 |
| Detail de la News |
Mitt Romney accusé d'opportunisme sur la Libye et l'Egypte

WASHINGTON (Reuters) - Mitt Romney s'est placé dans une situation particulièrement inconfortable avec son attaque en règle de la politique étrangère de Barack Obama pendant les violences anti-américaines en Libye et en Egypte.
Le candidat républicain à l'élection présidentielle du 6 novembre aux Etats-Unis est non seulement accusé d'avoir réagi avec une précipitation peu conforme à l'attitude espérée d'un chef d'Etat en période de crise.
Il est surtout taxé d'opportunisme électoral par ses adversaires, qui lui reprochent d'avoir enfreint le principe de l'unité nationale autour du président alors que les Etats-Unis venaient de perdre leur ambassadeur en Libye, tué dans l'attaque du consulat américain à Benghazi.
Même dans le camp républicain, des voix s'élèvent pour regretter une occasion manquée d'ouvrir un débat légitime sur la politique étrangère du président démocrate.
Tout a commencé mardi soir. Alors que des enceintes diplomatiques américaines étaient attaquées au Caire et à Benghazi, en Libye, Mitt Romney dénonçait avec force un communiqué de l'ambassade des Etats-Unis en Egypte critiquant le film anti-islam à l'origine de cette crise.
Or ce communiqué a été diffusé avant les violences, dans le but apparent de les empêcher justement.
Citant ce communiqué antérieur à l'attaque de l'ambassade américaine au Caire, Mitt Romney a jugé "honteux" que la première réaction de l'administration Obama consiste à manifester sa compréhension à l'égard des manifestants.
Accusant le président de brader les valeurs de l'Amérique, le candidat républicain a réitéré ses propos mercredi matin, alors qu'était déjà connue la gravité des attaques au Caire et surtout à Benghazi, dans l'Est de la Libye, où sont morts l'ambassadeur Christopher Stevens et trois autres diplomates.
NE PAS SURRÉAGIR
"La première réaction des Etats-Unis doit être l'indignation face aux atteintes à la souveraineté de notre nation et présenter des excuses pour les valeurs américaines n'est jamais la chose à faire", a-t-il insisté, en persistant à présenter le communiqué de l'ambassade du Caire comme postérieur aux violences.
Barack Obama a répliqué mercredi après-midi dans une interview à CBS.
Evoquant la "leçon à tirer" de cette crise, le président américain a déclaré: "Le gouverneur Romney semble avoir tendance à tirer d'abord et à viser ensuite."
"En tant que président, l'une des choses que j'ai apprises est que vous ne pouvez pas agir ainsi. Qu'il est important de vous assurer que vos déclarations s'appuient sur les faits", a-t-il ajouté.
Prié de dire s'il considérait les propos de Mitt Romney irresponsables, Barack Obama a répondu: "J'en laisse juge le peuple américain."
Expert militaire au Centre des études stratégiques et internationales, Anthony Cordesman juge qu'un responsable politique ne doit pas surréagir à de tels événements.
"C'est peut-être le rôle d'un candidat d'opposition de critiquer et de défier, mais pas aux dépens des intérêts stratégiques de l'Amérique, des relations durables nouées avec des pays de première importance au Moyen-Orient, ni en faisant de cela un affrontement entre chrétiens et musulmans ou entre l'Occident et le monde arabe", a-t-il dit.
"ROMNEY NE S'EST PAS RENDU SERVICE"
L'attitude de Mitt Romney, légèrement distancé dans les sondages, est critiquée non seulement par les démocrates et des spécialistes des affaires internationales mais aussi par des républicains.
"Ils auraient certainement dû attendre", a dit John E. Sununu, ancien sénateur républicain du New Hampshire, sur MSNBC. "Regardez le déroulement des faits, regardez le moment choisi, ils auraient certainement dû attendre."
Ancienne rédactrice des discours du président Ronald Reagan et désormais éditorialiste au Wall Street Journal, Peggy Noonan considère que Mitt Romney s'est exposé tout seul aux critiques.
"Je n'ai pas le sentiment que M. Romney se soit rendu service ces dernières heures", a-t-elle dit. "Quand vous vous engagez au beau milieu d'une situation politique et que vous vous mettez à faire des déclarations sur des événements dramatiques et violents qui viennent de se produire, vous vous exposez toujours à l'accusation selon laquelle vous tentez d'exploiter les choses sur le plan politique."
Mitt Romney peine à se donner une envergure internationale depuis une série de gaffes lors de ses déplacements à l'étranger en juillet. Il a aussi été récemment critiqué pour ne pas avoir évoqué la guerre en Afghanistan durant son discours devant la convention républicaine, fin août.
Barack Obama a adopté une approche prudente face aux soulèvements du printemps arabe en 2011 en laissant notamment l'armée américaine en retrait des événements. Cette attitude a conduit ses adversaires républicains à l'accuser de renoncer à la position dominante des Etats-Unis sur la scène internationale.
Pour certains spécialistes de politique étrangère, Mitt Romney avait là l'occasion d'attaquer le président, qui a encouragé les soulèvements contre les autocrates en Libye et en Egypte sans ensuite chercher à endiguer la montée en puissance des islamistes.
"Sous tous les angles, ce qui s'est passé (au Caire et à Benghazi) est le reflet de l'absence de volonté de l'administration Obama de conduire une véritable politique américaine dans la région", juge Danielle Pletka, de l'American Enterprise Institute, un organe conservateur. "Nous n'avons pas de politique cohérente au Moyen-Orient."
REUTERS |
  Rubrique: International  date: 13-Sep-2012 à 18:29:02  Partager:   :  |
|
|
|
The Nun'S copyright -- design by Nun'S