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Situation politique en Guinée: Ce qu'en pense Dr Sékou Koureissy Condé...

CONAKRY-Comment décrisper la situation politique en Guinée? Que faire pour éviter des violences politiques dans le pays? Autant de sujets sensibles que nous avons abordés avec Dr Sékou Koureissy Condé.Cet intellectuel rappelle que ses compatriotes ont traversé plusieurs transitions et que la démocratie s'installe progressivement, malgré le climat de méfiance entre les acteurs politiques. Directeur Exécutif de l’AFRICAN CRISIS GROUP et ancien professeur de Prévention et Résolution des Conflits à l’Université Columbia (USA), Dr Sékou Koureissy Condé dirige également un parti, l'Alliance pour la renaissance nationale (ARENA).Dans cet entretien qu'il a accordé à notre rédaction, il explique sa vision de la politique guinéenne...
Africaguinee.com : Aujourd’hui nous assistons à un blocage du processus électoral et une crise de confiance chronique entre les acteurs sociopolitiques du pays. En tant qu’ancien médiateur de la République, quelles solutions préconisez-vous pour éviter une radicalisation des positions entre le pouvoir et l’opposition ?
Sékou Koureissy Condé : En tant que citoyen guinéen, en tant que président d’un parti centriste, ARENA (alliance pour le renouveau national), en tant que directeur exécutif d’un cabinet d’étude international en gestion de crises et résolution des conflits, je voudrais lancer d’abord un appel à tous acteurs politiques et publics de notre pays pour un retour au dialogue. J’appelle à leur sens de responsabilité historique et du devoir civique qui incombe à chacun de nous face à l’avenir de notre nation. La Guinée a connu plusieurs transitions. La première à l’accession de notre pays à l’indépendance, la gestion du départ de l’administration coloniale, son remplacement immédiat par une administration nationale fragile est une transition. A la mort du président Ahmed Sékou Touré, les conditions qui ont présidé à la prise du pouvoir par l’armée en 1984 et de 1984 au vote de la loi fondamentale en 1990 est une autre transition. De 1990 avec l’avènement du multipartisme et de la loi fondamentale, la Guinée est rentrée dans l’apprentissage d’exercice du multipartisme et de l’élection pluraliste, une autre transition. A la mort du président Lansana Conté, la prise du pouvoir par le président Moussa Dadis Camara a engagé le pays dans une autre forme de transition physiquement plus agitée, mais pas moins difficile, pas moins complexe que les autres. Après les accords de Ouagadougou en janvier 2010, la Guinée a donné au monde entier une véritable leçon en ce qui concerne la capacité des acteurs politiques et publiques, c'est-à -dire société civile, syndicaliste, partis politiques, organisations religieuses ; organisations régionale, les femmes, les jeunes et tout autre observateurs, tous ensemble nous sommes parvenus à mettre en place les trois organes de gestion de la transition. Il s’agit du conseil national de la transition, du gouvernement de la transition et du président de la transition. Ce qui nous a permis d’élaborer une constitution qui a été adoptée par le CNT, votée et promulguée par le président de la transition Sékouba Konaté en mai 2010. Un code électoral a été adopté qui a permis l’organisation des élections présidentielles. Le président de la République Alpha Condé a été investi. Cellou Dalein Diallo a été le premier leader politique de l’opposition à reconnaitre les résultats promulgués par la cour suprême. C’est vous dire que nous venons de loin et même de très loin. C’est vous dire aussi que nous nous connaissons tous très très bien. Mais ce que nous connaissons plus que tout cela, ce sont les conditions difficiles dans lesquelles les guinéens vivent tous les jours et nous avons la responsabilité de trouver une solution à cette vie précaire fragile, difficile de nos populations dans un pays très riche. Je vais me résumer en disant que c’est un appel à la responsabilité historique pour que l’on puisse sereinement revenir à la raison au dialogue, à la décrispation pour permettre d’aller aux élections législatives. Et commencer le programme de développement de la Guinée, un programme qui concerne et la majorité et l’opposition.
Africaguinee.com : Récemment le Ministre de l’Administration du territoire lors d’une sortie médiatique, a indiqué que l’opposition est plurielle. Par conséquent elle doit se concerter pour déposer la liste de ses représentants à la CENI. Etes-vous favorable à cette démarche du ministre Alhassane Condé ?
