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Interview: « Nous remarquons que le Chef de l’Etat est entrain de prendre des actes qui vont révolte
La situation politique guinéenne continue à inquiéter bien des citoyens. Tant la violation des accords tripartites signés le 27 janvier 2007 reste flagrante. Sur ce point fort intéressant, nous avons interrogé le numéro un de l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG). Lisez plutôt…
Africaguinee.com: Comment évolue le processus de négociation au Palais du Peuple avec le Comité de veille ?
Dr Ibrahima Fofana : Il s’agit d’un Comité de suivi et d’évaluation des accords de 2007. On a déjà terminé avec les accords de 2006 qui étaient essentiellement axés sur l’amélioration des conditions de vie des populations en général et des travailleurs en particulier. Actuellement, nous sommes sur les accords de 2007 qui ont une connotation essentiellement politique dans la mesure où tous les points qui y sont soulignés sont un peu liés à la question fondamentale de l’amélioration de la gouvernance dans notre pays.
On a évalué le premier point concernant la mise en place du gouvernement de consensus et nous avons évalué en même temps le fonctionnement de ce gouvernement. Il a été constaté que l’accord qui a été signé a été violé en fin 2007 par un décret du 5 décembre du Président de la République qui vidait de son contenu toutes les attributions qui avaient été données au Premier Ministre.
Pour nous syndicats, c’est une violation des accords du 27 Janvier et c’est ce qui d’ailleurs devrait nous emmener à la grève, le 10 Janvier 2008. Mais qui sera suspendue après de multiples interventions. Notamment les partis politiques, le patronat, la société civile, le Gouvernement lui-même et des personnes de l’Etranger. Nous avons quand même constaté certaines avancées dans certains endroits comme la mesure d’augmentation des salaires par exemple. D’ailleurs, force a été de constater que le Gouvernement est allé même au-delà des accords qu’on a signés en terme d’augmentation de salaire. Ainsi, il y a d’autres points liés à la lutte contre la corruption qui ont été également abordés, la question de séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Il a été constaté que jusqu’ici le pouvoir exécutif surplombe très fort les deux autres pouvoirs. Au niveau de la justice, le cas Mamadou Sylla a été examiné dans le cadre de la lutte contre la corruption et nous avons demandé à ce que le procès engagé contre lui continue jusqu’au bout.
Pendant que vous étiez en négociation, le Président de la République a signé deux actes forts nommant le Président du CNC et le Préfet de Kindia en l’absence du Premier ministre. Comment réagissez-vous à ces deux décrets ?
En ce qui concerne ces décrets, cela relève des prérogatives du Président de la République. Les Présidents des Institutions Républicaines sont nommés par le Chef de l’Etat et non par le Premier ministre. Mais c’est la personne qui a été nommée qui pose problème. Elle ne réunit pas les critères qu’il faut pour être Président du CNC.
Si on jette un coup d’œil dans la loi organique qui institue le Conseil national de la communication, il est dit que son Président doit avoir au moins 40 ans. Mais celui qui a été nommé là , doit être dans l’ordre de 35 ans. Cela veut dire que légalement, il n’est pas la personne requise pour occuper ce poste. Du point de vue déontologie journalistique, beaucoup sont sceptiques quant à la pertinence des articles publiés dans son organe. Et quand on choisit une telle personne pour être à la tête du CNC, nous estimons que ce n’est pas pour aller dans le sens du progrès de cette institution républicaine.
Concernant le cas du Préfet de Kindia, le décret là ne devrait pas être pris par le Président de la République. Les accords du 27 janvier disent que c’est le Premier ministre qui doit nommer aux emplois civils. Et si l’on constate qu’il n’a même pas été au courant, le décret devient dans ce cas une violation des accords tripartites sans compter aussi que la personne qui a été nommée ne devrait pas l’être. Parce qu’il fait partie de l’ancien gouvernement. Il a été d’ailleurs le premier Préfet à être renvoyé populairement à Dinguiraye où il était. C’est comme si aujourd’hui on était entrain de nommer les gens qui ont été rejetés par l’ensemble de la population guinéenne. Cela pour perturber le climat social, la paix que nous cherchons à préserver dans le pays.
Donc, nous n’apprécions pas cette nomination et la population de Kindia est actuellement révoltée. Ces deux jours passés, il y a eu des manifestations organisées par la jeunesse qui s’est montrée totalement opposée à la prise de service du Préfet à Kindia.
Un an après l’installation du Gouvernement dirigé par le Premier ministre Lansana Kouyaté, l’eau et l’électricité restent encore des denrées rares. En plus, la flambée des prix des produits de première nécessité continue à inquiéter les citoyens. Avez-vous des propositions concrètes à faire en vue d’une solution heureuse ?
D’abord, c’est le constat qu’il faut faire. Il est vrai que des efforts ont été fournis par le Gouvernement guinéen. Il a rétabli un climat de confiance entre la Guinée et ses partenaires de l’étranger. Une confiance qui avait été rompue car la Guinée n’était pas en programme avec les bailleurs de fonds, plus d’assistance financière de l’extérieur. La preuve est qu’on vient d’obtenir un programme formel avec la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire, etc.
