
Arrêté par les militaires et contraint hier à démissionner avec son gouvernement, le Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra est une autre victime des ambitions démesurées du capitaine Amadou Sanogo.
L’annonce de la démission du Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra est survenu mardi matin, quelques heures après son arrestation dans la nuit de lundi 10 décembre au mardi 11 décembre 2012 à son domicile de Bamako par d'anciens putschistes commandés par le capitaine Amadou Haya Sanogo qui avait renversé le président Amadou Toumani Touré en mars dernier: «Moi Cheik Modibo Diarra, je démissionne avec mon gouvernement», a sommairement déclaré Cheick Modibo Diarra lors d'une brève allocution à l'Office de radio-télévision du Mali (Ortm). Le porte-parole de l'ex-junte malienne Bakary Mariko a dit à la chaîne de télévision France 24 que «Ce n'est pas un nouveau coup d'Etat». Il a ajouté que «le Premier ministre sera remplacé dans les heures qui viennent par le président de la République», Dioncounda Traoré.
Entre incertitude et confusion
Il est reproché à Cheick Modibo Diarra de ne pas avoir agi en «homme de devoir» face à la crise au Mali, mais en fonction d'« un agenda personnel ». Selon un membre de l'entourage de Cheick Modibo Diarra : «Le Premier ministre a été arrêté par une vingtaine de militaires venus de Kati », ville garnison proche de Bamako et base des anciens militaires putschistes : «Ils lui ont dit que c'est le capitaine Sanogo qui leur a demandé de l'arrêter», a-t-il ajouté. L’information a été confirmée par des sources sécuritaires. Cheick Modibo Diarra serait désormais en résidence surveillée. Il était connu comme étant le gendre du deuxième président malien Moussa Traoré qui fut renversé - après 23 ans de pouvoir autoritaire - en mars 1991 par Amadou Toumani Touré.
La démission forcée de Cheick Modibo Diarra enfonce le Mali dans la crise et accroît l'incertitude dans ce pays où la moitié nord du territoire reste occupée par des islamistes armés liés à Al-Qaïda. L’intervention militaire étrangère sollicitée par Cheick Modibo Diarra serait contestée par le capitaine Amadou Sanogo : «Cheick Modibo Diarra n'est pas un élu, il a été nommé suite à l'accord-cadre», a dit Bakary Mariko. L’accord-cadre avait été signé début avril entre la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et l’ex- junte qui avait été contrainte de remettre le pouvoir aux civils. Le porte-parole de l’ex-junte Bakary Maryko a accusé l'ex-Premier ministre d'avoir voulu «s'éterniser au pouvoir».
Il a affirmé que le départ de M. Diarra « doit régler le bicéphalisme qui règne au sommet de l’Etat» et «permettre au Mali d'agir en son nom et dans son intérêt».
Influence encombrante d’Amadou Sanogo
Sur la situation qui prévaut au nord du Mali, le porte- parole de l’ex-junte pense que «l'armée malienne a les ressources nécessaires et la volonté d'aller libérer son pays » et que «Si la communauté internationale doit tarder, l'armée malienne prendra ses responsabilités pour libérer son territoire », a-t-il conclu Bakary Maryko. Le capitaine Amadou Sanogo est demeuré très influent à Bamako. Le capitaine Sanogo a été nommé à la tête d’une structure chargée de reformer les armées. Ses hommes ont multiplié des descentes punitives à Bamako où ils ont souvent procédé des arrestations de civils et de militaires proches de l’ancien président Amadou Toumani Touré dit «Att». Au point de contraindre ce dernier à quitter le Mali pour le Sénégal.
Selon des organisations de défense des droits de l’homme la bande à Sanogo est à l’origine de «disparitions forcées, torture, arrestations arbitraires, extorsion de fonds, intimidation et maltraitance de journalistes, d’artistes et de personnes opposées à eux, aucun de ces incidents n’a fait l’objet de la moindre enquête», a indiqué Corinne Dufka de Human Right Watch (Hrw). En marge de la réunion du Comité de haut niveau sur la mise en œuvre du chantier « Paix et sécurité» dans l’espace de l’Union économique monétaire ouest-africaine (Uemoa), le président de la République sénégalaise Macky Sall a réagi à la démission du Premier ministre malien Cheick Modibo Diarra. Tout en réaffirmant son «soutien indéfectible à la lutte du peuple malien pour son indépendance nationale, son intégrité territoriale et pour la laïcité de l’Etat du Mali», Macky Sall a exprimé son souhait de voir la situation se stabiliser.
Vers une réunion urgente de la Cédéao
Le président sénégalais juge nécessaire de stabiliser la situation: «pour faciliter la tâche non seulement aux Maliens eux-mêmes, à la sous-région, mais aussi à l’Union africaine (Ua) et à la communauté internationale d’agir dans l’intérêt du peuple malien et de la région », a déclaré Macky Sall. Pour lui, le Sénégal demeure favorable au «respect des institutions démocratiques (…) C’est l’essence même de nos organisations, de notre action publique et aussi des institutions de la transition telle que définie par les organes compétents de la Cédéao», a indiqué Macky Sall. Il espère que «la Cédéao ne manquera pas de se réunir rapidement pour prendre une position sur ce qui se passe au Mali. Nous sommes très engagés pour accompagner la demande de résolution au Conseil de sécurité de l’Onu en vue de l’intervention militaire au Nord Mali», a-t-il précisé.
Lanouvelleexpression.info
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  Rubrique: News Afrique  date: 13-Dec-2012 ŕ 09:44:37  Partager:   :  |