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Elections législatives, blocage politique, bilan du gouvernement : Le ministre Damantang Albert Cama

CONAKRY- Quelle appréciation le gouvernement fait-il de la récente mission d’une délégation de l’opposition dans la préfecture de Guéckédou ? Quelle est sa position sur l’annonce d’un chronogramme par la commission électorale nationale indépendante ? Que retenir des deux ans du président Alpha Condé à la tête de la nation guinéenne ? Voici autant de questions abordées dans cette interview exclusive que le porte-parole du gouvernement guinéen, Damantang Albert Camara a bien voulu accorder à notre rédaction…
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. le ministre !
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Bonjour M. SOUARE !
AFRICAGUINEE.COM : En tant que porte-parole du gouvernement guinéen qu’est ce qu’on peut retenir selon vous en termes de bilan des deux années du président Alpha Condé passées à la tête du pays ?
DAMANTANG ALBERT CAMARA : je crois qu’on a beaucoup, mais peut être pas suffisamment parlé des grandes performances qui ont été faites en termes d’équilibre macroéconomique. Bien entendu je vous parlerais du bilan au niveau du PPTE (Pays pauvres très endettés, Ndlr), de l’union Européenne, du Club de paris, de l’annulation de la dette guinéenne. Je crois que ce sont des performances qui, dans d’autres pays et dans d’autres temps, demanderaient tout un mandat. Et je crois que lorsqu’on écoute le témoignage de Harry Snoek du FMI (chef de mission en Guinée, Ndlr) qui dit que c’est la première fois qu’il voit un pays réaliser des performances aussi importantes en si peu de temps, c’est très significatif de la nouvelle respectabilité de la Guinée en termes de gestion et de bonne gouvernance économique. Et le fait que notre pays soit devenu à nouveau un pays crédible pour toutes institutions de coopération internationale, je crois que c’est un des principaux acquis. Ensuite vous avez vu le grand chantier de la reforme du secteur de la sécurité. Le président de la République a réussi son pari à ce niveau là . Je crois qu’elle est sur des rails qui ne peuvent plus être détournés de leur objectif, faire de nos forces de défense et sécurité des forces républicaines. Ensuite le grand chantier de la sécurité alimentaire, nous avons réussi en appuyant l’agriculture avec des engrais, des pesticides et des intrants agricoles, des tracteurs justement pour que notre agriculture soit compétitive. Nous avons impliqué le géni militaire dans l’agriculture. Donc c’est une dynamique qui est fait de telle sorte que la Guinée a une nouvelle visibilité, une nouvelle manière de concevoir les choses. Les guinéens réapprennent à devenir sérieux dans la gestion de la chose publique ; et ça devrait nous amener très loin en termes de développement. Je pense que voilà les fondements essentiels de la politique du président Alpha Condé qui nous permet d’envisager l’avenir avec optimisme. Ensuite vous avez beaucoup d’autres chantiers. Nous nous sommes attaqués aux questions d’énergie, de l’eau, aux infrastructures routières alors que nous avons pratiquement aucune contribution de l’aide internationale. Ce sont des chantiers sur lesquels nous nous sommes mis à l’œuvre avec un certain succès à défaut d’avoir complètement rempli nos objectifs. Nous pensons que nous sommes sur la bonne voie et que ce sont des acquis sur les quels la Guinée pourra capitaliser dans les mois et les jours à venir.
AFRICAGUINEE.COM : ça c’est sur le volet économique, sur le plan politique beaucoup estiment que le bilan n’est pas aussi reluisant à cause notamment du manque d’organisation des élections législatives…
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Je parle du volet économique parce que tout simplement, sur ces questions, nous sommes pratiquement, on ne va pas dire les seuls maîtres à bord, mais nous avons vraiment la décision finale, nous avons les mains libres pour fonctionner. Au niveau politique on ne peut pas décider tout seul. Nous avons des acteurs en face de nous. Nous avons également l’accompagnement de la communauté internationale, nous avons également l’accompagnement de la société civile, tout ceci nécessite qu’il y ait une entente. Il faut une entente à minima de tous ces acteurs-là , sans compter la mouvance présidentielle, qui elle aussi a ses exigences. Il faut pouvoir mettre tout cet ensemble d’acteurs ensemble pour arriver à un résultat. Ce n’est pas évident ! Mais je crois qu’à force de concertations et de compromis nous sommes arrivés à trouver un minimum de plate-forme sur laquelle nous pouvons tous s’unir. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous avons une CENI (commission électorale nationale indépendante, Ndlr) qui est en place avec des petits tiraillements par-ci par-là , nous avons un nouveau président de la CENI, nous avons une révision d’un certain nombre d’articles notamment l’article 162 du code électoral et nous avons un calendrier électoral. Je pense que nous avons avancé à ce niveau-là . Et ceux qui peuvent penser qu’on n’est pas bon sur la gouvernance politique et social, moi je n’arrive pas croire qu’on soit parfait sur la gouvernance économique et qu’on ne soit, comme par hasard, pas bon sur la gouvernance politique. C’est quelque chose qui ne me parait pas concevable, je crois que nous avons fait des efforts et que nous continuerons à les faire jusqu’à ce que nous sortions définitivement de la transition politique et plus tard les guinéens seront réconciliés avec eux-mêmes.