Je suis très respectueux du statut du ministère de l’administration du territoire, et je suis très respectueux de la fonction du ministre de l’administration du territoire et très respectueux de M. Alhassane Condé, qui est un grand frère et dont je loue le passé dans l’exercice de ses fonctions et que j’encourage pour la réussite de la mission. Ceci dit je suis en désaccord avec la démarche que prône le ministère de l’Administration du territoire sur la question à laquelle vous faites allusion. En effet, notre pays est dans un régime présidentiel, donc qui est essentiellement basé sur l’autorité du président et toutes les garanties qu’il doit donner à chaque institution, à chaque citoyen en ce qui concerne le respect de la diversité, le respect du pluralisme et du droit. Je dis bien les citoyens et les institutions, il est le garant de la constitution. Les suffrages universels en régime présidentiel, règlent tous les contours techniques du fonctionnement du régime présidentiel. Donc les élections présidentielles, structurent et règlent le fonctionnement du régime présidentiel.
Elles se passent à deux tours ; au 2ème tour, il ya deux candidats. Le président qui est élu, devient le chef de l’Etat ; le premier magistrat du pays, il y a un second qui est le candidat malheureux qui est considéré automatiquement comme le chef de file de l’opposition. Pas entièrement, mais automatiquement. Entièrement quand on tient compte de son poids électoral. Quand on mesure le nombre d’adhérents et sa capacité de réaction avec le nombre de citoyens qui suivent ses appels ; en considérant cet aspect, je pense qu’El Hadj Cellou Dalein Diallo est l’interlocuteur de l’exécutif, du ministre de l’administration du territoire en ce qui concerne la représentation ou la représentativité de l’opposition aujourd’hui. C’est un interlocuteur avec lequel il faut parler de cette liste et c’est la liste que lui il dépose où il déposera qui doit être pris en considération par le ministère de l’administration du territoire. Il lui appartiendra bien sûre de discuter, de négocier avec ses partenaires. Il n’est pas obligé de prendre avec ses partenaires les dix personnes parmi les dix militants ou parmi les responsables des partis politiques du collectif et de l’ADP. Il peut aller chercher un technicien ailleurs. El hadj Ditinn Diallo est un expert en code électoral ; qu’il soit de l’ADP ou de la majorité, il serait intéressant d’avoir des experts comme ça. Ils peuvent trouver des citoyens professionnels experts dans tel ou tel domaine lié à l’opération électorale ; il peut le choisir comme la majorité peut le choisir. Mais la responsabilité de la représentativité de l’opposition, passe par El-hadj Cellou Dalein Diallo aujourd’hui. Je vais poser la question autrement , à supposer qu’on demande au ministère de l’administration du territoire de rembourser les 400 millions aux différents candidats qui se sont présentés aux élections présidentielles, il va rembourser pour Cellou, pour Sidya , pour Abé Sylla, pour Lansana Kouyaté et puis… alors cela est schéma, le troisième schéma, nous avons 113 ou 115 partis politiques, si juridiquement les partis politiques sont égaux, mais politiquement le poids électoral des partis fait la différence. Et de ce point de vue la constitution aurait pu dire, le nombre de place à la CENI équivaut au nombre de partis, donc au lieu de dire 25 membres, on aurait pu dire 125 membres. Mais on a dit 25 membres dont 10 pour l’opposition, 10 pour la majorité, 2 pour l’administration et 3 pour la société civile. On est allé très loin, on a dit que c’est parmi les trois de la société civile que le président de la CENI doit être désigné. J’ai regretté une chose, c’est que la loi 016 n’a pas précisé les critères de choix et de désignation des différents représentants, ce qui crée une jurisprudence que nous sommes en train de gérer. Mais derrière ces difficultés, le sens du compromis, la raison doit prévaloir. Parce qu’on parle de CENI, on parle de traitement, quand tu est membre de la CENI, il y a un traitement financier, des avantages administratifs, des conditions de travail et de vie qui, parfois sont alléchantes. Dans un pays comme le notre, ceci peut attirer beaucoup de demandes et de demandeurs. Mais ce que nous cherchons en l’espèce, c’est de trouver des citoyens conscients de l’enjeu, capable de crédibiliser le processus électoral et les opérations de vote et capables de garantir la transparence dans les déchiffrages, dans les décomptes, dans la préparation des résultats qui doivent être communiqués à la cours suprême. C’est ce sens de responsabilité qui doit permettre à tous les acteurs de la majorité ou de l’opposition de choisir les dix représentants d’un côté et les représentants de l’autre. Conformément au traité de l’union Africaine, conformément au traité révisé sur les élections de la CEDEAO qui prêchent l’un et l’autre, la parité entre l’opposition et la majorité.
