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Impasse politique en Guinée: Les craintes de Baadiko Bah du FDP





CONAKRY-Les acteurs politiques sont il entrain de jouer avec le feu?Devant le blocage politique, des violences sont à craindre dans le pays.L'opposition va-t-elle s'entendre sur le choix de ses représentants à la commission électorale nationale indépendante(CENI)?Que faire sur la question de Way Mark? Mamado Baadiko Bah apporte des éléments de réponse dans cet entretien exclusif qu'il nous a accordé à Conakry...

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour M. Bah !

Mamadou Baadiko Bah:
Bonjour M. Souaré!

AFRICAGUINEE.COM : Le président Alpha Condé vient de promulguer la loi portant sur la recomposition de la CENI après son adoption par le CNT. Au niveau du FDP que vous dirigez, quelle est votre appréciation sur cette loi ?

Nous avons assisté le 17 septembre à la séance plénière du CNT qui a adopté ce projet. Nous avons vu qu’en réalité on a repris dans toutes ses grandes lignes le texte antérieur du décret de 2007. On a dû tenir compte de quelques changements qui s’imposaient, mais fondamentalement il n’y a pas eu beaucoup de modifications. On a eu par exemple le passage de la durée du mandat des commissaires de cinq à sept ans. Nous ne faisons pas de commentaires la dessus. Ensuite on a dû préciser des critères communs à la CENI, avoir plus de 25 ans, jamais condamné, jouir de ses droits civiques et politiques, ce qui n’existait pas dans l’ancien texte. Ce que nous devons dire c’est que la Guinée a ses problèmes. Nous sommes habitués ici à avoir de très beaux textes mais qui ne sont jamais appliqués. Quand on prend le texte qui vient d’être promulgué, sa bonne application dépendra avant tout de la bonne foi des acteurs politiques et de leur volonté réelle à travailler ensemble dans un cadre légal pour arriver à décrisper la crise politique que nous vivons pour arriver à des élections législatives paisibles, transparentes, permettant de nous sortir du blocage économique et social actuel avec tous les risques que cela comporte. Donc le texte, il n’y a rien de particulier à signaler, il y a eu des précisions dans les exposés de motifs des commissions qui ont bien précisé que la représentation politique à la CENI c’est la mouvance présidentielle et l’opposition. Ils ont dit que pour eux le centre n’existait pas d’un pont de vue constitutionnel et qu’il n’avait pas à se faire représenter à la CENI. L’opposition est tout à fait définie dans l’article 3 de la constitution. C’est tous ceux qui ne travaillent pas avec la mouvance et qui font des critiques et propositions. C’est donc tous ces critères qui doivent permettre de recomposer entièrement la CENI.

AFRICAGUINEE.COM : Que répondez-vous à certains leaders du collectif et de l’ADP qui estiment que les 10 places de l’opposition à la CENI doivent revenir exclusivement à leurs blocs politiques ?

Je suis désolé ! Je ne crois pas que ça soit le collectif et l’ADP qui font la loi. Nous avons une situation, il y a des critères constitutionnels qui sont là, ça ne devrait pas poser de problème insoluble pour savoir qui réellement est dans l’opposition et qui ne l’est pas. Ceux qui estiment qu’ils sont dans une opposition exclusive, je ne crois pas que ça soit tous les dirigeants du collectif et de l’ADP qui en sont là; il y a d’autres qui semblent-ils savent les réalités sur le terrain et qui sont prêts à travailler avec nous comme nous avons eu à travailler ensemble dans le passé. Comme par exemple lors de la tenue du fameux dialogue inter guinéen. Nous disons que nous regrettons profondément que certains éléments qui se disent de l’opposition allument des feux qui ne font que le jeu du pouvoir. Le pouvoir se frotte les mains en disant que voilà l’opposition ce n’est pas sérieux, ce n’est pas crédible, ils sont entrain de se bouffer le nez entre eux pour des problèmes de postes. Nous regrettons profondément que des dirigeants politiques soient permis de nous attaquer nommément alors même que ce n’était pas ça le problème fondamental. Le problème fondamental c’est surtout de savoir qu’est ce que nous allons faire en tant qu’opposition dans la nouvelle CENI.

