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Cellou Dalein Diallo, Président de l'UFDG : "J’ai l’impression que la Primature se base sur les acco


[IMG1]En pleine crise politique et économique qui frappe la Guinée, l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo sort de son silence. Le nouveau Président de l'Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), nous livre, dans cette interview, ses ambitions pour la Guinée, les raisons de son limogeage par le Président Lansana Conté, le bilan du gouvernement Kouyaté. Sans oublier le programme de son parti pour les prochaines consultations électorales... Exclusif!!!

Africaguinee.com : Votre présence au sein de l’UFDG semble avoir apporté du souffle nouveau à ce parti. Pensez-vous que c’est un épiphénomène dû à la nouveauté, à la curiosité, à la qualité de votre image ou simplement certains de vos responsables et militants de votre parti espèrent avoir une manne à se partager ?

Cellou Dalein Diallo : Oui, je pense que mon arrivée au sein de l’UFDG a donné une nouvelle dimension à ce parti. Il y a eu des adhésions massives qui sont sans doute liées à mon arrivée.

Pour la plupart des observateurs, l’image de Dalein est intrinsèquement liée à celle de Lansana Conté. Or, il apparaît aujourd’hui que vous gérez un parti d’opposition. Comment expliquez-vous cela ?

C’est vrai que j’ai servi le pays pendant une dizaine d’années sous l’autorité du Président Lansana Conté et après mon limogeage de la Primature. J’ai estimé que je pouvais m’engager en politique pour définir moi-même mon projet de société. Et puis me lancer à la conquête du pouvoir pour mettre en œuvre une politique qui reflète ma conviction et ma vision.

Est-ce que vous avez eu besoin de faire de grands efforts pour basculer dans l’opposition. Concrètement, sur quel point vous allez vous opposer au système de Lansana Conté ?

Je n’ai pas fait de grands efforts. J’ai acquis une expérience en servant l’Etat à des niveaux de responsabilité élevée. Et je connais, à peu près, les maux dont souffre la Guinée. Je pense que si je suis à la tête de ce pays, je peux faire don de ma personne à la collectivité nationale : instaurer l’Etat de droit, améliorer la gouvernance et faire de la Guinée un pays émergent, faire reculer la pauvreté et faire exercer à tous les citoyens guinéens tous les droits privés de la Constitution.

Entre le ministre et l’homme politique, qu’est-ce que vous préférez ?

Oui, j’ai été les deux. J’ai été ministre pendant une dizaine d’années. Je ne peux pas le nier aujourd’hui que je suis un leader politique. Les deux, on ne peut pas les séparer.

Entre la mission du ministre et celle de l’homme politique, qu’est-ce qui vous exalte de plus ?

En tant que ministre, j’ai participé à la mise en œuvre d’une politique qui était celle du Président Lansana Conté. En tant qu’homme politique, je fais formuler moi-même et mes collaborateurs au sein de l’UFDG, une nouvelle politique qu’on mettra en œuvre si jamais on accède au pouvoir. Et je pense que l’exercice du pouvoir en tant que ministre est une chose et s’organiser pour conquérir le pouvoir en est une autre. En tant que leader politique, on s’organise pour conquérir le pouvoir. En tant que ministre, on applique et on met en œuvre une politique : celle du parti qui vous a porté au pouvoir.

Quand vous étiez ministre des Transports, l’opinion avait beaucoup été émue par le crash de l’UTA. Aujourd’hui, est-ce que vous avez une idée de la famille des victimes ?

C’est vrai qu’il y a eu cet accident lorsque j’étais ministre des Transports. Mais, il y avait eu une Commission d’enquête qui a été mise en place à Cotonou et qui comprenait l’aviation civile du pays d’occurrence, c'est-à-dire le Bénin, l’aviation civile de Guinée, l’aviation civile des Etats-Unis. Et la Commission a décidé de confier l’enquête au Bureau d’analyses de l’aviation civile français. La structure a déposé son rapport qui a conclu que les causes de l’accident étaient dues à la surcharge de l’appareil et à la mauvaise répartition des charges à l’intérieur de l’appareil.

