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Manifestations et violences à Conakry: Entretien avec Lansana Kouyaté du PEDN





CONAKRY-Y-a-t-il eu des affrontements entre peulhs et malinkés à Conakry?Quelles sont les attentes de l'opposition pour la rencontre avec le président Alpha Condé ce lundi?Autant de questions abordées avec Lansana Kouyaté, leader du parti de l'espoir pour le développement national (PEDN).Il s'est confié à notre rédaction.Entretien...

AFRICAGUINEE.COM : Depuis votre dernière manifestation, des violences sont signalées dans plusieurs quartiers de Conakry. En tant que leader politique, est-ce que vous avez un message à lancer non seulement à l’endroit de vos militants, mais aussi au peuple de Guinée ?

LANSANA KOUYATE : Nous avons commencé à organiser une marche, une marche qui est non-seulement reconnue par la constitution, mais aussi elle a été autorisée par le gouvernement. L’axe a été indiqué, et des réunions ont été tenues entre le ministère de l’administration du territoire, les hauts officiers de la police avec nos représentants. Tout cela allait vraiment très bien. Et malheureusement au cours de la marche d’avant-hier (mercredi 27 février, Ndlr), cela a dérapé et nous avons vu ce qui s’est passé. Et comme une trainée de poudre, il y a un feu à la cité. L’appel que je lance, à mes militants, à mes sympathisants et à tout le peuple de Guinée, déjà deux vies de moins est trop lourd pour le pays. Et je crois que nous devons nous ressaisir, nous devons savoir que tout ce qui s’est passé en Sierra Léone, au Libéria, en Guinée Bissau, en Côte d’Ivoire, n’est pas de nature à nous inciter à aller à la violence. La démocratie est possible sans la violence. Elle est au Cap Vert, elle est au Botswana, elle est à l’Île Maurice, à Seychelles. Je demande à tout le monde de cesser les actes de violence, n’écoutons pas nos pressions, écoutons la raison. La raison veut que nous appartenions tous au même pays et que ce pays ne peut pas être morcelé. Il ne peut pas être divisé tout comme on peut diviser les ethnies. Et ce qui se passe dans l’esprit des jeunes, il y a une part de manipulation, mais quand les hommes politiques disent calmer le jeu parfois, c’est une pensée qui est pavée d’arrière pensée. Et ces arrières pensées doivent être pures et correspondre à ce qu’on émet par la bouche. A travers de votre organe de presse, je demande vraiment avec insistance, que les hommes politiques, que les hommes du pouvoir surtout prennent leurs responsabilités. Le pouvoir doit être fédérateur, il doit être rassembleur. S’il ne le fait pas, alors les pressions vont l’emporter sur la raison. Je souhaite que ce qui a commencé se calme, parce que ce qui a commencé, ça commence toujours comme ça dans tous les pays qui ont connu des crises profondes qu’on appelle guerre civile. Je ne veux pas du tout qu’on en arrive là, je le dit au nom du parti de l’Espoir pour le Développement national (PEDN).

AFRICAGUINEE.COM : Est-ce que vous êtes de ceux qui estiment aujourd’hui qu’il s’agit d’affrontements entre peulhs et malinkés ?

LANSANA KOUYATE : Mais c’est archi faux ! ça ne peut pas être ça ! Si certains Peulhs ont été ostracisés ici, ils sont victimes de harcèlement, mes militants à moi le sont aussi ! Ce qui s’est passé à Kankan c’est en pays manding ! A Kankan, on a brûlé ma permanence, alors ce n’était pas la permanence qui appartenait à l’ethnie Peulh ! C’est la permanence qui appartenait au PEDN dont les membres sont composés à la fois de Malinké de Soussou, de Kissiens, de Kpélè, on a toutes les composantes à notre sein. Alors quand on a brûlé cela à Kankan pourquoi on n’a pas dit que c’est Peulh contre Malinké ? Alors je crois que c’est un terrain rouge qu’on crée virtuellement alors que le problème ne se situe pas au niveau des ethnies. Mes militants Malinké qui souffrent d’ostracisme, et parfois de harcèlement, il y a certains qui ont été chassés de l’administration, ils sont purement et simplement Malinké. C’est une question qui se pose entre la façon dont le gouvernement dirige le pays et l’impact que cela a sur le pays et sur la population toute ethnie confondue.

AFRICAGUINEE.COM : Concrètement M. Kouyaté, qu’attendez-vous de la rencontre de ce lundi entre le président de la République et les acteurs politiques ?

LANSANA KOUYATE : Je souhaite que le président transcende tout et se mette au dessus de tout pour avoir cette hauteur indispensable à un chef pour amener la cohésion dans son pays. Et que ces propos guerriers cessent. Il n’y a pas de vainqueur, il n’y a pas de vaincu, c’est le pays qui perd si on abouti pas à une solution qui soit juste. Une élection ce n’est qu’un moyen pour le peuple d’être calme, d’être serein. En fait la démocratie ne veut pas dire qu’il faut massacrer, qu’il faut casser des magasins, qu’il faut brûler les cœurs. La démocratie veut dire que le peuple a le droit qu’il exerce au travers de ses élus. Si ces élus pervertissent cela, ça ne va pas. Je souhaite que toute ces questions de fond soient abordées dans l’équité, dans l’objectivité pour que le pays aille de l’avant et que ces élections qui constituent le serment qui est en train de faire en ébullition ce pays, que ces élections soient adéquatement préparées pour qu’au lendemain de l’annonce des résultats que tout le monde dise ‘’Oui’’ on a proposé, on a promis et ça été fait. Tout le monde doit savoir que c’est le bon Dieu à travers le peuple qui donne le pouvoir. Si le pouvoir est donné, il faut l’exercer dans un esprit de tolérance, de paix et surtout de justice pour que le pays aille de l’avant. Voilà ce que j’attends de cette rencontre si jamais elle a lieu. Parce qu’on vit une situation de chaos, de toutes les façons le dimanche nous allons nous retrouver pour nous prononcer là-dessus.


Entretien téléphonique réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour AFRICAGUINEE.COM

  Rubrique: Interview  date: 02-Mar-2013 à 17:03:42  Partager:   :

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