AFRICAGUINEE.COM : Selon-vous, ce manque de consensus au niveau de l’opposition n’est-il pas profitable au pouvoir en place ?

Je voudrais quand même vous dire qu’on ne peut pas à ce stade affirmé qu’il y a manque de consensus. La question n’est pas totalement réglée. Mais il y a parmi nos amis de l’opposition, des gens qui comprennent parfaitement la réalité de la situation et qui l’admettent. Nous avons bon espoir de pouvoir travailler ensemble.

AFRICAGUINEE.COM : L’autre question M. Bah, c’est le choix de l’opérateur chargé de la révision des listes électorales. Le pouvoir ne semble pas vouloir lâcher Way Marks malgré les multiples manifestations. Au niveau du FDP, quelle solution préconisez-vous pour éviter l’enlisement de la situation ?

Effectivement, il faut que nous évitions l’enlisement de la situation. Il faut que la CENI à mettre en place ait toutes ses prérogatives y compris de reprendre le processus et de choisir éventuellement un opérateur. Vous savez parfaitement toutes les suspicions qu’il y a derrière cet opérateur Way Marks avec Sabary technology. Il y a un débat qui est toujours ouvert pour savoir si réellement le gouvernement Sud Africain a fait un cadeau de kits électoraux à la Guinée. Ensuite les performances de Way Marks sont complètement remises en cause par leur palmarès en Afrique australe où ils sont accusés d’avoir aidés des gouvernements à se fabriquer des listes électorales pour avoir des victoires électorales ; sans compter ce que nous avons observé sur le terrain. Vous avez vu tous les dysfonctionnements qui ont été relevés ici et là à l’intérieur du pays. Également les rapports tout à fait clair et précis des audits du PNUD (programme des nations unies pour le développement, Ndlr) et de la francophonie qui ont relevés d’énormes dysfonctionnements dans ces kits. Ils ne sont pas sécurisés, ce sont de véritables passoires où on peut modifier les données, les entrer et les sortir comme on veut. Ces kits Way Marks n’ont pas reçu le fichier intégral tel qu’il existait à la sortie de l’élection présidentielle de 2010. Donc il y a tout un ensemble de choses, tout un ensemble d’anomalies qui font que Way Marks ne peut pas être acceptée. Il faut une compétition internationale qui soit objective et qui permet de prendre un opérateur sur lequel il y a un minimum de transparence. Way Marks a été choisi on ne sait comment à travers ses marchés gré-à-gré. Il appartient donc à la nouvelle CENI de régler tous ces problèmes.

AFRICAGUINEE.COM : Mais du côté de la mouvance présidentielle, on affirme que toutes ces imperfections ont été corrigées…

Ça sera à vérifier mais jusqu’à présent on ne voit pas comment ça été corrigé. Si les programmes qui avaient été installés sur ces kits là avaient de nombreuses insuffisances. On vous a parlé des gens qui ont été recensés à Tougué (préfecture de la moyenne Guinée, Ndlr) et finalement ils ont remarqué qu’ils avaient été recensés à Beyla. Ensuite la francophonie a fait ici son audit sur deux kits où il y avait un fichier incomplet de 2010 alors même que tous les kits qui avaient été envoyés dans le pays ne comportaient pas de ce fichier. Ils s’étaient lancés avec ça pour un nouveau recensement. Vous comprendrez donc qu’il faut reformater totalement ces kits Way Marks pour arriver à reprendre la révision en règle du fichier électoral basé sur les données de 2010. Tout ça est techniquement faisable. Il faudrait qu’on sache comment ça va se passer. Mais encore une fois nous faisons confiance à la nouvelle CENI pour régler correctement le problème sans qu’on ne tombe dans un enlisement ou comme l’a dit l’autre, qu’on ait des revendications à tiroir, c’est-à-dire, chaque fois qu’une revendication est satisfaite on en sort une autre. J’espère qu’on ne sera pas dans cette logique. J’espère qu’on sera guidé par l’avenir de la Guinée, pour le bien être des populations guinéennes et qu’on sorte de cette situation de crise.