Ne pensez-vous pas qu’il s’agissait d’une panne technique ?

Non. Car selon les informations et ce rapport qui a été déposé à mon insu par ce que j’avais quitté le Ministère, les conclusions confirmaient la thèse de la surcharge et la mauvaise répartition des charges dans l’appareil.

Quand vous étiez au Gouvernement, vous avez eu beaucoup de mal à gérer l’affaire dite de la 4ème licence. Pour une part de l’opinion, c’est cette affaire qui a radicalisé les positions de vos adversaires et provoqué votre chute. Qu’en dites-vous ?

Je ne sais pas et je ne crois pas. Je crois que ma chute résulte de beaucoup de facteurs : d’abord, il y a eu le Gouvernement qui a été constitué. Le décret avait été signé par le Président de la République et qui a annulé par la suite ledit décret. Et puis, il y a eu un autre me limogeant. Mais, je pense que c’était le résultat d’une lutte entre les clans qui étaient au Gouvernement. La 4ème Licence, ce n’était pas un dossier compliqué dès lors que le gouvernement s’était réuni et a décidé de mettre en place une Commission interministérielle présidée par le ministre de la Justice et celui du Contrôle économique. L’administration des grands projets qui avait examiné toutes les soumissions reçues dans le cadre de l’octroi de la 4ème licence avait décidé que la meilleure offre était celle de la SONATEL et le compte-rendu avait été fait au Gouvernement qui, à son tour, avait attribué la 4ème licence. Donc, à partir de là, pour moi la décision avait été prise par le Gouvernement et je devais veiller au respect de cette décision. Malheureusement, le ministre en charge des Télécommunications ne l’entendait pas ainsi et il s’est opposé à l’application de cette décision. Et finalement, il a attribué la licence à la compagnie de son choix.

Comment interprétez-vous le fait d’être limogé officiellement pour faute lourde. Que s’est-il passé réellement ?

Franchement, je ne sais pas ce qui s’est passé. On avait effectivement mis pour faute lourde mais je ne sais pour quelle faute. J’avais travaillé étroitement avec le Président de la République pour la mise en place de ce gouvernement. Il a subi de la pression pour me limoger. Il a donc cédé à la pression. Je ne me reproche de rien.

Le gouvernement actuel a décidé de lancer des audits. Plusieurs personnes pensent que cette mesure vise les barons de l’ancien système et votre nom est souvent cité par vos adversaires. Quel sens donnez-vous à ces audits et qu’avez-vous à dire à vos détracteurs ? Est-ce que vous vous sentez concerné ?

Non, pas du tout. Je ne me sens pas concerné.

Et pourquoi ?

J’ai la conscience tranquille. J’ai assumé mes responsabilités dans le respect des règles et procédure qui étaient éditées et je ne me reproche absolument de rien. Et je sais qu’il y a une vaste campagne contre moi et comprenez que cette campagne est normale compte tenu de la dimension prise par l’UFDG. Et je pense avoir agi en conformité avec les règles et les procédures.

Parlant justement de ce parti, qu’est-ce qui vous a motivé pour accepter l’œuvre de l’UFDG et qu’est-ce que vous comptez apporter à ce parti ?

L’UFDG ma proposé de prendre la Présidence de son parti parce que les dirigeants qui étaient là me faisaient confiance. C’est vrai que j’avais décidé de faire la politique et je me demandais s’il était plus opportun de créer un parti ou aller à l’UPR qui m’avait fait aussi des offres et j’ai trouvé celle de l’UFDG plus intéressante et je suis venu là.

Si vous êtes Président de la République, quelle serait votre première action ? Quelles seraient vos principales décisions ?

Ecoutez, il y a un programme du parti. La priorité, c’est l’édification de l’Etat de droit, l’amélioration de la gouvernance. La deuxième priorité, comme je l’ai dit tantôt, c’est le système éducatif. On sait que le pays dispose d’un système éducatif performant. La 3ème priorité, ce sont les infrastructures routières, énergétiques et aussi le développement de l’agriculture guinéenne...