Africaguinee.com : Revenons un peu sur ce point, l’opposition ne cesse de martelé que si toutefois la liste qu’elle a déposée est modifiée, elle va redescendre dans la rue. Or on sait qu’à chaque fois qu’il y a des manifestations chez nous, il des violences. Quel appel avez-vous à lancer aux deux acteurs pour privilégier toujours le débat et éviter que la rue soit toujours le dernier recours ?
L’opposition n’aura certainement pas besoin de descendre dans la rue, nous allons nous investir, nous nous sommes investis et nous travaillerons volontiers en tant que facilitateur pour empêcher une tournure dramatique et regrettable de ce processus. Nous sommes presqu’à le fin d’un long chemin dans le cadre de la préparation des élections législatives. Aujourd’hui nous sommes au niveau du dépôt de la liste des commissaires de la CENI avant de passer à la programmation de la date des élections. Toute raison gardée je fais confiance à la responsabilité et à l’esprit patriotique de chacun de l’opposition comme de la majorité pour permettre de dépasser ce cap et très objectivement. Le gouvernement a la mission de garantir la transparence et de créer les conditions objectives et subjectives qui permettront à l’opposition de se sentir concernée, écoutée et de se sentir protégée. C’est à cela que nous allons travailler dans les jours à venir.
Africaguinee.com : Êtes-vous en contact permanent avec le président de la République ?
Tout à fait, le président de la République le Pr Alpha Condé me fait l’honneur de me recevoir à chacun de mes séjours à Conakry ; lorsque c’est moi qui lui demande, ou alors lorsque c’est lui qui me demande. De même que les principaux leaders de l’opposition dont El hadj Cellou Dalein Diallo que je rencontre régulièrement avec d’autres d’ailleurs. Il n’y a pas de blocage ni d’un côté ni de l’autre. Je dois même vous dire qu’à partir d’avril 2011, grâce aux efforts de l’ONG African Crisis Group , nous sommes parvenus à renforcer les capacités des différentes commissions de réconciliation qui ont été engagées, nous sommes restés en contact avec les différents responsables chargés des négociations. Et nous continuerons à le faire il n’y a pas de difficulté en ce qui me concerne à parler aux uns et aux autres. Et je voudrais profiter de cette occasion pour leur en remercier.
Africaguinee.com : Quelle lecture faites vous de la gouvernance du Président Alpha Condé depuis qu’il est venu au pouvoir ?
Je crois que le point d’achèvement du PPTE est un symbole. C’est un résultat qu’il faut saluer, et derrière ces résultats, il y a des efforts incontestables. Le gouverneur de la banque centrale m’a dit que depuis l’investiture du Pr Alpha Condé, le gouvernement guinéen n’a pas emprunté un seul franc à la banque centrale. Donc la banque centrale n’a pas prêté au gouvernement guinéen un seul franc. Et lorsqu’à cela s’ajoute les reconnaissances des organes financiers comme le FMI et la Banque mondiale, pour nous qui ne sommes pas des économistes, c’est des signaux très forts. Au plan économique donc, il y a de l’espoir dans l’air. C’est au plan politique qu’il y a la crispation, la difficulté. Et ces difficultés politiques réagissant sur le terrain social et culturel, ce qui entraine un bouleversement, une fragilisation du tissu social et de l’unité nationale dans notre pays. Je pense qu’aucune tactique politique de quelque bord qu’il soit ne doit fragiliser l’édifice national.
Le président de la République est le père de la nation, à ce titre il est l’interlocuteur, l’arbitre et le dernier recours de tous les citoyens quelque soit leur bord politique. Il est au dessus de la mêlée comme le stipule la constitution et nous avons l’obligation morale de fournir tous les efforts pour l’amener à être le père de la nation en considérant ces différents interlocuteurs en face comme des partenaires au lieu de les considérer comme des ennemis.
Africaguinee.com : Parlant toujours de la fragilisation du tissu social, aujourd’hui, on a tendance à tribaliser les débats politiques, et l’ethnocentrisme est visible dans le pays. Un mot sur ce constat ?
