
PARIS-Depuis la capitale française oĂč il vit en exil, Bah Oury de l'Union des forces dĂ©mocratiques de guinĂ©e(UFDG)vient de qualifier "d'assassinat" la mort du Colonel Issiaga Camara, neveu du dĂ©funt prĂ©sident Lansana ContĂ©.Dans sa ligne de mire, le rĂ©gime d'Alpha CondĂ© qu'il accuse d'ĂȘtre responsable de la mort d'un "innocent" en prison sans aucun jugement, suite Ă l'attaque du 19 juillet 2011 contre la rĂ©sidence du chef de l'Etat Ă Conakry.Voici une dĂ©claration de Bah Oury, vice-prĂ©sident de l'UFDG qui vient de parvenir Ă notre rĂ©daction...
Le temps de l'indignation: L'assassinat du colonel Issiaga CAMARA
Traumatisée par plus de cinq décennies de violences politiques et de mauvaise gouvernance, la société guinéenne a perdu sa capacité d'indignation devant l'injustice criarde qui la gouverne.
EmprisonnĂ© depuis dĂ©cembre 2008 par le CNDD, le Colonel Issiaga CAMARA aide de camp et neveu de feu le GĂ©nĂ©ral Lansana CONTE a payĂ© ainsi sa fidĂ©litĂ©. Cet emprisonnement a Ă©tĂ© reconduit par M. Alpha CONDE, nouveau Chef de l'Etat sous le prĂ©texte fallacieux que le Colonel CAMARA est impliquĂ© dans ce que la presse nomme « l'affaire du 19 juillet 2011 ». En juin dernier, les juges de la Chambre d'accusation de la Cour d'Appel de Conakry rendent un non lieu en sa faveur ainsi qu'Ă quatorze (14) autres de ses compagnons d'infortune. CourroucĂ©, M.Alpha CONDE Ă travers le parquet interjette appel auprĂšs de la Cour SuprĂȘme. Celle-ci rend son arrĂȘt le lundi dernier 3 septembre 2012 en invalidant la dĂ©cision de non lieu en faveur des quinze innocentes victimes et prolonge ainsi leur privation de libertĂ©. Le Colonel Issiaga CAMARA devant cette injustice supplĂ©mentaire, affaibli par des annĂ©es de prison et de tortures n'a pas pu rĂ©sister. Il est mort, loin des siens, faute d'assistance mĂ©dicale appropriĂ©e le mercredi 05 septembre 2012.
Un innocent est mort en prison sans jamais avoir Ă©tĂ© formellement condamnĂ© par la justice. Ceci s'apparente Ă une exĂ©cution de mort extra-judiciaire car malgrĂ© les demandes incessantes de sa famille il n'a pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de la part des autoritĂ©s guinĂ©ennes d'une assistance de personne en danger. La Cour SuprĂȘme domestiquĂ©e par le pouvoir exĂ©cutif s'est rendu coupable de forfaiture.
Dans des circonstances analogues , un autre prévenu Thierno Soufiana DIALLO s'est éteint en prison le 18 janvier dernier des suites des séquelles des tortures qu'il a subi.
Ces deux morts nous jettent Ă la figure notre boueuse histoire collective faite de sang et de larmes de milliers de nos compatriotes. Aucun des rĂ©gimes qui se sont succĂ©dĂ©s au pouvoir Ă Conakry n'ont fait exception face Ă cette terrible tragĂ©die. Dans le silence et l'indiffĂ©rence du plus grand nombre, des femmes et des hommes souffrent et meurent tout simplement parce que les dirigeants du moment l'ont dĂ©cidĂ© ainsi. C'est ainsi que nous avons eu le Camp Boiro, la dĂ©chirure du 04 juillet 1985, la destruction de Kaporo-rails en 1998, le massacre du 22 janvier 2007, la barbarie du 28 septembre 2009, le pogrom en Haute-GuinĂ©e entre les deux tours des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2010 et la tuerie de Zogota le 3 aoĂ»t dernier. Il est impossible de citer toutes les pĂ©ripĂ©ties oĂč le sang de paisibles citoyens a Ă©tĂ© versĂ© du fait de la responsabilitĂ© de l'Etat. A chaque fois aprĂšs quelques larmes de crocodile et des vaines incantations de « plus jamais ça ! » , le pouvoir responsable de ces malheurs reste impuni car l'indignation nationale n'est pas assez forte et large.
Le gouvernement guinĂ©en ayant pris conscience tardivement que l'indignation et la colĂšre populaires ne font que grossir, a dĂ©cidĂ© de dĂ©crĂ©ter le vendredi 07 septembre 2012 comme « journĂ©e de deuil national pour les naufragĂ©s de Kassa et les morts de Zogota ». Dans tous les pays du monde des accidents et des catastrophes peuvent survenir, mais les 34 morts noyĂ©s aux larges de Conakry, sans que tous les moyens de l'Etat ne soient mobilisĂ©s pour secourir les naufragĂ©s pointent du doigt la responsabilitĂ© des pouvoirs publics. L'absence de moyens dĂ©diĂ©s Ă la protection civile et l'inexistence d'infrastructures de transports adĂ©quates entre les Ăźles Kassa et Conakry font que les insulaires et les pĂȘcheurs sont Ă tout moment en insĂ©curitĂ©. La catastrophe de Kassa, n'a pas malheureusement suscitĂ© dans le pays l'indignation qu'elle mĂ©rite.
Il en est de mĂȘme des dizaines de morts du cholĂ©ra dĂ» Ă l'insouciance avec laquelle cette Ă©pidĂ©mie est gĂ©rĂ©e alors que les causes sont connues: insalubritĂ©s du fait de la mauvaise gouvernance et de l'incompĂ©tence de l'administration territoriale totalement phagocytĂ©e par l'appareil politique d'Alpha CONDE. LĂ aussi nous assistons sans rĂ©agir de maniĂšre adĂ©quate Ă la propagation de la maladie et sa cohorte de morts et de deuils.
S'indigner c'est refuser de considérer que le déclin de notre pays, l'expansion de la misÚre et les tueries opérées par et au nom du pouvoir actuel est une fatalité. S'indigner c'est refuser que le mensonge soit érigé comme systÚme pour piller et détruire ce que nous avons de plus précieux : notre conscience nationale et notre humanité. S'indigner c'est pouvoir construire un pouvoir alternatif en mesure de répondre aux attentes et des aspirations des populations. S'indigner c'est avoir foi en l'avenir de la Guinée.
La violence engendre la violence et la haine nourrit la haine. La gouvernance d'Alpha CONDE doit s'en souvenir pour faire libĂ©rer les innocentes victimes qui croupissent en prison de part sa seule volontĂ© et arrĂȘter de martyriser davantage nos concitoyens.
Enfin je suis profondément indigné par la mort du Colonel Issiaga CAMARA. A sa famille, à ses proches et à ses compagnons de captivité, votre souffrance et votre tristesse sont aussi les miennes.
Que l'ùme du défunt repose en paix.AMEN!
Le 07 septembre 2012
BAH Oury
1er Vice-Président de l'UFDG
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  Rubrique: Politique  date: 07-Sep-2012 à 16:59:38  Partager:   :  |