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El hadj Abdoulaye Lélouma Diallo, syndicaliste:" la grève, c’est la dernière arme que le syndicat


[IMG1]A la veille de la formation de la nouvelle équipe gouvernementale dirigée par Ahmed Tidiane Souaré,les syndicalistes guinéens veillent au grain.Pour le syndicaliste Abdoulaye Lélouma Diallo , la grève reste le dernier recours pour sortir le pays de la crise.L'ancien fonctionnaire du BIT nous a livré ses sentiments sur la situation socio-politique que traverse la Guinée tout en rejetant les accusations d'Elhadj Mamadou Sylla, sur ses liens avec l'intercentrale syndicale... Entretien exclusif!!!

Bonjour Monsieur Diallo.Le nouveau premier ministre guinéen Dr Ahmed Tidiane Souaré vient de prendre ses fonctions à la primature. Quelle est votre réaction face à sa nomination par le Président Conté ?

Oui, c’est vrai que depuis quelques jours, toute l’actualité guinéenne se focalise sur cette question. N’étant pas sur place, je ne peux que réagir en tant que citoyen, en tant que compatriote. J’ai pris connaissance de la réaction de l’inter centrale syndicale par rapport à cette nomination, je suis de près les différentes interprétations que les différents leaders font de cette nomination. Honnêtement je pense que le processus engagé depuis les accords de 2007, ce processus devrait être maintenu .Le respect de ces accord exigeait qu’il y ait quand même des consultations, des discussions pour avoir quelqu’un qui puisse conduire cet esprit du changement pour lequel il y a eu beaucoup de victimes. Mais, sincèrement comme l’intercentrale syndicale qui est sur place, qui suit ce problème, a dit dans sa déclaration qu’il faut attendre et qu’il faut ouvrir la porte du dialogue, je souhaite que quelque soit ce qui arrive, qu’on privilégie le dialogue et la concertation au plus haut niveau,pour épargner à notre pays ce qui s’est passé en 2007 et faire tout pour que ceux qui sont morts ne le soient pas pour rien ! Il faut que ces accords de 2007 soient respectés parce qu’ils ont été avalisés par le Président de la république, par les institutions républicaines, par la CEDEAO, par L’Union Africaine et toutes les autres institutions. Je souhaite que ce ne soit pas une marche arrière, un retour…

Un des leaders de l’intercentrale syndicale, Dr Ibrahima Fofana de l’USTG a déclaré vendredi dernier, que les syndicalistes exigeaient le départ du nouveau premier ministre. Qu’en pensez vous ?

Bon ce sont les syndicalistes sur place qui consultent leurs membres, parce qu’ils ne peuvent le demander que quand c’est la volonté de leurs membres. Sur le maintient ou non du premier ministre, je leur laisse le soin de prendre la solution qui semble être la meilleure par rapport à la situation qui prévaut. Mais ma modeste contribution, c’est de dire que dans tous les cas, il faut veiller à ce que le dialogue soit maintenu, à ce que les discussions et les concertations soient maintenues. Il faut que les accords de 2007 ne soient pas violés car ils visent le rétablissement de la paix sociale en Guinée, accélérer le développement et sortir les guinéens des difficultés dans les quelles ils se trouvent pour que notre pays retrouve toute sa place comme cela avait débuté avec le gouvernement qui vient de partir.

Justement face à la menace d’une reprise de la grève en Guinée, quelles solutions préconisez vous pour sortir le pays de cette crise ?

En tant que syndicaliste, je sais que la grève c’est toujours la dernière arme. Les syndicats doivent utiliser toutes les procédures, tous les mécanismes dont ils disposent en consultation avec tous leurs membres pour obtenir les revendications qu’ils souhaitent et qui s’inscrivent dans le cadre de la satisfaction de besoins matériels et moraux des travailleurs et du peuple de Guinée. C’est seulement après avoir épuiser tous les moyens dont ils disposent que les syndicats peuvent recourir en ce moment à la grève. Il n’ y a de grève que lorsqu’il y a adhésion des membres. C’est après avoir consulté tous leurs membres, que la déclaration de l’intercentrale syndicale a été publiée, que j’ai lu d’ailleurs. Après consultation avec leurs membres, je suis sûr que les syndicalistes vont prendre la solution qu’ils jugeront meilleure pour pouvoir sortir le pays de la crise. Je rappelle encore une fois, que la grève, c’est la dernière arme que le syndicat utilise pour faire valoir ses revendications


En tant que syndicaliste et ancien fonctionnaire du Bureau International du Travail, avez-vous un message pour les autorités guinéennes pour sortir le pays de cette crise ?