Pouvez-vous faire un bref bilan de l’action gouvernementale depuis le mois de mars 2007 ?

C’est un bilan controversé. Je pense qu’il y a des points négatifs. Les gens ne sont pas satisfaits de la gestion du gouvernement de consensus : le coût de la vie reste élevé, la qualité de la gouvernance reste à désirer, le gouvernement n’a pas su maintenir sa crédibilité qui était pourtant forte au départ après cette fameuse grève de Janvier et Février 2007. Le changement réclamé n’est pas encore venu et cela dans tous les secteurs y compris les denrées de première nécessité. Sans compter ces variables qui ne sont pas sous le contrôle du gouvernement. Donc, le bilan global n’est pas satisfaisant à mon point de vue.

Considérez-vous que ce gouvernement soit effectivement un gouvernement de consensus ?

Je ne sais pas. Je sais qu’on l’appelle comme ça et je l’appelle comme ça aussi sans chercher à savoir si l’appellation est appropriée.

L’un de vos amis, Tibou Kamara, qui avait été remercié dans le Gouvernement que vous avez proposé le 04 Avril 2006 vient d’être promu au poste de Président du Conseil National de la Communication. Quels sont vos sentiments par rapport à cette nomination ?

Je sais que Tibou Camara est un garçon bien intelligent qui méritait d’être à mon point de vue ministre de l’Information. J’apprécie sa rigueur intellectuelle, la pertinence de ses analyses. Il mérite d’être ministre et aussi Président du CNC. Et aujourd’hui, je suis content que le Président lui-même décide de le nommer à ce poste. Donc, cela signifie que j’avais fait un bon choix.

Etes-vous prêt à nouer des alliances avec des partis d’opposition dans la perspective de provoquer un changement démocratique de régime ?

Oui, l’UFDG est un parti ouvert à toute forme de dialogue avec les autres partis et naturellement disposé à conclure des alliances nécessaires pour accéder au pouvoir et apporter le changement souhaité par le peuple de Guinée.

Pensez-vous que vous serez facilement accepté par les autres partis d’opposition ? [IMG2]

Non. La question n’est pas de savoir si moi je suis accepté. C’est d’abord se mettre d’accord sur une plateforme, sur des objectifs. Maintenant, le rôle que chacun doit jouer dans la recherche du pouvoir est là. Ça se négocie. On ne peut pas dire que c’est moi qui est devant. Il y a des partis qui partagent la même vision que l’UFDG, on reste donc ouvert à ce genre de partenariat.

Le 02 Octobre prochain, la Guinée aura 50 ans. Le Gouvernement actuel a décidé de célébrer ce cinquantenaire. Qu’est-ce que cela vous dit ?

Oui, je sais que cette question fait l’objet de débat. Il y a ceux qui pensent qu’il est bon de célébrer le 50ème anniversaire, connaître le mérite de ceux qui ont conduit ce pays à l’indépendance et je crois également qu’il faut tourner la page et la lire aussi pour que les erreurs qui ont été commises ne se répètent plus dans notre pays.

Vous avez quitté la Primature sans avoir réussi à offrir, comme promis, le programme formel à la Guinée. Aujourd’hui, ce programme est obtenu. Que ressentez-vous concrètement ?

Si – Si, au moment où je quittais, le programme était conclu. Il restait la procédure d’approbation au sein du Conseil d’administration au mois de février. La mission du FMI qui est passé ici avait déjà, avec le Gouvernement, conclu un programme. On a signé les documents. Je rappelle que le déficit budgétaire a été ramené à 8% du PIB pour l’exercice budgétaire 2005 et tous les objectifs qui avaient été fixés dans le programme avaient été atteints.

Le torchon semble toujours brûlé entre la Présidence et la Primature quant au partage du pouvoir. S’il vous était donné de trancher pour sortir de la crise, qu’allez- vous proposer comme plan ou stratégie aux Guinéens ?

Là, c’est aussi un problème. C’est aussi un problème très complexe. Parce que j’ai l’impression que la Primature se base sur les accords tripartites mais qui ne peuvent pas être au-dessus de la Constitution. La Constitution reconnaît au Président de la République des pouvoirs immenses qui n’ont pas été modifiés par ces accords.

