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USA: Le sort de millions de sans-papiers suspendu au rĂ©sultat de l’élection





NEW-YORK-Aux États-Unis, on appelle "Dreamers" les jeunes sans-papiers qui pourraient ĂȘtre rĂ©gularisĂ©s si une loi portĂ©e par Obama, "le Dream Act", entrait en vigueur. Ceux-ci suivent de prĂšs la campagne, conscients que de cette Ă©lection dĂ©pend leur avenir.

"Un jour, mon pĂšre m’a demandĂ© de faire ma valise, prĂ©tendant que nous allions Ă  Disney World, en Floride. Depuis, je n’ai plus jamais revu mon pays." Aujourd’hui ĂągĂ©e de 19 ans, Monica Lazaro se souvient de ce jour de 2002 oĂč elle a fui, sans le savoir, le Honduras. À l’époque, ses parents s'Ă©taient rĂ©signĂ©s Ă  abandonner une confortable situation dans ce pays d’AmĂ©rique centrale pour tenter leur chance comme immigrĂ©s clandestins aux États-Unis.

Un déclassement social nécessaire selon son pÚre, qui jugeait la situation trop dangereuse à Tegucigalpa pour lui et son "business", précise Monica, sans bien se souvenir dans quel domaine il travaillait.


Depuis son dĂ©mĂ©nagement surprise, elle mĂšne une vie d'AmĂ©ricaine modĂšle : dĂ©lĂ©guĂ©e de classe Ă  plusieurs reprises, "Prom Queen" (reine du bal de fin d’annĂ©e au lycĂ©e), premiĂšre de la classe en cours et douĂ©e en sport. Elle aurait pu rejoindre les meilleures universitĂ©s du pays, mais c’est au sein de la peu rĂ©putĂ©e facultĂ© de Miami qu’elle Ă©tudie aujourd’hui la biologie.

"Tous mes professeurs se sont demandĂ©s pourquoi je n’avais pas postulĂ© dans une universitĂ© plus prestigieuse. Mais je ne pouvais pas demander de bourse, du fait de ma situation de sans-papiers, et les bonnes facs coĂ»tent trĂšs cher ici", explique-t-elle.

Elle assure pourtant ne pas avoir de regrets, car elle est convaincue qu’une fois diplĂŽmĂ©e, elle pourra dĂ©crocher le mĂ©tier dont elle rĂȘve : experte mĂ©dicale dans les enquĂȘtes criminelles, "comme dans la sĂ©rie ‘Les experts : Miami’". Surtout, elle espĂšre pouvoir rĂ©gulariser prochainement sa situation si la lĂ©gislation sur l’immigration venait Ă  changer, comme s’y est engagĂ© Barack Obama.

"Le plus grand pas en avant en terme de politique migratoire depuis 25 ans"

Le 15 juin dernier, le prĂ©sident amĂ©ricain a, en effet, pris un engagement fort devant les jeunes sans-papiers des États-Unis. Ceux d’entre eux ĂągĂ©s de 16 Ă  30 ans, ayant un diplĂŽme Ă©gal ou supĂ©rieur au bac et ayant passĂ© au moins cinq ans dans le pays, peuvent dĂ©sormais s’enregistrer auprĂšs des autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales, en vue de se voir dĂ©livrer un permis de travail renouvelable de deux ans.

"Le prĂ©sident a frappĂ© un grand coup ce jour-lĂ , il s’agit tout bonnement du plus grand pas en avant en terme de politique migratoire amĂ©ricaine depuis 25 ans”, estime Audrey Singer, une spĂ©cialiste des questions d’immigration au sein du think tank Brookings Institution. MĂȘme si elle reconnaĂźt le cĂŽtĂ© opportuniste de l’annonce, destinĂ©e aux nombreuses populations migrantes amĂ©ricaines Ă  quelques mois de la prĂ©sidentielle, elle salue sa portĂ©e. "Ces personnes vont enfin pouvoir ĂȘtre reconnues et entrer dans la lĂ©galitĂ©."

On estime qu'environ 1,7 million de jeunes sans-papiers aux États-Unis peuvent prĂ©tendre Ă  une rĂ©gulation grĂące au dĂ©cret prĂ©sidentiel. Mais, Ă  la mi-octobre, ils n'Ă©taient que 179 000 Ă  avoir officiellement postulĂ©, selon les chiffres officiels. Beaucoup craignent, en effet, de sortir de l'anonymat tant qu'une loi n'a pas Ă©tĂ© votĂ©e.

Mais un imbroglio politico-juridique est venu quelque peu entamer l'espoir des jeunes sans-papiers en quĂȘte de rĂ©gularisation. Obama avait initialement prĂ©vu de faire passer une loi, "le Dream Act", pour encadrer les conditions d’obtention de cette carte de rĂ©sident. Mais la Chambre des reprĂ©sentants, dominĂ©e par les rĂ©publicains, a rejetĂ© le projet de loi.

