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Grande interview: Les confidences de Jean-Marc Telliano...

CONAKRY-Après la visite de l'opposition à Guéckédou, Jean-Marc Telliano a adressé un message au président Alpha Condé.Dans cette interview accordée à notre rédaction, le leader du rassemblement pour le développement intégré de la guinée (RDIG) revient sur le séjour de l'opposition dans cette ville où deux personnes ont été tuées lors d'affrontements entre partisans et détracteurs du préfet Boukary Keita.Il profite pour lancer un message au chef de l'Etat qu'il avait soutenu lors de la présidentielle de 2010...
AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Telliano !
JEAN MARC TELLIANO : Bonjour M. Diallo !
AFRICAGUINEE.COM : La délégation de l’opposition guinéenne vient de boucler sa visite aux familles des victimes à Guéckedou. Selon-vous que peut-on retenir de cette visite ?
Merci pour m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer devant vos millions de lecteurs. Je pourrais tout simplement dire que cette visite comme on la dit dans notre lettre que nous avons adressée au ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, c’était juste venir au chevet pour compatir avec la population de Guéckedou endeuillée lors des évènements qui se sont passés ici, par faute de la mauvaise gouvernance. Qu’est ce qui a posé tous ces problèmes ? C’est parce que les administrateurs territoriaux ont eu un excès de zèle face à la population. C’est ce qui a mis le feu à la demeure.
AFRICAGUINEE.COM : Concrètement, qu’est-ce qu’on peut retenir de ce déplacement de l’opposition?
D’abord, la leçon que nous pouvons tirer de cette visite, je pourrais tout simplement dire que c’est une visite de satisfaction. La population de Guéckedou nous attendait, aujourd’hui elle a compris qu’elle a des personnes aussi qui pensent à elle quand ça ne va pas. Nous sommes venus, nous avons compati avec eux, nous avons apporté si peut soit-il, un apport social et un apport matériel. Le fait de se déplacer d’abord de Conakry pour Guéckedou prouve que c’est un acte de solidarité. Et comme j’aime le dire souvent pour nous, c’est un acte purement humanitaire. Moi je suis un enfant du terroir, je ne peux pas accepter aujourd’hui que Guéckedou prenne feu. Mon intervention est dans le cadre de l’apaisement. Mais une fois encore le pouvoir central me donne raison, parce que je l’avais prévenu. J’ai dit que le comportement des administrateurs territoriaux risque de soulever des insurrections populaires. Mais nous, on n’est pas habitué à cela ici à Guéckedou. Vous constaterez que c’est une ville cosmopolite. Nous avions vécu avec les Malinké, les Soussou, les Peulhs, et toutes les ethnies, mais on n’a jamais vécu des atrocités comme ce que nous vivons maintenant. Et si nous avons vécu cela cette fois-ci, c’est la mauvaise gestion des administrateurs territoriaux. C’est pour dire que ce pays n’est pas géré, voilà la raison. On a eu des problèmes à Saoro, à Zogota, à Siguiri, et maintenant Guéckedou en est une illustration. Donc vraiment aujourd’hui c’est un appel que je lance au système (le pouvoir d’Alpha Condé, ndlr) surtout de revoir sa façon de gérer. Il faut que le système sache que tout ce qu’on pouvait faire au temps de la révolution est révolu. Aujourd’hui nous sommes dans une nouvelle ère de la démocratisation, là où les valeurs de la démocratie doivent être respectées, là où les droits de l’homme doivent être respectés. Moi aujourd’hui la seule chose que je puisse avoir peur, c’est le non-respect de la loi. J’ai lancé un appel à tous mes militants et à tous les citoyens de Guéckedou de respecter la loi. Mais de ne pas avoir peur de dire la vérité à l’autorité, de ne pas avoir peur de dire la vérité au pouvoir central. Parce qu’en bon chrétien on dit que le bon chrétien ne doit pas avoir peur de dire la vérité à l’autorité. Mais les autorités qui se prostituent pour sauvegarder leur poste, ou encore des opportunistes qui font croire au pouvoir central qu’ils peuvent faire quelque chose ou qui se font passer comme des disciples de Dieu alors qu’ils ne peuvent rien faire. Donc cet appel va directement en droite ligne vers les opportunistes pour qu’ils arrêtent d’instrumentaliser la population, pour qu’ils arrêtent de mentir à l’autorité. Aujourd’hui la Guinée n’a pas besoin de ça, nous avons des priorités qui sont tout à fait différentes des démagogies.
AFRICAGUINEE.COM : Aujourd’hui vous avez rencontré les familles des victimes, les sages et les confessions religieuses. Quel constat avez-vous fait ?
Je pense que la paix va régner, la paix a toujours régné à Guéckédou. C’est ce que j’ai dit, ce qui s’est passé ici n’a rien de politique. Vous-même vous l’avez constaté sur le terrain. Ce n’est pas Jean Marc, ce n’est pas Paul ni Pierre. Contrairement à ce que des opportunistes comme Michel Kamano (actuel président du conseil économique et social, Ndlr) le déclarent. Des gens qui ont fait leur temps et qui veulent faire le temps de leurs petits-enfants. Ils vont dire au pouvoir central qu’ils peuvent donner la Guinée forestière à la mouvance présidentielle pour tirer le minimum vital du pouvoir. Il faut qu’ils cessent. Vous avez vu qu’aujourd’hui l’appel que l’église à lancé. Partout où nous sommes passés, c’est un appel d’apaisement qui a été lancé. Tout le monde veut qu’il y ait la paix ici. Les familles n’ont pas manqué de dire que les Guéckedouka sont des enfants d’une même femme et d’un même homme, cela veut dire quoi, ça veut dire qu’il faut la paix. Sans elle il ne peut y avoir de développement. Et nous, nous sommes venus dans ce sens. Vous avez suivis les déclarations du président Cellou Dalein Diallo (leader de l’union des forces démocratiques de guinée, ndrl) et tous les leaders qui se sont intervenus ont prôné la paix.