AFRICAGUINEE.COM : Vous semblez vouloir partager la responsabilité avec les acteurs politiques, alors que l’organisation des élections législatives incombent au pouvoir central qu’est l’Etat…
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Tout à fait, mais si on s’était enfermé dans cette logique-là , le président aurait dit tout simplement « on y va dans les conditions que je veux et il n’est pas question que je revienne sur certaines choses ». Je pense que lors qu’il a accepté de revoir la composition de la CENI, lors qu’il a accepté de revenir sur le recensement pour revenir à la révision, c’est parce que tout simplement il voulait que ce soit un processus inclusif. Et aujourd’hui, le plus important ce n’est pas seulement d’aller aux élections, c’est d’y aller avec un maximum de consensus. Effectivement notre responsabilité c’est d’amener la Guinée en dehors de la transition et faire de telle sorte que toutes les règles démocratiques soient respectées, pour qu’on soit enfin un Etat complètement en phase avec les exigences d’un régime démocratique. C’est la responsabilité de l’Etat tant qu’on peut faire de telle sorte que toute la société guinéenne nous accompagne, nous le ferons.
AFRICAGUINEE.COM : Parlant du cas spécifique de votre département qui est celui de l’enseignement technique de la formation professionnelle et de l’emploi, qu’est ce qu’on peut retenir en termes de bilan M. le ministre ?
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Nous avons capitalisé ce que nous avons fait lorsque nous sommes arrivés. C'est-à -dire faire de telle sorte que l’enseignement technique soit attractif. Aujourd’hui on a multiplié par quatre le nombre de jeunes qui veulent rentrer dans l’enseignement technique pour apprendre un métier dont une grande partie sont des universitaires qui ont déjà terminé leurs études. Donc c’est un véritable acquis. Par rapport à ça nous avons entrepris justement de mieux gérer le flux des apprenants. C’est pour cela que cette année pour la première fois il y a un système d’immatriculation des élèves qui rentrent dans l’enseignement technique de manière à ce qu’on maitrise le nombre d’élèves par classe. Et que les principes pédagogiques soient respectés et que l’enseignement soit de qualité ; aujourd’hui si vous n’êtes pas passés dans les examens d’entrés dans les écoles professionnelles, et que vous n’avez pas le numéro de matricule qui vous permet de suivre les cours, vous ne pouvez pas suivre les cours dans les établissements de formation professionnelle en Guinée. Et donc tous les petits malins qui s’amusaient à vendre des places sur les bancs des écoles d’enseignements techniques des fois jusqu’en janvier-février, ils se retrouvent avec leur pactole en poche sans la possibilité de le faire fructifier. Ensuite pour gérer ces élèves, gérer les établissements de manière transparente et efficace nous avons mis en place un manuel de procédure. Ça aussi est c’est une innovation. Aujourd’hui chaque chef d’établissement sait ce qu’il doit faire, comment il doit le faire, à qui il doit rendre compte et quels sont les résultats qu’on attend de lui. C’est un outil de travail qui est formidable, qui va améliorer la gestion des établissements d’enseignement technique. Vous avez également un autre outil de contrôle qui est le conseil d’établissement qui est en train d’être mis. Les élèves et les parents d’élèves vont participer à la gestion de l’établissement. Tout ceci, c’est pour qualifier davantage et faire en sorte que ces établissements puissent être gérés de manière qui profite aux élèves et aux apprenants. Donc je pense que ce sont les éléments les plus importants. Dieu merci, nous avons enfin signé les accords qui nous permettent d’avoir dans les mois qui viennent le démarrage des travaux de construction de cinq grands établissements grâce à la coopération avec l’Arabie Saoudite, et la Banque Islamique de Développement (BID). Nous espérons également que l’école de Beyla sera terminée et que le CFP (Centre de Formation Professionnel, Ndlr) de Lambayi sera terminé cette année. Ce qui nous permettra d’augmenter nos capacités d’accueil. Tout ceci va contribuer à qualifier l’enseignement technique. Et nous allons continuer à travailler à mettre en place un partenariat public-privé au fur et à mesure où les projets miniers vont s’implanter. Ils vont créer des écoles qui vont permettre d’avoir la main d’œuvre dont ils ont besoin.