Le mouvement syndical n’a pas été du reste. Nous avons accompagné le Gouvernement à Paris lors du Forum des investisseurs et beaucoup de promesses ont été faites et tout ça sont des œuvres du gouvernement de consensus. Quant aux besoins essentiels des populations guinéennes comme l’accès à l’eau et l’électricité, malgré les efforts du Gouvernement, il reste beaucoup à faire à ce niveau. On a tout de même noté une desserte dans certains quartiers de Conakry. A Dar-es-salam par exemple chez moi, ça faisait 5 ans on avait pas vu l’eau dans une pompe. Aujourd’hui, il y a l’eau dans toute la zone. Mais par rapport aux besoins de la population, ce qui est fait est encore peu et cela demande des investissement importants.
L’hésitation du Premier ministre à prendre des actes forts a contribué peu à peu au retour en force des éléments de la Présidence sur la scène nationale. Ne vous attendez vous pas un jour, au limogeage par le Président Conté de tout le Gouvernement y compris le Premier ministre ?
Il faut remarquer ici que les accords qu’on a signés le 27 Janvier 2007 n’ont pas été achevés. Nous avons situé un Premier ministre Chef du Gouvernement sans pour autant chercher à réviser la loi fondamentale pour rendre constitutionnel ce poste. Vous avez vu le cas de Kindia. Et ce qui est arrivé en Guinée ne s’est jamais produit dans un autre pays africain : le Mouvement syndical et social balaye tout un Gouvernement pour imposer au Président un Premier Ministre qu’il n’a pas choisi et lui demander de travailler avec lui. Vous croyez que c’est facile ?
Cela veut dire qu’il y a toujours des problèmes de conflits d’autorité entre le Président et le Premier ministre surtout que ceux- là qu’on a balayés sont restés à coté du Président. Ils le fréquentent, le guident et surtout qu’on sait qu'il est dans un état de santé difficile(Ndlr:Le Président Conté souffre d'une leucémie et d'une diabète aigue depuis plusieurs années) à l’heure actuelle. Donc, ces gens là profitent. C’est ce qui est à la base des difficultés de collaboration entre le Premier ministre et le Président et notamment des nominations fantaisistes que nous constatons dans le milieu de la Présidence. Mais dites-vous bien que cela ne sera pas accepté par le peuple. Nous remarquons que le Chef de l’Etat est entrain de prendre des actes qui vont révolter le peuple.
On accuse le Premier ministre d’être un bon voyageur avec peu de résultats. Qu’en dites-vous ?
Moi, je pense qu’il voyage beaucoup mais il vient avec les résultats. Car il faut remarquer que dans les hôtels, il n’y a pas de place alors qu’en 2005 – 2006, les hôtels en Guinée n’avaient pas un taux d’occupation de 40%. Ce qui veut dire que tout le monde court en Guinée pour y investir même si les objectifs de développement économique n’ont pas été atteints immédiatement. Il faut aussi reconnaître qu’il y a un gain de confiance et un élan de démarrage ou de décollage qui commence.
Avez-vous l’assurance que le Président Conté lâchera prise pour une modification de la constitution jugée par beaucoup comme caduque ?
Le Chef de l’Etat n’est pas le seul élément. C’est l’ensemble de tous les acteurs du changement qui vont imposer cela. D’abord, la loi fondamentale est devenue caduque, il y a un Gouvernement de consensus qui est mis en place contrairement à la Constitution. En fin de compte, c’est la volonté du peuple qui finira par s’imposer en Guinée.
Pensez-vous que les élections législatives prochaines seront-elles crédibles, transparentes et libres ?
C’est une question que tout le monde se pose aujourd’hui. Il faut attendre ces élections et le niveau de préparation pour le dire. Ce qui est évident, c’est que tant que les institutions républicaines actuelles sont en place y compris la présidence de la République, il serait difficile de dire qu’il y aura des élections transparentes en Guinée. Même si une CENI a été mise en place, sa crédibilité je n’en suis pas si certain.
Concrètement, quelles sont les précautions prises par vos structures pour rendre le changement amorcé en Janvier 2007 effectif ?
Le changement est déjà là . Le gouvernement est parti, même si le Président est entrain de faire revenir certains infatigables qui tournent autour de lui. Ils ne sont pas encore convaincus que le peuple ne veut pas d’eux. Je prends l’exemple sur le Ministère des Mines entre le nouveau ministre et les anciens cadres par rapport à la convention minière. Là , c’est un exemple parmi tant d’autres bien que le Premier ministre n’ait pas réussi à remanier les cabinets ministériels.
De l’autre côté, certains partis politiques s’activent à boycotter vos actions sur le terrain. N’est-ce pas un autre front ?
Je pense que tout parti politique crédible aujourd’hui en Guinée, qui veut le changement, doit s’aligner derrière l’Inter centrale syndicale, doit appuyer l’action du syndicat sinon, il sera laissé pour compte. Le peuple va l’abandonner, il n’y a pas de choix à faire à ce niveau.
Pensez-vous que la grève peut être évitée le 31 Mars, compte tenu de certaines violations des accords du 27 janvier 2007 ?
LĂ , je ne saurai le dire pour le moment.
Parlez-nous de vos rapports avec Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la CNTG ?
Hadja Rabiatou a été ma compagne de lutte depuis 2005 jusqu’à maintenant. Et notre union sur le plan syndical a fait que la Guinée est dans l’allure du changement aujourd’hui. Cela veut dire qu’elle le veuille ou pas, elle et moi sommes condamnés à travailler ensemble, à évoluer sur le terrain ensemble. Car, c’est ce que les travailleurs veulent et nous resterons derrière eux. Et ensemble, nous ferons face aux ennemis communs.
Propos recueillis par Aminata Tounkara
Depuis Conakry pour africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 06-Apr-2008 ŕ 01:32:48  Partager:   :  |
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