements des forces de l’ordre pouvant ressembler Conakry à une ville assiégée simplement parce que des personnes ont décidé de protester en marchant sur la voie publique par apport à la mascarade électorale que les autorités actuelles sont en train de préparer pour notre pays.
Ceci est un grave recul pour notre démocratie et des droits de l’Homme. C’est d’autant plus dommage que c’est un opposant historique qui est au pouvoir aujourd’hui, et c’est un opposant pour lequel nous tous, nous nous sommes battus pour que la démocratie règne dans ce pays pour que les militaires ne s’arrogent pas le pouvoir de façon pérenne dans notre pays. Nous nous exposés au stade du 28 septembre pendant que lui-même n’était pas dans le pays, nous portons encore sur notre corps les stigmates de cette violence.
Nous avons fait tout ça parce que nous avons voulu que la démocratie triomphe dans notre pays. C’est dommage que ce soit justement sous le magistrature du Pr Alpha Condé que des comportements de ce type puissent avoir lieu dans notre pays. C’est un grave recul, ceci interpelle tous les citoyens guinéens. Que ce soit des militants et sympathisants de l’opposition ou du parti au pouvoir, ou de simples citoyens. Tout le monde est interpellé sur les graves menaces qui font peser ce régime sur les libertés publiques et sur les droits démocratiques dans ce pays.
Africaguinee.com
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  Rubrique: Politique  date: 20-Apr-2013 ŕ 13:36:40  Partager:   :  |