AFRICAGUINEE.COM : Vous semblez occulter le secteur de l’emploi M. le ministre…
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Non, le secteur de l’emploi est tout à fait présent. D’ailleurs tout ce que nous faisons au niveau du ministère de l’emploi et de la formation technique, c’est parce que nous souhaitons à ce qu’il soit en adéquation avec l’emploi. C’est bien la raison pour laquelle il y a également une commission qui travaille sur la révision des programmes pour faire de telle sorte qu’ils soient en adéquation avec l’emploi. Mais nous avons été heureux de constater lorsque nous avons été, examiner les chiffres au niveau de la caisse nationale de sécurit é sociale, des impôts, du tribunal de commerce, et puis le guichet unique, qu’il y avait au minimum uniquement dans le secteur formel pour les entreprises qui se déclarent plus de 42.000 emplois qui ont été créées depuis fin 2010 jusqu’à maintenant. Et ça c’est uniquement les emplois directs déclarés sans compter tous les emplois indirects. En général, c’est un ratio de 4 à 5 emplois indirects pour un emploi direct. Il y a eu de la création de l’emploi, vous voyez de nombreux chantiers à travers la Guinée qui ont nécessité de la main d’œuvre, mais également d’autres compétences. Mais ce n’est pas suffisant pour nous, il y a trop de jeunes encore au chômage et nous espérons qu’après le processus législatif, avec l’arrivée de nouveaux investisseurs qui sont déjà là , mais qui ne sont pas encore suffisants, et le démarrage des grands projets, cela va pousser le marché de l’emploi et faire que beaucoup de jeunes guinéens vont pouvoir s’insérer dans le marché.
AFRICAGUINEE.COM : Des perspectives pour l’année 2013 ?
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Oui bien entendu, il y a beaucoup d’objectifs qui sont exigés. Je ne vais pas parler pour tous les ministères. En ce qui me concerne comme je vous l’ai dit tout à l’heure c’est d’améliorer et augmenter les capacités de mes établissements.
AFRICAGUINEE.COM : Quel commentaire faites-vous de la récente mission d’une délégation de l’opposition dans la préfecture de Guéckédou où des violences étaient survenues ?
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Je pense que c’est leur droit et leur prérogative. Lorsque des guinéens s’intéressent à d’autres guinéens et souhaitent partager leurs peines, au point que ce soit un objectif qui se limite à ça, dans le domaine purement social. Je crois que c’est louable, c’est leur droit. Ce qui s’est passé à Guéckedou est regrettable. Je pense qu’il faut également habituer les populations à passer par les voies normales et judiciaires ou procédurières pour procéder à des revendications et au fur et à mesure nous avancerons. Nous espérons que cette éducation civique se mettra en place avec la responsabilité de chacun, des personnalités politiques, des administrateurs civils. Et au fur et à mesure on arrivera à un niveau où l’expression d’une situation politique et sociale quittera la rue et se déplacera dans les cercles de concertation qui permettrons de trouver de solutions non violentes à nos divergences.
AFRICAGUINEE.COM : Durant leur séjour, certains de ces leaders ont dénoncé des cas de séquestration dont ils seraient victimes au domicile de l’ancien ministre Jean marc Telliano. Avez-vous eu vent de cette nouvelle ? Quelles sont les dernières nouvelles que vous avez eues au niveau du gouvernement ?
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Ce que je sais, s’agissant de ce déplacement en masse d’un groupe d’hommes politiques, il ya eu un dispositif de sécurité qui a été mis en place pour éviter un certain nombre de débordement. Je pense que c’est notre responsabilité d’éviter qu’il y ait des débordements. Je ne pense pas que ces forces de sécurité étaient là spécifiquement pour « séquestrer » des hommes politiques. Non ! je pense que la Guinée a dépassé ce stade là , on ne pouvait parler de séquestration d’un homme politique dans son propre pays, ce n’est pas possible.
AFRICAGUINEE.COM : Côté politique toujours, la CENI a prévue l’organisation des élections législatives le 12 mai prochain. Est-ce qu’au niveau du gouvernement vous croyez à la tenabilité du chronogramme établi par cette institution ?
DAMANTANG ALBERT CAMARA : J’ose croire que la CENI ne s’est pas amusée à donner un chronogramme sans avoir pris le soin de vérifier qu’il était tenable. Donc je pense qu’ils se sont appuyés sur des paramètres objectifs bien précis. Il appartiendra au président de la République de décider et confirmer ce calendrier-là . Je ne peux pas penser qu’en cinq mois nous ne soyons pas capables d’organiser des élections.
AFRICAGUINEE.COM : Est-ce que vous avez un dernier mot ?
DAMANTANG ALBERT CAMARA : Je vais juste souhaiter une bonne année à tous les guinéens, faire de telle sorte que le Tout-Puissant nous accorde ce qu’il estime le meilleur pour chacun d’entre nous, que demain à la lecture de cette interview sur votre site, dans les rues de Conakry, qu’il y’ait plus de jeunes qui aient affaire au ministère du travail et moins de jeunes qui aient affaire au ministère de l’emploi et qu’enfin qu’on se réunisse tous ensemble autour de ce qui nous rassemble et qu’on évite ce qui nous divise.
AFRICAGUINEE.COM : Merci M. le Ministre !
DAMANTANG ALBERT CAMARA : C’est moi qui vous remercie !
INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33
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  Rubrique: Interview  date: 04-Jan-2013 ŕ 14:38:09  Partager:   :  |
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