[IMG1]Le spectre de la famine continue de planer sur le continent africain où les populations continuent de manifester contre la hausse des prix des denrées alimentaires.Une course contre la montre est désormais lancée, pour éviter le pire sur le continent...
Alors qu’entre 1974 et 2005 les prix réels des denrées alimentaires avaient baissé de 75%, depuis 2005 ils se sont accrus à nouveau de 75% pour revenir aux prix de 1974. Ces derniers mois, le FMI et la Banque mondiale ont tiré la sonnette d’alarme et relancent le débat du contrôle des prix des denrées alimentaires.
Les raisons de cette hausse de la demande sont relativement simples: la croissance économique soutenue de régions fortement peuplées du globe a eu pour conséquence une hausse significative du pouvoir d’achat de centaines de millions de personnes. Cette hausse a accru la demande de denrées agricoles provoquant ainsi une envolée des prix au niveau mondial. Du côté de l’offre, la banque mondiale et la F.A.O. soulignent l’importance des biocarburants, dont la production prive l’agriculture destinée à l’alimentation d’un nombre conséquent de terres arables ou de produits finis (comme le sucre, par exemple). Encore une fois, on réalise l’aspect global du problème; l’allocation d’une parcelle à la production de biocarburant aux Etats-Unis contribuera à la hausse du prix mondial de la denrée qu’elle produisait auparavant.
Mais à cela il faut également ajouter des facteurs aggravants que dénombrent Joaquim Von Braun et Nurul Islam, de l’International Food Policy Research Institute (IFPRI): réponses inadéquates ou incohérentes à la croissance des prix, ralentissement de la productivité, problèmes liés à la qualité de l’eau et à son accès, réponses désordonnées à l’envolée des prix de l’énergie (comme nous l’avons vu avec les biocarburants), polarisation rapide de l’industrie agroalimentaire en multinationales sans une nécessaire innovation institutionnelle pour les guider.
Couplée à une envolée des prix des hydrocarbures (suite à l’arrêt des subventions en avril 2008) qui handicape déjà l’économie guinéenne, la hausse des coûts en matière agricole freine encore d’avantage la croissance de l’Afrique de l’Ouest. D’ailleurs, la hausse des prix des denrées alimentaires dépasse l’inflation réelle de 2.8 points en moyenne en Afrique de l’Ouest. Tenant compte du fait que plus de la moitié de la population guinéenne vit avec moins d’un dollar US par jour, que le prix du riz à augmenté en moyenne de 40% par rapport à juin 2007 et ne cesse de croitre, une hausse des prix alimentaires génère des répercussions désastreuses qui font craindre le pire.
Les pays industrialisés, Etats-Unis et Union Européenne en tête, doivent admettre l’impact criminel à long terme de leurs subventions agricoles, dont les répercussions tragiques se font sentir aujourd’hui. En effet, celles-ci ont empêché le développement d’un marché concurrentiel et diversifié, plus à même de faire face à des mauvaises récoltes locales et permettant surtout d’amortir un choc de la demande. Or, les prix décroissants de ces 30 dernières années et l’absence d’une vraie concurrence n’ont pas incité de nouveaux acteurs à investir dans ce marché; d’où la polarisation progressive de la production vers des multinationales de l’agroalimentaire qui, elles, se frottent les mains...
Il semble clair que cette situation dramatique ne peut être résolue de manière durable par des initiatives unilatérales de la part des Etats, car des conditions climatiques défavorables telles qu’en 2007 ou une aggravation de la conjoncture actuelle réduiraient à néant des efforts locaux ou régionaux. Même si le Programme Alimentaire Mondial veut constituer une aide d’un demi-milliard de dollars US d’ici le 1er mai, ce ne peut être qu’une solution provisoire. Il s’agit d’agir au niveau mondial sur la structure de la production et de la distribution pour faire baisser les coûts et permettre au plus grand nombre de manger à sa faim.
Raul Suarez
Fribourg-Suisse
Pour Africaguinee.com |
  Rubrique: Dossier du Jour  date: 15-Apr-2008 ŕ 17:39:57  Partager:   :  |