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Interview: "Le régime d'Alpha Condé est pire que ceux qui l'ont précédé...", avertit Monenembo

CONAKRY-Devant la crise politique en Guinée, l'écrivain Thierno Monenembo craint le pire pour son pays avec le régime du président Alpha Condé.Présent lors de la marche de l'opposition jeudi à Conakry, l'auteur du "Roi de Kahel" (prix Renaudot 2008) a pris un engagement: lutter pour l'instauration d'une démocratie en Guinée.Au micro de notre reporter à Conakry, Thierno Monenembo nous explique les raisons de cet engagement ...
AFRICAGUINEE.COM: Bonjour Thierno Monenembo!
Thierno Monenembo: Oui Bonjour M. Diallo!
AFRICAGUINEE.COM : Depuis deux ans pratiquement, la Guinée est plongée dans une spirale de manifestations politiques qui, du reste sont émaillées de violence. En tant qu’écrivain et observateur, quelles analyses faites-vous de la situation sociopolitique guinéenne ?
La situation, elle est catastrophique. Elle est dangereuse pour l’avenir, dangereuse pour la vie des guinéens, dangereuse pour la Guinée elle-même ; puisqu’elle menace l’unité nationale gravement. Et les scènes violentes et les scènes barbares qui sont observées ce matin (jeudi, 18 mars NDLR) lors de ces manifestations sont écœurantes. Elles désespèrent, elles prouvent une fois de plus que nous n’avons pas progressé dans la voie de la démocratie, mais nous avons régressé. Et gravement régressé ! J’ai l’impression que nous sommes en train de vivre les moments les plus terribles de notre histoire.
Le régime d’Alpha Condé est pire que ceux qui l’ont précédé. Il est en train de nous faire regretter Lansana Conté. C’est la seule chose qu’il a réussi à faire. Ce régime est terrible. Ce régime ne mérite pas de diriger la Guinée. Les guinéens méritent autre chose. Les guinéens méritent un gouvernement qui respecte la loi, qui respecte la constitution, qui respecte la vie humaine, qui respecte la chose la plus précieuse pour les guinéens, l’unité nationale. Tout le monde sait que dans un pays où il n’y pas d’unité nationale, c’est la guerre civile. Le Rwanda est là ! Le Libéria est là !, la Sierra Léone est là !, la Côte d’Ivoire est là !
Les guinéens ont tout fait depuis 1958, malgré tous les discours de haine qu’on a entendu dans les radios et les télévisions ici, les guinéens ont tout fait pour vivre ensemble en paix. J’espère que cela va continuer par la responsabilité du citoyen. Malheureusement on ne peut pas compter sur la responsabilité du gouvernement d’Alpha Condé.
AFRICAGUINEE.COM : Qu’est-ce qui motive votre participation aux différentes manifestations de l’opposition guinéenne?
C’est parce que je pense que l’écrivain par nature est du côté de la liberté. L’écrivain est du côté du citoyen, il est du côté des révoltés, l’écrivain est du côté des contestataires. L’écrivain n’est pas du côté des institutions. L’écrivain conteste par nature. L’écrit est là pour contester le présent afin d’envisager l’avenir. Et je pense, s’il n’y avait pas eu de grands écrivains en France, comme les Voltaire, les Rousseau, les Diderot, il n’y aurait pas eu la révolution française ! Ce sont les écrivains qui sont les précurseurs des révolutions. Ce sont eux qui ont la prémonition de demain. C'est-à -dire du demain nouveau, du demain fait de progrès social, fait d’humanisme, de fraternité. La plume, c’est la poésie, c’est la littérature, c’est la philosophie qui permettent à l’être humain de progresser dans le temps. C’est la culture qui fait avancer les peuples. Les peuples n’avancent pas assis dans une voiture. Ils avancent dans une mémoire et dans une culture.
AFRICAGUINEE.COM : Certains observateurs estiment aujourd’hui que Thierno Monenembo est en train de se démarquer de sa mission en se ralliant du côté des politiques. Qu’en pensez-vous ?
Mais de quelle mission ? Ma mission d’écrivain ? Non ! Ma mission d’écrivain n’est pas contradictoire avec ma conscience du citoyen. Les deux vont ensemble. Un écrivain qui n’a pas la conscience du citoyen, ça ne vaut pas la peine ! C’est vrai que la conscience du citoyen ne suffit pas, il faut de l’inspiration, il faut de la créativité pour faire de la littérature, mais le rôle de l’écrivain va avec celui de la conscience citoyenne, sinon ça ne vaut pas la peine.
AFRICAGUINEE.COM : Alors dans les jours et mois à venir, peut-on s’attendre à ce que Thierno Monenembo prenne sa plume pour raconter les observations qu’il vient de décrire ?
Oui bien sûr !
Interview réalisée par Diallo Boubacar 1
Pour AFRICAGUINEE.COM
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  Rubrique: Interview  date: 19-Apr-2013 ŕ 13:57:39  Partager:   :  |
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