AFRICAGUINEE.COM : Certains observateurs craignent un scenario à l’ivoirienne avec ce problème de fichier électoral qui peut réveiller des démons ethniques dans notre pays entre les peulhs et les malinkés. Qu’en pensez-vous ?

Ce que nous pensons c’est que le danger est réel. La crise, les crises politiques, la frustration, la misère indescriptible que vivent les populations peuvent nous amener à des situations extrêmes. C’est vrai qu’il y a une instrumentalisation des ethnies dans notre pays, mais nous espérons que beaucoup de gens aujourd’hui ont compris le danger de cette guerre ethnique qui n’a pas lieu d’être puisque ce sont des dirigeants politiques qui ont instrumentalisé des ethnies pour arriver à leurs fins. En réalité le problème des populations c’est leur quotidien, les enfants qu’on ne peut pas envoyer à l’hôpital, des gens qui n’ont pas d’emploi. Regardez le cas de Fria, on n’en parle pas. Pourtant ce sont des dizaines de milliers de gens qui sont touchés soit directement ou indirectement, et rien est fait pour que RUSAL (société Russe qui exploite l’usine de Fria, Ndlr) respecte ses engagements ou se voit retirée son contrat. On ne parle même pas de la Sotelgui (société de télécommunications étatique, Ndlr) où plusieurs familles sont aujourd’hui dans la détresse. Nous disons que tout cela est une situation dramatique qui peut amener des conflits. Vous avez vu tout ce qui s’est passé à l’intérieur du pays, Zogota, Siguiri, Kindia. Ça veut dire effectivement il y a péril en la demeure. Nous espérons de tout notre cœur que nous n’allons pas nous enfoncer dans l’horrible scénario ivoirien. Nous avons justement dénoncé les gens pour qui leurs aspirations politiques ne peuvent être remplies que dans des conflits, sanglants si possible, pour arriver à leurs fins.

Tout ceci, c’est le pouvoir qui est responsable de ça puisque ce sont eux qui sont refusé à l’époque, au mois de janvier, les concessions qu’il a faite aujourd’hui dans la catastrophe, dans la contrainte, alors même qu’on aurait pu redonner confiance dans le jeu politique aujourd’hui la confiance est complètement ruinée entre les différents acteurs politiques. Il faut rebâtir une nouvelle confiance entre les différents acteurs politiques pour arriver à sortir de cette situation. Le pouvoir n’a pas voulu nous écouter lorsqu’il avait eu l’occasion de le faire. Il y avait une voie royale qui s’offrait à lui en janvier-février à travers le dialogue politique inter guinéen. Ils l’ont refusé, ils ont renié tous les accords qui ont été passés et nous voilà aujourd’hui 8 mois après, dans cette situation assez dramatique où la confiance n’existe pas. Il faudrait que chacun prenne ses responsabilités pour éviter, comme vous l’avez dit, que cette situation ne dégénère.

AFRICAGUINEE.COM : Avec tous ces problèmes, est-ce que vous croyez à la tenue des élections législatives avant la fin de cette année comme l’a souhaité le président Alpha Condé ?

Moi je ne veux pas répondre à la place de la CENI qui sera mise en place. Mais il est tout à fait clair que techniquement c’est impossible. On ne voit pas comment on peut installer la CENI, installer ses nouveaux démembrements et ensuite procéder à la révision du fichier électoral avec un opérateur qui est accepté, convoquer le corps électoral, préparer le matériel et aller aux élections avant la fin de cette année.

AFRICAGUINEE.COM : Au niveau du FDP comment se prépare ce rendez-vous électoral ?

Je dois vous rappeler qu’il y a deux ans qu’on est au rendez-vous électoral. Donc vous comprenez bien que désormais on est obligé de faire attention, de ne pas avoir de faux départ. Nous faisons ce que nous pouvons pour maintenir nos structures à flot. Mais à proprement parler nous n’avons pas préparé spécifiquement ces élections, nous maintenons les contacts avec la base à travers tout le pays pour nous préparer à toute éventualité.