L’ethnocentrisme est un phénomène très dangereux regrettable et dangereux. Il n’y a qu’une seule solution contre ce phénomène ethnocentrique, contre la récupération des ethnies. C’est dans la gouvernance, il appartient au gouvernement de prouver que la justice est pour tous les citoyens. Lorsque le citoyen Bakary Keita affronte le citoyen boubacar Baldé, l’Etat doit ignorer les noms et les prénoms par rapport à leur ethnie. L’Etat doit connaitre l’identité du citoyen par rapport à la loi de la république. Donc il serait intolérable, impardonnable, regrettable et dommageable que l’administration, que dans les partis politiques qu’au niveau des institutions que les guinéens aient l’intention d’être considérés par leurs noms et pour leurs prénoms ou pour leurs ethnies en lieu et place de leur appartenance à la République. Je pense qu’il y a un travail de sensibilisation ; il y a une pédagogie à développer, il y a u travail civique à faire pour amener les guinéens et guinéennes à comprendre qu’il n’ y a pas de démocratie dualiste, il n’y a pas deux formes de démocratie, il n’y a pas une démocratie pour les pauvres ici et une autre pour les riches là . Il n’y a pas une démocratie pour les Soussou qui soit différente de celle du Fouta, ou une démocratie pour la forêt qui ne soit la même pour la haute Guinée. La démocratie a cet objet d’abord de garantir les libertés individuelles et collectives et d’engager un processus de développement pour qualifier la vie de tous les citoyens et garantir le bien être des citoyens sur l’étendue du territoire et même au-delà .
Africaguinee.com : Abordons maintenant les activités de votre formation politique l’ARENA ; dites nous de quel bord politique se situe-t-elle aujourd’hui ?
L’alliance pour le renouveau national est un parti centriste. Nous l’avons toujours été d’ailleurs ; le centrisme de l’ARENA n’est pas le milieu entre l’arc en ciel, le collectif et l’ADP. Ou le centre de ceux qui ne sont pas ces deux camps. L’ARENA est un parti centriste en ce sens qu’il se situe entre les projets de sociétés censés être de gauche et d’obédience socialiste, et les projets de société d’obédience libéral. Nous sommes du point philosophique un parti modéré et modérateur qui prêche le consensus sur les questions d’intérêt national. Et la modération entre les organismes, les organes et les structures antagoniques. Nous n’avons pas participé aux élections présidentielles, le président de l’ARENA était le secrétaire général du CNT, et l’ARENA a travaillé à la promotion de la nouvelle constitution, aujourd’hui nous ne sommes ni dans l’arc en ciel, ni de l’opposition. Nous occupons notre place nous travaillons dans le sens de l’apaisement pour faire avancer les choses. Nous sommes complètement au dessus des considérations ethniques et ethnocentriques, nous sommes en faveur de la promotion et l’implication des jeunes, un développement de l’éducation dans les universités et dans les écoles, l’amélioration des conditions de vie des populations, un véritable audit au niveau de la santé publique, de la justice, sur le plan de l’environnement et de l’Ecologie. Voilà un certain nombre de projets sur lesquels nous aimerions revenir au niveau du débat pour faire des propositions après les élections législatives. Deuxièmement, nous sommes un parti de la république, nous tenons au renforcement des capacités à la crédibilité et à la crédibilisation des institutions de la République, au respect de la diversité et à la séparation des pouvoirs fondé sur le respect de la constitution.
Africaguine.com : Le mot de la fin….
Un dernier mot c’est de dire à tous les guinéens qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur de la Guinée que nous sommes à une phase sensible et délicate de la vie de notre pays. Nous avons commencé un travail profond dans le sens de la transition depuis 2006, aujourd’hui nous avons un président de la République, si les guinéens décident de donner au président de la République la majorité parlementaire, qui lui permette de développer ses projets de société, de les accomplir pendant les cinq ans au cours des quels il est investi, cela ne devait pas représenter un danger ou une menace pour l’opposition. Si la majorité des guinéens donne la majorité à l’opposition et que cette opposition prenne en charge le parlement, donc l’assemblée nationale, cela ne devait en aucun cas constituer ou être considéré comme un échec de la majorité présidentielle. C’est ça le message clé que je voudrais adresser aux guinéens de l’intérieur comme de l’extérieur.
Interview réalisée par Diallo Boubacar 1
en collaboration Souaré Mamadou Hassimiou.
Pour AFRICAGUINEE.COM
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  Rubrique: Interview  date: 30-Oct-2012 ŕ 12:48:57  Partager:   :  |
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