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Economie: Un moment d’incertitude pour l'industrie minière





CONAKRY- Le secteur minier Guinéen dans l’œil du cyclone avec tout d’abord la déclaration du DG de Rio Tinto relative à la réduction de 600 millions de dollars de son investissement en Guinée pour cette année. A cela s`ajoute la décision récente prise par le conseil d’administration de Rusal visant a réduire de 300.000 tonnes sa production globale de l’aluminium en 2013. Cette réduction va sans nul doute affecter toute la chaine de production de la société, y compris le complexe bauxitique-alumine. Elle va également entrainer des effets tardifs sur la croissance économique de notre pays. Pour plus de précision nous avons rencontré le Dr Aguibou Dioubaté, professeur d’Université, consultant et expert indépendant en questions minières.

AFRICAGUINEE.COM : Dr. Dioubaté comme vous êtes de la matière, selon vous qu’est-ce qui peut expliquer en partie ces différentes déclarations ?

Dr AGUIBOU DIOUBATE : Vous savez, l’investissement dans les mines est un investissement à long terme, surtout dans des pays comme le notre ou il n’existe pas d’infrastructures, pas suffisamment d’énergies. Les sociétés sont obligées d’utiliser du gasoil et du mazout pour faire tourner leurs installations. Cette pratique est intenable pour un investisseur qui doit faire des intérêts et rembourser ses dettes contractées auprès des banques. Il se trouve qu’aujourd’hui que le cours des métaux ne fait que chuter sur le marché international. Donc, si les investisseurs n’ont pas d’autres facilités elles s’en vont comme l’on fait Valé et BHP Billiton.
Actuellement la presse parle d’une audience que le Président de la République a accordée à Sam Walsh le DG de Rio Tinto. Dans leur entretien le DG du groupe minier anglo-australien a annoncé la réduction d’environ 600 millions de dollars du budget 2013 de Rio Tinto en Guinée, aussi la réduction du nombre des expatriés de 105 à 5. L’annonce d’une telle nouvelle n’est pas sans conséquence sur l’économie du pays.
Dans le papier que j’ai lu, Rio Tinto explique sa démarche à cause du cadre d’investissement. Après cette annonce faite certainement sur la base des réalités du moment le journaliste qui a signé l’article écrit: « C’est dire que le cadre d’investissement est important mais de là à réduire l’investissement de 600 millions de dollars pour le réclamer, il y a selon des autorités, une surenchère qui sent le gel d’un projet qui doit selon l’accord transactionnel commencer la commercialisation de sa production en moins de deux ans ». Pour moi c’est une mauvaise lecture de la situation économique internationale. Pour un investisseur le cadre d’investissement est le plus important, plus le cadre est attractif et bien défini plus les investisseurs ont le courage de mettre leur argent.
A l’évidence avons nous les moyens financiers, technologiques et même humains suffisants pour exploiter nous mêmes nos ressources et trouver des acheteurs sur la marché international?

AFRICAGUINEE.COM : En tant que spécialiste des mines, comment appréciez-vous l’etat actuel du secteur minier guinéen notamment au lendemain des annonces faites par les géants de l’industrie ces derniers temps?

Dr AGUIBOU DIOUBATE : Je pense qu’en Guinée comme dans d’autres pays qui regorgent de ressources du sous-sol, les citoyens doivent retrousser les manches pour mieux valoriser et transformer leurs ressources en revenus. Tous les pays qui ont avancés se sont mis au travail à l’image des grandes puissances comme les USA, la Russie, l’Allemagne----. Pour revenir à votre question, je pense que le secteur minier guinéen souffre de la pression sociale des populations riveraines qui exigent tout des investisseurs. Ces populations demandent à consommer l’eau et l’électricité gratuitement, il n’y a pas d’infrastructures de bases tout est à faire par le partenaire, c’est un lourd fardeau insupportable. En deuxième position l’annonce faite par le Gouvernement pour la mise en place d’un nouveau code minier que les miniers trouvent non attractif à cause notamment de la crise qui frappe ce secteur depuis des années. Cette révision du code minier guinéen en cette période de vache maigre pour l’industrie métallurgique fait que les investisseurs optent pour la prudence. Le résultat est que nous sommes aujourd’hui confronté à un ralentissement des investissements dans les mines et cela va affecter inévitablement la croissance économique.

AFRICAGUINEE.COM : Il y a que Rusal a aussi annoncé la réduction de sa production globale d`aluminium de 300.000 tonnes en 2013 de ses usines les moins rentables… ?

Dr AGUIBOU DIOUBATE : C’est aussi une autre mauvaise lecture de la situation économique internationale. Le PDG de Rusal O.DERIPASKA avait annoncé cette réduction dépuis fin 2011. Mais, c’est comme si cette alerte n’était pas suffisante pour déclencher une grêve illégale, au lieu à l’époque d’ouvrir un dialogue avec les investisseurs pour étudier les modalités de réduction des coûts pour encourager les investisseurs et sauver l’entreprise on déclenche une grève qui plonge les populations de Fria dans une situation difficile.
Rusal annonce aujourd’hui la réduction de 300.000 tonnes de sa production globale de ses usines les moins rentables pour limiter les pertes. Pour que Friguia échappe à cette situation il faut des efforts de toutes les parties pour réduire le coût de production et rentabiliser l’usine. Sans des efforts louables pensez-vous sincèrement que la reprise de Friguia sera facile ? Il est toujours bon de réfléchir à plusieurs fois avant d’agir. C’est plus sage.

AFRICAGUINEE.COM: Selon vous quelle peut être aujourd’hui la solution pour la ville de Fria ?

Dr AGUIBOU DIOUBATE : La solution pour Fria je pense qu’elle viendra d’une entente entre toutes les composantes de la ville de Fria. Il est important de faire comprendre aux populations de cette cité que Rusal est une entreprise privée qui s’acquitte de ses obligations fiscales. Cette compagnie ne peut pas continuer à assurer tout pour cette population. Regardez, depuis que Rusal a quitté à la suite d’une grève illégale, même ramasser les ordures pose problème à Fria. Il est important que les populations de Fria sachent qu’aucun investisseur ne viendra prendre leurs charges sociales en ces temps qui courent, donc chaque partie doit pouvoir remplir ses devoirs sans pour autant attendre tout des investisseurs.
Cependant l’on se souvient que le représentant de Rusal en Guinée avait attiré l’attention du syndicat, des travailleurs et des autorités d’une perte cumulée de près de 30 millions de dollars. Récemment le conseil d’Administration de Rusal a parlé de près de 55 millions de dollars de perte que la compagnie a enregistré, donc logiquement la perte réelle de la compagnie provient de Friguia.
Pour terminer je souhaite que chacun de nous se mette au travail, comprendre que si nous voulons que nos enfants vivent mieux que nous, nous devons copier le modèle des pays qui ont réussi à se développer. Cela suppose aussi que l’on gère au mieux notre économie et s’inscrire dans le respect des lois et règlements universels.

AFRICAGUINEE.COM




  Rubrique: Economie  date: 12-Mar-2013 ŕ 12:58:19  Partager:   :

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