
NANTES-Originaire de Guinée et réfugiée en Charente depuis dix ans, Mariama Kouyaté n'a pas vu ses enfants depuis sa fuite. Elle attend avec angoisse le délibéré de l'audience du 9 octobre au tribunal de Nantes sur sa demande de regroupement familial.
En 2002, lorsqu'elle rejoint son mari installé trois ans plus tôt à Angoulême avec un contrat de travail de musicien en résidence, Mariama Kouyaté emmène la plus jeune de ses filles - Aïcha âgée à l'époque de 4 ans -, mais elle est contrainte, pour des raisons financières, de laisser ses cinq autres enfants auprès de sa mère à Conakry. Arrivée en Charente, elle obtient le statut de réfugiée - qui lui interdit de retourner en Guinée sous peine de perdre ce statut -, et cherche à obtenir des visas pour que ses enfants la rejoignent. Son mari s'est rendu à plusieurs reprises dans son pays pour une procédure de regroupement familial, comme le stipule la loi sur l'immigration portée en 2006 par Nicolas Sarkozy alors ministre de l'Intérieur. Cette réglementation a largement restreint les conditions d'approbation de ce droit, même en cas d'entrée légale sur le territoire.
En 2008, le couple Kouyaté dépose auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) une demande de regroupement familial. Cet organisme public se charge d'établir des actes pour les réfugiés qui ne peuvent obtenir les nombreux papiers nécessaires auprès des autorités de leur pays d'origine. Constituer un dossier prend souvent plusieurs années.
«La situation de mes enfants se dégrade tous les jours»
L'an dernier, une première décision est tombée: demande de visas refusée. La raison? Les actes de naissance des enfants n'ont pas été validés par le ministère des Affaires étrangères guinéen. Au début de la procédure, en 2006, les cinq enfants de Mariama et Aboubacar Kouyaté concernés par la demande de visas avaient entre 9 et 16 ans. Certains sont majeurs aujourd'hui. Obtenir un visa pour eux va être très difficile. Accompagnée par l'association angoumoisine Baobab, Mariama Kouyaté dénonce une trop grande lenteur administrative: «Une façon de se débarrasser de notre demande.» Elle lance un appel pour que l'ambassade de France en Guinée favorise le regroupement familial. Elle est très inquiète. «Là -bas, la situation de mes enfants se dégrade tous les jours. Après mon départ, mes filles ont été excisées malgré mon opposition.»
En Guinée, l'ancien régime militaire a laissé la place en 2010 au premier gouvernement élu démocratiquement depuis l'indépendance de 1958. Un gouvernement dirigé par le président et opposant historique, Alpha Condé. Depuis, la situation s'est améliorée. Les faits de corruption, d'arrestations arbitraires et de torture sont moins nombreux. Mais le pays est toujours marqué par la pauvreté et les épidémies diverses.
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  Rubrique: Diaspora Guinéenne  date: 03-Nov-2012 à 10:33:54  Partager:   :  |