AFRICAGUINEE.COM : Sur le plan économique la Guinée devrait atteindre prochainement le point d’achèvement de l’initiative PPTE pour l’allègement de sa dette le 26 septembre prochain. Une victoire du président Alpha Condé malgré les critiques de l’opposition. Qu’en dites-vous ?

Nous disons que ça ne peut pas être une mauvaise chose que la Guinée puisse bénéficier enfin de remise de dette. C’est une bonne chose que le gouvernement ait pu obtenir cela, et ça va soulager les finances publiques en espérant qu’il y aura une bonne gestion. Le problème de gestion des finances publiques guinéennes n’est pas réglé. Je voudrais quand même qu’on insiste sur le fait que les données macroéconomiques c’est une chose, mais ce qui reste c’est qu’il faudrait que tout ceci se traduise en bienfait dans la vie quotidienne des millions de guinéens. Ce qui n’est pas encore le cas. On ne va pas se satisfaire de résultats macroéconomiques ou d’avis favorables de bailleurs de fonds internationaux, mais surtout qu’est-ce qui va toucher la vie quotidienne des guinéens qui s’est totalement dégradée, où la misère a explosé, où la famine est là. La mort devient aujourd’hui le lot commun, que ça soit sur les mauvaises routes, que ça soit dans les hôpitaux où on ne peut pas soigner les gens. Il ne faudrait pas qu’on se polarise uniquement sur des données macroéconomiques, il ya d’énormes efforts à faire pour qu’une meilleure gestion des ressources de l’Etat soit assurée. Il ne faudrait pas que vous oubliez que pratiquement tous les pays africains, sauf quelques pays en guerre ont obtenu le PPTE. Est-ce qu’on a entendu là bas qu’il y a eu révolution sociale et que les gens sont devenus tout d’un coup heureux et que tous leurs problèmes ont été résolus ? Non ! C’est un pas en avant, mais ça ne génère pas de ressources nouvelles en réalité.

Ce n’est pas une fin en soi ! On a présenté ça comme la victoire définitive et finale du gouvernement mais ce n’est pas du tout ça. Encore une fois nous estimons que c’est une bonne chose que ce gouvernement ait obtenu le PPTE que beaucoup n’ont pas eu mais on est loin du bout du tunnel.

AFRICAGUINEE.COM : Les institutions de Breton Wood ne semblent pas privilégier l’appel de l’opposition sur la situation politique du pays. D’ailleurs, Ousmane Diagana, directeur des opérations de la Banquemondiale pour la Guinée, le Mali, le Niger et le Tchad a confié au magazine Jeune Afrique que l’organisation des législatives en Guinée « n’est pas un pré-requis à la coopération ou financement des programmes de la Banque mondiale en Guinée. Quel commentaire faites-vous sur ce sujet ?

Je pense qu’on a quand même eu des partenaires de la Guinée qui ont carrément fait savoir qu’ils n’entendaient pas relancer la coopération avec le gouvernement tant que les institutions démocratiques ne seraient pas complétées. On a quand même vu aussi la CEDEAO qui s’est inquiétée sur la situation actuelle et qui veut aider à tout prix à ce qu’on débloque cette situation de crise politique que nous connaissons. Nous n’entrons pas dans des commentaires sur ce que dit le représentant de la Banque Mondiale mais je ne vois comment des bailleurs de fonds sérieux, ou des investisseurs sérieux peuvent accepter de venir travailler dans un pays où le pouvoir exécutif est omnipotent, il fait absolument ce qu’il veut sans aucun contre poids.

AFRICAGUINEE.COM : Le mot de la fin…

C’est un mot d’espoir. Nous sommes dans une situation, comme vous l’avez-vous-même souligné, extrêmement difficile et assez périlleuse. Aujourd’hui il faut une bonne volonté de tous les acteurs pour qu’on arrive à privilégier l’avenir du pays et qu’on commence à mettre le comportement ultra partisan de côté pour au moins arriver à un consensus minimum, pour débloquer normalement et durablement le blocage politique en Guinée, au bénéfice des populations.

INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : (224) 62 65 75 74/ 64 95 36 33

  Rubrique: Interview  date: 22-Sep-2012 ŕ 10:20:43  Partager:   :

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