On parle beaucoup aujourd’hui de l’affaire Chantal Colle en Guinée, vous personnellement, quelle vision avez-vous sur cette affaire ?

Selon les analyses et les informations qui ont été données, la procédure d’expulsion de Chantal Colle n’a pas été respectée. Elle n’est pas conforme.

On a parlé récemment de la destitution de Bah Ousmane, Président de l’UPR. Et vous, en tant que Président de l’UFDG, qu’est-ce que cela vous dit concrètement ?

C’est un problème interne à l’UPR. Vous savez que ce n’est pas agréable de parler des autres. Moi, je suis à l’UFDG, je ne peux pas me prononcer sur cette question.

Certains de vos amis continuent à dire que vous n’auriez jamais dû accepter de faire la politique ?

C’est leur opinion. Moi, j’ai une opinion différente. J’ai décidé de faire la politique après avoir longuement réfléchi.

Vous avez été ministre et Premier ministre. Peut-on connaître quelques unes de vos actions salvatrices pour le décollage économique de la Guinée ?

Ecoutez, je n’aime pas beaucoup me répéter. J’ai quand même eu quelques performances honorables au niveau du Ministère des Travaux Publics. J’ai dû réaliser quelques infrastructures qui sont aujourd’hui très utiles à l’économie guinéenne : des routes, des ponts… Par exemple, Sérédou-N’Zérékoré-Lola, un autre bac qui était très contraignant pour les usagers, la route Kouroussa-Kankan avec le pont sur le Niger long de 380 m. Vous avez la route Kankan-Kourémalé, le pont de Djolibakoro de 500m, le plus long de Guinée, le pont sur la Fatala aussi, la réhabilitation de la route Dubréka – km 36. Les 2x2 voies Tombo-Gbessia, c’est moi qui ai lancé ces travaux en Novembre 2003 à Kénien pour un financement de 80 millions de dollars.

Que répondez-vous à ceux qui pensent que votre union avec le doyen Bâ Mamadou, Président d’honneur de votre parti est fragile compte tenu de la différence de style mais aussi de vos amitiés différentes ?

Oui, nous sommes de tempéraments différents et nous appartenons à des générations différentes. Mais, je pense qu’on partage quelque chose notamment le souci d’instaurer l’Etat de droit et améliorer la bonne gouvernance, respecter et faire respecter la loi, notre volonté commune de changer la Guinée. Bref, faire de la Guinée une économie émergente. Je pense qu’on s’entendra. Je suis optimiste.

Pouvons-nous dire que Cellou a changé parce qu’il accorde aujourd’hui plus facilement et plus librement des interviews ?

Je n’ai pas changé et enfin j’ai toujours souhaité m’exprimer. Au moment où j’étais Premier ministre, ce n’était pas toujours évident. Il est vrai qu’un moment, j’ai évité de communiquer. Mais à un moment donné, j’ai fait un point de presse au cours duquel j’ai expliqué le problème de la 4ème licence, l’affaire Futurelec. Ce n’est pas toujours bon lorsqu’on n’est pas dans un gouvernement de parler publiquement. Donc, j’ai évité de rencontrer la presse.

Le ministre Beau Keïta a, comme rejeté, sur une radio privée les accusations quant à votre implication et celle du général Baïlo à un complot visant le régime du Président Conté pour renverser le gouvernement de Lansana Kouyaté. Qu’en dites-vous ?

J’ai appris cela avec beaucoup de surprises par la presse que j’étais impliqué dans un complot. C’est une accusation sans fondement. Le parti avait, à l’époque, fait une déclaration pour démentir et inviter le ministre de l’Intérieur à apporter les preuves de son accusation. Mais pas de réaction de sa part. Je considère que c’était une manière simplement de compromettre ma relation avec le Président et peut-être m’éliminer de la scène politique.

Interview réalisée par Aminata Tounkara
Depuis Conakry pour Africaguinee.com

  Rubrique: Interview  date: 26-Apr-2008 ŕ 16:22:29  Partager:   :

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