Oui !Le message que j’ai en tant que guinéen, en tant qu’ancien fonctionnaire du BIT, c’est de tout faire pour privilégier le dialogue, la concertation, la discussion. Les autorités guinéennes doivent tout faire pour préserver la paix sociale, la solidarité et l’unité nationale .Nous avons vu ce qui s’est passé dans d’autres pays y compris le notre. On sait que les guinéens sont disposés à dialoguer et à se concerter. Il faut donc privilégier la recherche du dialogue par ce que notre pays, qu’on le veuille ou non, ne peut se développer que dans la mesure où il y a la paix sociale. Ceux qui s’évertuent à créer aujourd’hui des difficultés,à refuser la bonne gouvernance, la transparence dans la gestion de la chose publique, ceux qui se refusent à prendre des mesures concrètes pour que les jeunes puissent trouver du travail, que les fonctionnaires puissent être payés à la dimension de ce qu’ils méritent,ils doivent savoir qu’ils n’agissent pas dans l’intérêt de la Guinée. Les organisations syndicales qui sont des organisations démocratiques, quand elles vont consulter leurs membres, elles vont prendre la position qu’elles pensent être la meilleure par que les gouvernements passent, les premiers ministres passent, mais les organisations syndicales seront toujours là. Par ce qu’elles défendent les intérêts de la Guinée, d’hier, d’aujourd’hui et de demain ! Et je voudrais souligner que créer encore des crises qui risquent de mettre en danger la paix sociale et l’unité nationale, ce sont des critères qui ne permettent pas aux investisseurs nationaux et étrangers de venir investir dans notre pays. Faisons tout pour empêcher que de telles situations ne se reproduisent et mobilisons nous positivement pour développer ce que la nature nous a donné. Pourquoi ne pas s’entendre pour mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut pour développer ce pays ? Si cette génération qui est actuellement aux affaires n’arrive pas à faire ce qu’il faut, elle doit rendre des comptes devant l’histoire. Récemment j’ai visité des pays comme la Tanzanie, c’est vraiment regrettable de voir des pays qui ont moins de potentialités que nous, arrivent à se développer alors qu’en Guinée on n’arrive pas à gérer nos problèmes les plus élémentaires.

Récemment, Elhadj Mamadou Sylla a affirmé que vous soutenez les syndicalistes pour faire du chantage à l’ex premier ministre Lansana Kouyaté .Que répondez vous à ces accusations ?

J’ai lu ses déclarations. Je pense qu’un croyant, un El-hadj ne peut pas accuser ! Je n’ai pas de réponse à dire par rapport à ça puisque, la vérité finira par triompher. Je suis fils de ce pays, patriote et ce que je prêche c’est l’unité nationale, la solidarité, l’honnêteté. Je ne rentre pas dans les aspects de politique politicienne, qu’on m’accuse de ceci ou cela, durant mon rôle à l’organisation de l’unité syndicale africaine j’ai défendu l’honneur et le prestige de la Guinée .J’ai servi une cause au niveau du BIT qui continue encore à m’utiliser. J’apporte ma modeste contribution aux guinéens qui viennent à Genève, pour rentabiliser leurs contributions au niveau du système des Nations Unies. Ce n’est pas moi qui ai élu les secrétaires généraux des syndicats, ni ceux qui viennent ici au nom de la Guinée. Ce sont les guinéens qui les ont élus. Même Elhadj Mamadou Sylla, quand il est venu ici dans les normes, on a travaillé ensemble. Donc si c’est son choix de faire des accusations comme ça, je laisse Dieu entre nous !La vérité finira toujours par triompher.

Le mot de la fin pour nos lecteurs…

D’abord je commencerai par vous remercier de me donner l’occasion de réagir par rapport à notre pays. Ce sont des réactions à vif et je ne veux pas qu’il y ait de la passion. Je souhaite que tout le monde y réfléchisse, que tous les guinéens dans le dialogue et la concertation, réfléchissent ensemble pour trouver les voies les meilleures pour traverser cette situation dans le calme, dans la sérénité. On a vu les évènements de 2007, on a vu ces jeunes qui se sont sacrifiés, on a vu ces cassures .L’estimation du ministère des finances soulignait que la Guinée avait perdu plus de 80 milliards lors de ces évènements. Pourquoi continuer à casser le peu qu’on a ? Pourquoi continuer à déstabiliser le tissu social ? C’est dans les difficultés qu’on voit les vrais fils du pays, les vrais patriotes. En Guinée, malheureusement chaque fois qu’il y a un problème, on cherche un bouc émissaire. Il faut que nous même nous nous disions qu’est ce que nous avons fait pour ce pays ? Que voulons nous faire pour ce pays ? Parce que pays là qu’on le veuille ou pas est éternel. Donc tous les guinéens qui veulent aujourd’hui que leurs noms soient retenus pour le passé et pour le présent, ils doivent s’investir de façon harmonieuse. Le dialogue et la concertation c’est bien, mais c’est pour aboutir à quelque chose. Il faut qu’on arrête les querelles.
Quand on lit des sites guinéens aujourd’hui, il y a des journalistes qui ne peuvent même pas reprendre des articles qu’ils ont écrits il y a trois ou quatre jours ! Parce que ça ne repose pas sur la vérité. Seule la vérité paye. Je souhaite aussi que le peuple de Guinée transcende ses difficultés et que les solutions les meilleures soient trouvées.

Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré
Genève-Suisse
Pour Africaguinee.com


  Rubrique: Interview  date: 26-May-2008 ŕ 15:12:29  Partager:   :

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