Seul un dĂ©cret prĂ©sidentiel autorise aujourd’hui ceux qu’on appelle dĂ©sormais les "Dreamers" Ă  demander leur rĂ©gularisation. L’aspect provisoire de cet ordre exĂ©cutif laisse cependant le champ libre au prochain prĂ©sident de revenir sur cet acquis.

Aujourd’hui, c’est donc l’inquiĂ©tude qui domine chez ces jeunes clandestins, d’autant plus que le candidat rĂ©publicain Mitt Romney n’a toujours pas de position tranchĂ©e sur le sujet. S’il a laissĂ© entendre, lors de l’un des dĂ©bats prĂ©sidentiels, qu’une fois Ă©lu, il n’expulserait pas les "Dreamers" ayant entamĂ© des dĂ©marches administratives, nombreux sont ceux, dans son camp, qui font pression pour combattre ce qu’ils considĂšrent ĂȘtre "une amnistie pour clandestins".

Le problĂšme du permis de conduire

La campagne prĂ©sidentielle et ses rebondissements, Lisa suit cela de prĂšs. "Bien entendu, en tant que sans-papiers, je ne peux pas voter. Mais je fais quand mĂȘme campagne pour Obama sur Facebook et les rĂ©seaux sociaux, parce que j'ai tout juste l'Ăąge requis pour profiter du 'Dream Act'", se fĂ©licite-t-elle.

Cette VĂ©nĂ©zuĂ©lienne de 31 ans vit depuis 1992 Ă  Miami en compagnie de sa sƓur StĂ©phanie (les deux noms ont Ă©tĂ© modifiĂ©s Ă  leur demande) et de ses parents. Eux-aussi appartenaient Ă  la classe aisĂ©e dans leur pays avant de devenir des clandestins aux États-Unis. "AprĂšs le coup d’État manquĂ© d'Hugo Chavez en 1992, mon pĂšre a dĂ©cidĂ© que nous n’étions plus en sĂ©curitĂ© dans le pays. Du coup, nous sommes passĂ©s d’une belle maison avec piscine Ă  un petit studio, dans lequel nous partagions tous le mĂȘme lit, puis Ă  une caravane", se remĂ©more-t-elle.

Lisa et Stéphanie aiment se rendre dans les cafés branchés fréquentés par leurs amis américains. "Je commence seulement à oser parler de ma situation aux gens autour de moi. Je sens que la façon dont ils voient les sans-papiers est en train de changer", confie Lisa.

DĂ©sormais, ses parents sont propriĂ©taires d’un magasin de fleurs et ils vivent tous dans une maison situĂ©e en lointaine banlieue de Miami. "Moi, je suis stagiaire depuis des annĂ©es dans une sociĂ©tĂ© de relations publiques, indique-t-elle. Mes patrons aimeraient me faire signer un vrai contrat, mais je trouve toujours une excuse pour esquiver le sujet, car j’ai peur qu'ils dĂ©couvrent ma situation."

Hormis les soucis au travail, l’un des problĂšmes les plus handicapants pour elle est le fait de ne pas pouvoir passer le permis de conduire. Difficile, en effet, de ne pas avoir de voiture dans une ville aussi Ă©tendue et mal pourvue en transports en commun que Miami. "Mais j’avais rĂ©ussi Ă  dĂ©crocher un permis avant que ne soient durcies les conditions d’obtention suite au 11-Septembre, et j’utilise parfois mon permis pĂ©rimĂ©", confie-t-elle.

ÂgĂ©e, elle, de 25 ans, StĂ©phanie est trop jeune pour avoir pu passer son permis avant 2001. Pas de voiture pour elle, mĂȘme si sa situation devrait rapidement Ă©voluer : elle est fiancĂ©e avec un AmĂ©ricain. "Ce sera un mariage d’amour, pas un mariage blanc, prĂ©cise-t-elle. Nous sommes en couple depuis le lycĂ©e et nous voudrions pouvoir nous Ă©tablir tous les deux officiellement."

Le 6 novembre prochain, comme des millions d’AmĂ©ricains, les deux sƓurs regarderont en famille la soirĂ©e Ă©lectorale Ă  la tĂ©lĂ©vision. Si StĂ©phanie suivra les dĂ©comptes des voix relativement sereinement, Lisa assure qu'elle angoisse dĂ©jĂ . Elle redoute par-dessus tout que retombe le mouvement initiĂ© par Obama en direction des clandestins, car elle n'imagine plus sa vie ailleurs qu'aux États-Unis, un pays envers lequel elle estime avoir contractĂ© une dette. "L’AmĂ©rique m’a beaucoup offert : une Ă©ducation, des valeurs
 Je voudrais pouvoir ĂȘtre libre d’aider en retour ce pays que je considĂšre aujourd'hui comme le mien."

Source:France24.com

  Rubrique: Diaspora GuinĂ©enne  date: 05-Nov-2012 à 12:40:08  Partager:   :

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