AFRICAGUINEE.COM : Malgré ses nombreuses potentialités, nous avons constaté que Guéckédou semble être une ville oubliée par le pouvoir central…
Ça c’est un de mes combats. Aujourd’hui je pensais selon mes accords, parce que cela faisait partie de mes accords politiques (accords entre son parti, le RDIG et le RPG du président Alpha Condé, Ndlr) pour que Guéckedou soit considérée comme une ville sinistrée. Donc c’est un de mes combats. Guéckedou qui a reçu de plein fouet les incursions rebelles. Elle a hébergé aussi des milliers et de milliers de réfugiés qui se sont servis de cette ville. Je crois qu’aujourd’hui que l’Etat devrait penser à cette ville sinistrée au moins lui donner son visage d’antan. Mais ce n’est pas le cas. On ne se soucie pas aujourd’hui de cette ville. Ils ont d’autres priorités qui ne sont pas la reconstruction de cette ville. Ça fait partie de mon combat et le combat de tout guéckedouka, tous les fils ressortissants de la Guinée forestière, c’est vraiment la reconstruction de cette Guinée forestière qui a besoin d’un visage nouveau.
AFRICAGUINEE.COM : En tant qu’ancien ministre de l’agriculture, que répondez-vous à ceux qui estiment aujourd’hui que « vous crachez » dans le plat où vous avez déjà mangé à cause notamment de vos critiques jugées très « acerbes » vis-à -vis du régime du président Alpha Condé ?
Cela n’engage qu’Alhassane Condé (actuel ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation). S’il dit que je crache dans le plat où je me suis servi, peut être oui, c’est son point de vue. Mais moi, j’ai servi ce gouvernement loyalement. J’ai servi mais je me suis toujours opposé au système. Même au conseil des ministres j’ai toujours eu le courage de le dire, j’ai dit que si les gens pensent qu’on est en train de discréditer les ministres, ce n’est pas eux qu’on discrédite, c’est le président qu’on discrédite. Parce que si on ne respecte pas un ministre de la République, avec des agissements pour des intérêts personnels, c’est le président qu’on discrédite. Parce qu’il a donné une partie de son pouvoir au ministre parce qu’il l’a fait confiance. Si aujourd’hui il y a des disfonctionnements au sein de l’administration et du pouvoir central, ce n’est pas un ministre. Donc ça n’engage que Alhassane, moi je ne réponds pas coup par coup. Je ne le réponds pas, il peut dire ce qu’il veut cela n’engage que lui, mais le moment venu seule la vérité vaincra.
AFRICAGUINEE.COM : Certains observateurs estiment que vous avez perdu votre électorat en forêt, notamment à Kissidougou et Guéckédou. Votre réaction ?
Comme j’aime le dire, le terrain va commander. Spontanément vous avez vu ce qui s’est passé. Bien sûr que les gens savaient qu’on allait venir, mais je n’ai informé personne de sortir nous accueillir. Alors pourquoi nous avons été escortés ? Si on a été escorté, c’est parce qu’ils savent déjà que la population allait sortir. Malgré toutes les mesures qu’ils ont prises, mais vous avez vu la population, ce n’ai pas moi qui leur ai dit de sortir. J’aime le dire, on peut cacher la pintade sous les herbes, mais on ne peut pas cacher les cris d’une pintade. Ça veut dire quoi ? Aujourd’hui on peut me cacher, mais quand je crie, mon cri va retentir plus fort. Moi je ne peux pas sortir m’arrêter après dix minutes sans le peuple. Aujourd’hui il me réclame, parce qu’il sait que ce que je suis en train de dire est la vérité. Ce n’est pas Guéckedou seulement, à Kissidougou aussi, c’est pareil.
AFRICAGUINEE.COM : Voulez-vous dire que vous ĂŞtes imbattable dans ces deux villes ?
Imbattable, c’est trop dire, mais le terrain va commander.
AFRICAGUINEE.COM : Votre dernier mot…
Mon dernier mot, c’est un appel que je vais lancer au pouvoir central et dire à Monsieur le président de la république, le Pr Alpha Condé, de se mettre au-dessus de la mêlée. Il est aujourd’hui le président de tous les guinéens, il n’est pas le président du RPG (Rassemblement du Peuple de Guinée, parti au pouvoir). Donc il faut laisser la politique maintenant aux politiciens. Que le RPG soit dans les mains de son secrétaire général. De se mettre au-dessus de la mêlée et lancer aussi un appel aux administrateurs territoriaux d’être à l’écoute du peuple. S’il est aujourd’hui présidant de la république, c’est bien sûr grâce au peuple. C’est le peuple qui l’a mis là . Si le peuple ne veut pas de quelque chose, il doit se mettre à la disposition du peuple, parce que seul le peuple peut dire vive le général à bas le général. Donc il doit comprendre cela. Seul le peuple peut rendre un pouvoir fort, seul le peuple peut aussi déstabiliser un pouvoir. Donc c’est un appel que je lui lance pour qu’il soit à l’écoute du peuple ; c’est seulement le peuple qui est fort.
AFRICAGUINEE.COM: Merci M. Telliano !
C’est moi qui vous remercie.
Propos recueillis par DIALLO Boubacar 1
Pour AFRICAGUINEE.COM.
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  Rubrique: Interview  date: 31-Dec-2012 ŕ 11:56:47  Partager:   :  |
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